[Ile-de-france] Débat sur « l’A.N.I » et compléments de texte

[Même si tout ce qui y est dit ne nous convient pas nécessairement en l’état, ce texte, ainsi que le complément que nous relayons ci-après, posent des questions essentielles quant au projet de l’A.N.I, ce qu’il implique, et surtout son lien avec le travail et sa nécessaire critique. Le tout avec une mise en perspective des différentes oppositions  syndicales et gauchistes qui se mettent actuellement en place sur ce thème et ne remettent en cause ni le travail, ni même le salariat, et moins encore l’Etat ou le rapport social capitaliste. Aussi, on peut penser qu’il y a tout intérêt à débattre de ces questions à bâtons rompus, et déjà pour anticiper toute configuration de luttes à venir sur le sujet et les habituels écueils du mouvementisme toujours recommencé, et toujours déçu.]

Mardi 28 mai, 19h: Flexisécurité

Discussion autour du texte « Flexisécurité à la française: l’improbable régularisation du rapport social capitaliste »

Source : indymedia paris

Le nouvel accord national interprofessionnel (ANI) concocté par l’actuel gouvernement est l’objet de levées de bouclier de la part de l’ensemble des partis et organisations, y compris syndicales, qui se situent à gauche de la gauche officielle au pouvoir, celle du PS. Front de gauche, PC inclus, épaulé entre autres par le NPA, la CGT, FO et SUD, font comme s’ils rejetaient en bloc l’ANI, présenté comme la rupture sans retour avec ce qu’ils nomment souvent les « acquis de la République sociale, issue du programme de la Résistance », c’est-à-dire avec le compromis fordiste à la française qui, sous la houlette de l’Etat providence, facilita, à l’époque des Trente Glorieuse, la reprise rapide de la croissance du capital et la subordination des salariés à ses fins. Tous, à commencer par l’ensemble des salariés, sont donc sommés de se mobiliser derrière les nouveaux frondeurs contre « l’attaque sans précédent des acquis » Mais qu’en est-il effectivement ? En quoi consistent lesdits « acquis » ? Que représente réellement l’ANI ? Et s’il sanctionne la modification des relations salariales dans l’optique post-fordiste, dans quelle mesure le fait-il ? Et, puis, s’il y a à croiser le fer avec ce qu’il représente, c’est dans quels objectifs, avec quels moyens, etc. ?

carteLieu : Le Rémouleur
106 Rue Victor Hugo
Bagnolet (93)
Métro Robespierre ou Galliéni

 

 

Quelques compléments et retours à propos de l’A.N.I

paru dans Temps critiques, in « Interventions », n°11, mars 2013

L’accord cor­res­pond à une trans­for­ma­tion de la média­tion syn­di­cale française qui s’oriente (encore timi­de­ment) vers une co-ges­tion à l’alle­mande centrée sur l’entre­prise et ceci même si l’aspect inter­pro­fes­sion­nel est main­tenu dans le titre de l’accord. L’ambiguïté de l’accord apparaît bien dans l’arti­cle 18 sur « le main­tien dans l’emploi » qui relève de la seule décision de l’entre­prise, mais sous le contrôle de la loi. L’ANI ne représente donc pas une rup­ture. Nous sommes bien tou­jours dans le cadre d’une négocia­tion col­lec­tive, mais c’est le col­lec­tif qui a changé comme le montre l’exem­ple des catégories de salariés chez Renault (cf. infra) où si la négocia­tion reste bien col­lec­tive, elle change de niveau en se res­trei­gnant à l’entre­prise. Cela n’entraîne pour­tant pas forcément un cor­po­ra­tisme de type nou­veau comme le sous-enten­dent par­fois syn­di­cats et gau­chis­tes. En effet tout cela dépend d’un rap­port de force et la situa­tion sera très différente entre une négocia­tion suite à une lutte dure et une négocia­tion auto­ma­ti­que au moment du renou­vel­le­ment d’une conven­tion col­lec­tive.

