« Exaspération et indignation : les limites de la contestation citoyenne » par Gustavo Rodríguez

[Ce texte a été écrit en juillet 2011 par le compagnon anarchiste Gustavo Rodriguez, à l’occasion d’une critique du mouvement des Indignados et de ses émules espagnoles et mexicaines. Pour rappel, Gustavo Rodriguez a été enlevé, détenu, battu et expulsé vers les U.S.A par la police mexicaine, il y a un peu moins d’un an. Aussi, ce lynchage s’inscrit dans le cadre de la politique de répression spécifiquement anti-anarchiste que le gouvernement mexicain a commencé à mettre en place depuis quelques temps, et qui outre de nombreux et nombreuses autres, anonymes ou pas (que nous n’oublions pas), avait aussi touché un autre compagnon, Alfredo Bonanno, presque au même moment alors qu’il s’y trouvait pour des rencontres anarchistes.

La comparaison des mouvements de type « Indigné » dans ces deux pays (Mexique et Espagne) semble sans doutes plus évidente à la lecture du texte parce que ses références sont hispanophones. Mais même si cette critique est spécifique à ces deux contextes, il semble que ses conclusions peuvent évidemment être étendues aux émanations des « Indigné-e-s » et à tout ce qui leur ressemble dans le reste de l’Europe (en France, en Italie et en Grèce, par exemple), ou ailleurs. Aussi, sont republiés ici deux texte issus de l’ancien site du « Cri du dodo », pour alimenter le débat.

Les photos illustrant ce texte ont été prises pendant les émeutes et manifestations lors de la grève générale de Juin 2011 en Espagne, à un moment où le mouvement des « Indignados » avait déjà pris de l’ampleur. Cette traduction apparait utile dans la mesure où elle confirme d’autres analyses et critiques déjà produites quelques années auparavant, notamment le fait que les mouvements non-violents et « pacifistes » de cette trempe vont toujours de paire avec des dispositifs et des discours contre-insurrectionnels et contre-révolutionnaires (c’est à dire opposés à l’idée même d’un bouleversement social radical ou d’un renversement de l’Existant et de ce que celà implique), et une rhétorique qui au final défend toujours le statu quo, le consensus, le capitalisme -même à la sauce « alternative »- et l’Etat.

Dans certains contextes spécifiques, comme dans certaines villes aux Etats Unis, avec le mouvement « Occupy » (analogue à celui des Indigné-e-s), les pacifistes et les non-violents ont été clairement débordés par des mouvements de grève et de révoltes qu’ils ne pouvaient plus contenir, aussi bien que par les forces antagonistes (anarchistes ou autres) en présence. Mais même dans une ville comme Oakland, par exemple, bastion historique de luttes de classes, de révoltes et de mouvements révolutionnaires, les citoyennistes de toute engeance ont constitué un véritable frein, pour ne pas dire un allié objectif de la répression.

En outre, étant dépourvus de toute analyse de classe, et de toute forme de critique radicale, en occupant l’espace, et en bloquant la voie à des initiatives réellement autonomes et antagonistes, cette fausse contestation a offert un boulevard aux analyses, pratiques et projets réformistes, populistes, réactionnaires et même fascistes.

Parce que le discours « Indigné » ou assimilé exalte presque toujours la Démocratie (« réelle », comme l’économie « réelle »), et plus encore la Loi, la République et l’Etat. A tout ça, se surajoute une critique abstraite, romantique et classe-moyenniste du « capitalisme financier » et des « puissances de l’argent », sans compter les délires conspirationnistes sur le « Nouvel Ordre Mondial »…

Or, ce corpus théorique et politique brodé, si certains des pires gauchistes composent assez bien avec (comme le critique ce texte), l’extrême droite la plus moderne (Front National en tête, ici), elle, s’en « accommode » très bien. Et ce pour une raison bien simple : ce discours là constitue son fond de commerce.

A la critique populiste et « anti-libérale » de « la finance », et l’exaltation de l’Etat (« providence »), vient simplement s’ajouter le discours classiquement nationaliste, régalien, chauvin, conservateur, antisémite et xénophobe.

En effet, si ailleurs (comme en Espagne ou au Mexique), c’est le réformisme gauchiste (post-moderne, ou « à la papa ») qui a prédominé, en France (ou pire encore, en Grèce), ces mouvements se sont clairement fait le lit de la progression des fascistes : ne serait-ce que par leur inexorable tendance à tout pacifier. Pour reprendre les mots de George Orwell en 1942, à propos de la défaite des révolutionnaires en Espagne, en bien des circonstances “Le Pacifisme est objectivement pro-fasciste. Le dire n’est que faire preuve de sens commun élémentaire ».

On le voit aujourd’hui, ces mouvements soit disant « a-politiques », et pacifistes, leur flou artistique, leur critique abstraite et fourre-tout du « système » n’ont pas réussi grand chose, sinon donc permettre à tout un tas de néo-fascistes, d’opportunistes ultra-réactionnaires (ou d’autres réformistes plus ou moins nocifs) de conquérir du terrain à la fois dans la rue et le reste de l’espace social, mais aussi dans le jeu de la politique, et en bref : du pouvoir.

Plus que jamais, la lutte contre L’Etat, le capitalisme et toutes les oppressions ne peut exister qu’à travers le rapport de force, l’offensive, et la conflictualité permanente. Changer radicalement les rapports sociaux, c’est déjà refuser cette injonction sclérosante à la « paix », au dialogue et au consensus avec les institutions et les forces du pouvoir.

Le Cri Du Dodo]

Exaspération et indignation : les limites de la contestation citoyenne

Il est indéniable que la contestation citoyenne elle-même a été essentiellement télévisée. Les campements et  marches des « indigné-e-s » dans l’Etat espagnol et le slogan « Estamos hasta la madre » [1] et la souffrance citoyenniste qui s’est manifestée dans ces latitudes, ont bénéficié d’une couverture médiatique plus que suspecte.

Tous les médias, de la presse papier ou électronique, commerciaux ou alternatifs ont indifféremment pris note de la mobilisation. Mais bien entendu, ce n’est pas le seul parallèle que l’on peut établir entre ces manifestations spectaculaires.

Au delà des différences apparentes -focalisées sur les particularités des revendications qu’incarnent chaque manifestation- se profile un discours commun qui vise à liquider toutes les tentatives d’élaboration d’une critique du pouvoir de laquelle découle, radicalement, la nécessaire reformulation de stratégies contre le système de domination présent, et qui se traduisent en de véritables luttes conduisant à la rupture définitive avec tout ce qui existe.

Les processions des indignés, à la manière de processions funèbres, -chapeautées par le poète Javier Sicilia- ont réussit à éteindre préventivement tous les foyers de l’incendie insurrectionnel, remplacé par un pacifisme chronique qui révèle ainsi ses véritables objectifs et explique pourquoi la domination tolère (et justifie) ces protestations édulcorées.

Toutes ces manifestations, dans la démonstration de leurs misères s’adressent à un interlocuteur commun : le système de domination. A cette fin, elles circonscrivent leurs actions dans la portée des droits et devoirs politiques, prétendant prolonger la main d’un Etat «protecteur», censé interagir et répondre à leurs suppliques citoyennistes.

Si nous fouillons un peu les antécédents de l’indignation citoyenne dans l’État espagnol, connue aujourd’hui sous le nom de 15M (15 mai), nous pouvons retrouver les discours qui l’animent. Ainsi, nous trouvons, en premier lieu, « Democracia Real, Ya! », Un regroupement d’activistes virtuels qui prêchent l’abstention contre le bipartisme (PP / PESOE – Parti de droite / Parti Socialiste), faisant la promotion d’une «nouvelle loi électorale proportionnelle» qui soutient la «participation démocratique et le pluralisme au travers de candidatures citoyennes et l’inclusion des partis minoritaires » dans le cirque électoral.

En second lieu, nous allons rencontrer des jeunes sans avenir, un réseau de jeunes « indigné-e-s » prétendument anti-capitalistes, réclamant du «travail» et que, pour une raison obscure, Toni Negri tente de situer dans le giron de la «gauche autonome» en les reliant à la « Izquierda Unida «  (Gauche Unie) – révélant ainsi des informations privilégiées concernant les rapprochements «tactiques» entre ce parti électoraliste et le léninisme post-moderne qui intègre cette nouvelle formation de parti auto-baptisée « Izquierda Anti-capitalista » (« gauche anticapitaliste »).

D’autre part, nous avons les différents candidats d’associations pour un «logement décent», comme l’évoque « V por Vivienda » [2] et la plateforme de Barcelone des «hypotecados» (« Les hypothéqués »). Enfin, le corps massif de la protestation est composé d’un conglomérat de citoyens «libéraux» regroupés autour de leur « indignation » face à la nouvelle crise capitaliste (contre le chômage, la précarité et les bas salaires) et de la gestion de l’Etat selon le système bipartiste au cours des dernières années. Inutile de souligner que c’est ce regroupement hétérogène qui constitue le butin que se disputent les gauchistes qui essayent, contre vents et marées, d’incorporer à leurs sectes en voie de disparition, ces nouveaux partis «citoyens» et les minorités syndicalistes.

Pendant ce temps, sur le sol mexicain, la protestation des «Hartazgo» [3] et la marche nationale « Estamos hasta la madre », ont trouvé ses plus lointaines origines dans le discours néo-zapatiste et sa volonté de dialogue avec l’État dans la recherche de la «paix avec la justice, et la dignité dans la nation » et de développer une « nouvelle constituante » [un projet de nouvelle constitution].

La dernière raison qui a motivé cette prédication insipide de « paix avec justice et dignité» et a doté les réformateurs constitutionnels de nouvelles illusions, se situe sur la découverte, le 28 Mars, des corps de cinq jeunes, un ancien militaire et une femme, portant des traces évidentes de torture, juste à l’extérieur de la ville de Cuernavaca, dans l’État de Morelos (Mexique).

Juan Francisco Sicilia, 24 ans, qui était l’un des jeunes exécutés, est le fils du poète et journaliste Javier Sicilia, organisateur en chef de la protestation « contre la violence et pour la paix », qui a eu lieu à partir du 6 Avril dans au moins une vingtaine de villes à travers le Mexique et d’autres parties du monde.

Exigeant que le gouvernement reconsidère sa stratégie de sécurité nationale, Silicia réalise un appel, déclarant: «Nous en avons marre de cette merde […] parce que dans leurs luttes de pouvoir le tissu de la nation s’est déchiré », sommant les « activistes », groupes et organisations désignées comme la « société civile » – enjoignant, avec les honneurs, « L’Autre Campagne » des néo-zapatistes -, y compris les parodies de collectifs » anarchistes  » pour appuyer les analogies faites avec la « révolution espagnole ».

Le campements (accampadas) des « Indignés » de l’État espagnol, et les marches et caravanes de « Estamos hasta la madre », sont le fondement privilégié des nouvelles courroies de transmission du dialogue avec le pouvoir. Le « citoyennisation » de la contestation implique ses propres limites. La «citoyenneté» pondérée est une foule domestiquée : la masse subordonnée à l’Etat.

Donc, aucune contestation citoyenne ne vise à contester le système de domination, et encore moins avec l’intention de le détruire, mais seulement de tenter de travailler à sa mise à jour et sa réorganisation : d’où son insistance obsessionnelle concernant la «participation» et les réformes. Ce qu’elle souhaite, c’est repeindre la devanture du système de domination. Contribuer à changer son apparence, lui donner un visage plus «humain».

Le mouvement «Democracia Ya» n’est qu’une transformation cosmétique de « la démocratie réellement existante ». Le mouvement « Estamos hasta la madre » est quant à lui une mutation esthétique du spectacle qui ne fait que prolonger le simulacre. La «société civile» est le grand architecte de cette farce.

Elle impose la soumission démocratique. Même plus besoin de détruire le l’Etat-Capital, vous serez secourus par la participation de tous et toutes, encore et toujours, avec la promesse d’un retour au regretté Etat providence. Tout se résume à accroître le développement économique, c’est à dire à nous donner plus de capitalisme et à concrétiser de nouvelles lois : plus de contrôle électoral qui favorise « la proportionnalité et le pluralisme », les mesures anti-inflationnistes qui empêchent les pénuries, les règlements du code du travail afin d’assurer de meilleurs salaires, les programmes de logement, l’accueil équipé pour les sans-abris, des fonds d’épargne pour alléger le système de santé publique hypothéqué afin d’assurer ses services gratuitement, et les stratégies, les ordonnances et les codes pénaux pour mettre un terme à « l’insécurité », en finir avec la « délinquance » et confiner dans leurs casernes les soldats jusqu’à nouvel ordre … Bref, donner plus de pouvoirs à l’Etat. Mais, apparemment, ne vous inquiétez pas : nous y gagnerons.

Pour abréger : plus de capitalisme et tous les pouvoirs à l’État, géré par le gauchisme – avec, pour couronner le tout la bénédiction du Négrisme et le soutien inconditionnel de la Chomskymania – parrainant la chimère triomphaliste à travers le dialogue et la participation, et une invitation à l’auto-gestion de l’oppression.

La seule auto-gestion possible, en période de soldes et de récessions, est l’auto-gestion de la lutte. Toute autre proposition « d’autogestion » réaffirme le système de domination, qu’elle provienne de l’idéologie citoyenniste, de la démagogie populiste, du verbiage ouvriériste, ou autres vieilles recettes sous formes de plats pré-cuisinés disponibles au supermarché le plus proche.

Gustavo Rodríguez

Traduction de l’espagnol par Le Cri Du Dodo

Titre original « Hartazgo et Indignación : Límites de la protesta ciudadana »

[1] “Estamos hasta la madre…”, soit à peu près « On a en marre de cette merde ». Texte sous-titré « Carta abierta a los políticos y a los criminales », (« lettre ouverte aux politiciens et aux criminels ») de Javier Sicilia, Procession du 3/04/2011. Disponible en espagnol ici : http://www.proceso.com.mx/rv/modHome/detalleExclusiva/89858

[2] « V por vivienda », signifiant littéralement « L pour Logement ». Le jeu de mot est évidemment une référence à « V pour vendetta ».

[3] « Hartazgo » est un mot essentiellement utilisé au Mexique qui signifie à la fois « satiété » (ou « saturation ») et « exaspération », et dont la traduction dépend du contexte. Bien que l’ayant traduit dans le titre, nous avons préféré le laisser tel quel dans le texte puisque c’est le nom de leur mouvement. En contexte, ce peut être un synonyme de l’expression « Basta » (« Yen a marre » ou « dégage »).

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« L’indignation qui vient »

[Le PDF du tract]

Depuis déjà plusieurs mois, on a vu pointer dans plusieurs pays d’Europe le mouvement dit des « indignés » ou « démocratie réelle ».

Ici comme ailleurs, celui-ci à donné lieu à plusieurs réflexes conditionnés, pièges et écueils qui touchent en général les « mouvements sociaux » : le fétichisme des pratiques d’abord (comme l’occupation de places, le sitting, les happening ou la manifestation plan-plan et maintenant la marche…) et la limitation stricte du mouvement à ces pratiques, le démocratisme ensuite (le respect religieux et le privilège donné aux décisions collectives prises en assemblées « représentatives du mouvement »), le « nihilisme citoyen » (respect borné de la loi, du vote, des « droits » donnés et des devoirs exigés par l’Etat) et la « non-violence » dogmatique (qui va jusqu’à prôner la violence policière contre ceux ou celles qui refusent ce dogme) et donc l’hégémonisme (la prise de contrôle du mouvement par une de ses franges), et surtout : l’absence de perspective révolutionnaire et l’enfermement dans des revendications abstraites et réformistes. Loin de représenter un sursaut révolutionnaire, ou une authentique révolte spontanée, ce mouvement des indignés s’inscrit bien plutôt dans la pacification de toute contestation réelle (de par le rejet de l’action directe), la militarisation de l’Etat (les guerres menées à l’étranger et le renforcement de la répression intérieure sur lesquels le silence des « indignés » est plus que suspect) et la montée du fascisme dans la société, au travers de ce mouvement notamment.

La crise comme pacification

Depuis plusieurs années déjà, les gouvernements européens, toutes tendances confondues, de gauche social-démocrate à la droite la plus réactionnaire, utilisent l’argument de la crise pour endormir tout velléité de contestation. D’un coté, il y a l’explication des gouvernements, qui est celle du FMI et de la banque mondiale : La crise serait une sorte de phénomène métaphysique que même les économistes n’arriveraient pas à s’expliquer, une sorte de catastrophe naturelle qu’il faudrait juguler et gérer à grands coups de politiques de réformes et de plans d’austérité. Comme si cette crise n’avait rien à voir avec ces mêmes politiques, comme si elle était le fait de la divine providence. Cet argumentaire vise en fait à tenter de se servir de la crise engendrée par le système capitaliste et ses Etats pour dédouaner les politiques de rigueur que cette même crise implique dans le seul but de replâtrer encore une fois le capitalisme. Les « indignés » quant à eux, dépourvus dans leur immense majorité de toute analyse de classe, et de toute critique du capitalisme, voient en général dans la crise et l’austérité le fait d’une caste de « banquiers parasites » et d’un « empire financier tentaculaire », ou « nouvel ordre mondial » qui auraient vidé les caisses quand personne ne regardait. En gros : pas besoin de se prendre la tête avec des « concepts politiques » trop compliqués : « à bas NWO » c’est tellement plus branché, tellement plus smart et ça résume tout sans avoir besoin de réfléchir…

Dans les deux cas, et du mouvement des indignés à la nouvelle extrême droite en passant par Sarkozy, tous dénoncent au final « la faillite des banques » dont le petit peuple devrait être sauvé, un « capitalisme financier » devenu fou qu’il faudrait réguler ou « purger » et une classe moyenne comme « victime de la crise ». La raison de cette analyse bancale est bien simple : la composition sociale de ce mouvement est justement celle de la sacro-sainte classe moyenne (que flatte autant Sarkozy, les socio-démocrates que les nouveaux fascistes à la Soral). Celle d’une classe qui commence à peine à percevoir les effets de « la crise », quand la majorité des exploités subissent la logique et les conditions de vie du capitalisme depuis toujours, et que la crise n’a fait qu’aggraver. D’où aussi, le décalage entre le discours « pro-révolution » des indignés concernant le monde arabe – où comme en Tunisie la pratique effective qui a dominé a été l’attaque des symboles du pouvoir, les affrontements avec la police, les pillages de supermarchés, les mutineries et incendies de prisons, et tout un ensemble de faits qui attestent une véritable logique de guerre de classes et de guérilla révolutionnaire, et toute une agitation qui, même si elle ne suffit pas à l’expliquer, a joué un rôle absolument indéniable dans la chute de plusieurs régimes et les volte-faces de l’armée ou de la police qui ont sentis le sol trembler sous leurs pieds – et le comportement de ces même « indignés » ici qui considèrent un tag ou une petite vitrine de commerce ou de banque pétée comme une « violence ».

Derrière la critique du capitalisme financier : le populisme gauchiste et l’antisémitisme.

Cette critique partielle des banques justement, non comme un rouage du système capitaliste, mais comme un « foyer de parasites » qui auraient détruit une fantasmatique « économie réelle », et qui voit les banques comme un problème central laisse la place au vieux fantasme antisémite d’un complot qui tenterait de contrôler le monde. Car en cherchant à critiquer le système des banques et le pouvoir des grandes entreprises multinationales, mais de manière partielle, le mouvement des indignés s’engouffre dans un discours typiquement réactionnaire et populiste et passe ainsi complètement à coté de la critique du capitalisme, le confortant même en jouant le rôle qu’on lui demande de jouer : celui d’une contestation strictement non-violente, vidé de toute substance critique, empêchant de par sa forme même un véritable mouvement (de type grève générale ou insurrection), et déplaçant le débat vers la droite dans le grand piège du « débat citoyen ». Rendu donc parfaitement in-offensif de par son caractère « a-politique » et « a-partisan » auto-proclamé, le mouvement des indignés participe en réalité au maintiens de l’ordre à travers un spectacle de contestation dans un front « anti-système » flou qui laisse le champs libre à des récupérations libérales, populistes et même fascistes. La dénonciation obsessionnelle du « nouvel ordre mondial » faisant finalement écho au nouveau discours d’extrême-droite sur le complot « apatride » contre « les peuples et les nations ». Et ce discours là, en plus de puer la défaite, est simplement fasciste parce que nationaliste et antisémite. Ne soyons pas dupes : là où la contestation réelle s’efface, les réactionnaires progressent.

S’INDIGNER NE SUFFIT PAS !

Ce n’est donc pas un hasard si en France, on retrouve dans les organisateurs du « mouvement des indignés » nombre d’individus conspirationnistes, reliés à des mouvements d’extrême-droite qui théorisent l’antisémitisme à travers leur pseudo-critique de la finance. Le concept même de « capitalisme financier » fut un des thèmes centraux dans la propagande du parti nazi en Allemagne et des fascismes en Europe pour construire l’ennemi intérieur et flatter le sentiment national. Le thème de la « citoyenneté » mis en avant par les indignés, renouvelle lui aussi ce constant rappel à l’ordre que constitue l’injonction à ne pas se révolter en faisant poliment démonstration de son indignation. Il repose sur ce présupposé généreux que les oppresseurs finiront par abdiquer devant la raison exprimée publiquement et pacifiquement par « le peuple ». Mais cette fable saint-simonienne exclue de fait ceux ou celles qui ne sont pas considérés, précisément, comme des citoyens : les sans-papiers, les « criminels », et quiconque agit en dehors de la légalité ou de la légitimité citoyenne. Tout les indésirables, exploités par définition. En prétendant vouloir créer une « démocratie réelle », le mouvement n’a fait que centraliser le pouvoir de décision à travers les assemblées des occupations de places et leurs émanations (comme en Espagne, les commissions dans les « accampadas »), dans l’espoir de singer les révolutions du Machrek et du Maghreb (en réutilisant, sans nécessité réelle, et de manière fétichiste les réseaux sociaux type facebook), les indignés n’ont fait que créer un état dans l’Etat, ersatz de démocratie représentative et de parlementarisme bourgeois où toute volonté de s’organiser à la base et d’agir localement ont été rendus simplement impossibles, notamment lorsqu’à Barcelone la volonté de scission dans l’occupation, pourtant majoritairement votée a été censurée par la tribune de l’assemblée, ou que tout débat sortant du cadre a été simplement saboté. Encore comme à Athènes où les indignés ont appeler à dénoncer les auteurs « d’actes violents » et à les jeter à la police : soutenant ainsi la répression d’Etat au nom de la non-violence ! En restant prisonniers d’une rhétorique a-politique creuse, de mode de prise de décisions autoritaires et bureaucratiques, d’un pacifisme abstrait et dogmatiquement non-violent, les indignés ne font que participer au maintient du statu quo, brimant toute participation de révoltés ou de révolutionnaires et ouvrant au contraire la voie à des forces réactionnaires qui n’avaient pas eu jusqu’ici voie au chapitre sur la place publique. Abandonner la perspective révolutionnaire au profit de « l’indignation en mouvement », c’est tresser la corde avec laquelle on voudrait nous pendre .

Se cantonner à cette indignation pacifiée, et focaliser sur « les banquiers » (même si ces derniers ont, comme d’autre leur responsabilité dans l’exploitation et les conditions de vie misérable de la majorité de l’humanité) c’est ne pas voir que partout dans le monde depuis le début de la « crise économique », des révoltes, des insurrections et des situations révolutionnaires éclatent partout non seulement contre les banques, mais surtout contre le capitalisme, l’Etat, les gouvernements, leurs classes dominantes et leurs flics, leurs lois, leurs tribunaux, leurs prisons, et leurs armées. C’est ne pas voir que les plans d’austérité et les « réformes de la fiscalité et du système bancaire » ne sont que les politiques des mêmes gouvernements et de la même bourgeoisie qui se prétend victime de la « crise » et en est la principale bénéficiaire, pour sauver leur économie et protéger leurs privilèges.

Il faut traduire la colère en actes ! Contre le capitalisme, contre l’Etat :

VIVE LA REVOLUTION SOCIALE !

L’économie est malade ? QU’ELLE CREVE !

Quelques anarchistes

source : Indymedia Paris, le samedi 17 Septembre 2011.

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Combien d’amis le pacifisme compulsif a sur facebook ?

[Grèce – 25 Mai 2011]

Le 25 mai depuis l’après-midi près de 40000 genre de néo-grecs ont rempli la place Syntagma, validant ainsi de la pire des manières le mémorandum de la troïka, les mesures d’austérité et le privilège de l’exclusivité quand à l’usage de la violence de la part de l’Etat.

Hier, des nécrophiles petits bourgeois ont pris place là ou il y a tout juste deux semaines l’Etat attaquait férocement la manifestation de la grève du 11 mai établissant le record de centaines de têtes ensanglantées, et envoyant le manifestant Yannis Kafkas à l’hôpital dans le coma; quelques jours plus tard, un peu plus loin de Syntagma eut lieu une ascension sans précédent de violence raciste et de cannibalisme social – dans d’autres quartiers déclassés du centre d’Athènes se répétèrent les attaques de flics et de fascistes contre des maisons, et magasins d’immigrés ainsi que contre des squats anarchistes, les nervis fascistes ont utilisé comme prétexte l’assassinat de Manolis Kantaris, dans le même temps des groupes de néo-nazis lançaient des pogroms blessant au total des centaines d’immigrés, et ont poignardé sauvagement le Bangladesh Alim Abdul Manan.

Le rassemblement pacifique a eu lieu alors que quasiment dans le même temps des compagnons se rassemblaient sur la place Victoria pour résister activement contre la terreur d’Etat, les ségrégations raciales et cette merde d’ossature étatique.
En accord avec les normes du pathétique et réformiste mouvement espagnol ‘Democracia Real YA’ et le ‘Geração à rasca’ des pacifistes portugais, un nouveau rassemblement apolitique a été appelé sur Facebook, en face du Kynovoulio Grec cette fois [Kynovoulio, Doghouse lieu de Koinovoulio, le Parlement – un jeu de mots intraduisible ]. La présence symbolique de flics en face du monument du soldat inconnu ne doit pas nous tromper. Ce n’était pas seulement la police anti-émeute qui défendait les symboles du pouvoir mais surtout le grand nombre des « citoyens indignés » qui ont pleinement déclaré allégeance aux patrons et à l’Etat.

Le pacifisme compulsif d’un pseudo mouvement de résistance était, est et sera une version supplémentaire de la violence d’état. Où qu’ils soient les partisans du régime parlementaire proposent d’étendre le pacifisme pour manipuler les foules et canaliser la rage des peuples sur les voies du réformisme dans le système existant sans le renverser. Après tout c’est justement des manifestants pacifistes et démocratiques que demande l’Etat et le capital.

Ces premiers rassemblements, que se soient sur la place Syntagma à Athènes ou sur les autres points centraux des autres villes de Grèce constituent des votes de confiance informels à un système pourri dans son fondement. Nous voyons au niveau européen que de tels mouvements fonctionnent comme des soupapes contre la guerre sociale et de classe. Ce que la matraque d’un flic et le couteau d’un facho ne peuvent pas atteindre l’est par la propagande de « facebookeurs » apolitiques et réformistes.

Le mouvement antagoniste et les dissidents radicaux doivent la nature réactionnaire et contre-révolutionnaire de ces contrefaçons des révoltes du monde arabe. Une des caractéristiques fondamentales du capitalisme et son pouvoir à transformer et absorber les voix de ceux qui le défient. En désignant par des mots tels que rage, révolte, révolution, le système et ses supporters espèrent ainsi rabaisser le mouvement de libération social et le détourner sur des voies incolores pour eux-mêmes.

Les avertissements donnés par les madrilènes aux campeurs de Syntagma tel que « pas d’attaques émeutières » ont été entendus par énormément de gens. La presse du régime reproduit, invente et orne les arguments pacifistes, les vendant comme le seul espoir de perspective.

Tant que nous n’agissons pas pour prendre les moyens de production, abolir la propriété, qu’une rébellion multiraciale qui mette en place des structures mutuelles et auto-gérées, qu’au lieu de ça nous abandonnons nos drapeaux et nos armes à Syntagma [également à la constitution] ou n’importe où en chantant l’hymne nationale ; tant que nous restons dans une ambiance joyeuse avec des guitares et des chansons sirupeuses plutôt que de prendre une pierre, nous restons les esclaves des patrons.

Trois (des plus nauséabondes) points de la soi-disante première assemblée ouverte de Real Democracy Now sur la place Syntagma extraits du sîte officiel du mouvement :

– Les jeunes sortent paisiblement avec l’âme et la foi pas comme en décembre 2008 ; nous sommes tous matures

– L’autre jour des gens d’extrême droite ont battu et poignardé des immigrants, des immigrants venant des pays pionniers qui ont lancé toutes les mouvements insurrectionnels de ces derniers mois

-Après les HNS de Velos [mutineries] et Polytechnique [soulèvement de 1973] c’est le premier geste de démocratie et d’élévation morale en Grèce.

Texte anarchiste grec traduit par le site « Contra-info »

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Plusieurs autres textes critiques (à boire et à manger) des mouvements « Indigné » et assimilés : http://rebellyon.info/Pour-une-compilation-de-reflexions.html

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La guerre sociale au Brésil : « Des éclats un peu sociaux ».

http://www.scmp.com/sites/default/files/styles/980w/public/2013/10/22/brazil_protest_xsi116_38736895.jpg?itok=kbdS2S3d

13 Juillet 2014

[Aujourd’hui : jour de la finale de la « coupe du monde » de football au Brésil, nous relayons un ensemble de documents reçus par mails pour publication et/ou collectés sur ces derniers mois et qui nous semblent dignes d’intérêt sur les mouvements de révoltes furieux qui secouent le Capital et l’Etat au Brésil depuis maintenant plus d’un an et demi.

Mouvements contre l’appauvrissement généralisé et la destruction des conditions d’existence (habitant-e-s des favelas chassé-e-s et manifestant-e-s blessé-e-s et même tué-e-s), l’augmentation du « prix de la survie », la gentrification (notamment à Rio de Janeiro) lié à tout un ensemble de projets de restructuration urbaine, notamment en rapport avec la coupe du monde et ses projets pharaoniques de construction de stades et autres délires.

Pendant des semaines et des mois : des grèves, des manifs et émeutes géantes ont culminées l’année dernière avec l’attaque « spectaculaire » du parlement de l’Etat de Rio et les flics chassés des rues. Depuis, de nombreux mouvements de luttes et de révoltes ont continué, black blocs dans les grandes villes, grèves massives dans les transports et dans l’éducation, occupations, etc.

Des lois anti-terroristes ont été votées par le gouvernement qui permettent d’instaurer une sorte de couvre-feu et ont rendu possible la condamnation des récalcitrant-e-s à de lourdes et longues peines, sans compter les camarades et compagnon-e-s condamné-e-s à plusieurs années de prison suites aux émeutes et actions, notamment en black bloc, qui ont eu lieu depuis un an.

Pendant toute la durée du « Mondial », ces mouvements de révoltes, (manifestations interdites et grèves interdites comprises), bien qu’étouffés par l’écrasante présence policière, et même l’occupation des rues par la police militaire (les « tropa de choque ») ont continué : contre « La Coupe » et le monde qui va avec…

Hier, veille de la finale, la police a encore arrêté préventivement des dizaines de personnes directement à domicile, très certainement des camarades et compas, avec ordonnances de perquisition pour protéger la FIFA et la messe finale de son grand business.

Pour aiguiser un peu notre colère : rappelons quand même que Michel Platini, membre du comité exécutif de la FIFA et président de l’UEFA, déclarait à la presse fin avril « Faut absolument dire aux Brésiliens qu’ils ont la Coupe du monde, qu’ils sont là pour montrer la beauté de leur pays, leur passion pour le football et que, s’ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien pour le Brésil et pour la planète football, quoi. »

Ultime preuve, s’il en était besoin, que la FIFA est aujourd’hui plus que jamais une puissante multinationale capable de dicter sa loi, et dont les membres dirigeants réclament cyniquement aux pauvres la paix sociale que l’Etat leur imposera de toute façon, par la terreur s’il le faut : pour les fausses joies du très lucratif spectacle footballistique.

Mais rien n’est finit : tout continue !

Amitiés, solidarité, rage et courage à celles et ceux qui se sont battus, et se battent encore !