2 Une négocia­tion col­lec­tive qui, même pen­dant la période des Trente glo­rieu­ses, allait de pair avec des grilles hiérar­chi­ques rigi­des (les fameu­ses grilles Parodi du nom de son ini­tia­teur « com­mu­niste » en 19461) légiti­mant des différences de salai­res à partir des différences de qua­li­fi­ca­tion. Cela allait jus­ti­fier une dis­tinc­tion au sein des salariés entre d’une part les ouvriers et de l’autre les différents salariés non ouvriers regroupés dans les ETAM (employés, tech­ni­ciens et agents de maîtrise) et la catégorie cadre. Par ailleurs des différences hiérar­chi­ques impor­tan­tes exis­tent au sein du groupe ouvrier entre, par ordre hiérar­chi­que, les ouvriers pro­fes­sion­nels (OP), les ouvriers spécialisés sur les chaînes (OS) et enfin les manœuvres. Chaque sous-catégorie sera elle-même hiérar­chisée (OHQ, OP3, OP2, OP1 chez les « pro­fes­sion­nels », OS2, OS1 chez les « spécialisés », M2, M1 pour les manœuvres). Ces différen­cia­tions ne seront pas sou­vent remi­ses en cause dans les luttes ordi­nai­res, les syn­di­cats défen­dant mor­di­cus le système et l’aggra­vant même par l’expres­sion de reven­di­ca­tions d’aug­men­ta­tion sala­riale en pour­cen­tage2. Tout au plus verra-t-on comme chez Renault, les OS se battre et obte­nir une catégorie intermédiaire entre OS et OP. Dans cette pers­pec­tive, qui est restée confinée à quel­ques gran­des entre­pri­ses, ce qui était refusé c’était l’idée de déqua­li­fi­ca­tion de la force de tra­vail, même si le tra­vail concret était effec­ti­ve­ment déqua­lifié. Dit autre­ment, des ouvriers réduits à des tâches de plus en plus répétiti­ves et sim­ples res­sen­taient for­te­ment l’écart qu’il pou­vait y avoir entre leurs capa­cités poten­tiel­les et ce qui leur était demandé réelle­ment dans le cadre de l’orga­ni­sa­tion patro­nale du tra­vail. C’était une forme de résis­tance ouvrière qui répon­dait aux pro­ces­sus de déqua­li­fi­ca­tion/sur­qua­li­fi­ca­tion3 liée à l’intégra­tion de la techno-science dans le procès de pro­duc­tion. Cela semble contre­dire ce que nous disons plus bas sur la cri­ti­que en acte du tra­vail que mèneront les jeunes OS des pays occi­den­taux dans les années 1960-1970. Mais on peut peut-être l’expli­quer par une hétérogénéité des ouvriers spécialisés. En effet, cer­tains tra­vaillaient déjà depuis un cer­tain temps dans l’usine et étaient intégrés à la vie des quar­tiers ouvriers. Ils ne pou­vaient pas ne pas en subir l’influence au niveau d’une cons­cience ouvrière qui les rap­pro­chaient des ouvriers pro­fes­sion­nels. Par contre, ceux qui arri­vaient juste des cam­pa­gnes ou par exem­ple du sud de l’Italie étaient d’emblée réfrac­tai­res à la vie d’usine et même à la vie urbaine comme le montre N. Balestrini dans Nous vou­lons tout4.