Le Cri Du Dodo]

Rio de Janeiro (Brésil): La police arrête des dizaines d’activistes à la veille de la finale de la Coupe du Monde

12 Juillet 2014

Source : Squat.net

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Ce samedi 12 juillet 2014, à la veille de la finale de la Coupe du Monde, une vingtaine d’activistes ont été arrêtés chez eux. 60 ordonnances de perquisition et de détention provisoire ont été données à des personnes accusées de participer à des mouvements sociaux. Pour l’instant, 19 ont été effectuées. Les ordonnances ont déterminé cinq jours de détention provisoire. Les activistes ont été amenés à la « Cité de la Police » (Cidade da Policia), un gros complexe de commissariats créé l’année dernière pour centraliser les informations et les actions de la police militaire de Rio de Janeiro. Ensuite, les personnes arrêtées seront amenées à la prison « Bangu 8″ dans la journée.

À la veille de la finale du Mondial, où une grosse manifestation sous le nom « La Coupe du Monde n’aura pas lieu » (le fameux slogan né l’année dernière) est prévue, ces arrestations, sans aucune preuve ou justification concrète, servent à criminaliser et à bloquer les mouvements sociaux. « La courte durée de la détention met en évidence le but de l’Etat de neutraliser, réprimer et effrayer les personnes qui utilisent les manifestations comme un moyen d’expression et de lutte pour la justice sociale » (« Justiça Global »/ Justice Globale).

Une des personnes arrêtées raconte que la police a embarqué son portable, un masque à gaz et un t-shirt d’une rencontre des mouvements sociaux lors de l’arrestation chez lui. Les ordonnances de perquisition ont été effectuées à partir de 6h30. Les personnes arrêtées sont arrivées à la « Cité de la Police » vers 7h30. A l’arrivée au commissariat, la seule personne qui était menottée était un activiste noir…

Ce n’est pas la seule mesure prise par les autorités pour empêcher la dernière manifestation le jour de la finale de la Coupe du Monde : 30 000 flics ont été envoyés pour faire la « sécurité » du stade Maracanã. Les rues aux alentours du stade ont été bloquées au petit matin, pour le match de demain. On ne peut pas continuer à vivre dans un « État d’exception », où des personnes se font arrêter et emprisonner sous la seule accusation de participer à des manifestations. Cette Coupe du Monde a été la Coupe des expulsions de favelas, de la violence et des assassinats par la police. Elle devient aussi la Coupe du Monde qui veut faire taire les personnes qui se battent contre la misère, l’exploitation et les injustices commises pour organiser ce méga-événement.

À bas la dictature de la FIFA et de l’État Brésilien !

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Brésil : Introduction au Black Bloc par quelques participant-e-s

Source : Réseau Contra Info, contrainfo.espiv.net

[Nous relayons la vidéo et son texte malgré quelques réserves sémantiques, pour la contre-information, mais aussi parce qu’en dehors de ça : nous partageons l’essentiel et le fond du message. La vidéo est accompagnée d’une traduction en sous-titre]

Texte de la vidéo :

Pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi les personnes actives dans le Black Bloc utilisent des tactiques militantes de destruction des biens des multinationales: les militant.e.s du black bloc ne sont pas des manifestants! Ils ne sont pas là pour protester! Ils sont là pour mener à bien l’action directe contre les symboles et les mécanismes de l’oppression. Leurs actions visent à provoquer des dommages matériels contre les institutions oppressives.

Cependant, plus important encore, ils agissent avec l’intention performative pour illustrer de façon dramatique que les gens ont le pouvoir, même quand ils sont confrontés à la force écrasante d’un Etat policier; que les entreprises et les institutions ne sont pas aussi puissantes que ce qu’elles aimeraient nous faire croire et lorsqu’elles essaient de nous dissuader c’est vraiment entre nos mains de résister.

Puisqu’ils persistent à nous attaquer, défions l’autorité et renversons l’ordre et les lois. Ceci ne signifie pas que nous devrions abandonner l’éthique, l’humanité, ou cesser de nous soutenir entre êtres humains. Ce sont des leçons essentielles que les gens devraient se rappeler aujourd’hui plus que jamais. La police ignore ouvertement les droits des êtres humains. Pour eux, les gens ne sont qu’une masse docile, facilement contrôlable et manipulable.

La plupart des gens devraient être d’accord sur le fait que que ce sont ceux au pouvoir qui devraient craindre le peuple, et apparemment, ils ont perdu cette crainte salutaire; ainsi l’activisme militant est l’effort de garder cette menace vivante, insistant  sur le fait que faire des sit-ins et brandir des pancartes ne le sera jamais.

Plus nous oublierons que nous détenons le pouvoir de nous rebeller contre ceux qui essaient de nous dominer, plus ils nous domineront.

 

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Génocide et spectacle : 

Une réflexion anarchiste sur le contexte à Rio de Janeiro : l’opération Choc de l’Ordre, la Coupe du Monde de la FIFA et les Jeux Olympiques d’Été de 2016 au Brésil.

Texte écrit en Septembre 2011

Pdf de la brochure

Source : première traduction en septembre 2012 par le réseau Contra Info (contrainfo.espiv.net) et mise en page par « camotazo.noblogs.org »

Rio de Janeiro, futur hôte de la Coupe du Monde de 2014 et des Jeux Olympiques de 2016, est une métropole emblématique construite autour d’un écosystème paradisiaque et admirable [1]. Ses quartiers et ses rues contiennent le contraste du royaume marchand : disséminés autour des différentes parties de la ville, la pauvreté criante, la profonde décadence, l’abandon administratif dans leurs états les plus crus… et à d’autres endroits, le luxe hygiénique sert de toile de fond à un scénario simulé et superficiel de consumérisme et de vie confortable, constamment sous l’œil des caméras et d’une forte présence policière. Cette terre de tant d’anecdotes qui font « l’histoire du Brésil » est l’endroit où se produisent des extrémismes à caractère urbain et qui ne peuvent qu’être vécus en ce lieu, du moins dans les proportions dans lesquelles ils se manifestent.

Selon l’Indice de Développement Humain (IDH) – une mesure internationale comparative pour classifier le « développement » économique d’un territoire – il existe dans la ville de Rio une coexistence d’IDH de certains des quartiers les plus riches du monde, équivalents à ceux qu’on peut trouver dans certains endroits d’Europe, alors que plusieurs favelas ont un IDH égalant ceux de certains des pays les plus pauvres du continent africain. À l’origine de tout cela, le fait que ce fut toujours une ville où richesse extrême cohabite avec extrême pauvreté et que ce fut l’un des ports majeurs pour les humains enlevés en Afrique puis revendus comme esclaves. Malgré tout, pendant 12 ans elle fut la capitale de l’empire portugais et après l’ »indépendance » elle fut la capitale du Brésil jusqu’au milieu du XXe siècle. Si autrefois les contrastes encerclaient les palaces de la noblesse et les quartiers noirs, aujourd’hui cette différence se perçoit entre les quartiers riches opulents – de vrais Beverly Hills – et les nombreuses favelas.

La question raciale est intrinsèquement reliée à l’histoire de Rio de Janeiro. Si aujourd’hui il existe une politique si violente assiégeant cette ville, c’est sûrement parce que d’elle descend directement du régime esclavagiste. Cela date de la création d’un pouvoir public autonome et de la propre constitution de l’État brésilien. Avec l’arrivée de la famille royale du Portugal en 1808, la police de Rio fut fondée pour édifier un nouvel ordre public qui cherchait à affronter dans les rues la population réduite en esclavage, terrorisant les noirs et les pauvres avec des châtiments corporels en public et des éliminations physiques. Dans le même temps, elle combattait la résistance qui était apparue de différentes manières, à la fois de nature politique et culturelle, organisée ou non : depuis les équipées rebelles et les formations consécutives des quilombos – communautés rebelles noires [2] – à la capoeira, une technique de combat développée dans les rues et un outil inséparable des rebelles noirs organisés qui ont combattu lors de révoltes organisées durant toute cette période. La favela est la fille et la nièce de cette résistance, berceau de ces magnifiques manifestations culturelles de descendance africaine et bastion de ceux qui n’ont jamais séparé le combat du sourire.

L’origine des favelas de Rio de Janeiro émane du milieu du XIXe siècle lorsqu’avec la fin de l’esclavage une partie des affranchis migrèrent vers la capitale fédérale, s’installant de façon informelle dans des lieux qui seront connus après sous le nom de Favelas. Le premier de ces endroits à être appelé favela fut Morro de Providência [Colline de la Providence], qui se trouve près de la zone portuaire dans le centre de Rio, occupé en 1897 par des soldats noirs de l’armée brésilienne qui revenaient de la Guerre des Canudos et qui avaient cessé de toucher leurs soldes ; sans moyens financiers, ils allèrent vivre sur la colline dans des baraques temporaires. Le terme favela vient du camp de Canudos qui se situait dans la province de Bahia et qui fut construit sur une colline où poussaient beaucoup de plantes d’une espèce populairement connue sous le nom de Favela ou Faveleiro. Cette plante fut aussi trouvée à Morro de Providência, ce qui lui valut le nom de Morro da Favela [Colline de Favela]. Avec le temps, le terme commença à être utilisé comme façon de désigner les lieux d’habitation populaire. La favela, d’un point de vue urbain, est la descendante des quartiers d’esclaves [senzalas], et apparaît comme l’un des représentants majeurs du ségrégationnisme aigu, de l’isolement, des déchets humains, dans un régime qui avait substitué le travail d’esclave à l’esclavage salarial, vu que les temps avaient changé et qu’il y avait un besoin de formes différentes d’exploitation.

D’autre part, la favela est la représentante de la résistance culturelle noire qui a continué à se développer dans des manifestations culturelles comme la samba, la capoeira et les religions d’origine africaine (comme la candomblé et l’umbanda), en plus d’être l’habitat naturel de l’authentique système D brésilien. Ainsi le policier de Rio est le « capitão-do-mato » moderne (ceux qui capturaient les esclaves et les ramenaient à leurs maîtres), qui a juste substitué le fusil au fouet. Si avant, le mépris de la vie se traduisait dans l’image de l’esclave noir, aujourd’hui il se reflète dans la figure de l’habitant de la favela.

La réalité d’aujourd’hui

Ce qui se vit actuellement c’est une guerre civile à un niveau de conflit urbain armé inconnu en Amérique latine, camouflée en « guerre contre le trafic de drogue ». Les favelas ont toujours été contrôlées par les trafiquants de drogue ou par les milices locales [3] et plus récemment par la police qui utilise un large arsenal pour défendre son territoire. Les balles sont aussi quotidiennes que le riz et les haricots (la base du régime brésilien).

Sans aucun doute l’économie de Rio tourne autour du tourisme et bien sûr la ville est l’une des destinations touristiques les plus prisées de la planète. La « merveilleuse ville » est pleine de richesses pour tous ceux qui ont les conditions économiques pour les consommer. Une spéculation foncière et un embellissement rendu nécessaire pour le maintien d’une atmosphère de ville confortable pour ces gens. Cette situation mène à une constante et chaque fois plus grave criminalisation de la pauvreté, qui apparaît sur différents fronts et zones dans le contexte actuel, déguisée en réformes urbaines et améliorations de la qualité de vie de la population. Mais en réalité ce sont les voies vers des projets économiques mégalomanes entrepris par une série de partenariats public-privé.

La réalité sociale de Rio de Janeiro rend chaque fois plus explicite la ligne étroite articulée autour de différentes stratégies de gestion étatique, se trouvant quelque part entre la dictature et la démocratie. Au final, torture, élimination physique et incarcération (qui ont gagné de la visibilité lors de la dictature militaire afin de toucher des secteurs de la classe moyenne) ont toujours été une réalité pour les noirs, les pauvres et les habitants des favelas. Dans une période démocratique si acclamée il y a des faits qui deviennent de plus en plus présents. Plusieurs tactiques bien distinctes ont été utilisées, découlant de la nouvelle politique administrative de l’État (dans les mains de Sérgio Cabral Filho depuis 2006) et de la préfecture de la ville (tenue par Eduardo Paes depuis 2009), des initiatives qui viennent de différents endroits :

1) La guerre informelle contre les vendeurs à la sauvette qui, face à cette réalité, choisissent l’un des plus importants moyens de survie pour ceux qui sont sans le sou.
2) La reprise du contrôle de zones précédemment contrôlées par le trafic de drogue.
3) Les programmes de développement urbain, comme la revitalisation des environs du port.
4) L’écrasante présence de drogue comme le crack, ou plus récemment l’oxi [Ndt : mélange de pâte de cocaïne, d’essence, de kérosène et de chaux vive, qui se fume comme le crack], qui renforce le contrôle sur la population.

En plus de tous ces éléments, l’extermination actuelle de civils par la police, morts justifiées comme des dommages collatéraux dans une supposée guerre contre le trafic de drogue et souvent passée sous le coup de la dénommée Autos de Resistência – lorsque les assassinats de la police sont considérés comme étant la faute des victimes [4] – pour camoufler des exécutions sommaires. Ce qui se passe dans la pratique est un génocide silencieux qui loin de viser les groupes qu’il a pour cible – dans ce cas-ci les barons de la drogue – affecte surtout toutes les couches populaires qui se trouvent dans la zone du conflit. Le nombre de morts dans les mains des forces de police de Rio de Janeiro est extrêmement élevé. Prenons les trois dernières années pour exemple : en 2008 il y a eu 611 morts, en 2009 ils étaient 495, en 2010, 545 – chiffre qui équivaut plus ou moins aux victimes des pluies qui ont touché la région montagneuse au-dessus de la ville de Rio de Janeiro, en janvier 2011, considéré comme le « plus gros désastre naturel » de l’histoire du Brésil.

Avec de sinistres chansons qui glorifient la guerre et qui sont partie intégrante de sa formation, le BOPE (Bataillon d’Opérations Spéciales de Police) ne s’embarrasse d’aucun doute quand à ses missions d’après la chanson qu’ils chantent : « Homme en noir / Quelle est ta mission ? / C’est d’envahir la favela / De laisser des corps sur le sol », voire : « J’infiltrerai une favela / Avec un fusil dans ma main / Je combattrai l’ennemi / Provoquerai la destruction ». Le BOPE a été conçu et entraîné pour être une machine de guerre et exterminer les habitants des favelas. Le fait qu’ils aient un crâne comme logo n’est pas du pur symbolisme.

L’un des projets pilotes de l’actuel gouvernement au pouvoir, faisant partie de la logique de restructuration et d’embellissement de la ville, ce sont les machiavéliques UPP (Unités de Police Pacificatrice). Ce sont des unités de la police qui par des invasions permanentes reprennent le contrôle des communautés qui étaient précédemment sous la coupe des barons de la drogue.

Coïncidence ou non, toutes ces communautés sont des favelas qui se situent dans des zones à fort intérêt économique, telle la zone au sud et les terrains nobles de la zone nord, ainsi que des zones d’intérêt touristico-économique [5]. Les UPP apparaissent comme le point culminant de la « guerre » contre le trafic de drogue, et marquent un moment où l’État donne finalement une réponse plus efficace et énergique aux trafics. La présence permanente de la police dans la communauté signifie qu’elle peut agir en toute impunité (une sorte d’état d’exception non-déclaré), agissant sans scrupules grâce à l’inconstitutionnalité, envahissant sans cesse les maisons et terrorisant les habitants. L’ironie est que dans aucune des communautés où l’UPP agit en ce moment le trafic de drogue n’a disparu ; bien au contraire, le commerce se développe, même si les trafiquants fanfaronnent moins avec leurs armes et donnent des pots-de-vin à la police afin de poursuivre en toute tranquillité leur business.

Les UPP sont profondément en lien avec le processus de nettoyage socio-économique des quartiers qui se déroule dans plusieurs parties de Rio de Janeiro, agissant comme les précurseurs d’un processus innovant de gentrification [6] des aires des favelas. Comme champ de leur intervention, les branchements clandestins sur les réseaux électriques ou d’eaux ont été coupés, causant un accroissement drastique du coût de la vie quotidienne pour les plus pauvres et renforçant ainsi une sorte de processus d’expulsion graduel.

Dans le sud, des baraques sont vendues et louées à des prix incroyablement élevés et dans le même temps des assainissements sanitaires sont pour la première fois introduits. Mais pour qui exactement ces « améliorations » sont-elles faites ? Logiquement elles sont destinées aux nouveaux hôtels (et autres sortes de marchés privés) et aux nouveaux visiteurs de ces espaces : les touristes et les individus de la classe moyenne.

Ces opérations de meurtre de masse organisées par l’État et ses partenaires privés sont seulement rendues possibles par l’insertion dans les communautés du bras gauche de ces interventions : les ONG. Partie intégrante du processus pour limiter les dommages, les institutions non-gouvernementales sont chargées d’infiltrer les favelas sous l’apparence de projets de fond pour le développement social. La présence de ces organisations dans les communautés est, à son tour, marquée par l’ambiguïté. Alors que ces institutions « facilitent » le développement socioculturel au niveau local, derrière leurs implantation il y a, depuis le début, le caractère pacificateur et les profits générés grâce aux exonérations d’impôts et aux investissements transnationaux, qui sont souvent une source de revenus, en plus de leurs activités dans le recensement et le fichage des résidents, les incitant aussi à assumer le rôle d’indics dans la communauté. Il existe des cas similaires qui concernent les programmes plus récents du gouvernement fédéral, près des zones urbaines classées comme « à risque » (elles sont touchées par le programme pilote appelé Fica Vivo [Rester en Vie]).

C’est dans ce décor général de revanche et d’invasion ostensiblement militaire que le Choque de Ordem [Choc de l’Ordre] s’intègre. Un projet crée depuis début 2009 par le maire en poste Eduardo Paes, organisé par le Secrétariat à la Sécurité Publique, rassemblant différentes composantes comme la police municipale, la police civile et militaire, l’entreprise de collecte des déchets Comlurb et le Secrétariat au Logement, pour lancer des actions coordonnées en vue du « rétablissement de l’ordre dans la ville ». L’opération se concentre surtout sur la lutte contre les camelôs [vendeurs à la sauvette], sur l’expulsion par la force des sans-abris – que ce soit des accros au crack ou non – et sur les innombrables expulsions de maisons considérées comme illégales ou n’ayant pas les papiers en règle, comme c’est le cas des squats urbains, des favelas ou de parties de favelas qui sont déplacées car situées dans le chemin de ces réformes.

Le projet Porto Maravilha [Port Merveille]

L’un des projets actuels majeurs de ré-urbanisation de la ville de Rio de Janeiro est, bien entendu, la revitalisation de la zone portuaire, appelée Porto Maravilha et qui est l’initiative publique-privée la plus importante du Brésil. C’est une société formée par la municipalité, l’État, la région et des initiatives privées. Toute la région du port s’est privatisée, passant dans les mains de trois entreprises privées pour les quinze années à venir. Les mots du maire lui-même : « Quel est le rêve de chaque entreprise privée ? Faire de grands profits constants dans le temps et sans risque. La ville de Rio réalise le rêve de trois d’entre elles : OAS, Odebrecht et Carioca Engenharia, qui ensemble forment le consortium qui gère Porto Maravilha. L’ingénieux partenariat public-privé ne peut pas être vu d’une autre manière : un transfert d’argent public à trois grandes entreprises privées, sans avantages apparents pour l’État. »

Le projet couvre une superficie de 5 millions de mètres carrés, dont les limites sont les avenues Presidente Vargas, Rodrigues Alvers, Rio Branco et Francisco Bicalho. Il passe par quatre quartiers : Centro, Santo Cristo, Salud et Gamboa. Les investissements incluent la création et l’implantation de musées, la construction de luxueux mouillages pour les croisières touristiques, la construction d’immeubles d’habitation pour la classe moyenne, la construction de l’aquarium le plus grand d’Amérique Latine, en plus de nouveaux sièges de banques, qui incluent la Banco Central. La première phase de construction a débuté en 2009 et est toujours en cours, avec des mises en œuvre basiques comme l’installation de nouveaux réseaux hydrauliques et la ré-urbanisation de Morro da Conceição. La nouvelle phase de travaux a commencé en 2011 et inclut des réalisations plus importantes comme la démolition du viaduc du Perimetral, situé au-dessus de l’avenue Rodrigues Alves. L’objectif est de terminer tous les projets de ré-urbanisation pour 2015.

En toile de fond de ce projet une série d’opérations répressives et de violations de la dignité des personnes sont menées jour après jour. Durant de nombreuses années le quartier du port a été une des zones les plus négligées et méprisées de la ville de Rio de Janeiro, lieu de presque quatre siècles d’histoire d’effusion de sang et de résistance politique et culturelle, de nombreuses fois un refuge et une alternative pour ceux qui trouvent dans l’occupation d’immeubles vides une forme pratique pour accéder à un logement. On ne compte plus les expulsions qui ont concerné les squats, en plus de maisons à Providência qui ont été détruites pour construire un téléphérique.

La favela de Providência a depuis avril 2010 sa propre UPP qui garantit la « sécurité » pour le bon déroulement des projets. En plus de tout cela, de mystérieux incendies ont touché des squats, des communautés (comme celle de Rato Molhado dans le nord) et des commerces informels (comme celui qui fut probablement le plus important de ces incendies et qui a consumé le marché ouvert de Central do Brasil le 26 avril 2010). On remarquera que ce marché populaire était situé très près de la caserne de pompiers de Rio de Janeiro, et malgré ça, les secours ont mis plus d’une heure à arriver. Ce n’est pas un hasard si la mairie avait déjà des plans de « revitalisation » pour ce lieu.

Dans la pratique ce projet n’est rien de plus qu’un des pivots du processus de maquillage que la ville est en train de faire. C’est la préparation pour les grands événements à venir : le mondial de foot en 2014 et les Jeux Olympiques en 2016. À l’instar de toutes les opérations hygiénistes, il s’agit de la prise, par la classe la plus riche, d’une zone antérieurement occupée par les classes plus pauvres.

Il n’est pas possible de savoir avec certitude sur quoi vont aboutir ces opérations si atroces et soudaines. Mais, de fait, on peut déjà faire des prévisions, suggérées par ce qui est évident pour n’importe quel œil observateur. Les questions les plus inquiètes restent noyées par les années « prometteuses » des mégas événements de 2014 et 2016, dans un scénario désastreux d’ignorance, de peur et d’égocentrisme touristique.

La confusion est apaisée par le fanatisme insensé d’un esprit sportif chaque fois plus publicitaire, piégé dans une vague de marketing belliqueux, qui déclare à l’ordre du jour l’extermination ouverte pour satisfaire les objectifs des marchés financiers incarnés par les travaux publics et la spéculation immobilière. Dans un futur pas si lointain, après l’hébétude des Jeux, nous ferons face à des questions auxquelles il n’y a eu que des mauvaises réponses délibérées, des choses accumulées laissées de côté par négligence, que seulement la guerre sociale déclarée peut combler [7].

Jusque là et dès maintenant, nous assumons déjà une position : notre refus est inflexible, le futur est déjà maintenant.

Le squat Flor do Asfalto

« Les vauriens déambulent d’un port à l’autre. Face à la machinerie lourde, ils observent avec consternation les nombreuses faces d’un futur laissé pour plus tard. Des rumeurs d’effondrement, des jours de guerre… des minutes de passions arrachées des souterrains, des îles et des rues. Le quai est là, mais il y a aussi des ports hallucinés / Dans le chaos du port flotte, fait de tissu noir décoloré, un drapeau pirate, agité par la brise de la mer et la vitesse des machines… et nous savons que c’est par là-bas qu’errent ces renégats. De port en port, « ils crachent la fumée de cigarette  » : peut-être qu’il y a plus à tirer d’un crachat même que de n’importe quelle morale civilisée.  » (Collectif Casa Aberta – Les pirates malades ne disent rien…)

Issue de l’initiative de plusieurs personnes du milieu libertaire, la Flor do Asfalto a été occupée le 17 octobre 2006, sur l’avenue Rodrigues Alves, ayant comme objectif, en dehors d’être un lieu de vie collectif, de se convertir en un espace de création politique et contre-culturel. Depuis lors, diverses initiatives et projets ont commencé à germer dans ce lieu, comme la mise en place d’une bibliothèque, d’ateliers d’art et de sérigraphie, un herbier, parmi différentes pratiques visant un mode de vie plus respectueux et en plus grande harmonie avec la terre, comme l’entretien d’un jardin potager et d’un système agro-forestier. Durant ces 5 ans il y a eu beaucoup d’initiatives et d’activités développées à la Flor, depuis des ateliers et des discussions jusqu’à des fêtes et des concerts. La Flor assume publiquement sa posture de confrontation avec la réalité existante, ses relations de pouvoir et ses politiques oppressives, en mettant en avant la nécessité de la réappropriation de la vie pour ceux qui s’investissent en son sein et la guerre vécue à chaque moment de l’existence.

Les différentes ruptures et alternatives avec ce monde ne se font pas seulement comme alternatives en elles-même, mais comme confrontation, intervention dans la réalité et positionnement radical au milieu de l’œil du cyclone. Actuellement, le squat voit ses jours comptés car il se situe juste dans la zone qui comprend la nouvelle phase de travaux du projet Porto Maravilha. Ce sera l’une des prochaines cibles des attaques qui précèdent les travaux. En maintenant le refus ferme de l’existence de l’État et de ses appareils répressifs, comme la police, on n’envisage pas la possibilité de dialoguer ou de trouver un accord. Y compris en considérant, dans certaines occasions, une telle possibilité, il faut toujours garder en tête que le jeu des lois fait partie du jeu de l’ennemi.

Se bouger, ne pas rester dans l’inertie, ça a été la stratégie utilisée pour contrecarrer ce moment. C’est pour ça que depuis l’intérieur du squat des communiqués sont vociférés, expliquant les positions de ses occupants, visant la création de liens de solidarité qui crient et résonnent au-delà des lignes imaginaires de la ville de Rio de Janeiro, vu que ces liens, dans des moments comme celui-ci, sont sans hésitation le meilleur arsenal que peuvent trouver les opprimés rebelles.

Version originale publiée en portugais en septembre 2011, sur le blog diasemcompras.wordpress.com.

Notes

[1] L’écosystème où se situe la ville de Rio de Janeiro est la Mata Atlântica (forêt tropicale de l’Atlantique), qui a été la seconde forêt tropicale la plus grande d’Amérique du Sud et qui comprenait toute la zone de la côte du Brésil jusqu’à l’Argentine et le Paraguay. Actuellement il ne reste que 10% de tout ça. Et même ainsi cela reste l’un des écosystèmes les plus diversifiés de la planète.

[2] Les quilombos sont des zones autonomes qui existent dans beaucoup d’endroits du territoire brésilien, avec de grandes concentrations de descendants d’Africains faits esclaves pendant des siècles. Crées par les anciens esclaves fugitifs et rebelles, normalement dans des zones plus éloignées des villes mais aussi dans les périphéries urbaines, basées sur une économie de subsistance, mais maintenant aussi un conflit et des attaques constantes contre le régime esclavagiste. Le premier, et certainement le plus remarquable, a été celui de Palmares, situé dans la Serra da Barriga, Alagoas, et qui a duré plus de cent ans (entre les XVIe et XVIIe siècles). Il y a encore beaucoup de personnes qui possèdent la légitimité de l’héritage de ces terres, reconnues sur des papiers et légitimées à travers les luttes de ces gens. Certains des projets récents de ré-urbanisation se basent sur l’intolérance déclarée envers ces données et preuves historiques, et trahissent littéralement ces communautés quilombos, en les expulsant de leurs terres sans aucune considération envers ces écrits ni envers l’histoire de la résistance quilombo.

[3] Les milices sont des groupes paramilitaires formés par des ex-policiers et pompiers, entre autres, qui ont pris le contrôle clandestin de plusieurs favelas.

[4] Juridiquement ça serait la justification pour la police d’exercer des violences. L’exécution serait la conséquence de la résistance offensive du « criminel ».

[5] Il y a des projets spécifiques pour le complexe d’Alemão, parmi d’autres quartiers, qui incluent l’installation de téléphériques dans les communautés, pour que les touristes aient une vue panoramique.

[6] Gentrification ou embourgeoisement (de l’anglais gentry) : intervention urbaine qui fonctionne à travers la réoccupation de parties de la ville, sur la base des plans « d’embourgeoisement urbain », l’expulsion des plus pauvres pour que la classe moyenne repeuple le lieu. Un terme aussi très utilisé, spécialement par les mouvements de résistance contre ces opérations, est celui « d’hygiénisation/nettoyage », qui met en évidence l’aspect classiste de nettoyage social inclus dans ces mesures. Ces politiques urbaines sont accompagnées d’autres mesures sociales pour assurer leur efficacité, qui avec fréquence se convertissent en une guerre déclarée contre les pauvres qui habitent ces zones, un vrai massacre annoncé. Certains urbanistes ont utilisé le terme ambigu et dangereux de « régénération », parce que, au-delà de sa connotation de classe, dans certaines villes ces mesures ont un caractère évidemment raciste. Les programmes de gentrification sont la même chose que ce que les gouvernements et leurs partenaires privées appellent « revitalisation » et qui à Rio de Janeiro sont identifiés par le terrifiant processus de « choc de l’ordre ».

[7] Il faut garder en tête que ce texte a été écrit en 2011, car bien évidemment depuis 2013 il y aurait beaucoup de choses à rajouter sur la tension sociale provoquée par les expulsions, la violence policière et les projets faramineux développés pour la coupe du monde et les Jeux Olympiques.

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Brésil: Contre la FIFA et son monde, les manifs et actions continuent

Source : Squat.net ,

Juin 2014

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Les dernières nouvelles qu’on avait données sur les luttes au Brésil datent des 19 et 20 juin (à lire ici et pour São Paulo, et ici pour les autres villes brésiliennes). Depuis, la mobilisation n’a pas cessé, et continue de prendre plusieurs formes. Voici à nouveau plusieurs exemples de ce qui se passe là-bas, compte-rendu chronologique du 20 au 25 juin:

Vendredi 20 juin 2014 – Rio de Janeiro

Extrait à peine retouché d’un article paru sur Le Chat Noir Émeutier:

Quatre rassemblements de résistance se sont tenus dans le centre-ville: le premier, le festival de juin « Fifa go home » organisé par le FIP (Front Populaire Indépendant). Le deuxième, une manif des enseignants en grève à Lapa, et le troisème sous le slogan « Dictature Carioca« , pour se rappeler du soulèvement du 20 juin 2013, date à laquelle plus d’un million de personnes avaient pris les rues et avaient fait face à une féroce répression policière. Enfin, un autre rassemblement s’est tenu dans le quartier de Candelaria, en face de la municipalité, sous le slogan « 20 juin: le retour du géant » pour demander une amélioration des transports, de l’éducation et de la santé. Les trois premières manifs se sont rejointes à proximité des Arches de Lapa autour de 19h, secteur du quartier Lapa qui est aujourd’hui un bastion des bobos et des touristes. Les flics étaient de sortie avec camions à eau, des centaines de keufs des bataillons de choc et hélico (à ce sujet, l’Etat brésilien a créé durant l’année une brigade de keufs – appelée « Lapa presente » – spécialement pour protéger la population aisée de Lapa).

Immédiatement, les flics ont tenté d’arrêter des manifestant-e-s, en bloquant une des rues du secteur (la rue Mem de Sá). Les gaz balancés ont pu encrasser les poumons des touristes qui buvaient en terrasse. Ces derniers ont crié sur les manifestant-e-s en anglais, ne comprenant rien à la situation, en attestent les mots qu’ils ont pu dire: « Quel est le problème?« . Un-e manifestant-e lui a répondu que le problème, c’était la Coupe du Monde. Le touriste a réagi par la peur: « Alors le problème, c’est moi ? » puis le manifestant-e a répondu: « Le problème ce n’est pas seulement vous, ce sont tous les gens qui collaborent avec la Coupe du Monde de la pauvreté, de la violence et de l’exploitation« . Bien que sept personnes ont été arrêtées (selon les médias bourgeois) pour port de cagoule, la manif a continué sous escorte policière pendant quelques heures. Au festival du FIP, le slogan « FIFA go home » était visible depuis les murs blancs et tous propres du secteur (les services municipaux se sont activés pour rendre le quartier agréable pour les riches avant le début de cette Coupe… tout ça faisait partie des règles fixées par la FIFA quant à l’organisation de cette fête de la domination). Ce festival a pu se tenir une bonne partie de la soirée avec le vol incessant des hélicos au-dessus de leurs têtes… (à noter que plusieurs festivals populaires contre la Coupe du monde ont été interdits dans plusieurs villes, notamment à Salvador).

Vendredi 20 juin – Curitiba

Un rassemblement était appelé via Facebook en fin d’après-midi sur la Praça Carlos Gomes, mais la présence massive de la Polícia Militar (PM) a empêché toute possibilité de manifestation. L’idée était au départ de manifester depuis la place Carlos Gomes jusqu’au stade de l’Arena da Baixada, où se jouait le match Honduras-Equateur. Mais sur la place, les flics contrôlaient et fouillaient toutes les personnes qui tentaient de former ce rassemblement.

L’appel Facebook était intitulé « 1º Ato Contra a Copa« , soit « première manif contre la Coupe« , mais en réalité une manif contre la Coupe du monde, de plus de 300 personnes, avait déjà eu lieu à Curitiba, le 16 juin dernier (sans même parler de celles qui ont eu lieu en janvier et février derniers…). Des banques et des commerces y avaient eu leurs vitrines brisées, ce qui explique d’ailleurs sûrement la présence policière massive quatre jours plus tard…

Dimanche 22 juin – Rio de Janeiro

Pendant le match Belgique-Russie, plusieurs petites manifestations anti-FIFA ont eu lieu à l’intérieur et à l’extérieur du stade Maracanã. Par exemple, la photo de cette banderole du « Rede de movimentos contra a violência » (le « Réseau de mouvements contre la violence », qui lutte contre la violence policière dans les favelas depuis plusieurs années) a été prise dans le stade avant le coup d’envoi du match. On peut y lire « La fête dans les stades ne vaut pas les pleurs dans les favelas« .

Dimanche 22 juin – Recife

Le mouvement Occupy Estelita de Recife a organisé un concert en plein air. Le 17 juin, ce collectif avait été expulsé d’un terrain qu’il occupait sur les quais José Estelita pour protester contre la restructuration urbaine de ce quartier. Depuis, Occupy Estelita continue de s’organiser et d’organiser diverses actions. Plus d’infos ici en portugais.

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Lundi 23 juin – Rio de Janeiro

Une manif est partie des favelas de Chapéu Mangueira et Babilônia pour dénoncer les conditions de vie de plus en plus difficiles dans les parties les plus pauvres de la ville. La banderole « La fête dans les stades ne vaut pas les pleurs dans les favelas » était encore là, et les manifestant-e-s mettaient en avant la brutalité policière et le redoublement de celle-ci lors de grands événements comme la Coupe du monde 2014 et les futurs Jeux Olympiques de 2016, qui auront lieu à Rio. La manif a continué jusque dans les rues de Copacabana sous haute surveillance policière.

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Vers 15h, une autre manif qui était sortie de la station de métro Cardeal Arcoverde a rejoint la manif des favelas contre la violence policière. C’était une manif pour la libération de Rafael Vieira Braga. Il est la seule personne encore en prison à Rio de Janeiro après les émeutes de juin 2013. Rafael Braga Vieira, 25 ans, travaillait comme ramasseur de matériaux recyclables dans les rues de Rio, il était SDF, et revendait de vieux objets dans les brocantes de la place XV. Il s’est fait arrêter après une manif en juin 2013. Il avait sur lui des produits de nettoyage pour ses abris de fortune. Il a été arrêté en « flagrant délit » de possession d’une bouteille d’eau de javel et une autre d’alcool, et aussi un balai… Après l’arrestation, il a été mis en détention provisoire sous l’argument du « maintien de l’ordre public« . Le 2 décembre 2013, Rafael Braga Vieira a été condamné à 5 de prison ferme !

Enfin, une autre manif est apparue à Copacabana: une manif « Nao vai ter Copa / FIFA go home ! » qui a été particulièrement remarquée près de la « fan fest » de Copacabana puisque ce même jour se jouait le match Brésil-Cameroun (à Brasilia).

Les trois manifs réunies ont fini devant l’entrée de la favela Pavao/Pavaozinho. Le cortège s’était déjà plus ou moins dispersé quand des flics ont essayé d’embarquer la banderole d’un des manifestants. Il n’a pas voulu la donner et a fini par être embarqué en garde-à-vue. Oui, des fois il suffit de pas grand-chose…

Par ailleurs, une sorte de cimetière symbolique avait été mis en place sur une plage de Copacabana, pour dénoncer les morts des quartiers pauvres ainsi que les expulsions/déplacements:

À Rio, en 24 heures, au moins quatre flics ont tiré à balles réelles, tuant une personne lors d’une opération de « pacification » dans la favela Complexo Alemão…

Lundi 23 juin – Brasilia

Un rassemblement a eu lieu en marge du match Brésil-Cameroun qui se jouait dans le stade Mané-Garrincha. Les flics y étaient bien plus nombreux que les manifestant-e-s, ce qui n’a pas empêché ces dernier-e-s de brûler en public une réplique du trophée de la Coupe du monde et un drapeau brésilien…

Lundi 23 juin – São Paulo

Dans l’après-midi, un peu plus de 200 personnes ont manifesté contre la Coupe du monde, notamment sur l’Avenida Paulista. La présence policière était ultra-massive, avec bien sûr énormément de flics anti-émeute, mais aussi des flics à cheval, en voiture et en hélico. Ils étaient bien plus nombreux que les manifestant-e-s… Depuis les émeutes du 19 juin, la ville est limite en état de siège, sous occupation policière et militaire.

Dans la soirée, la manif a grossi en nombre (plus de 300 personnes) puis a tourné à l’émeute, la fameuse Avenida Paulista étant fermée à la circulation du fait des affrontements entre manifestant-e-s et policiers. Des flics ont tiré des coups de feu pour repousser des manifestant-e-s s’opposant à des arrestations ou tentatives d’arrestation.

Suite à cette manif, au moins deux des personnes arrêtées sont inculpées d’ »incitation à la violence, conspiration et possession d’engins explosifs« , avec bien évidemment l’étiquette supposée terrifiante de « black bloc » qui leur est collée dessus.

 

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Lundi 23 juin – Porto Alegre

Pas mal de drapeaux anarchistes en tête de manif, mais là aussi, plus de flics que de manifestant-e-s…

Lundi 23 juin – Recife

À Recife, ce sont des supporters croates qui se sont fait remarquer: en plein match Mexique-Croatie, ils ont brandi chacun-e une lettre derrière le but de Guillermo Ochoa, le gardien mexicain, donnant un très simple et efficace « FIFA Mafia » (bon, peut-être plus à cause de l’arbitrage de Brésil-Croatie qu’à cause de tout le reste, mais bon…). Les vigiles de la FIFA n’ont pas tardé à réagir, comme on peut le voir sur les photos ci-dessous (les gilets orange, c’est les vigiles/stadiers…).

Mardi 24 juin – São Paulo

Une manif organisée par le MTST (Mouvement des travailleurs sans toit) est partie de la Praça da República. À la fin de la manif, un campement a été mis en place par plusieurs centaines de personnes en face de la mairie de São Paulo. Les manifestant-e-s exigeaient de meilleures conditions de vie, et notamment de meilleures conditions de logement. Le MTST demande en particulier la légalisation de trois de leurs occupations sur la ville.

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Mercredi 25 juin – São Paulo

Réponse au coup de force du MTST de la veille, la police expulse 160 familles d’un bâtiment squatté dans le centre-ville.

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Appel international au sabotage et à l’action directe contre le mondial au Brésil

Source : Réseau Contra Info

6 Mai 2014

Le 12 juin 2014 commence au Brésil la coupe du monde de football, un évènement sportif qu’hommes d’affaires, politiciens, journalistes et sympathisants attendent avec impatience, certains par cupidité, d’autres en raison de l’exacerbation nationaliste, une coupe du monde qui a le plus gros budget jamais investi dans l’histoire (plus de 600 millions de dollars et le compte n’est même pas encore fermé…).

Pourtant, au-delà de l’atmosphère colorée, les danses, le carnaval, la “joie”, la réalité est différente:

A Carioca (Rio de Janeiro), les forces répressives qui sont commandées par la scélérate Dilma Roussef et formées par les brigades antiterroriste US, à savoir l’armée, la police ou appelée ironiquement “Unité de Police Pacificatrice”, sont menées par les miliciens Alexandre Braga et Ezequiel Oliveira de Mendonça, et mettent en œuvre une politique d’extermination contre la population marginale, concentrant leurs attaques dans les favelas et les zones les plus pauvres de cette région. Une extermination qui est loin de diminuer, depuis le déploiement de police militaire orchestrée par le chef de police Tarcísio Andreas Jansen et le colonel Marcelo Rocha, et a plutôt augmenté vu que la cérémonie d’inauguration approche.

Dans des villes comme Sao Paulo, près de 70.000 familles ont été déplacées durant les constructions pour les préparatifs de la coupe du monde, tandis qu’à Rio de Janeiro, environ 40.000 maisons ont connu le même sort.

L’État brésilien, exhibant sa réputation progressiste et d’assistance, a offert une somme d’argent à quelques unes des personnes expulsées (évidemment aucune d’entre elles ne venait des quartiers bourgeois, puisque ces derniers n’ont été que très peu affectés), ce qui est loin d’être suffisant pour récupérer leur logement d’origine, crachant ainsi sur la dignité des résidents, et pensant que l’argent peut masquer toute l’effusion de sang.

Et lorsqu’on parle d’effusion de sang, c’est qu’il y a eu des centaines de blessés et des dizaines de morts au Brésil au cours des derniers mois.

Nous ne pouvons pas oublier de mentionner l’activité répugnante de l’Etat, qui assassine de la manière la plus lâche les enfants qui survivent dans les rues pour recevoir environ 600.000 touristes qui arriveront dans le pays, leur offrant tour à tour des centaines de corps de femmes et de filles soumises à la prostitution.

Ces cartes postales, peut-être inconnues pour beaucoup, sont monnaie courante en Amérique du sud; Il en résulte que notre rage est née de la haine la plus sincère, des besoins vitaux limités, des soumissions quotidiennes et des humiliations constantes. Il en résulte que notre rage n’est pas par lassitude ou posture révolutionnaire, mais est nécessaire et urgente, clairement, magnifiquement violente…

En tant qu’anarchistes, nous ne pouvons pas rester indifférents à tant de misère, à tant de douleur, à tant de torture et tant de morts.

Les personnes responsables de ces atrocités ne vont pas se cacher; ce sont les promoteurs, les multinationales, la société elle-même qui tolère et encourage ce tournoi avec sa passivité et sa servilité.

Premièrement, nous pouvons trouver des bureaux et des représentants dans diverses parties du globe. Il suffit juster d’ajuster la cible et faire feu.

Deuxièmement, nous n’attendons ni demandons rien, par cela nous appelons nous-mêmes à passer à l’action, aux combattants anarchistes de différentes régions, les réfractaires à cet ordre immonde, aux subversifs qui comprennent que le seul chemin est celui de la confrontation directe et réelle.

Par conséquence et cohérence, en révolte et en action.

Pour cette raison, cette déclaration n’est pas destinée à être une simple répudiation, mais une incitation claire à la conspiration, au sabotage et aux attaques contre tous les instruments du système de domination qui vise à nous domestiquer, et en particulier dans ce cas, cette coupe du monde de merde.

Donc, pour notre part et pour commencer, nous avons fait un appel anonyme sur le vol JJ8011 de la TAM Airlines en partance de Buenos Aires à destination de São Paulo, avertissant d’un engin explosif dans le but de saboter le flux normal des touristes qui arrivent dans la région dominée par le gouvernement brésilien, soit n’étant pas au courant de ce qui se passe là-bas ou complices de leur apathie.

SI CE N’EST TOI, QUI ? SI CE N’EST MAINTENANT, QUAND ?

Solidarité active avec les compagnon-nes en révolte au Brésil !

Vengeance pour ceux qui ont été blessés, emprisonnés et tués par l’Etat !

Il n’y aura pas de coupe du monde !

Cellule de Solidarité international
Vaincre ou mourir pour l’anarchie

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Solidarité avec la lutte au Brésil – un message de Berlin

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Source : Réseau Contra Info

6 Juillet 2014

Tandis que d’autres regardaient le match de football entre le Brésil et la Colombie nos pensées étaient ailleurs. Nous n’encourageons aucune équipe, surtout quand on sait qu’il y a des gens à l’extérieur des stades, dans les rues et dans les quartiers qui ont perdu leurs maisons ou même perdu leurs amis et membres de leur famille. Nous ne pouvons pas regarder un match en sachant que les gens qui ont construit ces stades ont été exploités ou se sont même morts. Nous sommes pleins de rage de voir ce jeu et sachant que le gouvernement a déjà un plan pour ces stades, ces géants blancs: les transformer en prisons.

Tandis que d’autres regardaient le match, nous avons accroché une banderole en solidarité avec le peuple qui lutte au Brésil. C’est un petit message, mais des centaines de personnes marchent tous les jours, ce qui est à l’origine de ce message se trouvant dans le centre de Görlitzer Park à Berlin-Kreuzberg.

La banderole dit:

Contre l’exploitation et l’oppression !
Contre la FIFA et le football moderne !

Solidarité avec les combattants au Brésil ! Pour révolte sociale !
Não Vai Ter Copa – Il n’y aura pas de Coupe du Monde.

Des anarchistes en solidarité

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« Brésil : Vent de révolte et répression… »

Janvier 2014

Source : reçu par mail

Le vent de révolte sociale n’a pas fini de souffler au Brésil, malgré ce que veut nous en dire le silence d’une presse – locale et internationale – qui cherche à tout prix à en minimiser l’intensité, à ancrer le mouvement de contestation dans le temps et l’espace. Les innombrables émeutes, grèves, assemblées de rues, mutineries dans les prisons et occupations de terrains survenues régulièrement ces derniers mois sont là pour en témoigner, la répression aussi. Si les perquisitions, intimidations, arrestations, assassinats politiques et passages à tabac opérés par le pouvoir et sa police sont eux aussi des faits devenus quasi quotidiens, ils sont insuffisants à étouffer la subversion. Ce que nous pouvons observer ces derniers temps n’est pas juste la multiplication d’une série d’actes qui se font échos les uns aux autres, mais c’est surtout la constitution durable d’une multitude de fronts.

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Grève des professeurs à Rio de Janeiro

En guise de témoignage, voici une brève chronologie retraçant, de façon non exhaustive, certains faits marquants des deniers mois :

Au début du mois d’octobre (2013), les professeurs de Rio de Janeiro, en grève depuis le mois d’août, sont violemment réprimés par la police et expulsés de la Chambre Municipale qu’ils occupaient. Une manifestation de soutien est appelée le 07 octobre et réuni près cinquante mille personnes à Rio de Janeiro. Des manifestants tentent de réinvestir la Chambre Municipale qui est la cible de plusieurs cocktails Molotov. Plusieurs magasins et banques sont détruits. Le Club Militaire, siège d’une fondation réunissant gradés et vétérans de l’armée, est également pris pour cible par les manifestants et est en partie incendié par des jets de bombes artisanales.

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Manifestations en soutien aux professeurs à Rio de Janeiro

Quelques jours auparavant, le 04 octobre
, de violents affrontements avaient eu lieu entre la police et les manifestants qui occupaient depuis 80 jours le parc du Coco, dans le centre de Fortaleza. Ces derniers occupaient le parc pour empêcher la réalisation d’un projet d’urbanisation du centre qui prévoit, entre autres, de raser une partie dur parc pour permettre la construction d’un pont routier. Les policiers militaires venus expulser le campement sont accueillis par des jets de pierre et des tirs de feux d’artifice auxquels répondent tirs de lacrymogène et de flashballs. Un policier et un journaliste sont blessés au visage, tandis qu’un manifestant est arrêté. Le campement est complètement détruit.

http://juralib.noblogs.org/files/2014/02/PhotoC.jpgExpulsion de l’occupation du parc du Cocó, Fortaleza

La même semaine, les habitants de la cité Parque Verde, à Belém manifestent contre les mauvaises conditions du quartier (état des égouts, des rues…) et bloquent la principale avenue du quartier à l’aide de pneus et objets enflammés. Ils résistent ensuite, à coups de pierres et projectiles, à l’intervention de Police Militaire, qui tente de disperser manifestants. Plusieurs personnes sont blessées par des tirs de flashballs, dont une emmenée d’urgence à l’hôpital en état inconscient.

Le 12 octobre, des centaines de familles occupent un terrain abandonné dans la périphérie de Belo Horizonte. Elles sont bientôt rejoint par des centaines d’autres. Moins d’une semaine plus tard, on compte près de 4000 familles installées sur la nouvelle occupation urbaine. Si ce type d’occupation de terrains est chose courante au Brésil, la rapidité avec laquelle cette occupation urbaine gagne une telle ampleur est un fait totalement inédit. Depuis le mois de juin, des dizaines de nouvelles occupations de terrains ont vu le jour, notamment dans les périphéries de Sao Paulo et Belo Horizonte, impliquant des dizaines de milliers de familles.

15 octobre : Des manifestations massives ont lieu dans plusieurs grandes villes du Brésil, à l’appel des professeurs en grèves. Elles se terminent par de violents affrontements et des centaines d’arrestations à Sao Paulo et Rio de Janeiro. Les manifestants arrêtés à Rio sont emmenés dans une Prison de Haute Sécurité, accusés d’être membres d’une organisation criminelle et placés sous la loi de Sureté Nationale. À Sao Paulo, une autre manifestation est réalisée le même jour par des mal-logés qui tentent d’envahir la mairie.

 

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Manifestations en soutien aux professeurs à Sao Paulo

17 octobre : À Rio de Janeiro, suite au meutre d’un jeune par la police, les habitants de la favela de Manguinho se révoltent contre l’occupation policière représentée par l’UPP – Unité de Police Pacificatrice. Des affrontements ont lieu entre la police et les manifestants au cours desquels une jeune fille est blessée par balle à la jambe.

18 octobre : Des manifestants antispécistes pénètrent par effraction dans le laboratoire Institut Royal à Sao Roque, près de Sao Paulo, et libèrent près de 200 chiens qui y étaient utilisés comme cobayes. Le lendemain, une manifestation est organisée devant l’Institut, des affrontements ont lieu entre la police et les manifestants, armés de pierres et de gourdins. Plusieurs véhicules partent en fumée, dont une voiture de police et des véhicules appartenant à la presse.

Entre le 18 et le 23 octobre,
plusieurs perquisitions et saisies de matérielles ont lieu chez des militants anarchistes à Belo Horizonte. Les perquisitions, menaces physiques ou de mort et tentatives d’intimidations à l’égard des militants et anarchistes ont eu lieu régulièrement dans les principales grandes villes du pays ces derniers temps.

Le 21 octobre : Des affrontements ont lieu à Rio, dans le quartier de Barra da Tijuca, entre des syndicalistes et la police au cours d’une manifestation contre la privatisation des sites de pétroles off shore (les fameux Pré-Sal).

http://juralib.noblogs.org/files/2014/02/PhotoE.jpgManifestation contre la privatisation du Pré-Sal, Rio de Janeiro

Dans la semaine du 20 au 26 octobre, une multitude de manifestations et d’actions sont organisées à Sao Paulo, et dans d’autres villes pour la gratuité des transports. Le 23, des centaines de manifestants investissent les rues dans la région du Grajau, quartier populaire dans la périphérie sud de Sao Paulo. Ils protestent, entre autres, contre la mauvaise qualité et le prix des transports publics. À la suite d’affrontements avec la police, 30 personnes sont arrêtées.

Le 25 octobre des manifestations sont organisées dans plus de 15 grandes villes du pays pour la gratuité des transports. À Sao Paulo, plusieurs terminaux de bus sont saccagés, des bus sont incendiés, des agences bancaires détruites, un colonel de la Police Militaire est tabassé par des manifestants… Près de 92 personnes sont arrêtées à l’issue de la manifestation. Des affrontements entre les manifestants et la police ont également lieux à Campinas, Natal et Porto Alegre.

Le 26 octobre, un ancien hôpital militaire est occupé dans le centre de Belo Horizonte par un groupe de gens qui veulent en faire Centre Culturel Autogéré. L’espace est baptisé Luiz Estrela, en hommage à un poète et performer transgenre qui vivait dans la rue, retrouvé mort au mois de juin. Certains soupçonnent qu’il ait été tué par la police. Ce type de squatt s’était fait de plus en plus rare dans les grandes villes brésiliennes ces dernières années en raison de la répression policière systématique, à la différence des occupations de terrains qui elles sont très fréquentes. Dans les semaines qui suivent, un autre bâtiment est occupé dans le centre de la ville afin d’être transformé en espace autonome.

Le 28 octobre : De violentes émeutes éclatent dans le quartier Vila Medeiros, zone nord de Sao Paulo après la mort du jeune Douglas Martins, 17 ans, assassiné par un policier. Douglas sortait d’un bar lorsqu’une voiture de police s’arrête à sa hauteur. Le coup de feu part d’un seul coup et atteint le jeune homme au thorax. En réaction, la population exprime sa rage sous diverses formes : trois bus et une voiture de police sont détruits, cinq véhicules brûlés, deux banques vandalisées, plusieurs barricades sont montées. Des feux se propagent, l’un deux atteint le réseau électrique et provoque un black out dans le quartier. Le lendemain, d’autres émeutes éclatent dans un quartier voisin après la mort d’un autre jeune tué par un policier en service.

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Émeutes contre la violence policière à Sao Paulo

29 octobre : Plusieurs manifestations ont lieu dans différents quartiers de la banlieue de Belo Horizonte en réaction à l’expulsion d’un terrain occupé. Simultanément, les principales voies d’accès au centre de la capitale sont bloquées par des barricades de pneus enflammés. La police utilise flashballs et lacrymogènes pour tenter de disperser les manifestants qui répondent par des jets de pierre.

Le 31 octobre à Recife, Une manifestation réalisée par les vendeurs ambulants se termine en affrontements avec la police, jets de projectiles contre tirs de flashballs.

1er novembre : À Sao Paulo, une nouvelle vague d’occupations urbaines a lieu dans la région du Grajau, où cinq terrains différents sont occupés par des centaines de familles. Ce jour là, la communauté qui occupe le terrain de Estaiadinha, bloque plusieurs routes pour protester contre l’ordre d’expulsion. La police intervient et réprime violemment la manifestation tirant au flashball et lançant des des bombes de lacrymoègnes depuis un hélicoptère. Une situation similaire a lieu le même jour à Contagem, en périphérie de Belo Horizonte, où des centaines de manifestants issus de l’occupation William Rosa bloquent une route dans les deux sens à l’aide de barricades et pneus enflammés. La police intervient violemment le soir même et va même jusqu’à s’en prendre directement à la communauté en tirant des bombes de lacrymogènes dans les maisons tandis que des policiers militaires mettent le feu à plusieurs d’entre elles… Les affrontements ont lieu jusqu’à 02h du matin, mais la tentative d’expulsion échoue.

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Manifestation contre l’expulsion de la communauté Estaiadinha, Sao Paulo

Le 5 novembre, le commissariat de police de la plage de Cumbuco, dans l’État du Ceara, est en partie détruit par des habitants qui protestent contre la mort d’un jeune de 21 ans. Ce dernier a été retrouvé mort après avoir été abordé par des policiers. En réponse, des habitants du village bloquent la route principale et attaquent le commissariat à coup de pierres. Le mois précédent, c’est le commissariat de la petite ville de Tarrafas, également dans le Ceara, qui avait été détruit par les habitants qui protestaient contre l’assassinat de José Pedroca do Carmo, agriculteur de 51 ans.

Le 5 novembre toujours, au soir, une base de la Police Militaire de la zone sud de Porto Velho, dans l’État de Rondonia, est attaquée par plusieurs individus. La façade est la cible de jets de pierre et les vitres d’une camionnette sont détruites. Quelques jours auparavant, une autre base de la Police Militaire avait été la cible d’une attaque dans la même ville.

6 novembre : À six mois de la coupe du Monde, le gouvernement de Rio de Janeiro annule la Soccerex 2013, la plus grande réunion mondiale sur le football, prévue initialement pour la fin novembre, par crainte d’« agitation sociale ».

13 novembre : Le laboratoire Institut Royal, situé à Sao Roque, est à nouveau la cible d’une action antispéciste. Les manifestants libèrent les animaux qui y restaient enfermés, principalement des rongeurs, et s’en prennent au matériel présent sur place. Entre temps, le laboratoire avait décidé de cesser ses activités à Sao Roque en raison des actions et manifestations dont il a été la cible.

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Manifestation antispéciste devant le laboratoire Institut Royal à Sao Roque

Le même jour, la communauté paysanne de Flona Bom Futuro, près de Rio Pardo, dans l’État de Rondonia, résiste à une tentative d’invasion policière. Les habitants incendient plusieurs véhicules de police, parviennent à libérer deux personnes qui avaient été arrêtées et font fuir les policiers. Ils détruisent ensuite des ponts menant à la communauté pour empêcher d’éventuelles représailles. Le surlendemain, la communauté est la cible d’une gigantesque descente policière, encerclée par une cinquantaine de véhicules, au cours de laquelle dix personnes sont arrêtées. La communauté Flona Bom Futuro est la cible constante d’attaques et de pressions de la part de la police et de pistoleros à la solde de grands propriétaires de la région qui convoitent le terrain qu’elle occupe. Les conflits agraires sont fréquents et violents dans la région.

20 novembre : La très célèbre et touristique plage d’Ipanema, à Rio de Janeiro, est le théâtre d’affrontements entre des groupes de jeunes et la garde municipale après que celle-ci ait arrêté quelques adolescents accusés d’avoir commis des vols. La tente qui abrite la garde municipale est la cible de pierres et de projectiles lancés par un groupe qui exige la libération des personnes arrêtées. Les jeunes issus de quartier pauvres sont systématiquement victimes de contrôles et d’arrestations arbitraires lorsqu’ils fréquentent cette plage, située dans le quartier le plus bourgeois de la ville. Le mois précédent, la garde municipale avait été expulsée de la plage à coup de jets de noix de coco et de projectiles après avoir tenté de réglementer un jeu de ballon.

Le jour même, l’activiste et directrice de théâtre Gleise Nana sucombe de ses blessures à l’hopital où elle avait été conduite après qu’un incendie suspect se soit propagé dans son appartement à Duque de Caxias, en périphérie de Rio de Janeiro, quelques semaines auparavant. Peu de temps avant l’incendie, elle s’était plaint d’avoir reçu des menaces de la part de policiers. Elle avait rassemblé une grande quantité de vidéos témoignant des violences policières ces derniers mois.

24 novembre : Les travailleurs de la construction civile de Belo Horizonte, réunis en assemblée générale, se mettent en grève pour revendiquer un meilleur salaire et de meilleures conditions. Plusieurs manifestations sont réalisées dans les jours suivants au cours desquelles des travailleurs saccagent des chantiers et détruisent une partie du matériel qui s’y trouve. D’autres grèves de grande ampleur dans le secteur de la construction civile ont eu lieu dans la même période, notamment sur le chantier du barrage de Belo Monte ou encore à Recife.

29 novembre : Une manifestation est réalisée pour la gratuité des transports et contre la « mafia du transport publique » à Varzea Grande, dans le Mato Grosso, au cours de laquelle la population investit la principale station de bus de la ville et détruit le mur et les tourniquets qui obligeaient les usagers à payer un nouveau ticket pour faire un changement. 25 personnes sont arrêtées.

30 novembre : Dans la zone sud de Sao Paulo, près de 2000 mal logés occupent un terrain de plus de 500 hectares. Il s’agit du plus grand terrain occupé depuis ces derniers temps.

4 décembre : Près de 500 indiens manifestent à Brasilia pour la démarcation de leurs terres et contre les récents assassinats politiques dont plusieurs de leurs représentants ont été victimes. Une partie d’entre eux tente d’envahir le Palais de la Présidence et sont repoussés par les agents de sécurité après un combat au corps à corps.

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Affrontements entre indiens et vigiles du Palais Présidentiel à Brasilia

9 décembre : 19 personnes sont arrêtées dans la zone Nord de Sao Paulo accusées d’avoir participer aux émeutes du 28 et 29 octobre.

Le 15 décembre a lieu l’expulsion de Aldeia Maracana (“Communauté Maracana”), bâtiment occupé par des indiennes/indiens de différentes communautés. Le bataillon de Choc de la Police Militaire investi le lieu tandis que s’y tient la première rencontre de la FIP (Front Indépendant Populaire), organisation apartidaire réunissant différents mouvements de lutte autonomes ayant surgie dans l’effervescence politique de ces derniers mois. Près de 20 personnes sont arrêtées et emmenées au commissariat. Le lendemain, en réaction, le rectorat de l’UERJ, université voisine du squatt, est occupée.

Le 16 décembre, une nouvelle occupation urbaine voit le jour à Florianopolis. Près de 60 familles occupent un terrain au nord de la ville. L’occupation est baptisée Amarildo de Souza en hommage à un maçon torturé et assassiné par la police de Rio de Janeiro au cours des manifestations de juin/juillet dernier.

Le 18 décembre, un homme de 81 ans est tué d’une balle dans la tête au cours d’une manifestation contre la violence policière dans Communauté Mandela II, appartenant au complexe de favelas de Manguinhos, à Rio de Janeiro. La manifestation avait eu lieu suite à l’interpellation d’un jeune de 13 ans par les agents de l’UPP (Unité de Police Pacificatrice) et s’était soldée par des affrontements entre policiers et habitants.

Le 21 décembre une mutinerie éclate dans le Centre de Détention de Icoaraci, près de Belém, après qu’une tentative de fugue collective ait été empêchée par les mâtons. Les détenus mettent le feu à des objets et parviennent à détruire la quasi totalité des cellules du Centre. La Compagnie d’Opérations Spéciale de la Police Militaire intervient finalement pour mettre fin à la rébellion. Ce type de mutinerie est de plus en plus fréquent ces derniers temps. Le 19 décembre, c’est la Prison de Montes Claros, nord de Minas Gerais, qui avait été le théâtre d’une révolte au cours de laquelle les détenus avaient brûlés matelas et vêtements. Le 18, une rébellion de prisonniers dans la prison de Pedrinhas, à Sao Luiz, dans le Maranhao, s’était soldée par la mort de trois détenus après qu’une tentative de fuite ait été déjouée. Deux mois plus tôt, 10 détenus avaient été tués par la police lors d’une révolte similaire dans la même prison. Le 10 décembre, la prison de Maracanaú, près de Fortaleza, avait été secoué par une révolte au cours de laquelle une partie de la prison avait été détruite…

Le 23 décembre, une fille de 12 ans est abattue d’une balle dans la tête au cours d’une descente de police dans la favela Para-Pedro, dans la zone nord de Rio de Janeiro. Son petit frère, de 7 ans, est lui blessé au visage, également par un tir. En réponse, les habitants du quartier montent des barricades et enflamment des pneus, bloquant l’avenue principale du quartier. Quatre adultes, que la police accusait d’être des « trafiquants », ont également été tués au cours de l’opération et dix personnes arrêtées.

Le même jour, près de 150 personnes envahissent un supermarché dans le centre de Belo Horizonte. Après avoir criés plusieurs slogans contre le consumérisme, ils refusent de quitter les lieux sans emporter avec eux une grande quantité de riz, haricots, pâtes, huile et autres aliments de base « pour un Noël sans faim ».

À suivre…

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« La Coupe Du Monde n’aura pas lieu ! »

Source : Journal Avalanche n.1 « correspondance anarchiste »

Janvier 2014

Récit de quelques journées de janvier noires …

http://cettesemaine.free.fr/spip/IMG/jpg/01-2.jpgPorto Alegre, 23 janvier : La manif avait environ 1200 personnes et les actes de rébellion dans la ville ont causé plus de 40 milliards de Reais de dommages! Des poubelles ont été incendiées et jetées dans la rue. Des parquemètres ont été incendiées, il y avait beaucoup de tags, et les fenêtres des banques ont été brisées, de CEEE et d’autres banques. Au moins trois personnes ont été arrêtés et six mineurs placés en détention, accusés de tags et des dommages qualifiés à la propriété publique. Ils ont été libérés, mais ils étaient obligés d’abord de répondre devant la «justice » …

Curitiba, 25 janvier : Environ 200 personnes ont participé à la manifestation. La démonstration partait de Boca Maldita, dans la zone centrale de la ville, et a terminé à la mairie. Au cours de la manif des «manifestants» s’assoiront sur différents croisements pendant environ 10 minutes afin de bloquer le trafic. Le plus beau moment de la manifestation a eu lieu à la fin lorsque certaines personnes ont encerclé le bâtiment de l’hôtel de ville et ont jeté des pierres. Un bus et certaines banques ont été peints avec un «A» et une station de métro a été le cible d’une pierre.