3 L’évolu­tion poli­ti­que logi­que de la légiti­ma­tion, par les orga­ni­sa­tions tra­di­tion­nel­les de la classe ouvrière, de la hiérar­chie d’usine et plus précisément l’accep­ta­tion d’une hiérar­chi­sa­tion interne à l’intérieur du sala­riat, sera la création de collèges « cadres » au sein des syn­di­cats ouvriers alors que la Confédération Générale des cadres (CGC) avait jus­te­ment été créée en réponse à l’absence de cette référence pour des syn­di­cats qui se vou­laient encore les représen­tants de la catégorie « ouvrier ». Toutefois, cette orien­ta­tion nou­velle qui s’éloi­gnait de la ligne de classe tra­di­tion­nelle n’était pas qu’une preuve de plus de la reconnais­sance de la hiérar­chie d’usine ; elle pre­nait aussi en compte le fait que la catégorie de cadres évoluait au rythme des chan­ge­ments tech­ni­ques, du nombre crois­sant de cadres et donc de leur propre différen­cia­tion interne, enfin du fait que la dis­tinc­tion entre tech­ni­ciens et cadres deve­nait aussi plus floue et qu’il fal­lait bien tenir compte de la par­ti­ci­pa­tion des tech­ni­ciens aussi bien aux luttes de mai 1968 en France, qu’à « l’automne chaud ita­lien ».

4 La situa­tion fut différente en Italie où les luttes des années 1960-70 furent plus égali­ta­ris­tes dans leurs reven­di­ca­tions. Toutefois, les luttes des OS butèrent aussi sur cet obs­ta­cle dans la mesure où si ces der­niers menèrent les luttes les plus radi­ca­les, ils fini­rent par ne représenter plus qu’une com­po­sante mino­ri­taire de la classe, une avant-garde « trop » avancée et « trop » poli­ti­que que patro­nat et syn­di­cats eurent tôt fait d’isoler puis de réprimer5.

5 D’une manière générale, direc­tions patro­na­les et syn­di­ca­les posent des obs­ta­cles cons­tants à l’indifféren­cia­tion ouvrière et sala­riale. Il en est de même quand le patron est l’État, la différen­cia­tion pas­sant alors par les différents niveaux d’entrée aux concours de recru­te­ment. Mais comme il est dit dans le texte sur l’ANI, c’est la nature des différen­cia­tions ou leur fon­de­ment qui peut chan­ger. Ainsi, pen­dant la période des Trente glo­rieu­ses, c’est la rigi­dité qui domine et donc les éléments objec­tifs de différen­cia­tion que cons­ti­tuent les qua­li­fi­ca­tions et l’ancien­neté. Des éléments qui sont définis pour tous et donc sur une base col­lec­tive. On rentre dans des cases avec les avan­ta­ges que cela pro­cure du point de vue de la sécurité, mais aussi les inconvénients du point de vue de la mobi­lité6.

6 C’est donc une pers­pec­tive fausse que de vou­loir présenter rétros­pec­ti­ve­ment et par com­pa­rai­son cette période comme étant celle bénie de l’unité de classe sous prétexte que la lutte de clas­ses conti­nuait à s’y mani­fes­ter. Des socio­lo­gues américains comme Piore se sont penchés dès les années 1970 sur la seg­men­ta­tion du marché du tra­vail et donc sur l’exis­tence de plu­sieurs marchés7.

7 À partir des années 1980 et les restruc­tu­ra­tions, ce sont les critères de compétence et les « pro­fils » qui sont privilégiés, des éléments jugés beau­coup plus sub­jec­tifs et plus indi­vi­dua­lisés qui sont mal acceptés ou refusés par des salariés qui y voient premièrement, la marque de l’écla­te­ment du col­lec­tif de tra­vail et la mise en riva­lité de tous contre tous ; deuxièmement, une évalua­tion « à la tête du client » qui n’a que peu de rap­port avec un mérite auquel ils res­tent majo­ri­tai­re­ment attachés.