Rio de Janeiro, 25 janvier : Aujourd’hui, le premier acte sous le nom de «Não vai ter Copa» (La Coupe du Monde n’aura pas lieu !) eu lieu. Les cris contre la Coupe du monde qui ont commencé pendant les soulèvements populaires de 2013 fait écho à ce moment aux portes des riches, à leur terreur. Cet acte a commencé devant l’hôtel Copacabana Palace, l’un des hôtels les plus luxueux de Rio de Janeiro, dans la Zona Sul (Sud) dans le quartier de Copacabana, qui abrite les maisons de la classe supérieure. Cette action, dont les partis politiques n’ont joué aucun rôle, avait un caractère très populaire, avec des gens indépendants ainsi que des organisations qui soutiennent et sont liés avec les luttes des gens pauvres et périphériques. Cet acte a bloqué l’une des voies de l’avenue principale qui va de Copacabana à Ipanema, où une voie d’une autre route principale a également été occupé. Malgré le grand dispositif de la police, les manifestants n’ont pas été intimidés et ont commencé d’une manière très expressive d’appeler l’attention de ceux qui les entourent. Le long de la route la manif a attiré l’attention des résidents, les gens dans les restaurants, et d’autres à proximité. À l’approche de Ipanema, un blocage de la police a tenté de rediriger la manifestation, mais cela a été brisée par des manifestants qui alors occupaient une voie différente de celle que les flics voulaient eux de suivre. La manif se terminait à l’immeuble où l’actuel gouverneur de Rio, Sergio Cabral vit.

São Paulo, 25 janvier : Plus de 2000 personnes (plus le même nombre de flics et leur appareil ultramoderne) se sont retrouvées dans les rues de São Paulo. En face du théâtre municipal la manif, jusque-là paisible, rentre dans la violence. Bloqué de continuer vers le bas d’une rue, les manifestants vont à un autre rue où des magasins et des banques sont attaquées. Des militaires et la police anti-émeute avec leurs boucliers courent après les manifestants. Un McDonald attaqué, de feu à l’intérieur des banques, à la Banco do Brasil, Caixa Economica Federal et Bradesco.

Il y avait le début d’un incendie et des cocktails Molotov ont été jetés.

La police militaire se met en range afin d’ empêcher les manifestants de se rendre à la Praça da República où le spectacle principal pour commémorer la 460ième anniversaire de São Paulo se passait. Canettes et bouteilles ont été lancées sur le public. Un tumulte a éclaté entre les concerts de Paulinho da Viola et Opalas. Des dizaines de personnes dans le public ont tenté de fuir le désordre et ont été pressés contre la barrière qui sépare

l’espace public du backstage. Les bouteilles et autres objets ont été jetés à nouveau à la scène. Au milieu de la confusion une personne masquée a été piégé contre la barrière et violemment frappé à coups de poing et de pied par un groupe de personnes (seulement ivre et en groupe ces connards lâches osent frapper quelqu’un), de cette façon montrant leur rôle de citoyens exemplaires fusionnés dans les orgies spectaculaires offertes par l’État, devant qui ils baissent la tête après 460 ans de terrorisme d’État …

Un de ces lâches a frappé une encagoulé plusieures fois avec une béquille, si fort qu’elle a éclaté sur lui. Le «groupe» l’a frappé si fort qu’il a dû être «

sauvé» par un garde de sécurité qui lui a tiré vers l’arrière de la scène où il est resté jusqu’à ce que la PM arrive, 15 minutes plus tard. Il a été emmené à une clinique Santa Casa (une organisation de charité religieuse «style mafia») avant d’être emmené au commissariat. Une incendie a été déclenché, près de la Praça Roosevelt. Une Volkswagen Beetle avec des gens à l’intérieur a pris feu après être passée sur un matelas enflammé, sur Rua Xavier de Toledo.

Certains manifestants sont monté Rua Augusta et, pris au piège par les laquais de l’Etat, sont entré dans deux hôtels : Linson et Bristol. Un autocar plein de flics anti-émeute est arrivé pour les arrêter. Avec ceux masqués à l’avant, la manifestation est descendu Avenida Brigadeiro Luis Antônio en gueulant contre la coupe du monde. Effrayés, plusieurs commerçants ont fermé leurs portes alors que la foule se rapprochait. La PM estime que 1.500 « manifestants » marchaient vers la Praça da Sé. Il y a eu un peu de bagarre entre les laquais de l’Etat et les manifestants qui se sont bientôt dissipés. Autour de 17h30, environ un millier de personnes occupaient de l’Avenida Paulista et fermaient les deux voies de la route. En tout, 108 personnes ont été arrêtées par la po lice anti-émeute et 20 par les flics locaux. De ce que nous savons tou-te-s ont été libéré-e-s le lendemain. Cependant, Fabricio Proteus Chaves, 22 ans, a été abattu par les lâches de la police militaire. Poursuivi par les flics, il a été abattu de deux balles à Higienópolis. Selon les rapports des médias dominants, Fabricio était dans le coma aujourd’hui (lundi), mais est toujours dans un état grave et ne respire qu’avec l’aide de machines. Nous ne pouvons pas nous taire lorsque nous sommes confronté-e-s à des actes de répression comme celui soit des citoyens ou des laquais de l’Etat. Nous savons que nous sommes en guerre, nous devons donc nous préparer à faire face aux actes de répression de ceux qui défendront leurs intérêts à tout prix …

Se préparer signifie aussi communiquer, diffuser et être solidaires.

Avec la volonté de tuer le silence, nous demandons des informations sur l’état de Fabricio ainsi que d’appeler à la solidarité avec lui.

La Coupe du Monde n’aura pas lieu !

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« Chronologie de la guerre sociale vécue dans les rues de Porto Alegre »

Source : « Cette semaine / Les brèves du désordre », 8 Août 2013

Article tiré du journal anarchiste brésilien Agitação, et traduit de la version espagnole publiée sur le site Cumplicidade, 5 août 2013

Bien que la récente vague de manifestations qui se sont emparées des rues dans de nombreuses villes du territoire contrôlé par l’Etat brésilien puisse être interprété comme quelque chose de supposément inattendu et surprenant, elles sont le résultat d’une accumulation de parcours de luttes qui ont lieu de manière diffuse et progressive depuis ce début de XXIe siècle. Tomber dans le discours que nous vendent les médias, à savoir que la diffusion de la révolte serait un fait historique isolé, revient à passer sous silence et à annuler une mémoire qui doit être au contraire renforcée, afin de servir de combustible aux prochaines batailles et servir d’autocritique pour évaluer les erreurs et tenter de ne pas les répéter.

La lutte contre l’augmentation du tarif des transports publics n’est pas apparue soudainement ces dernières semaines, elle s’est construite au cours des dix dernières années dans différentes localités, et a mis pour la première fois de nombreux jeunes cœurs pleins de révolte en contact avec des formes d’auto-organisation en dehors des leaderships et des partis. Les transports publics ne sont rien de plus que la mobilité des veines et des artères de cette énorme prison que l’on nomme ville, le mouvement d’une structure dont la logique est fondée sur le pouvoir, la domination et le contrôle. Toute demande de réformer cette structure revient finalement à mendier misérablement plus de chaînes et de menottes pour continuer à alimenter celles et ceux qui, gras et arrogants, continuent à se prélasser dans leur fauteuil. Le grand mérite de ce processus de lutte qui a culminé dans la récente tempête sociale, consiste à avoir ouvert la possibilité de mettre de nombreuses personnes mécontentes en contact avec une conflictualité réelle dans les rues. La possibilité que des jeunes provenant d’une réalité politique où régnaient l’apathie et le silence sur la mémoire d’une région chargée de furieux exemples de résistance, de lutte et de défense de la vie et de la liberté, puissent continuer à construire cette histoire.

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Il faut souligner que lorsque les gens prennent la rue, les revendications réformistes se font vite déborder par la rage accumulée de celles et ceux qui cohabitent au quotidien avec l’humiliation et l’exploitation caractéristiques de tout individu vivant loin du privilège de ceux que cette société satisfait. Ce qui est apparu au cours de ces semaines, c’est un bordel allant bien au-delà de 20 centavos, et qui a violemment secoué cette chère paix sociale, qui en pratique n’existe que dans les fantasmes des esprits ordonnés. Les médias, machines à lobotomiser et à former l’opinion, mettent en avant les plaintes de l’Etat et des propriétaires face à la quantité de destructions qui ont balayé les rues comme un ouragan. Ils ont opté pour une stratégie qui démontre la capacité de la démocratie à intégrer et à passer sous silence l’authentique révolte qui a attaqué la matérialisation du pouvoir.

La tactique antérieure qui consistait à ne pas mentionner (ou à le faire rarement) toute forme de manifestation critique envers l’actuel état de choses, a été remplacée par le fait de mettre l’accent sur la manifestation ordonnée, sur la protestation pacifique, sur la stimulation exaltée du citoyennisme, créant ainsi le terrain propice pour cibler comme criminelles les innombrables actions d’attaques contre des biens matériels et les représentants de l’ordre imposé. L’illusoire participation citoyenne qui a fini par être alimentée par l’Etat, les moyens de communication et les propriétaires, a illustré une stratégie de recherche de pacification, tentant vainement de cacher le soleil avec une passoire. La véritable pression qu’ont sentie les puissantEs lors des protestations est venue de l’action obstinée de celles et ceux qui cherchaient à attaquer l’oppression sous toutes ses formes.

Le problème a cessé d’être la manifestation en soi, pour devenir celui de la présence de « vandales » « infiltrant » des « manifestations légitimes ». En réalité, ce qui s’est passé a été ce dont beaucoup rêvaient, ce que beaucoup craignaient, et que beaucoup d’autres disaient désirer, mais que la réalité des faits a éloigné et effrayé, et qui ont renoncé à des positions solidaires et conflictuelles : la favela sous l’asphalte. Les actes stigmatisés comme violents sont la conséquence et la responsabilité directe d’un système politico-économique basé sur la marchandisation de la vie, sur le contrôle absolu, sur la violence policière quotidienne, sur l’existence de la prison comme mécanisme de punition pour tous les improductifs. La dichotomie criminels/innocents est un jeu, une farce destinée à justifier le véritable terrorisme étatique qui a surgi en réaction à la révolte. Il ne s’agit pas d’une criminalisation qui naîtrait à cette occasion, mais d’une logique qui criminalise tout ce qui entrave le chemin du développement ou les projets du capital, en tentant de définir les actes de rébellion comme vides de sens, et en en profitant pour mettre en place une nouvelle loi anti-terroriste. Cette loi temporaire d’urgence pour répondre aux besoins des grands événements sportifs, basée sur la terrible Loi de Sécurité Nationale, prévoit notamment des peines de 15 à 30 ans de prison pour des actes jusqu’alors qualifiés de simple « vandalisme », et rend passible de condamnation pénale le fait de bloquer des services publics considérés comme essentiels pour le déroulement de ces événements. Ils ciblent comme violence la destruction de la propriété privée, pour mieux cacher celle de la destruction croissante de la Terre, celle de l’avancée d’un progrès assassin qui fait du profit sur le sang qu’il tire de la nature, de communautés écrasées et expulsées, des personnes qui voient leur dignité anéantie au quotidien dans les prisons, les écoles, les usines, les hôpitaux, les asiles psychiatriques…

Les prises de position de la Présidente et de toutes les ordures politiques en faveur de la prise en compte des revendications sur les transports publics et le “combat contre la corruption”, vite rejointes par les autres “voix de la rue”, expriment leur peur et leur tentative de contenir d’une manière ou d’une autre tout ce qui est en train de se passer. Voilà qu’ils agissent soudain, comme si des revendications auxquelles ils n’avaient jusqu’alors jamais prêté la moindre attention leur importaient désormais, à l’image du fameux passe-étudiant, auparavant considéré comme une revendication dérisoire, lointaine et hors de question par la plupart des gouvernants et qui, comme par magie, est approuvée aujourd’hui et se voit traitée comme une priorité. Pourtant, leurs véritables priorités continuent à être mises en place comme si rien ne s’était passé : les projets de génération d’énergie [nucléaire et barrages] hérités de la dictature militaire continuent sur leur lancée, la militarisation des zones indispensables au développement de ces projets, les expulsions et les déplacements forcés aussi. Il se passe la même chose dans les grandes villes où, que se soit pour les méga-événements comme le Mondial de football ou suite à la prise d’espaces par les classes privilégiées, des communautés entières sont déplacées et/ou “pacifiées”.

Le Mondial représente un tremblement de terre dans la vie de nombreuses personnes sur l’ensemble de ce territoire. Penser que l’argent qui y est investi devrait être destiné à la santé et à l’éducation revient à continuer à faire aveuglément confiance à l’Etat. C’est un peu comme croire au Père Noël. Nous vivons l’apogée du rapport Etat-entrepreneur/chefs d’entreprises, la consolidation d’un régime où le marché et ceux qui en bénéficient, les riches, gouvernent ensemble. Le régime démocratique a toujours fonctionné de cette manière, une carotte et un bâton dans l’autre main, une dualité qui a produit une apathie généralisée qui, petit à petit, est heureusement en train de se déconstruire et d’être subvertie par une récente culture de luttes portant à nouveau l’action directe comme moteur de la transformation sociale.

A Porto Alegre depuis l’année dernière, on a vu le conflit s’exprimer davantage dans la rue. Il couvait pour les mêmes raisons qu’à travers tout le territoire, et s’est mis à bouillir jusqu’à prendre progressivement les proportions qu’il occupe aujourd’hui dans la ville, sans demander la permission à personne, et sans organisation centralisée. En même temps, la répression affine aussi ses griffes, poursuivant des groupes et des individus anarchistes, en les rendant responsables de la vague sauvage de destruction. L “intelligence policière” démontre une fois de plus l’incompatibilité de ces deux termes. Elle crée le terrain pour monter un cirque médiatique supplémentaire et lance des déclarations maladroites, comme celle du gouverneur de l’Etat comparant les anarchistes avec les ordures d’extrême-droite. Reposant sur une logique verticale, et donc opposée aux principes anarchistes, ils ciblent les anti-autoritaires en tant que leaders et idéologues d’actes d’attaque contre la propriété privée, ce qui démontre surtout une certaine impuissance des forces de sécurité, mais ouvre aussi en même temps un espace à la vengeance d’Etat contre celles et ceux qui se sont historiquement déclarés ennemis de l’ordre existant.http://www.redebrasilatual.com.br/cidadania/2013/10/black-blocs-sao-politizados-e-expressam-revolta-contra-injusticas-sociais-1922.html/black%20bloc%20sp%20midia%20ninja.jpg/image_large

Ces moments de tempête, y compris face à l’intensification du contexte répressif et d’une terreur psychologique toujours plus intense, doivent être un moteur pour notre capacité de transformation et de création, en affûtant les poignards de la solidarité et de l’agitation, en exerçant l’anarchie comme une tension constante dans ce monde de misère, et en montrant une fois encore qu’il n’y a pas de dialogue possible avec les puissants, ni d’explications à leur donner. Les actes de rébellion, souvent accomplis spontanément par la furieuse explosion de haine que provoquent l’autorité et la répression, sans reposer nécessairement sur des modèles idéologiques et théoriques, parlent souvent d’eux-mêmes.

Petite chronologie de la guerre sociale vécue dans les rues de Porto Alegre ces derniers temps (chronologie provisoire, ouverte et non exhaustive) :

4 Mars 2012 : Lors de la manifestation contre l’augmentation des tarifs des transports, un petit affrontement se produit entre des manifestants et la Brigade Militaire, les robots en uniforme sont attaqués à coup de manches de drapeau. Un container de poubelle est incendié.

4 Octobre 2012 : Lors d’une manifestation pour les espaces publics, des jeunes se moquent de la poupée gonflable de Coca-Cola/Fifa en dansant autour. La police attaque pour la “défendre” et reçoit une réponse. Une voiture de patrouille de la Brigade Militaire a son pare-brise détruit. Une banque est endommagée. 6 personnes sont arrêtées, 4 sont libérées la nuit même, les deux autres quelques jours plus tard, 20 personnes sont blessées. Un flic souffre d’un traumatisme grave après s’être pris des pierres. Après une longue polémique médiatique, la poupée Coca-Cola/Fifa est retirée de la rue.

27 Mars 2013 : Au cours d’une nouvelle manifestation contre l’augmentation du prix des transports, des manifestants essaient d’entrer dans la mairie en affrontant la Garde Municipale, une manifestante est arrếtée. Le bâtiment est couvert de tags et la plupart de ses vitres sont brisées. Deux motos et une voiture de la Garde Municipale sont attaqués. Un journaliste aux ordres du pouvoir se fait agresser.

1º Avril 2013 : 6000 personnes sont dans la rue, la mairie ferme plus tôt. La manifestation s’étend au centre-ville, la circulation est complètement interrompue à partir de 18h. Les murs se couvrent de slogans de différentes couleurs.

4 Avril 2013 : 5000 personnes se rassemblent dans le centre sous la pluie contre l’augmentation des prix de l’omnibus, et commencent à marcher en une protestation animée. Quelques omnibus sont tagués et rayés, un perd sa vitre à coups de pierres. Des bombes de peinture sont lancées dans le Bâtiment Edel Trade Center, où se trouvent des banques, l’ambassade du Pérou etc. Une vitrine de la Volkswagen Panambra tombe sous les huées des moutons. Devant le bâtiment de la EPTC (Entreprise de transports publics et de circulation, complice de l’augmentation), un groupe caillasse une vitrine, tout autour des pétards sont tirés en direction de la police et des médias. Une contrôleuse de l’entreprise publique d’omnibus Carris, qui défend qu’il faut soutenir les protestations sur internet plutôt que dans la rue, est virée.

11 Avril 2013 : Un nouveau rassemblement a lieu à l’auditorium Araújo Viana, pour partir cette fois par l’avenue Protásio Alves, vers la ATP (Association de Transporteurs de Passagers). Les façades reçoivent de nouveaux tags, des vitres sont brisées, une unité mobile est aussi vandalisée. 1000 personnes restent jusqu’à 23h environ. Le lendemain, le siège de l’association n’a pas réouvert.

Rio de Janeiro - Manifestante durante protesto no Dia dos Professores, no centro - (15/10/2013)

23 Avril 2013 : 500 personnes se rassemblent devant la préfecture, taguant leur revendication d’une réduction supplémentaire des tarifs d’omnibus.

29 Mai 2013 : Vers 4 h du matin, au milieu d’une forte tempête, 200 policiers de la Brigade Militaire, du Bataillon d’Opérations Spéciales, et le Groupe d’Actions Tactiques Spéciales, attaquent ensemble le campement qui durait depuis 43 jours pour défendre des arbres centenaires, campement empêchant de fait l’élargissement d’une avenue exigée par la Fifa pour permettre l’accès au stade Veira Río. 27 personnes sont conduites au commissariat et mises en examen pour outrage et autres délits. Au matin des dizaines d’arbres sont déjà abattus. Il est important de contextualiser…. Les protestations contre l’augmentation des tickets de l’omnibus se sont généralisés du sud au nord du territoire contrôlé par l’Etat brésilien. Dans des centaines de villes, des millions de personnes ont manifesté. Les choses sont devenues sérieuses. La tour d’ivoire des politiques a commencé à trembler. En plus de la question des tarifs des transports, dès le jour d’ouverture de la Coupe de football des Confédérations, où Dilma (présidente du Brésil) et Blatter (président de la Fifa) se sont faits huer dans le stade, et jusqu’à la finale, chaque partie a été une guerre hors des lumières du stade, contre la Fifa, l’Etat, le Capital, contre ce système de misère. Même les commentateurs sportifs traitaient du thème des manifestations. Ce n’est peut-être qu’un avant-goût de la Coupe du Monde… Souhaitons qu’il en soit ainsi…

http://veja0.abrilm.com.br/assets/images/2013/10/180874/brasil-protestos-dia-dos-professores-sp-20131016-23-size-598.jpg?1381937211

13 Juin 2013 : “C’est fini l’amour, ici ça va devenir la Turquie”. Près de 2000 personnes participent à une nouvelle manifestation en solidarité avec celles qui se déroulent sur le territoire brésilien. Le trajet est parsemé de tags, et tout ce qui symbolise le pouvoir est attaqué en chemin. 6 banques voient leurs vitrines brisées, un bâtiment de la compagnie de téléphone portable Oi est caillassé et tagué. Des pierres et de bruyants ovni volent en direction du tribunal. La patrouille de la EPTC et d’autres véhicules sont attaqués. Les parcmètres sont rendus inutilisables. Une voiture du groupe RBS (medias) est encerclée et attaquée alors qu’elle transporte des fonctionnaires à l’aéroport. Une vitre est brisée, elle est sécouée et rayée. Le lendemain, son journal papier ZeroHora, le plus diffusé dans la région, publie en Une la photo d’une barricade en feu avec en légende : “ils ont dépassé les bornes”.
40 containers de poubelles sont utilisés comme barricades au cours d’affrontements contre la Brigade Militaire, qui détourne le conflit en intervenant dans le quartier Cidade Baixa, en coupant et en dispersant la manifestation. 23 personnes sont arrêtées puis libérées, un policier est blessé.

Les jours suivants les journaux affirment : « Oui à la protestation, non à la violence. » Experts et charlatans s’empressent d’analyser la violence de cette nuit de fête antisystème, dans le but évident de rassembler l’opinion du troupeau, et d’éviter que la situation empire. Mais leurs efforts ne sont pas à la hauteur de leurs intentions, la colère contre ce système n’est ni contenue ni balayée, et les froides et pluvieuses nuits de manifestations sont de plus en plus ardentes…

17 Juin 2013 : Des millions de personnes descendent dans les rues des principales villes du Brésil, déterminées à l’affrontement. A Porto Alegre, la manifestation se déchaîne avec 15 000 personnes. Les rues centrales sont bloquées par la marche qui se dirige vers le bâtiment de RBS Zero Hora. Les flics empêchent qu’elle passe par le monument de verre de massification sociale, de mensonge et d’escroqueries. Aux alentours du siège de la Police Fédérale qui est caillassé, un concessionnaire Honda a 31 vitrines brisées, des motos sont endommagées, des brebis pacifistes tentent d’empêcher les pillages, mais plusieurs établissements n’y échappent pas. Une dizaine d’agences bancaires sont attaquées et sévèrement endommagées. L’Institut d’Identification/Institut Général d’Expertises (Police Civile) où sont confectionnés les documents d’identité se fait défoncer. Le concessionnaire Volkswagen Panambra est caillassé et des bagnoles endommagées. Dans la rue, les murs blancs auparavant, hurlent la rage. 60 containers de poubelle sont incendiés. Une patrouille de la Brigade Militaire est encerclée et attaquée à coups de bâtons par des manifestants. Dans l’avenue João Pessoa, de nombreuses barricades sont érigées. Sur le trajet, 5 omnibus sont caillassés, devant le parc de la Redenção un omnibus est incendié. Au cours de cette nuit, 371 omnibus de la compagnie publique Carris sont retirés de la circulation pour raisons de sécurité. Vers 23h, un groupe attaque et brise les vitres du Palais de Justice, il est dispersé avec des grenades à fragmentation aux environs du Palacio Piratini (gouvernement d’Etat) et de l’Assemblée Législative. Deux personnes sont arrêtées à cet endroit, et aux total il y aura 38 arrestations au cours des affrontements de cette nuit-là, quatre personnes sont sérieusement blessées. Toutes les manifestations sont filmées par hélicoptère du groupe RBS/Globo, et retransmises sur la chaîne régionale TVCOM. Le lendemain, le gouverneur se réunit avec son service de sécurité et les trois principaux journaux de la province ornent leur Une de photos d’omnibus en flammes.

20 Juin 2013 : L’après-midi, la Police Civile envahit la bibliothèque anarchiste A Batalha da Várzea dans le quartier Cidade Baixa, et s’empare de bouteilles en plastique remplies d’huile de cuisine usagée pour les envoyer à l’expertise, ainsi que de livres. A partir de ce jour, des anarchistes reçoivent la visite indésirable de la police à leur domicile. Dans plus de 100 villes du Brésil, des manifestations secouent la routine du capital, interrompent la normalité, attaquent et offensent le pouvoir et ses institutions. Sous la pluie et alors qu’il fait 14 degrés dehors, près de 20 000 personnes bougent dans les rues de Porto Alegre et s’affrontent durement avec la Brigade Militaire. Toute la manifestation est accompagnée par des hélicoptères et retransmise en direct. Aux alentours du bâtiment de RBS/Zero Hora les affrontements reprennent : fusées, pierres, engins artisanaux, cocktails molotov contre balles en caoutchouc et grenades à fragmentation. Le siège de la Police Fédérale est intensément attaqué à coup de pierres pour la deuxième fois, tandis que se monte une barricade enflammée. Malgré les flics postés devant les vitrines et appelant au calme, le local de Honda est détruit pour la deuxième fois, idem pour l’Institut d’Identification qui restera fermé pendant des semaines. De l’autre côté de la rue, le Centre Commercial João Pessoa n’est pas en reste, et est sévèrement endommagé. Une dizaine d’agences bancaires sont défoncées avec quelques tentatives d’incendies contenues par les pompiers. On entend la détonation d’une bombe artisanale au siège du Jornal do Comércio. Les locaux du PT et du PMDB au pouvoir actuellement sont attaqués. Pour éviter la multiplication des barricades au cours des émeutes, le matin même le DMLU (Département Municipal de Propreté Urbaine) enlève 80 containers à poubelle. De nombreux commerces sont pillés, les dégâts enregistrés s’élevant à 600 000 reales. La préfecture déplore des dégâts de 825 000 reales. 830 policiers sont présents pour mener la répression, l’effectif le plus élevé de la Brigade Militaire en 5 ans. Deux policiers sont blessés, et 20 personnes arrêtées sont amenées au Pénitencier Central. Jusque vers minuit, des actions de groupes cagoulés se multiplient au centre-ville, affrontant la police avec des pétards et des engins artisanaux, taguant, détruisant, tentant d’incendier, pillant. Un habitant du centre tente d’empêcher un incendie qui avait déjà pris dans une agence bancaire Itaú en menaçant les cagoulés avec un revolver, tous parviennent à s’échapper. Apeuré, le préfet José Fortunati suit la protestation à travers les caméras de surveillance dans le Centre Intégré de Commandement de la Ville de Porto Alegre (CEIC). Le lendemain, la présidente Dilma Roussef convoque une réunion d’urgence avec les ministres, puis annule son voyage au Japon. La présidente de la Banque Centrale fait de même avec une rencontre prévue à Londres avec “des investisseurs”. Le Département d’Etat nord-américain annonce qu’il suit de près le mouvement de protestation au brésil. Les services brésiliens de l’ Agence Brésilienne d’Intelligence (ABIN) publient tous les jours leur analyse de la situation sur internet, mettant en place un système de surveillance online contenant 700 termes préétablis à rechercher. Dans ce contexte, Brad Pit renonce à venir au Brésil pour le lancement du film “Guerra Mundial Z”, où il interprète le Gouverneur de Rio Grande do Sul. Tarso Genro, lance une campagne de diffamation contre les anarchistes, taxés de ”tendance fasciste », mentors de la violence de rue qui ”détestent tout sauf eux ”.

24 Juin 2013 : En manœuvre défensive, l’après-midi, la police bloque les alentours de la Place de la Matriz, la municipalité fait enlever 80 containers à ordures, les magasins ferment leurs portes. 10 000 personnes manifestent à Porto Alegre, les flics dispersent en lancent des grenades lacrymogènes dans le centre-ville, en divisant et en pourchassant les petits groupes. Dans le centre et dans le quartier de Cidade Baixa, des groupes attaquent la propriété, détruisent, pillent, incendient, montent des barricades, une dizaine de banques en font les frais. Des bâtiments de l’Etat et de la Municipalité sont attaqués, Tudo Fácil (local de la ville), CEEE (compagnie publique d’énergie électrique), DMLU, le Secretariat Municipal à la Jeunesse se font défoncer, des pierres et des molotovs sont lancés contre le bâtiment du SMIC (procureurs municipaux). Une trentaine de containers à poubelle sont incendiés, des voitures sont attaquées, une grande quantité de magasins sont pillés dans le centre. Le syndicat de commerçants affirme avoir subi 2 millions de reales de dégâts, sans compter la perte de 60% de leur chiffre d’affaire ce jour-là. Les pompiers ont combattu plus de trente foyers d’incendie. A côté d’une agence bancaire, des personnes cagoulées menacent et font pression sur une équipe de journalistes de TV Pampa, jusqu’à ce qu’ils leur remettent les deux cartes mémoire de leurs caméras. 103 personnes sont arrêtées, et plusieurs sont amenées à la prison centrale.

27 Juin 2013 : Une manifestation ”culturelle” est appelée devant le siège du gouverneur d’Etat, le Palácio Piratini. Toute la zone est bouclée par la Brigade Militaire, qui demande même des renforts venus de l’intérieur du pays. Le groupe des ”organisateurs” de la manifestation rentre dans l’antre gouvernementale pour mendier d’illusoires réformes et demander l’aide du gouverneur. Pendant ce temps, des manifestants enragés abattent les barrières de sécurité et attaquent la Brigade Militaire à coups de pierres, un sergent est blessé à l’oeil dans les affrontements, puis les groupes s’égaillent dans les rues du centre et de Cidade Baixa, menant des attaques, tout en essayant d’échapper à l’énorme contingent de Brigade Militaire qui les poursuit en une véritable chasse à l’homme retransmise en direct par TVCOM. Le Gouverneur finit la nuit par un discours en applaudissant les troupes de choc devant son palais.

1er Juillet 2013 : A l’aube de la célébration de la victoire de la sélection brésilienne à la Coupe des Confédérations, trois voitures de patrouille de la Brigade Militaire sont incendiées. Deux à Porto Alegre sur le parking du Secrétariat de Sécurité Publique, local où se trouvent le bureau du secrétaire de sécurité, les activités de la Brigade Militaire, la Police Civile, le Susep (matons), le Detran (circulation), ainsi que le service téléphonique 190 de la police. Des anonymes sont entrés dans l’obscurité du parking et ont frappé avec audace, en incendiant deux véhicules. Aux alentours, une dizaine de containers ont été incendiés la même nuit. Dans la ville de Fontoura Xavier, en plus de la voiture de la Brigade Militaire totalement calcinée, deux autres véhicules garés à côté ont fait les frais de l’incendie.

Autres infos sur la situation au brésil et contre la coupe du monde :

– Contrainfo

– Cette Semaine

– Squat.net

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« Le filet de sécurité » du social-capitalisme

 Quelques mots sur le logement social

«La société, dans sa richesse abstraite, ne peut payer tribut à la pauvreté qu’elle engendre. La pauvreté moderne n’est désormais plus quelque chose que l’on peut assister, mais que l’on doit contrôler : les pauvres ont dépassé toutes les limites de l’assistance possible. Nous campons franchement en ennemis aux portes des grandes villes, et  parfois même encore à l’intérieur. Nous savons que ce n’est pas une misère naturelle qui nous rassemble, comme une masse mécaniquement écrasée par la force des choses, mais une misère sociale organisée. »

Les fossoyeurs du vieux monde, Mai 1983

« Comment, tout en s’inscrivant dans le jeu du marché du logement, dont il est admis qu’il favorise une répartition optimale des biens en termes de mobilisation des énergies productives, instaurer le filet de sécurité qui rend acceptable par tous, y compris les perdants, la règle d’airain du libéralisme ? »

André Yché, Directeur de la Société Nationale Immobilière, Mars 2011

hochhäuserLe logement social est aujourd’hui encore, trop souvent présenté comme une « solution » à la question du logement ou quelque chose pour lequel on devrait « lutter », à l’extrême gauche et même dans certaines tendances anti-autoritaires.

C’est une farce. Ou plutôt, « le plat dont vous êtes le farce ». Si les « logements sociaux » existent, c’est bien bel et bien parce que certains logements ne le sont pas, et que cette logique suppose qu’il y ait (pour reprendre une vieille formule) toujours des affamé-e-s qui meurent aux portes de palais où tout regorge. Ou en tout cas : qu’ils et elles vivent en restant là où on leur dit d’être.

Si on crée des « logements pour pauvres », c’est toujours pour protéger la propriété privée, mais encore pour maintenir ces mêmes pauvres dans une situation de contrôle social.

Du philanthropisme à l’urbanisme : contrôle social et répression

« Nous voulons à la fois des gens heureux et de vrais conservateurs, voulons-nous combattre en même temps la misère et les erreurs socialistes, voulons-nous augmenter les garanties d’ordre, de moralité, de modération politique et sociale ? Créons des cités ouvrières ! »

Jules Siegfried, bourgeois philanthrope au Congrès des Habitations à Bon Marché de 1889

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Si les logements sociaux existent de manière aussi institutionnalisée et développée dans ce pays (comme dans bien d’autres d’ailleurs), c’est bien parce que l’Etat français et les capitalistes y ont trouvé un intérêt. De fait, tous les principaux artisans théoriques, architectes et autres urbanistes qui ont conçus jusqu’au principe même de la « cité ouvrière » sont des bourgeois, voir pour certains de grand bourgeois propriétaires. Des bourgeois généralement philanthropes, et qui voyaient – à une époque de prospérité économique- par là la nécessité politique de prendre « soin de la main d’oeuvre » de la même manière que les ouvrièr-e-s et autres salarié-e-s sont tenu-e-s de prendre soin de l’outil de travail. Le fait de ne pas abimer ou saboter l’outil de travail en cas de grève est d’ailleurs encore une règle non-négociable dans la plupart des syndicats et notamment à la C.G.T (vieux dogme stalinien hérité du P »c »F grande époque). Bref, du logement au lieu de travail, des moyens de production à la « force de travail » : il s’agit surtout de préserver un certain de type de rapport social.

C’est dans cette optique de gestion et de contrôle social que les cités ouvrières et autres « Hbm » (Habitations bon marchés) vont fleurir à la fin du XIXe siècle. Le prémisse de ce que va devenir le « logement social » connait son essor en plein développement industriel. Et c’est bien logique, puisqu’encore une fois : il faut « loger la main d’oeuvre ».  Si la plupart des mécènes des « oeuvres sociales » et autres « maisons ouvrières » étaient des bourgeois philanthropes, c’est tout simplement parce qu’ils avaient compris mieux que personne, en bons progressistes, qu’il vaut mieux s’acquitter d’un argent « bien dépensé » et fidéliser les pauvres plutôt que de laisser l’antagonisme social et les idées révolutionnaires se développer. En gros : il vaut mieux des logement sociaux que la chienlit.

Pour citer celui que ses contemporains appelèrent « Badinguet », alias Napoléon III, dans « L’extinction du paupérisme » à propos de la question du logement : « il faut désarmer pacifiquement l’émeute ». Car déjà à l’époque, les expulsions font des siennes.

En 1886, la « Ligue des anti-propriétaires » est crée pour défendre les locataires. Elle tente alors de lancer des grèves de loyers et initie régulièrement des « déménagements à la cloche de bois ». Le principe est simple : à chaque expulsion locative, une maison vide est repérée et occupée de nuit par ceux et celles qui ont besoin d’un toit. Bref, c’est la préhistoire de l’actuel mouvement des squats et occupations.

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A l’époque il s’agit donc surtout de discipliner une « force de travail » peu encline à se laisser exploiter à travers l’urbanisme balbutiant, la promesse d’un « logement décent » et le modèle de la famille traditionnelle. En bref, la tenir en place. Et même si les mots ne sont plus toujours aussi explicites dans les documents officiels, et que les méthodes de pacification ont fait du progrès, sur le fond : les objectifs et la fonction ont peu changés.

Par contraste, à l’époque les termes d’Emile Cheysson, autre philanthrope précurseur du logement social, sont sans équivoque. Il écrit dans « La construction d’habitation à bon marché » (1892) :

« On fait de l’ouvrier un chef de famille, vraiment digne de ce nom, c’est-à-dire moral et prévoyant, se sentant des racines et ayant autorité sur les siens.  C’est bientôt sa maison qui le possède; elle le moralise, l’assied et le transforme ».

Au moins, ça a le mérite d’être clair.

squatoldschool1Mais au delà de cette optique de pur contrôle social, lorsqu’on ne peut domestiquer le prolétariat, il va s’agir de le faire payer. En effet, le logement social s’est surtout développé pour mettre un terme aux mouvements de sans-logiEs et autres vagabondEs, ou au moins les prévenir. Un peu plus tard, au début du XXe siècle dans les années 10, les mouvements tels que celui de la « Fédération nationale des locataires », fondée par Georges Cochon (un autre anarchiste) rencontrent un certain succès. Ses membres tentent alors de renouer avec les pratiques d’action directe de la « Ligue des anti-proprios » des années 1890, et notamment les « déménagements à la cloche ». Et de fait, l’afflux de prolétaires pauvres sur les villes est alors énorme.

squatoldschoolOr, si certains bourgeois sont prêt à investir dans les projets de logements sociaux type « Maisons ouvrières » et autres Hbm, déjà à l’époque, évidemment, aucun n’est prêt à renoncer à la propriété ou laisser se développer des « zones de non-droit » comme disent les flics d’aujourd’hui. Conséquemment, il est hors de question qu’une « revendication » telle que la « gratuité du logement » gagne en popularité.

Raison de plus pour les propriétaires donc , pour continuer d’investir dans les maisons ouvrières et autres HBM. Car le but du logement social : c’est de faire payer ses locataires, même si « on les aide », même si il ne payent pas grand chose : pourvu qu’ils payent et se tiennent tranquilles. Et ainsi, que le « niveau de vie » des pauvres du quartier s’élève ou pas,  que « le marché » se porte bien ou pas, les prix tendent à continuer de flamber.

Quelques notions d’anti-économie

sethtobocman2.bmpPour comprendre le phénomène, on peut partir ce que les marxistes et d’autres appellent « la baisse tendancielle du taux de profit »(1) et qu’on pourrait tout aussi bien appeler « hausse tendancielle de la profitabilité » (puisque les deux vont de paire) qu’on peut relier directement à un principe de base du capitalisme : à savoir l’accumulation de capital.

A défaut d’être une « loi universelle », on peut considérer que c’est un lieu commun qui s’applique en général très bien au capitalisme foncier (et notamment à la propriété immobilière des grandes villes).

Pour faire simple : ce n’est pas parce que les locataires commencent « à gagner plus » que les loyers augmentent. L’affluence de demande de logements rencontre la spéculation dû à la concurrence entre propriétaires qui ensemble créent une « rareté de l’offre ». Ce qu’on pourrait appeler la pénurie organisée, et qui s’applique aussi bien aux autres domaines de l’économie.

Ainsi, certaines propriétés peuvent être revendues rapidement plus chères que leur prix initial même sans qu’aucune « plus-value » (travaux) n’ai été ajoutée. C’est à dire que la valeur d’échange peut très bien continuer d’augmenter alors que la valeur d’usage d’une propriété, elle, baisse (puisque par exemple, une maison vide et non-entretenue se délabre). Donc il est parfois possible de faire beaucoup de profits même avec des maisons ou bâtiments délabrés : en laissant « fructifier » et en revendant. C’est même le rêve de tout promoteur : un minimum d’effort et d’investissement pour un maximum de profits. C’est donc la concentration de capital engagé (soit pour des travaux, soit pour l’investissement dans des propriétés toujours plus chères, etc) qui fait augmenter le reste des prix de l’immobilier, et donc des loyers.  Pour « amortir » (ou plutôt rentabiliser) les « coûts » des dépenses  : comme dans n’importe quelle entreprise.

Conséquemment, par ricoché, cette augmentation de la « valeur » (valeur d’échange) de la propriété immobilière fait elle aussi au moins virtuellement baisser le « taux de profit ». Ce qui ne veut pas dire que les propriétaires gagnent moins, mais simplement que la « profitabilité » doit augmenter pour que les investissements ou la spéculation soit rentables. En gros : « il n’y a pas de petit profit ». Les propriétaires, « petits » ou grands, font donc (au minimum) systématiquement augmenter le prix des loyers, des cautions et des charges par rapport aux prix du marché de l’immobilier, avec pour seule limite les plafonds fixés par la loi (et encore, puisqu’ils ne sont souvent pas respectés).

Donc, que les locataires gagnent plus ou non : les loyers auront toujours tendance à augmenter pour la même raison que les salaires baissent. C’est à dire pour que les capitalistes, patrons et propriétaires « maximisent » leurs profits. Et « l’attractivité » d’un quartier (réputation, « sécurité », « cadre », commerces « bobos ») et les moyens engagés pour ce faire (l’argent dépensé dans le flicage pour faire place nette, comme pour les travaux) participent directement à ce même phénomène, et donc à l’augmentation des prix et in fine à la gentrification d’une ville ou d’un quartier. D’où l’intérêt de se pencher sur les projets d’urbanisme (logements sociaux compris) et autres renforcement de dispositifs policiers et sécuritaires pour comprendre comment « enrayer les rouages de la machine » et tenter d’articuler nos luttes.

Parce que dans ce jeu de quilles, les logements sociaux jouent forcément un rôle, à la fois politique et économique. Ce rôle est bien évidemment fonction du contexte, mais pas seulement : en particulier dans les grandes villes, ce ne peut être que celui que les dirigeants (locaux ou autres) et les capitalistes lui font jouer.

Une « solution » pour qui ?

Bien sur, il ne s’agit pas ici de nier le fait que le logement social, qui est devenu une véritable institution, tout comme les foyers de toute sortes, constituent une « solution » de dernier recours, ou un moyen de replis pour beaucoup.

De fait, le logement social (au delà des foyers du type « hébergement d’urgence ») est une soupape de sécurité : il existe pour éviter que des gens ne se  retournent contre les propriétaires, ou ne s’interrogent sur le pourquoi du fait de payer un loyer, sur le pourquoi de la propriété foncière et donc de la propriété en général. Il s’agit donc plutôt de comprendre dans cette optique en quoi consiste (au moins sur le plan idéologique) et comment fonctionnent le logement social et l’Aide Au Logement –A.P.L-, ou même les foyers.

La conception dominante consiste à présenter la pauvreté (ou à la penser) comme un accident ou un handicap « naturel ». A partir de là, le logement social et l’A.P.L sont justifiés idéologiquement comme des « béquilles » qu’on accorde aux « petits pauvres ». C’est la conception humanitaire (soit chrétienne, conservatrice, soit social-démocrate) de la question sociale : conception bourgeoise et autoritaire. Mais la culpabilisation et la condescendance pour le fait d’être pauvre sont les deux mêmes facettes de l’idéologie dominante.

Et les changements de gouvernements n’y ont jamais rien changé de fondamental en plus d’un siècle. Les promesses électorales n’impliquent résolument que ceux ou celles qui veulent bien y croire. De ce coté là, aujourd’hui encore : il n’y a donc pas de « trahison socialiste » (pléonasme ?) si on refuse de se laisser illusionner par le jeu de la politique.

La politique social-démocrate en matière de logement précisément, fait honneur à cette tradition du logement social : le but n’est même pas de loger tout le monde, mais que l’essentiel des pauvres avancent en suivant la carotte.

Le métier des dirigeants, c’est de faire des promesses qu’ils ne tiendront pas et ne veulent pas tenir parce qu’ils n’y ont aucun intérêt. Et surtout que leurs « solutions » ne sont pas faites pour nous satisfaire. Mais surtout, d’un point de vue plus « large », si les logements sociaux existent (et si l’Etat fait payer des pénalités aux communes qui ne respectent pas leurs « quotas ») c’est aussi pour éviter que le reste des prix d’un quartier ne chute.

Bien évidemment, sauf en cas de d’insurrection (2), ça ne peut pas arriver dans un « ghetto de riches ». C’est pour ça que les propriétaires et les mairies de bourgeois et quartiers riches s’en moquent et préfèrent payer des pénalités. Mais si il y a trop de pauvres sur un territoire donné et que le quartier n’est pas « attractif » pour les bourgeois ou « classes moyennes aisées », et que les logements sont trop chers : la masse des locataires pauvres fait pression à la baisse sur le prix des loyers (puisqu’ils ne s’y installeront pas ou ne payent déjà pas leur loyer, ou avec des retards…). Donc au lieu de prendre le risque de laisser jouer les mécanismes du marché (principe de « l’offre et de la demande »), les capitalistes – dans nombre de cas- ont bien plus intérêt à soutenir le logement social : parce qu’au moins les pauvres payent leur loyer, même si ils et elles le font (au moins en partie) avec l’argent de l’Etat (l’A.P.L).

Du reste, dans beaucoup de villes, c’est un savant dosage de contrôle social des pauvres (via notamment les missions locales, Pôle emploi, « Permanence Social d’Accueil » et autres associations humanitaires reliées au conseil général -qui gèrent les dossiers d’attribution et de radiation du R.S.A-), de logements sociaux et d’hébergement d’urgence qui permettent de faire jouer tranquillement la spéculation : les propriétaires peuvent laisser leurs « biens » sans locataires, et ainsi de nombreuses maisons, logements et autres parcelles vides sans risquer que des squats ou des occupations y fleurissent.

Bref, encore une fois, les allocations et le « logement social », pour les propriétaires comme pour l’Etat : c’est un « investissement à long terme ».

Logement sociaux et urbanisme : la gentrification par le « social ».

C’est le principe du logement dopé. Et l’A.P.L correspond à la même logique. C’est-à-dire que « paradoxalement », les logements dit sociaux sont aussi là (au moins à terme) pour continuer à faire augmenter les prix des autres logements. D’où leur utilité dans les quartiers populaires en pleine « restructuration urbaine ». C’est pour ça qu’au moins sur le principe, la plupart des mairies, ou quelques autorités n’ont jamais rien à reprocher aux « logements sociaux » (même si les mairies de villes de bourgeois grognent parfois pour des histoire de quotas ou parce qu’ils « payent trop d’impôts »).

Mieux : la plupart se vantent même d’en construire, et s’en serviront comme d’un argument contre celles et ceux qui ne peuvent plus et/ou ne veulent pas payer leur loyer, ou squattent. Mais aussi contre les Roms, immigré-e-s avec ou sans-papiers, ou autres pauvres dont le mode de vie ne coïncide pas avec les pré-requis de « l’intégrationisme » social de la « politique du logement ».

Ainsi, avec ces politiques de « mixité sociale », si on arrive pas à caser les plus récalcitrant-e-s, on jugule des populations de pauvres « ingérables » en les remplaçant (physiquement ou politiquement) par des pauvres mieux géré-e-s.

Pour couronner le tout, officiellement, quiconque s’est un minimum renseigné sur les procédures de demande de « logement social » sait que le délais pour obtenir un est au minimum de 3 ou 4 ans dans les grandes villes, à renouveler chaque année. Comptez en réalité 5 ou 7 ans en région parisienne par exemple, voir plus selon la situation et la ville. Une carotte donc…

Florilège du social-capitalisme à « visage humain »

L’essentiel des logements sociaux réservés aux « budgets modestes » sont en général petits et exigus. Ce sont pour beaucoup des préfabriqués ou des cages en béton, des tours malsaines et lugubres ou des bâtiments reconvertis, des appartements mal refaits ou des délires d’architectes inhabitables. Le tout avec une proximité souvent difficile et non-désirée avec les voisin-e-s. Où il y a donc très peu d’espace et souvent peu et parfois pas de véritable intimité.

Fréquemment, les habitant-e-s de ces logements sociaux sont aussi fliqué-e-s par des « agents sociaux » où on ne peut pas faire grand-chose à part dormir et se faire discret-e-s. Bien sur, il y a des exceptions, et des « planques » (et tant mieux pour ceux/celles qui les trouvent) : mais elles ne sont là que pour confirmer la règle.

Mais il y a aussi, par opposition, les « logements sociaux » neufs et spacieux des grandes villes dans les quartiers bourgeois tels qu’à Paris (dans le style appartement refait à neuf). On trouve facilement des appartements dits « sociaux » ou « HLM » loués à partir de 1000 ou 1500€ par mois (et parfois plus) : puisque le loyer des logements « sociaux » est notamment calculée à partir de la base au m², elle même calculée en fonction du prix de la pierre, et évidemment pas indexés sur les revenus (ou « non-revenus ») des plus pauvres. C’est, dans un quartier en passe d’être complètement « restructuré » le jeu des « faux-HLM-chers » qui se font jour lorsqu’on a dégagé tous les autres pauvres et qu’on veut à présent faire grande place pour la bourgeoisie locale.

Ceux des ces logements qui restent à des prix plus « abordables » (avec les A.P.L) seront généralement accordés uniquement à une infime minorité de ceux et celles qui sont « en haut de la liste d’attente », ou d’autres en bénéficieront par l’un des nombreux tours de passe-passe de la magie du clientélisme. Pour donner une idée, le « logement social » c’est en moyenne 300 000 logements attribués par an pour 1.7 millions de demandes en france.

Question clientélisme d’ailleurs, de nombreux partis politiques par exemple, de droite comme de gauche, Verts, PCF et « Front De gauche » en tête, gèrent de nombreuses sociétés immobilières (comme la SCI Leninvest) ou d’autres logements via des bailleurs sociaux comme la Semidep (association immobilière municipale gérée par des membres du Front de Gauche) dans les quartiers populaires (à Paris comme dans les 18, 19 et 20e arrondissement), qui ont à leur compte plusieurs expulsions en région parisienne. 

On  se sert donc à l’occasion de son influence politique pour loger ses ouailles ou ses protégéEs dans ces logements (dont bon nombre restent néanmoins vides) quitte à expulser ceux et celles qui y vivent (locataires en galère ou squatteuses/squatteurs).

C’est dire la réalité du logement social dans les quartiers des villes et banlieues pauvres : la plupart du temps, des années pour obtenir une chambre entre barre d’immeuble pourrie, tours bondées, et appartements format « placard à balais », parfois insalubres ou avec des allures de chambre d’hôpital repeinte, et où tout est pensé pour le contrôle. Ou à l’inverse donc, de nombreux quartiers pauvres « bénéficient » aussi d’un certain nombre de « logements sociaux » plus confortables, mais en nombre réduit, auxquels seul-e-s quelques un-e-s auront accès.

D’autant que les assistants sociaux sont aussi là pour faire signer des « contrats d’insertion » et autres promesses d’être des pauvres bien gentil-le-s, bien domestiqué-e-s, qui ne se rebellent pas et sont assidu-e-s dans les RDVs de suivis qui ne servent à rien (à part à donner l’illusion d’avancer, et à être contrôlé-e-s).

Sinon c’est retour à la case départ : la rue, les hébergements d’urgence ou par des ami-e-s, les suppressions d’aides sociales, le jeu de l’oie dans les associations caritatives de merde et les foyers d’urgence bondés du 115, etc…

En définitive, c’est pour l’immense majorité une solution de dernier recours qui a plus avoir avec des mécanismes de contrôle et pacification sociales qu’avec l’accès une quelconque « autonomie matérielle ».

Surtout, le but des logements sociaux et des politiques de « mixité sociale » dans des quartiers en pleine gentrification est bientôt plutôt d’accompagner le processus d’embourgeoisement du quartier et la restructuration urbaine qu’autre chose.

La preuve : les résident-e-s pauvres de logements sociaux n’ont souvent aucune « perspective d’intégration » (les socio-flics en tout genre sont les premiers à s’en plaindre) après de longues périodes de misère, et d’errance sociale. Comme au CROUS, et en fonction de la situation et de qui gère le bâtiment : il est parfois interdit d’héberger des ami-e-s, son copain, ou sa copine : sous peine d’expulsion. Et si la situation évolue (un copain, une copine, un-e enfant, etc…), il est extrêmement difficile d’obtenir un autre logement adapté aux nouveaux besoins.

Ou bien les locataires sont souvent balloté-e-s d’un lieu à l’autre indépendamment de leurs besoins immédiats ou de leur situation et ces logements disparaissent comme par magie (cession aux propriétaires, revente), et ne sont pas renouvelés une fois que le quartier est suffisamment « restructuré ». Suffisamment du moins pour que toute protestation concernant la « politique de la ville » ait été réduite à une petite agitation contenue, ou dont la « situation » est gérée par des associations réformistes et caritatives qui viennent mettre des pansements sur des fractures ouvertes : comme le D.A.L d’une part, et Emmaüs, Aurore, l’Abbé Pierre, les « petits frères des pauvres » et consorts… ou toute autre organisation qui poursuit les mêmes buts avec les mêmes moyens.

Pour en finir avec la « politique de la ville ».

expulsionbastonEn attendant, on se dit que si le « logement social » est une solution de replis pour beaucoup, c’est d’abord une carotte et c’est dans tous les cas une galère comme une autre.

D’autant que si on comprend que la racine du problème du « mal-logement », ou plutôt du logement tout court, c’est la propriété privée, le capitalisme et l’Etat, on peut aussi refuser de tomber dans le piège qui consiste à présenter le « logement social » (même hypothétiquement « autogéré ») comme comme un but pour lequel lutter, ou encore comme la solution à la question du logement : parce qu’en l’état, il n’y a pas de solution « en soi ». Pas même le squat et les occupations dans l’absolu qui restent en général un autre « parcours du combattant » où se mêlent trop souvent négociation, commerce culturel et alternativisme.

Et néanmoins, si le principe de l’abolition du capitalisme et de l’Etat consiste à l’expropriation des propriétaires, des capitalistes et des bourgeois, on voit mal comment on en arrive là en se contentant de demander des logements sociaux, ou pire encore d’en défendre le « principe ».  Ou encore en se contentant de prétendre que la pratique des occupations, du squat, ou même de la « grève des loyers »(3) ne sont pas des « pratiques de masses » et de les laisser aux artistes, aux indignés, aux associatifs, aux marchands de culture et autres « alternatifs » qui transforment n’importe quelle lutte en spectacle son et lumière et n’importe quelle manifestation en carnaval citoyenniste .

De manière individuelle, tout le monde ou presque est obligé de se débrouiller, de slalomer entre les diverses institutions et de jongler avec les RDVs et autres contrôles sociaux, à moins d’avoir un gros salaire ou de rentrer dans la clandestinité : et encore. Mais de manière collective, les luttes et les révoltes ne peuvent se faire avec des revendications au détriment de celles et ceux qui choisissent de refuser le chantage à l’intégration, et le fait de devoir payer pour avoir l’autorisation de ne pas dormir à la rue.

C’est seulement au travers des luttes et des révoltes, mais aussi d’actes de prise de possession (tels que le squat ou les occupations) même temporaires qu’une solidarité offensive peut se développer, pour soutenir l’auto-défense des locataires ou d’espaces occupés : mais sur des bases solides d’entre-aide, d’action directe et d’auto-organisation.

C’est à dire sans médiations ni de négociation érigée en « principe de lutte », directement entre locataires pauvres, sans domiciles, squatteurs, squatteuses et autres complices face aux proprios, aux huissiers, aux tribunaux, aux gestionnaires de misères et aux flics, même « sociaux ». Et d’abord, dès que c’est possible (au moins collectivement), en refusant de payer et de se laisser gérer par qui que ce soit.

Mais aussi, ces luttes ne peuvent s’articuler qu’autour d’une critique radicale et explicite de la propriété, auquel aucun sujet ou aucune catégorie politique ne peut se substituer.

http://31.media.tumblr.com/tumblr_m5xumgeCNT1qhttpto4_1280.jpgIl ne s’agit donc pas de distiller une « théorie pure » de ce que doivent être les luttes concernant le logement ou le squat, mais de refuser de se fourvoyer quant aux possibilités qui s’offrent à nous. Et aussi se détacher d’une mentalité militante qui tente de faire passer des pis-allers pour des perspectives en prétendant « occuper le terrain » (Lequel ?).

Par exemple, si tenter d’imposer des relogements peut être vital en dernier recours (quoi que peu pertinent si on a pas établit au préalable un réel rapport de force), on ne porte par là rien de qualitatif, tant ces revendications de « fin de luttes » ne sont pas des fins en soi. Et donc si obtenir un ou des logements sociaux peut être un soulagement lorsqu’on a plus d’autre solution, force est de constater qu’il faut se méfier des cris de « victoire » prématurés qui brisent les occasions de perpétuer et même d’approfondir la conflictualité d’une lutte. 

Parce que de la même manière que le jeu de la négociation et de l’intégration, les discours orientés sur la « nécessité » du logement social participent à l’individualisation et à l’atomisation de problèmes sociaux : ce qui va à l’encontre de toute possibilité de révolte et du principe même de luttes sociales offensives.

Et donc, si il s’agit d’arracher du temps et de l’espace pour vivre et non seulement survivre, pour se défendre, mais aussi pour s’attaquer au Capital et à l’Etat en vue de leur disparition (sans toujours la remettre aux calendes), alors il faut prendre et se servir partout où c’est possible : en ne comptant que sur nos capacités, notre autonomie et notamment à la force que nous tirons de notre propre pratique.

Le Cri Du Dodo

1. Soyons clairs, si nous reprenons ici cette idée, c’est parce qu’elle nous semble pertinente pour apporter un angle de vue supplémentaire à la question de la gentrification et de la restructuration urbaine qui ne se limitent évidemment pas à la spéculation mais fonctionnent très globalement comme le reste de l’économie. Ce principe économique n’explique pas tout, et notamment comment la vapeur peut s’inverser sur un quartier, ou encore les disparités sociales d’une ville à l’autre dans des conditions relativement similaires, les explosions spontanées de révoltes, etc. Il ne s’agit donc pas de ramener sur le tapis l’interminable débat à propos de la théorie de la valeur, que même Oreste Scalzone (qui n’est pourtant pas, loin s’en faut, le dernier des marxistes) qualifiait dans un bon mot de « baleine blanche du marxisme » dans sa préface à la « La diagonale des autonomies ». Ce que Marx appelle la « baisse tendancielle du taux de profit » (à quoi on pourrait aussi trouver bien d’autres noms), n’a donc pas été inventé par lui mais bien entendu par les capitalistes, ou plutôt découle du fonctionnement et du développement même du Capitalisme. Marx s’est contenté de la théoriser, ses conclusions lui appartiennent. Et notamment son hypostase de l’économie comme ensemble régit par ses propres lois, et l’idée surtout que ces lois sont scientifiques (comme celle de la gravité) et conditionnent tout développement historique. Notre affinité avec le concept, qu’il nous semble falloir regarder encore une fois comme un lieu commun des principes d’appropriation et d’accumulation, s’arrête donc là.

2. Pour l’exemple, après avoir été complètement ravagées par les évènements de Mai 1968 (toutes les devantures défoncées et la rue dépavée), plusieurs rues de Paris, et notamment celles du Quartier Latin (en particulier la Rue Gay Lussac, presque entièrement saccagée et démontée) ont vu le prix de l’immobilier chuter pendant une petite période. Aussi, l’histoire regorge de bons exemples sur la manière dont nous pouvons, encore aujourd’hui, « envisager » l’urbanisme et la ville.

3. Piégé dans l’impasse du légalisme, et aux prises avec ses illusions social-démocrates, le D.A.L s’indignait le mois dernier, avec le traditionnel ton larmoyant de circonstances dans le torchon « Politis » à propos de la loi Alur qui vient tout juste d’être votée, et qui instaure des pénalités contre les retards de paiements du loyer : « Elle interdit aux locataires d’observer une grève des loyers. C’est un peu comme si on amendait les salariés lorsqu’ils font grève… Les locataires sans recours réels face aux abus de leurs bailleurs n’ont plus qu’à se taire (…). On se demande si ces messieurs-dames sont locataires et s’ils ont déjà connu ces fins de mois où il faut choisir entre se soigner, payer le chauffage ou payer son loyer… ». Mais si nombre de camarades ne portent pas toujours à la tactique de la grève des loyers toute la considération qui lui est due, ce n’est donc pas le cas des dirigeants qui l’élèvent au rang de préoccupation suffisamment sérieuse pour lui consacrer une nouvelle loi.

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Turquie : révoltes, situation insurrectionnelle et répression massive.

[Après quelques jours d’absence, nous revenons avec une compilation de plusieurs textes, vidéos et images sur le soulèvement actuel en Turquie, parti de l’opposition au projet de « d’aménagement urbain », c’est à dire au processus de gentrification du centre ville d’Istanbul, qui a entrainé depuis plusieurs années, entre autres, des expulsions massives, la destruction des bidonvilles et des quartier populaires. Bref, un même processus de ségrégation sociale et de chasse aux pauvres partout à l’oeuvre ou presque dans les grandes métropoles du monde en vue de la constitution de nouveaux ghettos pour riches et « classes moyennes aisées ». Processus qui ne peut se matérialiser que par une guerre de classes livrée par les capitalistes, l’Etat et leurs flics contre tout ce qui ne se soumet pas à leur logique de domestication.  Nous voulions revenir sur ces récentes révoltes partis de la « place Taksim » et l’intervention anarchiste offensive qui s’y est manifestée, ainsi que certaines actions remarquables de solidarité internationale. Le Cri Du Dodo]

http://meydangazetesi.org/wp-content/uploads/2013/07/meydan11mansethaber.jpg

Turquie: répression policière et arrestations de masse à Istanbul

Source : Le Chat Noir Emeutier en collaboration avec le Réseau Contrainfo

Taksim-square-in-Istanbul-Tuesday-June-11-2013

Dans les premières heures du 16 Juillet 2013, la police a perquisitionné 100 endroits différents à Istanbul.

Aux environs de 05h30, la police a pris d’assaut plusieurs maisons en même temps. Selon les premières informations, 12 membres du Öğrenci Kolektifleri (Collectif d’étudiants) et Liseli Genç Umut (Espoir jeune lycéen) ont été arrêtés. 26 personnes dans le quartier de Sancaktepe ont été arrêtées, y compris les lecteurs de magazines tels que Özgür Gelecek (Future Libre) et Devrimci Demokrasi (Démocratie Révolutionnaire), et les membres de AKA-DER (Fondation de recherche culturelle anatolienne) et HKP (Parti de libération du peuple). Il a été rapporté que les maisons des gestionnaires et des membres de la TGB (Syndicat de Jeunesse de Turquie) ont également été fouillées. Les avocats ont été informés que l’État a pris la décision de perquisitions et d’arrestations de 60 personnes pour une période de 72 heures, y compris des militantEs de Halkevleri, Öğrenci Kolektifleri, Özgür Gelecek, Devrimci Demokrasi, Aka-Der, HKP et TGB.

56 personnes sont accusées ‘d’incitation à la révolte et de dégradations de biens publics’. Le dossier a été classé comme confidentiel, afin que les personnes toujours en garde à vue (30 à ce jour) ne soient pas autorisées à parler à leurs avocats pendant 24 heures. Les flics ont également décidé de prélever des échantillons de salive des détenu.e.s.

Brèche d’Istanbul – Notes depuis l’insurrection de la place Taksim

Anonyme, 19 Juin 2013

Source : Réseau contrainfo, traduit en collaboration avec Le Cri Du Dodo

 

En fait, ce n’était PAS totalement imprévisible, mais d’une certaine façon nous ne pouvions pas voir que ça venait. Qu’ont fait les gens en Turquie jusqu’à ce que cette révolte éclate ? Les étudiant-e-s ont battu leurs enseignants qui leurs avaient donnés des notes inférieurs à ce qu’ils/elles méritaient. Les gens ont poignardés les médecins qui avaient négligés leurs proches. Ils ont tiré sur les sergents pour s’enfuir, et le service militaire obligatoire a été déserté. Ils ont détruit les commissariats de police et battus les officiers de police violents. Après que les tribunaux aient rendus leurs verdicts, les gens ont laissé un avant-goût de leur propre verdict dans les halls des tribunaux. Les femmes se sont faites justice elles-mêmes contre leurs violeurs. Ils et elles se sont suicidé-e-s sous la pression des grands examens, et des dettes de leur carte de crédit …

L’insurrection des individus et des groupes révolutionnaires a finalement touchée les un-e-s les autres et s’est connectée à la Résistance du Parc de Gezi (à partir du 29 mai à ce jour). Nous avons donc voulu partager certaines de nos observations depuis les barricades avec vous:

• Les routes ont été bloquées, les coffres et les sièges arrières des voitures ont été fouillées pour voir si elles cachaient clandestinement des bombes lacrymos pour la police. Parce que la police a utilisé des ambulances pour cacher les bombes, les gens les ont traquées soigneusement, et ils ont caillassés les camions de pompiers parce qu’ils ont vu qu’ils servaient à transporter l’eau pour les canons à eau qui éteignaient les barricades enflammées.

• Des contrôles ont été pratiqués contre celles et ceux qui étaient soupçonnés d’être des flics en civil.

• Le réseau de vidéo-surveillance et ses caméras ont été démantelés et détruits.

• Plus de 40 barricades hautes ont été faites. Pavés, panneaux publicitaires, panneaux de signalisation, poubelles, tout ce qui nous tombait sous la main et qui traînait a été utilisé.

• Les banques, les guichets automatiques, les panneaux d’affichage et les publicités des arrêts d’autobus ont été détruits.