8 Les restruc­tu­ra­tions et le pas­sage de l’usine (lieu cen­tral d’une pro­duc­tion matérielle clai­re­ment iden­ti­fia­ble et cen­trale dans le procès de valo­ri­sa­tion) à l’entre­prise (lieu élargi et mul­ti­forme qui englobe les différentes phases d’un procès de valo­ri­sa­tion diffus) ont été clai­re­ment défavo­ra­bles au pôle tra­vail mais elles n’ont pas conduit à une indifféren­cia­tion8 plus grande des salariés vers une figure nou­velle de prolétaire des temps moder­nes. D’ailleurs l’appa­ri­tion d’une nou­velle catégorie socio­lo­gi­que, celle des « tra­vailleurs pau­vres », même si elle montre une rup­ture dans l’aug­men­ta­tion générale du niveau de vie des salariés de la phase précédente, mani­feste que cette nou­velle condi­tion ne cons­ti­tue encore qu’une catégorie mar­gi­nale au sein du sala­riat ce qui peut expli­quer que des cher­cheurs et les médias s’éton­nent de son appa­ri­tion. Toutefois, cela ne présume pas de l’évolu­tion future de cette « catégorie », sim­ple­ment nous remar­quons que l’ANI ne représente pas un pas de plus en ce sens.

9 On a donc bien assisté à une seg­men­ta­tion accrue de la force de tra­vail, mais la stra­ti­fi­ca­tion sala­riale est tout sauf anar­chi­que et la mas­si­fi­ca­tion du chômage ne s’est pas accom­pagnée d’un chômage massif tel que celui des années 1930. Les systèmes de préretraite et les plans sociaux ont servi d’amor­tis­seur à la crise du tra­vail, mais au « profit » des salariés protégés par leur statut et le fait de tra­vailler dans de gran­des entre­pri­ses. À l’inverse, les autres salariés ont servi de varia­ble d’ajus­te­ment à une conjonc­ture fluc­tuante. C’est l’intérim qui a joué le plus grand rôle à cet égard, au moins en France, où pour 100 000 pertes d’emplois dans le sec­teur mar­chand en 2012, 61 000 concer­naient l’intérim9. Mais la baisse ne date pas de 2008, qui ne représente que le point le plus haut d’un mou­ve­ment dont on perçoit sta­tis­ti­que­ment le début en 2002. Et le mou­ve­ment n’est pas uni­vo­que comme le mon­trent les « contrats de génération » qui sont censés ren­for­cer la ten­dance aux CDI en France. Par ailleurs, l’État alle­mand envi­sage de reve­nir sur la réforme Schröder qui a eu pour effet de mul­ti­plier l’équi­va­lent de nos CDD et le nombre de « tra­vailleurs pau­vres ».

 

10 Depuis la signa­ture du pre­mier ANI, à Grenelle10, les accords natio­naux inter­pro­fes­sion­nels ont marqué l’his­toire chao­ti­que des rela­tions entre les syn­di­cats, le patro­nat et l’État. S’agis­sant de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle des salariés, les accords d’entre­pri­ses ont sou­vent précédé les accords de bran­ches met­tant en contra­dic­tion les direc­tions natio­na­les des syn­di­cats avec leurs sec­tions d’entre­prise. Ainsi, l’ANI sur la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle de 2003, dit de « refon­da­tion sociale » qui crée notam­ment l’entre­tien pério­di­que salarié/employeur, le bilan de compétences, la vali­da­tion des acquis de l’expérience, le droit indi­vi­duel de for­ma­tion, avait été anti­cipé sur plu­sieurs points par des accords d’entre­prise sur­tout à l’ini­tia­tive de la CFDT.

11 De même, l’ANI de 2009 qui parmi d’autres mesu­res, élargit le DIF et conso­lide le statut de l’apprenti reprend des dis­po­si­tifs déjà pra­tiqués par cer­tai­nes entre­pri­ses.

12 L’accord Usinor-Sacilor de 2000 est le pre­mier à s’ins­crire dans le cadre de la logi­que des compétences basée sur la for­ma­tion et l’évolu­tion des par­cours pro­fes­sion­nels (la CFDT y était majo­ri­taire). Mais dans la phar­ma­cie et la plas­tur­gie (dans ce der­nier sec­teur, la CGT a signé) les accords concer­ne­ront toute la bran­che même s’ils ont été signés à l’ori­gine dans de gros­ses entre­pri­ses.