• Les cars et les voitures des flics ont été incendiés, ou utilisés pour le bien commun.

• Les machines et camions de construction ont été renversées, cassés et incendiés.

• Les aliments et fournitures nécessaires ont été volés dans les gros supermarchés des environs.

• Les véhicules des médias (vans de CNN) ont été retournés et détruits.

• Un bulldozer a été capturé et utilisé en contre-attaque aux véhicules antiémeutes de la police, et les canons à eau ont été chassés des rues.

• Les gamins qui ont été maltraité-e-s et humilié-e-s par les flics tous les jours, remettent les pendules à l’heure en les caillassant et en les frappant au visage. Ils et elles ont retrouvé-e-s leur intégrité.

• Les camions et des bulldozers ont été capturés et utilisés pour construire des barricades.

• Des jeunes non organisé-e-s et très largement apolitiques ont rencontré, discuté et appris mutuellement des tactiques et des stratégies avec des groupes radicaux plus organisés.

• Des milliers de jeunes ont fait leur baptême du feu dans les affrontements avec les forces de police.

• Un vaste réseau de solidarité a été spontanément organisé pour la nourriture, la boisson, les soins contre le gaz lacrymogène et les cigarettes.

• Des points boisson et nourriture ont été mis en place pour distribuer des trucs gratuits à quiconque en avait besoin.

• Les gens ont commencé à tout partager frénétiquement, leurs barres de chocolat, les cigarettes, leurs plats faits maison, la nourriture qui leurs avait été donnés par d’autres.

• Les ordures et le compost ont été recueillis collectivement, même les mégots de cigarettes.

• Tout le monde s’est mis à aider tout le monde avec des solutions anti-acide contre des gaz lacrymogènes sur les barricades.

• Les gens ont ouvert les portes de leurs maisons, ainsi que des petits cafés et des boutiques, accueillant des manifestants parfaitement aléatoires, qui avaient été acculés par les forces de police.

• Les femmes au foyer et d’autres personnes dans les quartiers se sont joints aux protestations en faisant du bruit avec des casseroles, etc…

• Des kits de solutions alimentaires et anti-acide ont été placés dans un grand nombre de points.

• Des points de premiers secours ont été mis en place.

• Des médecins ont couru de barricades en barricades lors d’affrontements très violents.

• Les vendeurs à la sauvette se sont multipliés, heureusement en l’absence de la police, qui habituellement les chassent et leurs confisquent leurs objets.

• Les travailleurEUSEs du sexe, y compris les transsexuel-le-s, ont pu aller travailler, se promener, et se mêler avec d’autres librement sans être maltraité-e-s.

• Un espace vacant fermé a été libéré pour les gens et transformé en un petit parc.

• D’autres maisons vacantes, qui étaient fermées pour prêts hypothécaires, ont été occupés et habitées.

• Un petit jardin urbain a été créé.

• Une bibliothèque libre a été mise en place.

• Les gens lisent des bulletins et des brochures comme ils et elles ne l’avaient jamais fait avant, et ont pensé des choses qu’ils et elles n’avaient jamais pensé avant.

• Les gens se sont emparés des rues et les ont faites leurs avec des graffitis, des pochoirs et différents drapeaux et banderoles, et des couleurs à la place de panneaux d’affichage et des publicités.

• Au lieu d’aller au travail ou de rentrer à la maison avec les transports publics ou en taxi , les gens marchaient lentement sous les nuages de gaz lacrymogènes scandant des slogans et des insultes. Ils et elles n’avaient plus peur, et ont continué à marcher.

• Les gens ont décidé de leur propre ordre du jour, sans les partis, le pouvoir ou les dirigeants.

• Pas une seule femme n’a été abusée. Elles ont marché librement, se promenaient autour et sont restées dans le parc.

• Les gens passaient leur temps ensembles au lieu de se tuer à petit feu face à leurs téléviseurs ou leurs écrans d’ordinateur.

• Les masses se sont désillusionnées et ont commencé à critiquer ouvertement les “médias de masse”.

• Les Kurdes ont librement agité leurs drapeaux de la guérilla (PKK), ont brandi des portraits de leur chef de guérilla emprisonné (Apo) et se sont aussi amusés avec leurs danses traditionnelles collectives. Les nationalistes, bon gré mal gré, se sont fait une raison. Même certains d’entre eux n’ont pu résister et se sont joint aux danses.

• Les activistes de classe-moyenne, avec leurs normes d’hygiène de bourgeois immaculés, ont mangé la même nourriture, chié dans les mêmes toilettes portables et sont restés de longues périodes sans se doucher avec les sans-abris et les animaux de la rue.

Les gens ont réalisé qu’une vie sans flics, c’est la JOIE, en effet.

« La vie est si ennuyeuse qu’il n’y a rien d’autre à faire que de dépenser tout notre salaire dans la dernière robe ou la dernière chemise.
Frères et sœurs, quels sont vos désirs ?
 Être assis dans un centre commercial , le regard distant, vide, mort d’ennui, en buvant un café sans saveur ?
 Ou peut-être plutôt LE FAIRE SAUTER OU LE BRULER.”

The Angry Brigade

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Istanbul, Turquie: notre rage grandit, ainsi que notre lutte !

Source : Réseau contrainfo, 11 Juin 2013

Communiqué de l’Action Anarchiste Révolutionnaire (Devrimci Anarşist Faaliyet, DAF):

Contre l’État et la terreur policière : Notre rage grandit, ainsi que notre lutte !

taksim_11.6L’occupation permanente de la place Taksim et du parc Gezi a été attaquée par la police ce matin (11 Juin 2013). Après la réunion du conseil des ministres hier, la police est venue en début de matinée sur la place, vers 7h00, et tout en tirant des grenades lacrymogènes, les forces de répression ont fait des annonces comme quoi ils n’attaqueraient pas le parc. Des centaines de policiers sont entrés dans la place Taksim plaidant qu’il n’y aurait pas d’attaque sur le parc et en disant que seul les banderoles seront enlevées. Alors que les banderoles sur le Centre culturel Atatürk ont été déplacées plus loin, un autre groupe de policiers a voulu enlever les tentes sur la place. Les gens ont essayé de les arrêter, et la police a attaqué les manifestants avec des gaz lacrymogènes.

Alors que l’attaque de la police était en cours, beaucoup de gens ont commencé à rejoindre la place contre cette attaque fasciste. Pour empêcher les gens de venir, la police a tiré des gaz lacrymogènes dans le métro, et la station de métro Taksim a été fermée durant l’opération.

La police a utilisé de grosses quantités de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de balles en plastique tout en pulvérisant de l’eau sous pression avec des canons à eau. Un groupe des résistants a fait une chaîne humaine, et la police a tiré des gaz lacrymogènes à une courte distance. Beaucoup de gens ont été blessés par les gaz, mais une fois l’effet du gaz lacrymogène passé, de nombreux manifestants se sont réunis et ont fait de nouveau la chaîne.

Bien que la police a annoncé qu’il n’allait y avoir «aucune intervention» au parc, ils ont tiré de lourdes quantités de gaz lacrymogènes dans le parc, même à l’intérieur de l’infirmerie, les blessés ont été déplacés de la zone.

Beaucoup de gens ont été blessés par les grenades lacrymogènes et les flashballs. Alp Altinörs, qui est membre de l’Initiative de solidarité Taksim, a été touché par une balle en plastique au front et a été évacué par ambulance à l’hôpital. On sait que la police vise les gens.

D’autre part, la police a commencé à attaquer les espaces politiques et des bureaux. Le bureau du SDP (Parti de la sociale démocratie) a été perquisitionné et beaucoup de gens ont été mis en détention. La police a menotté les résistants et les a brutalement frappé pendant leur détention.

Malgré les attaques violentes, les gens sur la place Taksim et dans le parc Gezi continuent de résister. L’État fasciste, l’oppression et la terreur policière ne peuvent pas nous décourager, notre lutte continue, notre rage grandit, il en va de notre lutte.

İstanbul est partout,  la résistance contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste est partout.

Émeute, Révolution, Anarchie !

Action Anarchiste Révolutionnaire

(Devrimci Anarşist Faaliyet, DAF)

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Turquie : ça n’est que le début, continuons

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10 Juin 2013,

Source : contrainfo

Il s’agit d’une révolte

Les projets d’aménagement urbain menacent depuis longtemps les espaces de vie des habitants d’Istanbul. Démolitions de bidonvilles en premier, puis 63 millions de mètres carrés de forêts à être saccagés pour construire le troisième pont, des centres commerciaux construits les uns après les autres, hôtels de luxe, et pendant ce temps le projet s’est poursuivi, le prochain était le parc Gezi. Les habitants d’Istanbul ont continué à résister à tous ces projets qui menacent la vie. Jusqu’à ce que des pelleteuses viennent au parc Gezi et déracinent les arbres; Jusqu’à ce qu’une « poignée de marginaux » revendiquent les arbres et leurs ombres et disent : « Ne déracinez pas les arbres, ne construisez pas de centre commercial dans le parc Gezi». Cette manifestation a été présentée comme un action « écologique et pacifique », jusqu’à ce que la police déclenche une opération tôt le matin et étouffe de gaz la zone du parc. L’État doit avoir «beaucoup» à en tirer car il essaie de réprimer cette protestation pacifique aussi durement qu’il le peut. La violence policière a augmenté au cours des derniers mois, et les manifestants se sont exposé à elle de façon inespéré. Des députés des partis d’opposition et des artistes sont venus au parc Gezi pour protester contre cela et pour soutenir les résistants, mais ils ont aussi eu leur part de terreur d’État.

Au premier jour de la démolition, l’État ne pouvait pas obtenir ce qu’il voulait à cause de cette situation. Les manifestants sont restés dans le parc Gezi pour la nuit. On ne sait pas s’ils s’attendaient à une attaque le lendemain matin, mais tous les manifestants ont été jetés hors du parc au cours de la descente de police à l’aube. La police a brûlé des tentes, des couvertures et des affaires des manifestants. Les vidéos de manifestants exposés à des tirs de grenades lacrymogènes en continu et violemment arrêtés réveillent la rage dans chacun de ceux qui les regardent.

Bien sûr, cette rage n’est pas une rage pour une seule manifestation. Cette rage a été accumulée, accumulée à cause de la violence policière croissante.

Ce sont les attaques avec des grenades lacrymo, matraques et armes à feu qui ont créé cette rage. C’est l’interdiction du Ier mai , l’assaut sur Dilan Alp, et la mort de Şerzan Krut, Metin Lokumcu, Aydin Erdem … ce qui a créé cette rage est bien plus que quelques jours. C’est l’oppression croissante, les restrictions, la censure, l’exploitation économique … Ce qui a créé cette rage c’est l’État qui exerce dangereusement son pouvoir sur les gens, sans relâche et sans remettre en cause sa légitimité.

Ceux qui attribuent le « soulèvement populaire » à une forme d’action post-moderne devrait jeter un regard lucide sur ce fait. Les gens sont venus spontanément dans les rues parce qu’ils ont ressenti fortement l’oppression sociale, politique et économique. Ces événements ne sont ni une lutte de quelques jours comme le disent les médias de masse aveugles et sourds, ni influencés par des «groupes marginaux» comme les chefs du pouvoir d’État l’affirment.

Il est temps de lever le rideau tiré devant les yeux. Il s’agit d’une révolte. C’est la réponse du peuple contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste. C’est la fin de la légitimité du nouveau pouvoir d’État qui avait gagné l’amour des autres États, des institutions internationales et des multinationales.

Istanbul-on-June-3-2013

La démocratie de la marginalisation, de l’altérité et du rejet

C’est très important que la révolte se produise à un moment où la propagande de pouvoir d’État est “la Turquie Démocratique”. Par cette réaction au terrorisme d’État, les gens ont démoli la respectabilité “démocratique” de l’État.

Les gens sont descendus dans les rues dans un contexte où la liberté du peuple a été ignorée, où les gens ont été torturés et tués arbitrairement, alors que tous les grands médias se sont transformés en presse officielle de l’État, et l’État se prépare à la guerre dans les pays voisins et tue son peuple de ses propres mains en faisant ça.

La révolte s’est étendue à d’autres villes lors de la deuxième journée. La rage commune contre le terrorisme d’État a commencé à brûler partout dans les rues. Les gens ont pris les rues non pas à cause du principal parti d’opposition ou les mots de certains dirigeants, mais de sa propre initiative; pour répondre à tout cela en se tenant debout contre la violence policière et le terrorisme d’État. Avec cette conscience, ils ont attaqué la police, les bâtiments publics et les temples de l’exploitation capitaliste. Ceux qui ont fait tout cela n’étaient pas des «groupes marginaux». Ça a été aussi une révolte contre le comportement de l’État envers ceux qui n’obéissent pas à sa puissance, contre les «politiques de marginalisation» de l’État. En outre, le gouvernement n’a eu personne pour régler ou négocier. Cette révolte a été une action directe.

L’État a dissimulé la révolte dès le début. Ça a été interdit à la télévision, dans les journaux et autres médias. Ça ne s’est pas seulement passé à Taksim. Les gens ont déferlé de Beşiktaş, Harbiye et d’autres quartiers d’Istanbul. L’État a fermé le parc Gezi et la place Taksim avec tous les agents de forces de l’ordre disponibles. Les affrontements se sont poursuivis toute la journée. La colère grandissait à chaque nouvelle bombe lacrymogène, à chaque grenade assourdissante et à chaque arrestation. Ils ont résisté à la violence de la police avec détermination. Près d’un million de personnes ont rempli Taksim et n’ont pas reculé; en disant que nous sommes ici contre l’ignominie et la négligence de l’État.

Dans la matinée de la deuxième journée, la violence policière a été encore plus intense, et nous avons eu des nouvelles de personnes mortes et des blessées. L’État a terrorisé sans se soucier de sa légitimité, ou droits de l’homme ou de la démocratie. Dans une révolte de deux jours, l’État a jeté le masque des idéaux et des valeurs derrière lequel il s’était caché. L’État a montré son vrai visage à la population. Le monopole de la violence a terrorisé les résistants pas seulement à Istanbul, mais partout où des actions de solidarité avec Istanbul ont eu lieu. Il y avait de plus en plus d’informations qui parlaient de morts, de blessés et de détentions préventives.

Quarante heures au total … Après près de 40 heures d’affrontements, les gens ont marché de la rue Istiklal à la place Taksim. Les forces de l’ordre se sont échappées avec tous les véhicules. Quarante heures aussi longues que quarante ans : la place est devenu le monde pour nous. Il s’agissait de la liberté de la révolte. Notre chagrin était pour nos amis blessés et pour ceux qui ont perdu la vie.

Et puis le Parc Gezi, puis Gümüşsuyu, puis Besiktas … Et au-delà d’Istanbul les émeutes ont gagné Sakarya, Kocaeli, Ankara, Adana, Izmir … Dans cette révolte, qui est toujours en cours, la motivation la plus importante qui a gardé vive la spontanéité  était de partager et d’être solidaire. Des médecins volontaires ont monté des centres médicaux pour les manifestants frappés par la violence policière. Des organisations comme des associations de droit, des barreaux d’avocats et des associations de défense des droits de l’homme ont soutenu les manifestants en détention ou dans des conditions similaires. Les syndicats comme l’Association turque des ingénieurs mécaniciens ont transformé leurs bâtiments en infirmerie. Les gens ont ouvert leurs maisons, leurs lieux de travail, ont apporté un soutien en nourriture et boissons. Les gens ont donné des informations à d’autre sur les réseaux sociaux, et ont créé leurs propres moyens de communication face aux médias silencieux.

Partout et tout le monde est devenu la révolte contre le terrorisme d’État, la violence policière et toutes les formes d’exploitation. La solidarité sociale a marché et continue de marcher, là où les gens ont rejeté l’État hors de leurs vies.

istanbul2013

Réserves à l’égard de la révolte

Les médias qui sont restés «muets» au début des émeutes, essaient maintenant de donner un sens à la révolte – bien sûr, le sens que leurs patrons veulent. Ils ont dit que celle-ci est individualiste, téméraire, post-moderne, qu’elle est urbaine ou laïque … Ils ont affirmé que les personnes ont déferlé dans les rues avec tous ces concepts. Ils l’ont comparé à la Révolution de velours à Prague. Ils ont tenté de vider le sens d’une révolte contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste.

Les secteurs qui étaient dérangés par le parti au pouvoir et  son gouvernement en raison d’intérêts économiques et politiques contradictoires (dont beaucoup sont des classes supérieures et moyenne-supérieure) ont commencé à sortir dans les rues au cours des derniers jours. Ces secteurs, qui étaient partisans des dirigeants précédents, ont mis l’accent sur les manifestations anti-gouvernementales plutôt que sur la résistance au terrorisme d’État et à la violence policière. Il va falloir faire attention à éviter les fortes demandes réformistes provenant de ces secteurs, dans leur tentative de bloquer cette nouvelle lutte des opprimés contre le terrorisme d’État, la violence de la police et l’exploitation capitaliste. Ces secteurs peuvent tenter de manipuler la lutte pour leurs propres intérêts économiques et politiques.

Les partis d’opposition peuvent tenter de sortir de cette situation de la manière qui leur amènerait un maximum de profit, comme pour tous les «printemps». Leur appel à rester loin des «groupes marginaux», tout en évaluant la révolte, est la preuve la plus évidente qu’ils parlent avec le langage du Pouvoir. Comme dans les révoltes à d’autres endroits, ces partis qui tentent d’accéder au pouvoir en utilisant cette rébellion tenteront d’arrêter ceux qui se sont révoltés spontanément, sans chefs et sans partis.

Étant donné que ces secteurs ne sont pas les organisateurs du mouvement, ils ne peuvent pas imposer leurs caractéristiques socio-économiques à la population. Donc, ils ne peuvent pas diriger l’action. En outre, leurs déclarations insistent sur des «groupes marginaux» qui se composent d’individus qui les dérangent, mais qui sont aussi les vrais mobilisateurs de la révolte. Qui plus est, ils sont consciemment aveugles du fait que d’autres personnes opprimées de différents secteurs résistent, non seulement dans des centres comme Taksim et Beşiktaş, mais aussi dans des zones « environnantes ». Oui, la révolte a une idéologie, mais ce n’est pas une idéologie que les médias, les partis d’opposition et divers groupes économiques essaient d’homogénéiser et de dépolitiser.
L’idéologie de la révolte est la conscience de l’individu qui ressent l’augmentation de la terreur d’État et l’action individuelle  pour  lutter contre celle-ci.

Cette révolte a commencé contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste, comme nous l’avons souligné dès le début. Nous espérons que cela augmentera avec des grèves générales et qu’il y aura plus d’opprimés dans les rues, et par cet espoir nous faisons grandir la révolte. Nos réserves sur la révolte peuvent se concrétiser plus tard, si elle en  devient réduite à une lutte de pouvoir entre partis de l’opposition. Mais nous ne sommes pas des oracles. Les révolutionnaires ne font pas de prédictions sans espoir de l’avenir, assis dans un coin. Nous savons bien que des révoltes comme celle-ci sont des moments de mobilisation sur le chemin vers la révolution sociale. Notre combat anarchiste continuera donc à embrasser la révolte avec passion.

Meydan Gazetesi 

(« La Gazette de la place« , journal et site anarchiste turc), 10 juin 2013

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Dortmund/Berlin (Allemagne) : manifs sauvages solidaires avec la révolte en Turquie

SourceBrèves du Désordre.

http://cettesemaine.free.fr/spip/IMG/jpg/dortmund-1024x768-2.jpg

Le 4 juin, une nouvelle manif anarchiste non autorisée est partie du Katharinentreppen, juste en face de la gare centrale de Dortmund pour prendre ensuite la rue commerçante du centre, Westenhellweg.

 

Environ 80 personnes ont participé à la manif sauvage qui a commencé comme prévu à 19h. Trois textes ont été lus : un tract distribué à des milliers d’exemplaires sur le parcours de la manif, un texte revenant sur la révolte et les violences policières en Turquie, mais faisant aussi référence à la répression au cours du mouvement de protestation Blockupy à Francfort (quelques jours auparavant) ; la dernière contribution portait, en général, sur la révolte et les possibilités d’activité anarchiste, posant clairement que la violence provient d’abord de la domination et pas des révolté-es. Nous avons consciemment décidé de mener cette action sans sono pour pouvoir être plus mobiles en cas d’attaque policière, et afin de créer un esprit combatif différent.

Il est aussi motivant pour nous que seuls un drapeau turc et deux du Parti Piraten soient apparus lors du rassemblement pour ensuite disparaître au cours de la manif. Après la lecture des textes, celle-ci a bruyamment porté sa solidarité dans les rues du centre jusqu’à la Reinolidkirche.

A part les tacts distribués, les slogans étaient par exemple : “İsyan, Devrim, Anarşi (Révolte, Revolution, Anarchie)”, “Amore, Anarchia, Autonomia (Amour, Anarchie, Autonomie)”, “Istanbul, c’était un meurtre ; résistance partout”, “No Justice, No Peace, Fight the Police » et “Taksim est partout, Taksim est ici”.

Ne serait-ce que pour un moment, la manif a brisé la normalité capitaliste dans le centre-ville commercialisé de Dortmund et les réactions positives ont été nombreuses. Les compagnon-nes se sont dispersés alors que les gyrophares des voitures de police apparaissaient au loin, à Westenhellweg. Quelques minutes après, des dizaines de patrouilles sont arrivées à la recherche de personnes suspectes. A notre connaissance les flics n’ont procédé qu’à quelques contrôles d’identité dans le parc près de la gare.

Nous considérons que cette manif est un succès. Particulièrement à Dortmund (où tout ce qui est vu comme ne serait-ce que proche de la « gauche radicale” est supprimé par tous les moyens) nous avons “fait ce que nous avions à faire ” ; avec autodétermination et sans flics autour. Il y a longtemps qu’une manifestation anarchiste ou même de la gauche radicale n’avait pas eu lieu sans qu’on la fasse chier. Espérons que nous avons posé un signal, non seulement de solidarité avec celles et ceux qui luttent en Turquie, mais aussi au niveau local, à Dortmund. Nous sommes conscients que ce succès est dû à la défaillance de la police. Quoi qu’il en soit, nous pensons qu’à l’avenir il peut y avoir une culture de manifestations plus confiante et que le mouvement anarchiste de la région de la Ruhr gagnera en force.

Pour davantage d’actions autodéterminées ! Soyons imprévisibles pour les organes répressifs !
Liberté pour tou-tes les prisonnier-es en Turquie !
Qu’ils continuent avec la révolte !

İsyan, Devrim, Anarşi ! ¡Revolte, Revolution, Anarchie !

Des anarchistes de la région de la Ruhr

Traduit de l’espagnol de contrainfo, 10 June 2013


Berlin : Kreuzberg salue les insurgé-es en Turquie

Traduit de l’allemand de linksunten, 08.06.2013 – 13:23

Depuis la fin de la semaine dernière, des personnes descendent tous les jours dans les rues de Berlin pour exprimer leur solidarité avec les combats qui se poursuivent en Turquie. Hier soir, il y a de nouveau eu une brève manif sauvage dans le centre du quartier de Kreuzberg. A 22h30, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées devant la porte de Kottbuss en gueulant des slogans accompagnés de feux d’artifices. En peu de temps, la circulation a été bloquée par du matériel de chantier dans presque toutes les directions. Les flics qui, à ce moment-là étaient en train de procéder à des contrôles de drogue, ont été attaqués à coups de pierres et d’engins incendiaires. Ensuite la manif s’est éparpillée.

Juste auparavant, des tracts sur la révolte en Turquie, circulant depuis quelques jours déjà en Allemand et en Turc, avaient été distribués dans le quartier. Des banderoles avec « Berlin salue Istanbul – pour la révolte sociale partout dans le monde » et « Özgürlük için omuz omuza ! (côte à côte pour la Liberté) » avaient aussi été accrochées. Selon la presse, les flics qui se trouvaient alentours avec plusieurs camionnettes auraient arrêté deux personnes. Notre solidarité va aussi vers elles, qui se voient maintenant exposées à l’arbitraire de la police et de la justice berlinoises.

Nous reviendrons au moment, à l’endroit et de la manière que nous choisirons. Pour participer aux manifs, faire des actions et montrer aux insurgé-es que nous luttons à leurs côtés, ici aussi à Berlin.

Nos pensées vont aux ami-es et aux proches de Mehmet Ayvalıtaş, Abdullah Cömert et Ethem Sarısülük, qui sont morts au cours de la révolte.
Liberté pour les prisonniers !

Le tract :

Solidarité avec les insurgé-es

Les gens se précipitent dans les rues, érigent des barricades, brûlent des voitures, balancent tout ce qui n’est pas fixé au sol sur la police. Le ciel est rempli de gaz lacrymogènes, un cri de liberté se fraie son chemin à travers le brouillard.

Alors qu’il y a quelques jours, un des derniers espaces verts publics d’Istanbul devait être dévasté au profit d’un centre commercial, cela a été l’étincelle qui a fait descendre des milliers de personnes dans la rue pour opposer une résistance. Cette révolte s’est entre-temps répandue comme une trainée de poudre dans tout le pays.
Même si les motivations et les raisons de se bouger peuvent être différentes selon les individus, ce sont de nouveaux espaces qui s’ouvrent dans cette rupture avec l’existant, des espaces où l’auto-organisation, la solidarité et la confrontation deviennent possibles.

Autant de choses qui ne trouvent que rarement leur place dans le monde que nous connaissons. Entre l’école, le travail, le loyer à payer, la famille à nourrir etc., il semble qu’il n’y ait plus guère de temps pour s’intéresser à la destruction de ce qui nous entoure.

Nous nous réjouissons que partout dans le monde il reste des gens qui, malgré tout, continuent de le faire. Comme on peut le voir, les petites luttes du quotidien peuvent parfois déclencher une révolte généralisée.

Nous pouvons reconnaître les signaux de fumée provenant des villes et y retrouver les luttes que nous menons ici – contre la gentrification, l’humiliation et la violence policière. C’est pourquoi nous appelons à la solidarité avec les insurgé-es, afin que jusqu’au Bosphore, ils puissent voir qu’ils ne sont pas seul-es…

Côte à côte pour la Liberté !

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D’autres contre-informations, communiqués, etc… sur la situation en Turquie :

– Sur le réseau contrainfo : contrainfo.espiv.net

– Sur le site des brèves du désordre : Cette Semaine

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« Libcom » et « Aufheben » travaillent avec la police

Source : non-fides.fr

Depuis quelques temps, une polémique (majoritairement anglophone) a lieu concernant le site Libcom -sorte de plateforme en ligne d’actualité libertaire- et Aufheben -revue communiste-libertaire proche du milieu communisateur-, tous deux originaires du Royaume-Uni.

Libcom était déjà bien connu en Angleterre pour s’être toujours prononcé contre les anarchistes insurrectionalistes, le sabotage et les mouvements de libération des animaux et de la terre. Il est aussi connu pour avoir tenté de saboter la campagne de solidarité de l’Anarchist Black Cross pour la libération de John Bowden, prisonnier anti-autoritaire purgeant une longue peine en Angleterre [1].

En janvier 2011, un groupe communiste grec, TPTG, découvre que (Dr.) John Drury [photo ci-après], un des principaux éditeurs d’Aufheben, faisait partie d’une équipe de scientifiques qui publie régulièrement des articles dans des journaux policiers anglais et anime des conférences pour la police. Ce groupe de chercheurs est spécialisé dans les tactiques policières de gestion des foules et de contre-insurrection [2]. TPTG envoie alors une lettre ouverte aux anglais, qu’ils font circuler au-delà [3].

On aurait pu croire que le personnage serait dégagé du milieu anti-autoritaire à coups de pied dans le cul suite à de pareilles révélations des grecs, mais il n’en fut rien. Au contraire, Aufheben, associé à l’administration du site Libcom, ont lancé une campagne en défense du Dr Drury. Ils ont également censuré sur Libcom toute mention de la polémique afin d’étouffer cet « Aufhebengate », avançant comme argument leur « amitié » pour le collabo.

De ce fait, en tant que site anarchiste, nous nous associons à l’appel lancé par les camarades grecs et à ceux qui cherchent à faire éclater cette révélation hors de toute censure de l’intelligentsia libertoïde anglaise, la même qui fut si prompte à se dissocier dans la presse bourgeoise des émeutiers anglais d’août 2011 alors que les peines de prison commençaient à pleuvoir. Mais face à ces infâmes, ce n’est pas le silence qu’il faut opposer, mais l’exclusion pure et simple de nos espaces réels comme virtuels et l’impossibilité d’un quelconque dialogue avec tout collaborateur de la police, communiste et/ou libertaire ou non. Pour que le vent qui ravagera ce monde de flics et de fric les emporte avec lui. Nous appelons à diffuser l’information largement (en France aussi).

Quelques contribu/teurs/trices à Non Fides – Base de données anarchiste.

P.-S. [note de non-fides.fr]

Sur le sujet, nous conseillons la lecture (en anglais) du très bon texte Cop-out : the signifigance of Aufhebengate ici.

Notes

[1] Plus d’informations sur Bowden ici (en anglais)

[2] Voici par exemple, la reproduction d’un des articles coécrit par le roussin en question, nommé « Principes et pratiques de l’Ordre Public policier basé sur la connaissance », pour information.

[3] Elle est en français ici

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[Lettre du groupe communiste anti-autoritaire grec TPTG à l’origine de la polémique, qui date déjà de 2011 : cliquez ici pour la version PDF ]

Lettre ouverte aux mili­tants anti-auto­ri­tai­res, inter­na­tio­na­lis­tes, manifestants en Grande Bretagne (et à tous ceux qu’intér­essent les pro­grès de nos enne­mis)

Chers camarades,

Cette lettre vous arrive de TPTG (Ta Papaidia Tis Galarias), groupe
communiste et antiautoritaire grec, qui publie une revue sous le même titre. [1]

Nous l’écrivons à une période critique pour les luttes de classe en Grèce, alors que les
attaques capitalistes contre le prolétariat grec se durcissent : le gouvernement grec,
en collaboration étroite avec l’union européenne et le FMI, vient d’annoncer une
nouvelle série de mesures d’austérité qui vise nos salaires directs et indirects
(suppressions d’emplois massives dans le secteur public, réductions de salaire et de
diverses prestations, nouveaux impôts sur le revenu, réduction des pensions de
retraite, une poll-tax [2] et une nouvelles série de taxes sur la propriété, pour n’en citer
que quelques unes…), et sans parler de réformes plus générales concernant les
conditions de travail, les retraites ou l’enseignement supérieur… C’est pourquoi des
poches de résistance réapparaissent après trois mois d’apathie sociale.

Nous avons été très actifs dans les nombreuses luttes de classe qui ont eu lieu en
Grèce ces dernières années. Grâce à ces luttes, nous nous sommes rendu compte
que la conjoncture rend quatre tâches pratiques prioritaires :

1. S’attaquer à la politique de l’argent (c’est-à-dire l’instauration du terrorisme
de la crise de la dette, elle-même expression d’une crise capitaliste plus
profonde) ;

2. Etablir la coordination et la communication entre les prolétaires qui
participent aux diverses luttes de classe autonomes ;

3. S’attaquer aux politiques de l’État, de la police et des médias de masse qui
renforcent ce qui nous sépare ou créent de nouvelles séparations, et

4. Instaurer la coopération internationale entre ceux qui comprennent que ces
mesures et ces politiques ne se limitent pas à un seul pays.

En ce qui concerne ces deux derniers points, nous nous sommes toujours
attachés, et à présent plus que jamais, à comprendre les stratégies policières avant,
pendant et après les manifestations et/ou émeutes qui se produisent partout dans le
monde. Depuis la révolte de décembre 2008 nous avons participé, avec des
centaines de milliers d’autres, à de nombreuses manifestations, dont certaines ont
tourné à l’émeute (par exemple le 5 mai 2010, les 15, 28 et 29 juin 2011) et nous
avons donc affronté la répression violente et la tolérance-zéro des forces de police
très équipées. Avec d’autres camarades, ceci nous a conduits à nous intéresser de
près aux exemples d’émeutes et de répression policière dans le monde entier ainsi
qu’aux théories contemporaines sur les comportements collectifs et la psychologie
des foules, particulièrement celles qui se placent dans l’optique de la police, ou qui
s’adressent à la police comme celle dont nous allons parler ensuite, et ceci dans le
but de développer nos propres contre-stratégies. Cela nous paraît d’autant plus
important que les attaques capitalistes contre nous et contre nos luttes sont à la fois
plus importantes et plus fréquentes. Nous aurons besoin de votre aide, mais nous
voulons d’abord partager avec vous une information que vous ignorez peut-être,
ainsi nous saurons où nous en sommes et quels sont les avancées dans le camp
adverse.