13 Si d’une manière générale la CFDT est favo­ra­ble à ce type d’accord c’est qu’elle y voit un nou­veau com­pro­mis entre d’un côté les nécessités de flexi­bi­lité du capi­tal dans une situa­tion de concur­rence accrue et de l’autre la volonté des salariés de sortir des qua­li­fi­ca­tions abs­trai­tes de la grille Parodi pour se rap­pro­cher du tra­vail réel effectué. On peut dire aussi qu’elle a tirée les leçons de cer­tai­nes reven­di­ca­tions et actions des OS men­tionnées plus haut. Quant à la CGT, elle s’y oppose à l’ori­gine car pour elle, c’est une remise en cause des acquis de 1936 et 1946. Mais Thibaut, dès 2000 reconnaît que le mou­ve­ment syn­di­cal doit se réappro­prier la notion de compétence. Seule FO reste fran­che­ment opposée et on ne peut pas dire que ce soit par « révolu­tion­na­risme ». Son manque de « sou­plesse » s’appuie sur une concep­tion cor­po­ra­tiste des acquis sociaux dont l’uni­ver­sa­lité est ici de fait remise en cause par la défense de droits acquis que les autres n’ont pas.

Annexe I : les grilles Parodi

14 En 1945, Alexandre Parodi devient minis­tre com­mu­niste du tra­vail et de la sécurité sociale sous le gou­ver­ne­ment de Gaulle qui regroupe les anciens partis de la résis­tance. En 1946, il pro­pose ses fameu­ses grilles qui s’ins­pi­rent des grilles de clas­si­fi­ca­tion négociées dix ans aupa­ra­vant sous le Front Populaire. Au départ assez générales, elles vont être précisées dans le cadre des « grilles Parodi améliorées » qui établis­sent des filières de référence au sein de bran­ches11 d’acti­vité et un lien fort entre savoir-faire, poste de tra­vail et salaire mini­mum. On a sou­vent dit, à gauche, que ces grilles représen­taient un élément essen­tiel de la républi­que sociale et encore aujourd’hui les « appels » à reve­nir au pro­gramme du CNR de 1945 afin de retrou­ver une alter­na­tive au néo-libéralisme, mon­trent que l’argu­ment fonc­tionne encore.

15 Ce que l’on entend moins, par contre aujourd’hui, c’est que de facto, l’accep­ta­tion de ces grilles équi­va­lait à l’époque à accep­ter la logi­que pro­duc­ti­viste et hiérar­chisée à outrance de l’Organisation Scientifique du Travail (OST) dans une opti­que de réconci­lia­tion natio­nale et de recons­truc­tion de la Nation. L’État l’impulsa par­tout où il le put en mon­trant l’exem­ple dans des usines comme Renault et Berliet, via une ges­tion sous-louée à la CGT (la « ges­tion ouvrière » jusqu’au retour de la guerre froide en 1947). C’est toute une hiérar­chie d’usine qui est alors jus­tifiée avec ses mul­ti­ples catégories et sous-catégories : ingénieurs et cadres divers, tech­ni­ciens, agents de maîtrise regroupés avec les employés dans les ETAM, ouvriers de différentes catégories, tous définis comme salariés de pro­duc­tion et enfin les manœuvres. Cette hiérar­chie ver­ti­cale sera long­temps acceptée car d’un coté pour les OP elle s’accom­pa­gne d’une cer­taine mobi­lité interne qui permet de gravir des éche­lons avec l’ancien­neté ; et de l’autre les OS l’accep­tent n’ont pas parce qu’ils y adhèrent mais parce que l’usine, même au niveau hiérar­chi­que le plus bas, représente l’accès au sala­riat donc à des rentrées d’argent régulières et à la norme sociale de consom­ma­tion. Pour cette nou­velle classe ouvrière d’ori­gine rurale ou immigrée, l’usine est une nécessité et pour cer­tains un progrès.