En janvier dernier, suite à une recherche approfondie sur l’internet à propos de
la littérature internationale disponible sur ce sujet, nous sommes tombés sur le
travail théorique de psychologues spécialisés dans les comportements sociaux qui
collaborent avec la police au Royaume-Uni, tels S. Reicher, C. Stott et, ce qui nous
a beaucoup surpris, J. Drury. [3] Pour ceux à qui ce nom ne dit rien, J. Drury ou plus
être plus précis le Dr. J. Drury, tel qu’on le connaît dans le milieu universitaire (et
pas seulement là) comme nous le prouverons, est un membre actif du groupe
communiste britannique Aufheben depuis le tout début.

Cette découverte inattendue nous a plongés dans un certain malaise et nous a
rendus très perplexes lorsque nous avons essayé de nous expliquer la position de
Drury. Nous connaissons le groupe Aufheben depuis de nombreuses années et
nous intéressons à leur travail théorique que nous trouvons, pour une partie,
particulièrement enrichissant. De fait, il y a six ans nous avons participé à la
traduction et à la publication de leur brochure Derrière l’Intifada du XXIième siècle [4], avec d’autres camarades en Grèce.

En poursuivant l’examen du profil de Drury sur le site de l’Université du Sussex,
d’autres surprises désagréables nous attendaient… Nous avons découvert que les interventions en tant que consultant de Drury incluaient « le Centre de la Police
Nationale CBRN, le département de l’OTAN pour la planification des urgences
sanitaires, Birmingham Résistance, et le Secrétariat des Urgences Civiles, tout en
animant la Formation continue pour le développement professionnel (CPD) sur la
psychologie de la gestion des foules pour les professionnels concernés », sans parler
de son cours CPD à l’Université de Liverpool sur maintien de l’ordre pendant les
Incidents Majeurs. [5]

Nous avons aussi découvert que Drury était le co-auteur d’un article scientifique
intéressant, dont le titre est « Le maintien de l’ordre public basé sur la
connaissance : Principes et Pratiques » et qui figurait dans « Maintien de l’ordre :
revue pratique du maintien de l’ordre ». Cette dernière est une revue « de portée
internationale » à destination « des officiers de police supérieurs, des chercheurs,
des décideurs politiques et des universitaires qui analysent et font le commentaire
critique de la politique et des pratiques courantes, qui comparent les pratiques
internationales, les développements politiques et législatifs et de la recherche
universitaire » et « s’inspirent des exemples de bonnes pratiques à travers le monde,
étudient la recherche universitaire actuelle et jugent de la possibilité de les appliquer
tant stratégiquement que sur le terrain. » [6]

L’article de Drury & Co discute des « stratégies, tactiques et technologies » [7] [p.404] qui « encouragent la réconciliation plutôt que le conflit » [p.404] entre la
police et les groupes sociaux, « autorisant des interventions précoces, appropriées et
ciblées avant une escalade du conflit à un niveau tel que seules des mesures
draconiennes s’imposeraient » [p.412]. Ils prétendent que leur méthode peut être
appliquée dans la pratique (et elle l’est, comme nous le verrons plus tard) et être
« efficace pour transformer des relations négatives en relations positives entre la
police et la foule » [p.404] et qu’elle peut ainsi « exploiter les événements publics de
manière profitable »[p.414], en renforçant les désaccords déjà à l’œuvre dans la
foule, afin que les groupes non violents puissent être « recrutés comme alliés pour
réprimer la violence. » [p.414]

LA NOUVELLE PSYCHOLOGIE DU COMPORTEMENT DES FOULES ET LE MAINTIEN DE L’ORDRE PUBLIC BASÉ SUR LA CONNAISSANCE.

Le maintien de l’ordre public basé sur la connaissance se présente comme la
méthode actuelle la plus sophistiquée si l’on veut comprendre et expliquer les
comportements collectifs, et à fortiori si l’on veut proposer des tactiques concrètes
de contrôle des foules. Cette méthode se démarque clairement des autres théories
psychologiques ou sociologiques dans ce domaine en ce qu’elle suggère qu’une
foule, et par conséquent ses actions, n’est ni irrationnelle ni décervelée ni
belliqueuse par nature. Selon cette théorie, le comportement collectif n’est pas le
résultat d’une « contamination » rapide des membres de la foule psychologiquement
fragiles et de leurs pensées ou actions instinctives, pas plus que l’individualité de ses
membres ne se dissout dans l’anonymat de la foule, comme le soutenait la
pseudoscience de Le Bon. Il n’est pas non plus induit par des éléments violents
attirés par les rassemblements, comme Allport, autre spécialiste en vue de la
psychologie des foules, l’avait soutenu. Drury & Co affirment que ces deux
manières de voir traditionnelles sont erronées et surtout extrêmement dangereuses
pour le maintien de l’ordre public, parce qu’elles constituent une prophétie auto-
réalisatrice (c’est-à-dire qu’elles poussent des individus dans la foule à devenir
violents) et mettent ainsi de l’huile sur le feu. Drury & Co soutiennent qu’en
percevant les actions collectives comme le résultat d’un esprit de groupe instinctif
(version « foule en folie » de Le Bon), ou comme conséquence de la personnalité
des membres de la foule (version « hooligan » de Allport), la police ne fait que
« localiser les causes de la violence uniquement dans la foule » et non dans
« l’interaction entre la foule et la police ». [p.403]

C’est sur cette interaction que se concentre leur méthode basée sur la
connaissance. Pour enquêter sur cette dynamique qui fonctionne sur plusieurs
niveaux, Drury & Co font un pas en arrière afin de travailler sur l’identité de groupe
et individuelle. Comme ils le font remarquer, « l’idée centrale qui est à la base de la
psychologie des foules de Le Bon et de Allport est que notre comportement est
régi par des principes associés à l’individualité. Si l’individualité disparaît dans la
foule (Le Bon) ou si des individus dans la foule ont une individualité défectueuse
(Allport), alors la foule agira de façon incontrôlée et la maîtrise normale de
l’agressivité disparaîtra ». [p.405] Mais, disent-ils, trente ans de recherches sur
l’identité sociale ont systématiquement démantelé la notion d’identité particulière
qui sous-tend les psychologies des foules classiques. En réalité, comme son nom l’indique, la tradition d’identité sociale rejette l’idée que les gens n’ont qu’une seule
identité personnelle. Elle soutient au contraire qu’il faut considérer l’identité
comme un système dans lequel différents centres déterminent notre comportement
(c’est-à-dire qu’ils sont psychologiquement importants) selon le contexte. Il n’est
pas douteux qu’en certaines circonstances nous nous pensons en fonction de notre
identité personnelle : ce qui nous rend unique en tant qu’individu et nous distingue
des autres. Mais dans d’autres circonstances, nous nous pensons en fonction de
notre appartenance à un groupe (je suis britannique, je suis policier, je suis
catholique, et ainsi de suite) et de ce qui distingue ce groupe des autres. C’est-à-dire
que nous nous pensons en fonction de notre identité sociale. [p.405-406] Et ils
concluent en disant que « psychologiquement, c’est le passage de l’identité
personnelle à l’identité sociale qui rend possible le comportement de groupe ».
[p.405-406]

Mais tous les groupes ne se ressemblent pas. Drury & Co font la distinction
entre « un groupe physique de personnes » [qu’ils appellent un ensemble] et un
groupe psychologique. Le premier se réfère simplement à un groupe de personnes
qui sont présentes au même moment, tandis que le second se réfère à un groupe de
personnes qui, subjectivement, se pensent comme membres de la même catégorie
sociale. Le même ensemble peut ne pas contenir de groupes psychologiques(…), ou
un seul groupe psychologique (…) ou en fait de nombreux groupes psychologiques
(…). De plus, les regroupements psychologiques à l’intérieur d’un même ensemble
peuvent varier en fonction des événements » [p.406]. Selon Drury & Co, cette
plasticité est « plus instable et plus potentiellement dangereuse » [p.407] lors de
mouvements de foule d’où « les formes de discussion et d’accord sur la norme du
groupe et la manière de l’appliquer dans une situation inédite » [p.407] sont
absentes, « tandis que les mouvements de foule impliquent généralement un contact
direct entre ses différentes parties – soit une foule contre une autre (…) ou bien –
très souvent et c’est ce qui nous intéresse ici – entre des membres de la foule et la
police » [p.407]. Et ils poursuivent en disant que « la relation et l’équilibre entre les
groupes dans la foule dépendent de manière vitale de l’interaction entre la foule et
ceux qui n’en font pas partie [par exemple la police] » [p.407] « C’est-à-dire que
lorsque la police est tentée et est en mesure de traiter tous les membres d’une foule
de la même façon, cela crée un ressenti commun dans la foule qui est alors
susceptible de l’unifier » [p.407].

C’est pourquoi Drury & Co proposent des méthodes de maintien de l’ordre qui
non seulement gênent l’unification de la foule, mais de surcroît entretiennent – ou
mieux encore propagent – les divisions déjà existantes entre les groupes (par exemple entre les manifestants non violents et ceux qui le sont) à tel point que les
participants organisent leur propre maintien de l’ordre pendant les rassemblements.
Pour les citer, le but n’est pas de « décourager la bonne volonté de certains
membres de la foule pour contenir la violence des autres – ce que nous appelons
auto-maintien de l’ordre » [p.408] et ils « insistent donc sur le fait que la
compréhension [des processus de montée et d’apaisement de la violence [p.409]
peut aider la police à agir de manière à minimiser le conflit et à augmenter les
chances que les membres de la foule s’en chargent eux-mêmes » [p.409]. Les flics y
réussiront « en favorisant ces [tendances au respect de la loi qui caractérisent les
manifestants non violents »] [p.409] et c’est ainsi que, d’une part, ils éviteront la
violence et, d’autre part, s’assureront la coopération des manifestants non violents
lorsqu’il s’agira de s’occuper de la minorité violente. Mais cela ne devient possible
que si « la police a des informations qui lui permettent de comprendre les intentions
prioritaires de ces groupes et de mettre au point des pratiques favorisant le respect
de la loi » [p.409] …

PASSER DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE

Drury & Co ne sont pas payés pour se limiter à un débat purement théorique.
Ils fournissent à leurs lecteurs – qui, comme nous l’avons déjà dit, sont des officiers
de police supérieurs, des chercheurs, des décideurs politiques et des collègues
universitaires consultants pour la police – des conseils pratiques en ce qui concerne
les tactiques policières les mieux adaptées. Dans ce but, ils donnent deux
« exemples de pratiques du maintien de l’ordre basées sur la connaissance ». Il est
important de noter qu’après avoir réglé les détails pratiques, Drury & Co
demandent à leurs lecteurs de ne pas oublier que leur « méthode fournit un moyen
de poser les questions à partir desquelles on pourra entrer dans les détails » [p.414]
et qu’il n’est certainement pas question « d’une recette unique » pour le maintien de
l’ordre. Les procédures détaillées doivent toujours se mettre au point en fonction
d’un événement donné ». [p.414]

Les deux exemples dont nous parlons sont les manifestations anti-
mondialisation de 2001 à Londres et le championnat européen de football en 2004.
Le premier cas est l’exemple de ce qu’il faut éviter, la police ayant décidé d’encercler
les manifestants. Elle a ainsi échoué à « communiquer efficacement » les motifs de
son action aux non-violents, générant ainsi « un ressenti commun dans la foule et
aussi le sentiment partagé de l’illégitimité de la police » susceptibles d’accroître les
chances de conflits ultérieurs. Par conséquent, au lieu « d’amener les participants pacifiques à se ranger du côté de la police contre les factions violentes [p.410], la
police les a encouragés à faire bloc avec les éléments violents contre elle ». [p.410]
Suivent quelques paragraphes décrivant ce qui a mal tourné (encerclement total,
manque d’une stratégie de communication détaillée, etc…) avant de décrire ce
qu’aurait été une tactique de répression correcte si les flics avaient suivi leur
« méthode de différenciation » [p.410]. Selon les auteurs, la tactique de répression
correcte devrait comporter (outre « le renseignement ») « les nouvelles technologies
de la communication, un processus de filtrage sélectif » et des situations humiliantes
pour les manifestants encerclés telles que « la suppression des vêtements
dissimulant l’identité, l’abandon des pancartes, des bouteilles et des autres objets
pouvant servir d’armes » … Il semble en fait que leurs critiques ont convaincu et
que, comme ils s’en vantent, leurs conseils « ont été suivis par la Metropolitan
police [Grande Bretagne] et que, d’après ce qu’on nous a dit, ils ont été appliqués
depuis avec succès ». [p.412]

Contrairement aux manifestations anti-mondialisation de 2001, le Championnat
d’Europe de 2004, dans lequel deux des auteurs ont été activement impliqués en
coopérant avec les autorités locales (c’est-à-dire la police portugaise), sert de
modèle. Il est l’exemple de ce que devrait être la stratégie policière et de la meilleure
façon d’agir dans ce genre de situation difficile. On lit aussi dans cet article que
« quatre niveaux de maintien de l’ordre sont envisagés dans le but de susciter une
relation de proximité positive avec les membres de la foule, mais aussi de repérer
les signes de désordre naissants » [p.412]. En d’autres termes, on a adopté une
stratégie de maintien de l’ordre graduée. Le premier niveau de l’intervention de la
police a été celui de « policiers en uniforme, travaillant par deux et bien répartis
dans la foule à l’intérieur de la zone géographique concernée – c’est-à-dire qu’ils ne
restent pas en périphérie. Leur fonction première consiste à installer une présence
policière capable d’agir. On les a formés à être sympathiques et approchables. Ils
devaient agir en interaction avec la foule et renforcer l’image de l’Euro 2004 en tant
que « carnaval de football ». En même temps, la présence (et le fait qu’elle soit
acceptée) de ces policiers dans la foule leur permettait de repérer les signes de
tension et de conflit naissants (comme les injures verbales envers les fans de
l’équipe adverse). Ils pouvaient donc « réagir rapidement face à des incidents
mineurs et à un début de désordre en étant certains de n’intervenir qu’auprès des
individus responsables sans conséquences pour les autres. » [p.412] Parallèlement à
l’importance accordée à ces arrestations préventives ciblées, « en cas de désordre
durable et croissant, la police passait au niveau 2. Cela signifiait que des policiers
plus nombreux, et toujours en uniforme, se mêlaient à la foule, avec la mission de
communiquer avec les fans de manière pacifique, pour réaffirmer les normes communes de comportement acceptable et pour mettre en lumière les écarts
inacceptables et les conséquences qui en résulteraient. En cas d’échec de cette
tactique, l’intervention passerait au niveau 3. Les policiers endosseraient leur
équipement de protection et se muniraient de matraques, mais en cherchant
toujours à cibler leurs actions aussi précisément que possible. Et si c’était encore
insuffisant, les brigades anti-émeutes de la police portugaise, équipées de pied en
cap et avec des canons à eau, étaient disponibles pour passer au niveau 4. [p. 413]

SOCIOLOGUES ET PSYCHOLOGUES SPÉCIALISTES DES DÉVIANCES SOCIALES DOMINANTS.

Une des excuses courantes qu’invoquent souvent les universitaires qui
collaborent avec l’État et ses instances répressives est que leur travail a une valeur
purement théorique. Ce n’est pas le cas ici apparemment puisque les auteurs
ressentent le besoin d’appuyer leurs principes théoriques sur des preuves
convaincantes émanant de la recherche sur le terrain, en même temps qu’ils
présentent les résultats pratiques de l’application de leurs conseils « dans toutes les
zones [du Portugal] sous le contrôle de la Police de Sécurité Publique qui couvre les
principales villes du Portugal et sept des dix compétitions sportives) ». [p.412]

Une autre excuse, qu’ils invoquent sans vergogne, consiste à dire qu’ils ne font
qu’œuvrer en faveur d’un maintien de l’ordre public moins violent et plus
démocratique. Mais ce n’est pas non plus le cas ici puisque les auteurs ne
condamnent pas par principe ou en raison de leurs opinions politiques (quelles
qu’elles soient, réactionnaires, libérales-réformistes ou « radicales ») la violence
appuyée des forces de police, mais seulement pour des raisons de tactique ou de
relations publiques. Si Drury & Co rejettent la violence aveugle de la police, ils le
font non pas parce qu’ils soutiennent les manifestants anticapitalistes ou les fans de
football mais parce qu’ils sont absolument convaincus que quand la violence de la
police s’exerce sans discrimination, on obtient l’effet contraire, c’est-à-dire que la
foule dans son ensemble, violents et non-violents, se retourne contre les flics. Il
n’est donc pas étonnant qu’ils approuvent la présence des escadrons anti-émeutes à
proximité (hors de vue) en cas d’escalade des conflits (par exemple les niveaux 3 et
4 de maintien de l’ordre lors de l’Euro 2004) tout en insistant pour que « les actions
de la police » (dans leur jargon universitaire, cela signifie les brutalités policières)
soient soigneusement et précisément ciblées.

Il est aussi frappant que leur article soit rédigé entièrement dans une perspective
policière. Ce n’est pas une coïncidence que Drury & Co emploient les termes
neutres de « membres de la foule » et « participants », ni qu’ils présentent les flics
comme de simples gardiens de la paix chargés d’aider les manifestants respectueux
de la loi à atteindre leurs objectifs : « le principal souci des stratégies policières dans
les mouvements de foule devrait être de favoriser au maximum les objectifs de la
foule » [p.409] et c’est pourquoi la police doit étudier les moyens qui « peuvent
encourager les manières alternatives d’atteindre un but légitime » [p.410]. En tenant
compte de tout ce qui précède, qui serait surpris lorsque Drury & Co « utilisent le
terme ‘maintien de l’ordre public’ précisément parce qu’[ils] associent foules et
désordre public » ? [p.403]

Il est évident que Drury &Co ont depuis longtemps pris parti dans la guerre de
classe et que leur but est de résoudre « des conflits apparemment insolubles entre la
police et des groupes aliénés autres [que les hooligans] de notre société » [p.414]],
comme cela est dit tout à la fin de l’article ce but est clairement de pacifier les luttes
de classe. Cela est aussi évident dans les exemples qu’ils présentent : « dans la
mesure où les relations entre la police et la foule symbolisent les relations avec les
groupes plus larges dont sont issus les membres de la foule (par exemple les
événements de Brixton et de Toxteth ont été interprétés comme l’exemple des
mauvaises relations entre la police et les Noirs en Grande Bretagne), alors le
maintien de l’ordre dans les foules peut avoir un effet très positif sur le maintien de
l’ordre en général ». [p.404, c’est nous qui soulignons]

Leur perspective policière apparaît aussi clairement dans le fait que Drury & Co
ne semblent déceler aucun lien déterminant entre les membres de la foule, qui
puisse lui donner un but commun en gommant les désaccords antérieurs, autre que
la dynamique entre les membres d’un groupe et « ceux qui n’en font pas partie » (la
police). Pour Drury & Co, les membres de la foule sont là par hasard, leur présence
étant totalement indépendante d’un contexte social, ils forment un sous-groupe
social dans un vide social. Il est intéressant qu’ils prennent l’exemple des passagers
d’un train [p.406]… Quelle métaphore appropriée pour exprimer leur vision de la
société ! Drury & Co omettent délibérément de dire que bien que les manifestants
puissent être divisés en raison de leurs opinions politiques ou des moyens qu’ils
sont prêts à utiliser, ils peuvent aussi être unis contre des réformes néolibérales
spécifiques, des impôts, le capitalisme, etc. bien avant que les tactiques hasardeuses
de la police (ou leur absence) ne scellent cette unité. Drury & Co tiennent aussi à
nous présenter les différents sous- groupes culturels (c’est-à-dire les hooligans)
d’une façon plutôt unidimensionnelle, leurs conflits de groupe avec les « autres » sont perçus comme des actions isolées, limitées et « antisociales ». Au vu de tout ce
qui précède, il semble que Drury & Co sont beaucoup plus proches de la
pseudoscience naturaliste de Le Bon qu’ils sont censés rejeter.

ET ALORS ?

De toute évidence, ce genre de recherche et d’élaboration de modèles est d’une
grande importance pour la police et les autres instances étatiques, particulièrement à
la suite des épisodes insurrectionnels récents au Royaume-Uni. Il n’est pas étonnant
qu’on ait annoncé un énorme projet de recherche de terrain de grande ampleur,
intitulé « Interpréter les émeutes » [8], soutenu par le Guardian, la London School of
Economics et le Ministère de la Justice, quelques semaines après les émeutes
récentes. [9] Ce projet s’appuiera sur des entrevues avec plus de 1000 manifestants qui
ont déjà été arrêtés et jugés – une façon d’enquêter, entre parenthèses, que Drury &
Co emploient souvent – et sur l’étude de plus de 2,5 millions de « tweets » relatifs
aux émeutes. Nous supposons que vous avez déjà remarqué ces tentatives contre-
révolutionnaires pour renforcer l’ordre public dans les quartiers prolétariens et que
vous avez étudié les nouvelles méthodes utilisées par la police britannique pour
réprimer efficacement toute agitation sociale ultérieure. [10]

Ici aussi nous avons tâté de l’application de tactiques policières semblables à
celles que préconisent Drury & Co dans leur article. Par exemple, les cadres d’un
syndicat de flics ont essayé d’aborder des manifestants non violents du
« mouvement des assemblées populaires » pour qu’on lise une proclamation de leur
syndicat pendant l’assemblée générale quotidienne, Place Syntagma en juin dernier,
tentative qui s’est heureusement heurtée à un refus général. A part cela, la police et
les médias de masse ont essayé plusieurs fois d’aggraver les dissensions existantes
entre manifestants violents et non violents en faisant de la propagande au sujet des
soi-disant « kukuloforoi » [11] ou « agents provocateurs » pour dénoncer les factions les plus violentes du prolétariat. Les groupuscules gauchistes et d’extrême gauche
avaient, depuis le début du mouvement, essayé d’empêcher les confrontations violentes avec la police et dans certains cas ils ont continué même pendant les
émeutes, tandis que les partis de gauche ont publié des dénonciations grossières de
prolétaires violents, entretenant l’hystérie officielle autour des provocateurs… [12]

La police grecque (ELAS) et Scotland Yard (y compris la Special Branch) sont
réputés pour leur collaboration à divers niveaux depuis déjà de longues années.
Scotland Yard offre surtout des formations, des consultants, un support technique
et même du personnel. L’arrestation de membres du groupe de la gauche
nationaliste lors de la lutte armée du 17 novembre, il y a presque dix ans, grâce à
des entretiens avec des gauchistes ou au kidnapping et à l’interrogatoire illégal de 7
immigrants (surtout pakistanais) quelques jours après les attaques terroristes à
Londres en 2005, sont des exemples du résultat de cette collaboration, et on peut y
ajouter des événements comme les Jeux Olympiques de 2004 et la marche à suivre
pour le contrôle des frontières et de l’immigration. Récemment, Scotland Yard a
organisé des séminaires destinés aux officiers de police supérieurs grecs. Bien
entendu, nous ne pouvons que deviner ce qu’ils ont étudié pendant ces séminaires.
Mais d’après certains articles de journaux, il semble qu’on y a aussi discuté des
tactiques de répression des « indignés ». Il est donc fort probable que les flics grecs
aient bénéficié de théories et de conseils pratiques semblables à ceux qu’élaborent
Drury & Co.

De toute façon, nous en appelons d’urgence aux internationalistes
antiautoritaires britanniques pour mener une contre-enquête prolétarienne plus
complète. Elle pourrait inclure (mais sans s’y limiter) : des articles de presse, des
projets de recherche universitaire à destination des flics (surtout ceux émanant des
facultés de sociologie et de psychologie), des blogs et des sites destinés aux flics, et
l’énorme littérature spécialisée dans la gestion des foules, pour ne citer que quelques
pistes évidentes. De cette manière, nous espérons révéler les informations relatives
à la psychologie des foules et aux stratégies modernes de maintien de l’ordre, basées
sur la connaissance, que les flics utilisent contre nous et les répandre et les discuter
dans le milieu internationaliste pour faciliter l’élaboration de nos propres contre-
stratégies. Il faut enregistrer les témoignages personnels sur la mise en place de ces
stratégies de maintien de l’ordre pendant les manifestations ou les émeutes et les
faire circuler. Les tentatives de prises de contact et d’entretiens avec nous de la part
des sociologues divers doivent être fermement rejetées, c’est un minimum. Nous
savons tous très bien que leur but est de nous comprendre, nous et nos
communautés de lutte, nos idées, notre organisation contre le monde du capital en
décomposition, pour traduire ces connaissances précieuses en moyens d’action contre nous et nous défaire.

Notre réaction doit être tout aussi instruite et collective !

Solidairement,
TPTG

06/10/2011

P.S. Cette lettre a été envoyée à libcom, infoshop, revleft, anarchismo,
anarchistnews, UK Indymedia et Athens Indymedia.

P.S. Voici le lien pour l’article sur le maintien de l’ordre
http://www.liv.ac.uk/Psychology/cdp/Reicher_et_al_%282007%29.pdf

Notes

[1] Ceux d’entre vous qui n’ont jamais lu nos textes en anglais peuvent les trouver en suivant les liens suivants :
http:/www.tapaidiatisgalarias.org/ ?page_id=105
www.libcom.org/tptg

[2] taxe d’habitation et impôts locaux par capitation. Cette poll‐tax a été supprimée en Grande Bretagne en 1993,
suite au mécontentement généralisé et à de nombreuses manifestations.

[3] Dorénavant, cette bande de chercheurs apparaîtra sous le nom de Drury & Co

[4] Voir : http:/libcom.org/library/aufheben‐behind‐the‐twenty‐first‐century‐intifada‐treason‐pamphlet

[5] Voir : http:/www.sussex.ac.uk/profiles/92858

[6] Voir le site officiel : http:/www.oxfordjournals.org/our_journals/policing/about.html

[7] Toutes les citations suivies d’un numéro de page proviennent de l’article mentionné ci‐dessus, complément
de cette lettre ouverte, afin de pouvoir, peut‐être, engager une discussion plus approfondie.

[8] Voir par exemple : http://www.guardian.co.uk/uk/2011/sep/05/reading‐riots‐study‐guardian‐lse

[9] Bien entendu, nous ne prétendons pas simplement et naïvement qu’à partir de maintenant la police va
restructurer sa stratégie de maintien de l’ordre selon les conseils de Drury & Co. L police a toujours eu des
tactiques diversifiées qui vont de « diviser pour régner » au « maintien de l’ordre gradué » et au dogme de la
« tolérance‐zéro » et de l’emploi de la brutalité aveugle, selon l’équilibre des forces en présence à un moment
donné.

[10] Ceci désigne ceux qui portent des capuches lors des heurts violents avec les flics pour éviter d’être identifiés
et arrêtés.

[11] Voir notre texte Notes préliminaires pour un compte rendu du « mouvement des assemblées populaires »,
téléchargeable sur http://www.tapaidiatisgalarias.org/?page_id=105

[12] Voir http://www.guradian.co.uk/uk/2011/sep/07/england‐riots‐researchers‐wanted

 

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A propos du meurtre d’un jeune antifasciste parisien

Considérations sur l’assassinat de Clément Méric

« La lutte contre le fascisme ne peut être menée de façon efficace qu’en frappant les institutions politiques et économiques, dont il émane et dont il tire sa source. Les révolutionnaires, du reste, qui visent à la chute du capitalisme et de l’Etat, s’ils se laissaient attirer par le fascisme, comme un éclair par le paratonnerre, s’ils consacraient leurs forces et s’ils s’épuisaient à le combattre seul, rendraient un service aux institutions; institutions qu’ils souhaiteraient pourtant démolir ».

Luigi Fabbri, anarchiste italien,

in « La contre-révolution préventive », 1922

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1370811384.jpgL’assassinat de Clément Meric, jeune antifasciste parisien, par ailleurs décrit comme anarchiste et vegan, n’est pas -comme on a pu le lire un peu partout- uniquement le fait de la « violence » des « groupes d’extrême-droite » ou le résultat d’une « rixe », et moins encore un « fait divers ». C’est un meurtre avec une motivation politique, fruit d’un climat et d’une dynamique amorcée il y a déjà un moment. Climat qui est conforté par l’actuel gouvernement (et les précédents) qui premièrement laisse la part belle à des mouvements réactionnaires, hétéro-patriarcaux et fascisants du type « printemps français » ou de la « manif pour tous », mais d’autre part cultive depuis des années une répression féroce contre toute initiative révolutionnaire, et un violence oppressive simplement « trop commune » contre les pauvres en général ou encore contre les immigré-e-s.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : les mouvements du type « Manif pour tous », « Printemps français », et autres agitations réacs, catholiques intégristes et néo-fascistes ne sont pas le terreau sur lequel prospère la violence politique de type fasciste, mais bien un autre symptôme de ses symptômes. Symptôme de la nouvelle contre-insurrection préventive (puisque c’est bien en ces termes là que parlent les Etats et leurs institutions) amorcée en France au moins depuis les émeutes de 2005 et le mouvement du printemps 2006 (dit « Anti-CPE »), et un peu partout dans le monde ces dernières années, contre les efforts révolutionnaires et contre toute révolte contre les conditions de vie qui nous sont faites.

La mort tragique de ce camarade non seulement en appel malheureusement d’autres (puisqu’il n’y aucune raison – sinon temporaire – pour que les fascistes continuent d’agir comme ils l’ont toujours fait, et pire encore), mais doit emporter avec elles quelques illusions sur l’antifascisme : il ne peut pas, et ne pourra jamais se concevoir comme une lutte spécifique et séparée, ou menée par des spécialistes. Il doit s’inscrire dans la lutte contre toutes les formes de domination, contre le capitaliste, et contre l’Etat. Luttes et révoltes diverses auxquel-le-s certain-e-s antifascistes, comme Clément, ont pris part jusqu’à maintenant.

Sans quoi on se condamne à laisser intactes les racines de ce qu’on prétend combattre.

En effet, ce qu’on appelle le fascisme, ou toute autre forme de « contre-révolution préventive » (pour reprendre le nom de l’ouvrage de Luigi Fabri), ne s’incarne pas seulement, ni essentiellement dans les groupuscules nationalistes, nazis ou fascistes qui n’en sont que la queue de pan, ou le sommet de l’Iceberg (au choix).

Il s’incarne bien plutôt dans la violence du système étatico-capitaliste au quotidien, et la nécessité pour ce dernier de renforcer en permanence ses fondations, tout en produisant et laissant croître toutes formes de « violences illégales » et autres « initiatives citoyennes » qui le protègent et assurent sa pérennité, en particulier dans les moments de troubles.

Il s’agit, en dernier lieu et à tout prix, de préserver un certain type de rapport social.

Qu’on ne s’illusionne donc pas à ce sujet : la dissolution des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (si elle a bien lieu…) ou d’autres groupes nationalistes et fascistes non seulement ne changera rien au problème, mais n’est certainement pas une « victoire ». Car au delà de l’absurdité qui consiste à se reposer sur les décisions du ministère de l’intérieur, le terreau sur lequel prospère la violence autoritaire, oppressive et réactionnaire de ces groupes trouve ses fondements dans la réalité quotidienne de l’exploitation, de la domination, et de la violence du capitalisme et de l’Etat.

Autant les rafles de sans-papiers que les « veillées citoyennes » dans les halls d’immeuble, et l’intégration parfaite du Front National dans le jeu de la politique. Autant les cordons de CRS que les organisations « révolutionnaires » qui appellent au clame pendant les émeutes, autant les agressions et le bashing hétéro-sexistes revendiqués (ou pas) que l’assimilationnisme social-démocrate et ses mensonges, autant les « travailleurs sociaux » qui poucavent que les lois racistes, autant la psychiatrisation des soit-disant « déviants » qu’une population toute entière sous antidépresseurs, autant les milices privées utilisées dans les expulsions locatives que les vigiles d’entreprise, autant les briseurs de grève bénévoles que la police et les syndicats jaunes, autant le mépris de la vie animale que la cruauté envers les humains, autant les groupes catholiques intégristes que les journalistes aux ordres, etc.

Concernant, justement, le traitement médiatique et politique de cette « affaire » : elle s’est faite en plusieurs phases. D’abord, la première récupération social-démocrate du Parti de Gauche et du Front de Gauche qui se sont empressés de venir faire les charognards sur le cadavre encore chaud du camarade (et ce n’est malheureusement pas une image puisque le communiqué du P.d.G a été pondu dans l’heure suivant son décès) qui sera ensuite décrit par les médias comme « proche du front de gauche » (direct matin du 7 Juin), alors que rien n’est moins faux. Un parti qui ose venir nous parler de « république » et de « non-violence », et se demandent pourquoi ils se font huer et insulter. Ensuite, la seconde récupération sociale-démocrate, celle du Parti Socialiste au gouvernement qui en même temps que ses ouailles se pavanent au rassemblement à Paris (même si ils s’en sont heureusement faits chassés), envoie sa police faire une rafle massive de sans-papiers dans le quartier de Barbès (voir communiqué ci-dessous).

Le traitement médiatique enfin, qui offre une tribune inespérée au dirigeant des J.N.R, le désormais tristement célèbre Serge Ayoub, qui en profite lui aussi pour « condamner la violence de l’extrême gauche » en jouant les victimes sur toutes les chaines qui lui tendent un micro et une caméra. On retiendra quand même (pour la rigolade) sa tirade sur « la grève générale et la non-violence » quand les journaleux lui demandent quelles sont ses armes.

Certains médias, type TF1, BFM Tv, l’Express, le Figaro ou le Parisien (pour ne citer que les plus fameux), n’hésitent pas quant à eux à mettre sur le même plan les fascistes et leurs adversaires, renvoyant dos à dos les deux parties : qu’ils ne s’étonnent pas ensuite de faire des cibles remarquables.

Car, en effet, médias, gouvernement, sociaux-démocrates de toute engeance, et Serge Ayoub (et donc les J.N.R), tous sans exception -avec plus ou moins de nuances- se retrouvent dans la condamnation morale de la violence révolutionnaire (ou même défensive d’ailleurs) lors même qu’il ne s’agit pas de ça à priori. Même et surtout quand les fascistes tuent, on s’empresse de rappeler dans une urgence paniquée qu’il faut s’en remettre « à la République et à la Démocratie » et ne surtout pas céder aux passions révolutionnaires…

Nous savons donc désormais mieux que jamais ce qu’il nous faudra, entre autres, assumer.

Action directe contre l’Etat et le capitalisme, contre la récupération et les discours moralisateurs. Contre la république, la social-démocratie et le fascisme.

Le Cri Du Dodo

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[Quelques communiqués et tracts avec lesquels nous sommes à peu près d’accord]

Les assassins de Clément Méric

Source : Panthères Enragées

Le gang fasciste qui a assassiné Clément Méric,  un camarade antifasciste, vegan et anarchiste, est composé d’Esteban Morillo et de sa copine Katia Veloso. Ces ordures avaient voulu créer un groupe de “Section défense animale” et étaient présents lors d’une marche anti-fourrure.

Nous avions dénoncé cette présence fasciste. Les organisateurs,  soutenus par la fondation brigitte bardot, n’avaient pas trouvé opportun d’exclure ces individus de cette marche. Pour nous, ces organisations ont du sang sur les mains et ils ont permis à ces assassins de venir faire du repérage des militants veganEs antifascistes. Une proche de ces assassins étaient venus provoquer les veganEs antifascistes à la marche d’Emagny contre la fourrure et les prendre en photo Info ici.

Nous publions les informations sur ces personnes que nous avons trouvé sur le net ;

Katia Veloso :

Membre de troisième voie et à l’initiative de la section défense animale.

Les membres de troisième voie à la marche contre la fourrure :

Le tueur Esteban sur la droite à coté de la militante Nath Animaliste (pseudo facebook) :

Katia Veloso à la même marche :

Serge Ayoub dénonçant les veganEs antifascites :

veganantifa

Nous, veganEs antifascistes demandons à chaque personne de la protection animale ou de la libération animale de prendre ses responsabilités face à ces individus. Ils doivent être chassés de tout nos rassemblements.

Nous avons dénoncé dans les rassemblements la présence de ces fascistes, nous savions que des personnalités de la protection animale connaissaient les opinions politiques de ces individus et qu’ils ont fermé les yeux.

NI OUBLI, NI PARDON !

Nous, veganEs Antifascistes, sommes opposéEs à ces individus et la libération animale comme lutte révolutionnaire antispéciste d’émancipation n’a rien à voir avec le fascisme !

——

L’état et la démocratie ne seront jamais des remparts face au fascisme

vendredi 7 juin 2013

Source : Indymedia Paris

Jeudi soir, Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste a été assassiné par des néo-nazis à Paris. Nombreux sont celles et ceux qui, se reconnaissant dans son engagement, ont été saisi d’effroi par cette tragédie d’une vie brisée en quelques secondes. L’expression de la colère et de la douleur suscitée par sa mort ont du mal à se frayer un chemin au milieu du vacarme médiatique et des commentaires autorisés de toutes les crapules politiciennes. Les charognards sont de sortie qui se ruent sur le cadavre pour promouvoir la défense de leur sainte trinité : l’Etat, la République, la Démocratie.

Pour autant, la gauche de pouvoir est dans son rôle quand elle s’appuie sur une vision purement morale de l’antifascisme. Pour donner en exemple les temps bénis du présent, rien de mieux que d’agiter la menace du retour à un passé obscur et barbare. En désignant le fascisme comme ennemi principal, on aboutit logiquement à une conséquence : regrouper contre lui toutes les bonnes volontés à partir du plus petit dénominateur commun, sa contradiction fantasmée, la démocratie. On peut donc, comme Jean-Luc Mélenchon, faire de l’antifascisme tout en soutenant un programme social-patriote. On peut aussi, par exemple, vouloir comme Manuel Valls « éradiquer la violence d’extrême droite » le matin et faire rafler 150 sans-papiers à Barbès l’après-midi…

Alors bien sûr la mort de Clément Méric s’inscrit dans un contexte marqué par la résurgence de l’agitation des groupuscules nationalistes, par la campagne homophobe conduite ces derniers mois par les catholiques intégristes, par la stabilisation électorale du FN à un niveau élevé. Faits d’actualité face auxquels le « mouvement social » (feu la lutte des classes) s’est montré impuissant. Pour autant, le fascisme demeure en France une idéologie ultra minoritaire sans véritable impact. Il lui manque pour devenir une véritable force politique deux choses essentielles : une capacité à mobiliser autour de son projet par la violence et l’encadrement social et une fragilisation du consensus telle qu’il apparaisse à l’état et au capital comme le dernier recours pour leur sauvegarde. Le fascisme n’a jamais vaincu la démocratie dans une lutte à mort, il a toujours prospéré sur son épuisement.

La réaction unanime de la classe politique pour condamner le meurtre illustre d’ailleurs la marginalité de leurs auteurs. Arrêtés très vite, il y a fort à parier qu’ils seront condamnés de manière « exemplaire » et que quelques organisations de l’ultra droite seront dissoutes dans la foulée. Du point de vue de la riposte, nous n’avons rien à attendre de la justice et du ministère de l’intérieur. La demande pathologique formulée par les partis et syndicats d’une réponse ferme du pouvoir témoigne de leur faillite sur le terrain social à l’heure où partout en Europe l’état et le capitalisme approfondissent la guerre aux prolétaires.

Il y a en France des fascistes qui tuent au nom de leur idéologie fanatique. Face à eux, nous devons rendre coup pour coup et les empêcher de parader dans les rues afin de ne plus avoir à pleurer la mort d’un camarade de 19 ans. Mais n’oublions pas que ce que redoutent les immigrés, d’avantage que quelques crânes rasés, c’est la police républicaine. Que les roms ces derniers temps ont plus à craindre de leurs voisins citoyens à peine moins pauvres qu’eux et gagnés à l’idéologie sécuritaire et raciste que des partisans d’Adolf Hitler. Que même sans néo-nazis cette société révèle quotidiennement son visage de domination et d’exploitation.

L’état et la démocratie ne seront jamais des remparts face au fascisme

Pas de quartiers pour les nazis, pas de quartiers pour l’état, pas de quartiers pour le capitalisme

Contre la barbarie de ce monde-ci, et pour que le meurtre de Clément Méric ne trouve pas son ultime dénouement dans un tribunal, ranimons dans les luttes et dans la rue la lueur vacillante d’un futur révolutionnaire.

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Contre tous les fachos

vendredi 7 juin 2013

Source : Indymedia Paris

Contre les nazillons de service, les identitaires, les France aux français, les Soral, Ayoub, Gabriac, Dieudonné, et tous les adeptes du bras levé. Contre les racistes patentés, contre ceux qui ont la haine des reubeus, des renois, et contre l’antisémitisme bien installé, contre l’« islamophobie » galopante. Contre les patriotes et les apologistes de la Nation, contre toutes celles et ceux qui sont à la recherche de bonnes vieilles valeurs en ce temps de crise, du genre : le travail et la méritocratie, la famille et le mariage, la patrie et la France des terroirs. Contre le poujadiste « produire français » (qu’est-ce qu’on en a à foutre ?!). Contre la franchouillardise crasseuse et les populistes de gauche comme de droite. Contre tout ceux qui flattent ces bas instincts pour leur petit pouvoir…

Contre les chantres de l’ordre moral, qui voudraient nous dire avec qui, quand et comment on baise. Contre ceux qui nous disent qu’il faut pas être pédé car « c’est sale », car « la nature c’est papa dans maman », car « les homos au bûcher ». Contre tous ceux qui nous sermonnent, à coups de religion, de prières, de « y a écrit dans le bouquin », de « bidule l’a dit il y a X siècles », de « c’est péché, c’est mal »… et qui nous disent plus généralement d’accepter notre pauvre sort sans broncher.

Contre les fâcheux qui s’ignorent car ils sont de « gauche » : tout comme leurs voisins de « droite », ils n’aiment pas les rroms, ni trop les pauvres d’ailleurs, ni trop les gens ivres le soir dans la rue d’ailleurs, ni trop les racailles d’ailleurs, ni trop les prolos d’ailleurs… par contre ils aiment, sans trop l’avouer quand même, l’ordre et la sécurité, et bénissent ceux qui installent de la vidéosurveillance de partout, des flics à chaque coin de rue et de la sécurité aseptisante dans les moindres recoins. Contre tous les petits fachos à cheveux longs, contre tous les petits fachos bobos bien intégrés bien nourris bien démocrates bien branchés.

Contre la police. Contre la police sarkoziste. Contre la police socialiste. Contre les flics, les vigiles, les militaires.

Contre le réflexe fasciste et réac, malheureusement si facile à activer en temps de « crise », car on sait que ça toujours été l’instrument favori de ceux qui sont au pouvoir pour nous diviser (et pour mieux régner), nous autres les exploités, les galériens, les pauvres.

(A)

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Violences d’extrême droite, violences d’état [relayé pour info]

vendredi 7 juin 2013

Source : Indymedia Paris

Mercredi 5 juin 2013, un jeune camarade de notre union syndicale a été battu à mort par un fasciste. Le lendemain, à l’heure même où nous étions réuni-e-s en silence à l’endroit où Clément avait été tué, nous recevions des sms nous informant que le ministre de l’intérieur organisait une rafle massive de sans-papiers à quelques stations de métro de là, à Barbès.

Ceci n’est pas possible, nous vivons cela comme une insulte à la mémoire de Clément, de ses engagements. Le fascisme c’est un ensemble. Un gouvernement PS ne peut appeler à participer à un rassemblement contre la violence fasciste et dans le même temps organiser une rafle. Une époque ne se définit pas comme fasciste uniquement lorsque quelques individus extrémistes se sentant tout puissants tuent en plein cœur de la ville.

Quand un gouvernement rafle des personnes par centaines dans un quartier bouclé, cela participe d’un ensemble. La chasse aux rroms qui ont des papiers européens et aux africain-e-s qui n’en ont pas participe du même contexte politique que les manifs et discours homophobes et que les violences de rue des skinheads et groupes nationalistes fascistes. Le fascisme c’est un ensemble.

Face à la montée du fascisme, chacun-e se retrouve placé-e face à sa responsabilité. Appeler à des manifs ne suffira pas à dédouaner ceux qui ont fait le choix de la discrimination vis-à-vis des étrangers. Clément Méric (nous citons son prénom et son nom, car c’est ainsi qu’on parle d’un militant adulte et responsable) ne restreignait certainement pas son combat antifasciste aux seuls extrémistes au crâne rasé. Ce soir nous sommes en colère, nous sommes écœuré-e-s, et nous pensons devoir à sa mémoire de ne rien concéder ni sur les violences d’extrême droite, ni sur les violences d’état : les rafles organisées doivent cesser ! Liberté de circulation pour tou-te-s ! Le fascisme est une gangrène, soit on l’élimine soit on en crève !

Isabelle et Olivier, instits et syndicalistes

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Communiqué suite à la manifestation en hommage à Clément à Poitiers

Source : L’Epine Noire.

Le jeudi 6 juin à 18 h 30 a eu lieu à Poitiers comme dans de nombreuses autres villes une manifestation organisée à l’appel du groupe unitaire contre l’extrême droite de la Vienne à la suite de la mort de Clément Méric à Paris. Nous avons été agréablement surpris de l’ampleur de la manifestation organisée dans la journée même (entre 250 et 300 personnes), mais nous avons cependant quelques critiques à émettre et besoin de rappeler certains faits.

Nous nous étonnons que des cadres du Parti socialiste de la mairie de Poitiers soient venus sans honte se montrer en mémoire de quelqu’un qui les combattait politiquement. En effet, rappelons que Clément était certes un militant antifasciste mais qu’on ne saurait le réduire à cela. Il était révolutionnaire, et impliqué dans les luttes contre le capital et fatalement contre le gouvernement socialo-écologiste actuel. Antifasciste convaincu, il militait aussi contre toutes les formes d’exploitation et de domination : le sexisme, le racisme et l’homophobie…

Revenons à la manifestation poitevine, non déclarée comme le veut la tradition ici, et regroupant des individus (libertaires ou proches), encartés de gauche et d’extrême gauche et autres membres d’associations. Voilà bien longtemps que tout ce beau monde n’avait pas été réuni. En effet, le bras de fer entre la mairie socialiste et les associations, les anarchistes et surtout dernièrement le DAL 86 dure depuis plusieurs années, et la gouvernance de M. Claeys nous montre le véritable visage de la social-démocratie depuis.

Nous avons donc pu voir nos braves cadres locaux se retirer du cortège au niveau de la mairie alors que ce dernier évoluait vers la préfecture. Très bien, nous dirons-nous, mais cette manœuvre semble aussi avoir été tactique. Car, plus d’une heure après la fin de la manifestation, deux personnes ont été arrêtées et emmenées au poste pour « manifestation illégale » et « outrage aux forces de l’ordre » (des « Flics porcs assassins » s’étant glissés dans les slogans scandés). Ces deux personnes seront relâchées le lendemain et passeront en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Devant le procureur, donc. Mais le fait intéressant à noter ici est cette phrase lâchée par un conseiller municipal et conseiller de Grand Poitiers bien connu comme bureaucrate de la lutte (notamment au sein des MJS lors du mouvement anti-CPE) : « Ce n’est pas une manifestation, mais un rassemblement silencieux contre les violences de l’extrême droite ». Voilà, tout est dit. Vous vous êtes fait attraper ? Vous ne pouvez que vous en prendre à vous-mêmes. Il ne fallait pas faire de manif (ou du moins pas jusqu’au bout)… puisqu’il existe une pression de la préfecture vis-à-vis des manifestations non déclarées depuis environ un an, et relayée par son chien de garde édenté : la mairie.

Ici donc, les socialistes poitevins suivent la ligne dictée par l’Elysée et le taulier de la place Beauvau : s’émouvoir de manière hypocrite sur la violence et la dangerosité idéologiques des groupes fascistes bien connus. Alors que ce sont ces mêmes socialistes qui, de par leur politique, ne contribuent point à faire reculer les pratiques et idées de l’extrême droite ; bien au contraire, celle-ci s’en est servie à plusieurs reprises afin de gagner des élections, de promouvoir des politiques sécuritaires de la République (n’oublions pas que les centres de rétention, ces prisons démocratiques pour étrangers, datent de l’ère mitterrandienne). Par ailleurs, le jour même où Clément a été agressé, la police de Manuel Valls procédait à une grande rafle de sans-papiers dans le quartier populaire de Barbès à Paris. République, sacro-sainte République! Tel un chant incantatoire, ce terme sonnait creux pour Clément et ses camarades ! Alors, fichez-nous la paix avec cet appel à un front républicain chimérique.

La République n’est qu’un champ de bataille symbolique pour les aspirants au pouvoir, ça fait bien longtemps que son caractère attractif et magique n’opère plus ! Bref, nous nous opposons fermement à cette tentative de récupération étatique de la mort de Clément.

De plus, nous pensons que la dissolution de groupes fascistes ne changera pas la donne. Hormis leur caractère symbolique orchestré par le pouvoir et une partie de la gauche, l’Histoire nous a montré à plusieurs reprises que la dissolution de ces groupes est un leurre (des Ligues des années 1930 à Unité radicale des années 2000, en passant par Ordre nouveau des années 1970) : ils se sont toujours reformés, ils ont juste eu besoin de changer de nom. Mais nous n’appelons pas non plus à une « justice pour Clément ». Cette justice qui nous condamne aussi bien et que nous combattons tous les jours.

Soulignons que depuis plusieurs années les fascistes et autres nazillons ressortent dans la rue et souhaitent la reprendre, galvanisés par les scores de leurs homologues dans de nombreux pays en Europe (Grèce, Hongrie…) sur fond de crise économique. Nous ne découvrons rien, dans plusieurs villes les fascistes sont très actifs, et s’adonnent à des actions violentes et/ou symboliques : Lyon, Toulouse, Tours, Besançon, etc. Mais les dernières manifs contre le mariage homosexuel leur ont permis de se rencontrer, de recruter, bref d’avoir un nouveau souffle, avec la complicité des médias ayant offert leurs micros sur des plateaux d’argent à des mouvements réactionnaires de toutes sortes disséminant leurs discours haineux.

Par exemple, nous avons remarqué qu’ils sont de plus en plus présents sur Poitiers, du moins par leurs affiches et autocollants. Qu’ils soient à Méridien Zéro, au Mouvement Action Sociale, au Parti de France, à l’Œuvre Française ou au plus traditionnel Front National, les militants fascistes tentent de s’implanter localement et durablement. Ils se sentent même pousser des ailes. Pour preuve, début mai ont été découvertes des affiches, collées dans les rues de Poitiers, comprenant les photos de deux militants du NPA avec comme surtitre « Wanted » et cette légende : « Tags dégueulasses, gribouillis partout, panneaux sales, portes tatouées ? Assez ! La police s’en occupe pas on va s’en occuper ! ».

En mémoire de notre camarade Clément, nous souhaiterions que les bureaucrates politiques, membres du gouvernement et autres charognards de la presse fassent profil bas sur le sujet. Pour vous, fascistes, belek : une attaque contre un est une attaque contre tous.

 Dieu pardonne, pas le prolétariat !

 L’Épine noire

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[Ile de france] Le « sourire du banquier »…

Ce que cache le « sourire du banquier » …     

Chronique de la chasse aux pauvres en banlieue nord-est

bankerCette expression, « le sourire du banquier » est le doux nom d’une pub plastifiée que les habitant-e-s de Bagnolet et Montreuil ont pu recevoir dans leurs boites aux lettres le mois dernier.

Et ce n’est même  pas une blague…

Une pub avec des fleurs qui sourient et qui proposent des partenariats avec la banque pour  devenir propriétaire…

La logique est imparable : « devenez propriétaire de votre logement » et donc « plus de problème » ! Sauf que l’ultime majorité des gens qui vivent dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne n’ont évidemment pas les moyens d’investir dans la propriété (plus de 70% sont locataires rien que pour Bagnolet par exemple).

L’opération consiste donc à « offrir » un crédit. C’est le grand jeu du « tous proprios » (c’est  à dire « particuliers ») : en clair tous et toutes endettéEs…  Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette opération vise à doublement endormir les locataires non-propriétaires. D’une part en leur faisant miroiter la fausse solution de propriété à crédit, et d’autre part en faisant croire aux plus pauvres que « tout le monde » peut « devenir proprio ». Ce qui est bien évidemment faux…

Le prix de la vie ne fait qu’augmenter. Les petits commerces locaux sont remplacés par des enseignes plus chères (souvent de type « bobo »), et dans les supermarchés, les prix augmentent aussi. A Bagnolet comme dans pas mal d’autres villes en banlieue, les propriétaires –de concert avec la mairie- font monter les prix de l’immobilier en faisant jouer la spéculation. Mais ce qu’on appelle la spéculation n’est qu’un rouage dans un processus beaucoup plus vaste. Processus qui va consister notamment à laisser les logements ou d’autres bâtiments vides pendant des années (moins de logement disponibles = rareté = augmentation des prix). Ainsi, dans le même temps, la mairie utilise les bâtiments et terrains qu’elle possède en posant des projets d’infrastructures qui correspondent à la nouvelle population qui s’installe progressivement sur le quartier telle que médiathèque, jardins particuliers, théâtres, etc. Infrastructures dont ne bénéficient évidemment jamais ou presque les quartiers les plus pauvres et dont le contenu marchand ou culturel est clairement à destination des riches.

Ou alors la mairie rachète de nouvelles friches qu’elle laisse vide. La nouvelle population est donc composée quasi-exclusivement de bourgeois qui sont les seuls à pouvoir racheter les nouveaux logements construits ou ceux rénovés après avoir été laissés délibérément vides pendant des années, et parfois même plusieurs dizaines d’années. C’est ce que la mairie appelle « la rénovation » -ou- «restructuration urbaine ». C’est ce que d’autres –comme nous- appellent la gentrification (même si ce terme ne résume pas l’ensemble du processus d’urbanisation et ses implications).

Mais ce phénomène n’est évidemment pas le fait du hasard, et repose aussi sur cette escroquerie qui consiste à faire miroiter aux pauvres l’accès à la propriété qu’ils n’auront jamais, ou pas les moyens de rembourser, du moins sans s’endetter sur des années.

Aussi, la carotte du crédit et l’illusion de la « maison à soi » ne font que participer à cette forme pernicieuse de domestication de classe. D’une pierre deux coups : il permet de dégager les plus pauvres d’un quartier en vue d’une espèce ségrégation sociale et spatiale (en les reléguant à des ghettos) tout en enchainant à un mode de vie « au dessus de leurs moyens » ceux et celles qui sont restés et ont cédé au chantage de l’ascension sociale.

Mais le slogan du « tous propriétaires » est bel et bien un mensonge.

Car en effet, si chacun-e « possédait » réellement son logement, il n’y aurait plus de propriété foncière, c’est-à-dire de propriétaires dont le « métier » est de gérer ses locataires (ou plutôt de percevoir leurs loyers…). Et à partir de là : à quoi servirai la propriété privée ?

Comme les prix ne sont évidemment pas les mêmes partout, les nouvelles populations plus aisées qui s’installent dans le quartier « restructuré » ne pourraient pas être là si elles étaient aussi pauvres que les autres. Souvent, une fois le quartier gentrifié, ce qu’on appelait autre fois « l’aristocratie ouvrière » (ourièr-e-s « cadres », salarié-e-s un peu « parvenu-e-s », etc) constituent en général la population la moins aisée de ces quartiers « rénovés » une fois le processus achevé.

Car en plus des professions intellectuelles, culturelles et de commerces « huppés » (riches et branchés), beaucoup des nouveaux locataires ou propriétaires sont de jeunes rentiers, ou des « petits propriétaires » qui perçoivent des loyers de gens plus pauvres qu’eux, et qui vivent en marges du centre ville restructuré.  En définitive, sous le mensonge de la « mixité sociale » (qui n’est jamais que temporaire et toujours oppressive) le projet de « restructuration urbaine » (lorsqu’il réussit à atteindre ses fins) se traduit systématiquement par une chasse aux pauvres et leur éloignement vers la périphérie, et la constitution de nouveaux ghettos pour riches.

Car en effet, si la plupart des pauvres s’en vont généralement sous la contrainte de la cherté de la vie  vers des quartiers moins chers, beaucoup restent sur place en attendant les expulsions locatives (lorsque plus d’argent pour payer le loyer) ou même à la rue parce qu’ils ou elles n’ont nulle part où aller, sont hébergé-e-s de manière précaire par des ami-e-s, dans les centres dégueulasses du 115, ou à la rue.

Là aussi, à nouveau, la mairie entre en jeu. Dans certaines villes, on supprime les bancs en les remplaçant par d’épaisses barres de fer où il est impossible de s’allonger.

Ailleurs, on va utiliser des ultrasons ou un répulsif odorant pour chasser les sans-abris d’une cour, ou d’un lieu. A Montreuil, une milice (l’A.S.V.P) semi-spécialisée dans les expulsions a même été mise en place par la Mairie, et est devenue célèbre pour ses frasques, sa violence et ses expulsions improvisées.

En attendant, c’est sur, les proprios, promoteurs et banquiers gardent le sourire :

Ils comptent les billets.

Mais la maison est à celles et ceux qui l’habitent : détruisons la propriété privée !

Le Cri Du Dodo

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[Grande-Bretagne] Stop G8 – Londres, du 10 au 14 juin 2013

Source : Le Chat Noir Emeutier

Une lutte commune

Ce mois de Juin 2013, les dirigeants du G8 (pays les plus riches du monde) se réunissent en Irlande du Nord. Comme la crise économique fait des ravages, et que la planète brûle, les patrons et leurs politiciens célèbrent les affaires comme d’habitude. Le capitalisme: un système qui tue, exploite et rabaisse la majorité pour le profit d’une minorité.

stopg8-med

Du 10 au 14 juin 2013, nous allons organiser une semaine d’action et d’événements à Londres. Londres est au cœur du capitalisme mondial. Les entreprises, les banques, les fonds spéculatifs, et les milliardaires pillant notre monde ont des noms et des adresses. Ils sont dans les tours de verre de la City, et à huis-clos à Mayfair et à Knightsbridge. Londres est le repère du blanchiment d’argent des dictateurs, la cour de récréation des super-riches. Mais Londres est aussi notre ville. Une ville d’espoir, de résistance et de lutte.

Le capitalisme nous tue. Chômage, coupes budgétaires, et la montée du fascisme en «Occident». La pauvreté, le colonialisme, l’exploitation brutale du «Tiers Monde». La guerre et la famine pour le profit. Les prisons privées, les contrôles de police, la vidéo-surveillance pour nous maintenir dans la peur et nous contrôler. La vie est dépouillée de sens et de beauté, nos rêves et notre dignité sont à vendre.

Ne fais pas semblant de ne pas voir. N’attends pas. Pour nos amis et proches, pour nos communautés, pour notre planète, pour tout ce qu’ils essaient de nous prendre. Le moment est venu. Rassemblons-nous, et battons-nous. Une lutte commune.

Rejoins-nous dans la rue.

network23.org/stopg8

stopg8[at]riseup[point]net

En collaboration avec Contra-info, 30 avril 2013

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[Belgique – Bruxelles] « Opération Cendres » : perquisitions chez des compagnon-e-s anarchistes

[Nous relayons cette information concernant les compagnon-e-s belges avec quelques jours de retard. L’occasion pour nous de leur exprimer notre soutien par delà les frontières, et de saluer leur refus de se laisser impressionner par la logique répressive]

Source : reçu par mail

wallBruxelles – Le 22 mai 2013 vers 6h du matin, des dizaines de policiers de la section anti-terroriste de la police fédérale judiciaire investissent et perquisitionnent 3 domiciles où habitent notamment des compagnons anarchistes et anti-autoritaires ainsi que la bibliothèque anarchiste Acrata. Toutes les personnes présentes (11) sont arrêtées et emmenées aux bureaux de la police fédérale.

Les accusations sont : appartenance à une organisation terroriste, association de malfaiteurs et incendie(s) volontaire(s). L’opération est baptisée « cendres » et est dirigée par la juge d’instruction Isabelle PANOU, tristement célèbre pour sa longue carrière au service de l’Etat.

Les policiers emportent de nombreux documents, des effets personnels, les ordinateurs et tout ce qui a trait à l’informatique, les GSM’s (téléphones portables), du matériel d’agitation, etc. Pendant les auditions, auxquelles tout le monde refuse de collaborer, il apparaît que l’enquête porte sur des luttes, révoltes et activités allant de 2008 jusqu’à aujourd’hui notamment contre les prisons, la construction du nouveau centre fermé de Steenokkerzeel, les transports en commun (STIB), les institutions européennes et les eurocrates, la construction d’un RER à Bruxelles, l’OTAN, la machine à expulser, les huissiers et la construction d’une maxi-prison à Bruxelles. Sont aussi épinglées des publications telles que Hors-service ou encore plus généralement des écrits, affiches, etc. diffusés par des anarchistes et anti-autoritaires.
Vers 13h, tout le monde est relâché sans avoir eu à comparaître devant la juge d’instruction.

Face à ces accusations de terrorisme et à leur lot d’intimidations et de harcèlements, il n’y a pas à abandonner les idées et les actes visant la destruction de toute autorité et la joie que procure cette bataille.

Continuons à lutter pour la liberté, à abattre ce monde mortifère qui opprime et exploite.

Rien n’est fini, tout continue
Attaquons ce qui nous opprime

Bruxelles, 23 mai 2013

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[Squat] Transfo : Incendie résorbé, et tract contre l’expulsion !

[Aujourd’hui, le Transfo a connu un incendie d’origine accidentelle. Ils et elles ont toujours besoin de soutien et de solidarité. Nous relayons ici le communiqué des évènements d’aujourd’hui ainsi que leur récent tract « ils veulent nous expulser : on ne se laissera pas faire ! »]

Incendie résorbé au squat du Transfo

Source : Indymedia Paris

TransfoAujourd’hui, 30 mai 2013 à midi, un incendie s’est déclaré dans un des transformateurs d’EDF qui sont sur le site occupé par « le Transfo ». La cause du départ est encore inconnu. Ce qui est sûr, c’est qu’il est accidentel et qu’il n’est en rien lié aux activités du lieu (les pompiers ont été très clair là dessus). C’est à prori une défaillance des installations EDF.

L’incendie a été très vite maitrisé. A l’heure actuel le quartier reste alimenté par un poids lourds garé dans notre cour. Les techniciens vont bosser toute la nuit pour remettre le jus.

En ce qui concerne le soutien et les réaction des habitants : le numéro d’urgence a été activé et une quarantaine de personnes sont vite arrivées sur les lieux. Cela aura permis de calmer les velléité de quelques keufs à vouloir rentrer sur le site ainsi qu’une aide appréciable aux habitants qui redoutaient que cela ne serve de prétexte à une expulsion immédiate.

Pour le moment, la situation est calme. Restons tout de même plus que vigilant sur les jours à venir. On est toujours expulsable et EDF risque de se servir de cet incident pour faire pression et tenter d’accélérer le processus d’expulsion.

Pour être tenu au courant des activités du Transfo : transfo.squat.net

Pour être inscrit au numéro d’urgence, être tenu au courant du jour de l’expulsion et s’organiser contre, envoyé un sms au 06.72.53.02.40

Le Transfo continu ! Continuez à venir et participer !

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Le Transfo’ est menacé d’expulsion …

Ils veulent nous expulser : on ne se laissera pas faire !

Source : transfo.squat.net

http://transfo.squat.net/wp-content/uploads/transfo/2013/05/2013-05_Bagnolet_Transfo_menaceexpulsion-724x1024.jpg

Pour photocopier/imprimer ce texte, deux PDF sont disponibles: affiche A3 et feuillet A5.

Pour rappel :

Mardi 9 avril: Le Transfo jugé expulsable sans délai

Le procès du bâtiment A du Transfo a eu lieu le 12 mars dernier.

Le délibéré vient de tomber. Le Transfo est expulsable sans délai et ce malgré notre plaidoirie qui a fait tomber point par point la soi-disant urgence à nous mettre à la rue.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi, le propriétaire EDF à requis une procédure d’expulsion en référé “heure par heure” en avançant la dangerosité d’un transformateur pourtant mis hors service depuis plusieurs années, et en sortant d’un de leurs tiroirs une mise à disposition bidon pour de l’hébergement d’urgence cet hiver passé 2012/2013. Bref, les proprios dégotent toujours une raison pourrie de mettre celles et ceux qui les squattent dehors, et la justice de hocher la tête à tous ces balourds sans sourciller.

On n’est pas surpris. C’est toujours le même verdict d’une justice de classe qui protège la sacro-sainte propriété et les intérêts des grands groupes, qu’ils soient privés ou d’État.

On se laissera pas faire !

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