16 Les syn­di­cats ne remet­tent nul­le­ment en ques­tion cette hiérar­chi­sa­tion et ce n’est pas une spécifi­cité française. Dans tous les pays où le capi­tal se développe la hiérar­chie sta­tu­taire et sala­riale ins­taurée dans l’usine (c’est nous qui sou­li­gnons parce qu’il n’en est pas forcément de même au niveau des rap­ports sociaux d’ensem­ble) est repro­duite par les orga­ni­sa­tions ouvrières qui trou­vent la majo­rité de leurs adhérents parmi les salariés les plus qua­lifiés et en appa­rence les plus « cons­cients12 ».

17 Les premières atta­ques contre les grilles de clas­si­fi­ca­tion sont d’abord venues « natu­rel­le­ment » des salariés et par­ti­culièrement de leur frange la plus prolétaire, les OS. Ainsi les OS de Renault ont lutté en arguant de leur vraie compétence exercée qui n’était pas réduc­ti­ble à la tâche de pure exécution que leur attri­buait une clas­si­fi­ca­tion calquée sur l’OST capi­ta­liste et les prin­ci­pes du tay­lo­risme. En cela, ils remet­taient en cause une super-régle­men­ta­tion qui cher­chait à rendre stable ce qu’on appelle en lan­gage marxiste, le rap­port entre valeur d’usage et valeur d’échange de la mar­chan­dise force de tra­vail13.

18 La clas­si­fi­ca­tion Parodi a com­mencé à être jugée obsolète par le patro­nat, l’État et les syn­di­cats avec la mul­ti­pli­ca­tion des types d’emplois et les chan­ge­ments tech­no­lo­gi­ques et orga­ni­sa­tion­nels dans l’entre­prise. Le lien fort que nous avions sou­ligné s’est dis­tendu avec des nou­veaux savoir-faire et d’autres deve­nus inu­ti­les, la dis­pa­ri­tion de cer­tains postes de tra­vail au profit d’autres et enfin une aug­men­ta­tion générale des salai­res ren­dant les minima par bran­ches ina­daptés parce que bien sou­vent lar­ge­ment supérieurs à ces minima dans les bran­ches les plus dyna­mi­ques de la crois­sance ou au contraire inférieurs aux nou­veaux niveaux du SMIC dans les bran­ches en dif­fi­culté. Une refonte des grilles a été mise en place à la fin des années 1980 pour essayer de tenir compte de ces trans­for­ma­tions. La dis­cus­sion a long­temps tourné autour de l’oppo­si­tion entre l’ancienne logi­que des qua­li­fi­ca­tions (les acquis) et la nou­velle logi­que des compétences14 (les requis).

19 En 1988, le cher­cheur d’ori­gine marxiste Ph. Zarifian pro­pose un « modèle de compétence » comme base d’une sortie de crise par le haut : res­pon­sa­bi­lité indi­vi­duelle, for­ma­tion tout au long de la vie, indi­vi­dua­li­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels doi­vent pou­voir se sub­sti­tuer au carcan imposé par une divi­sion capi­ta­liste du tra­vail qu’Adam Smith lui-même jugeait abêtis­sante pour les tra­vailleurs. Zarifian ne fait d’ailleurs pas de fixa­tion sur les termes et plutôt que de parler de compétence il met en avant ce pro­ces­sus en tant que « qua­li­fi­ca­tion émer­gente ». Quant à Y. Lichtenberger il pro­po­sera un mixte des deux notions, les qua­li­fi­ca­tions ser­vant de base de départ à l’expres­sion des compétences.

20 Les conséquen­ces n’en sont pas moins fon­da­men­ta­les par rap­port à l’ancienne norme : l’entre­prise devient le centre de ges­tion des qua­li­fi­ca­tions et la hiérar­chi­sa­tion sala­riale ne dépend plus du com­pro­mis entre représen­tants de la direc­tion et représen­tants des salariés, mais d’une exper­tise indi­vi­dua­lisée par rap­port à des qualités requi­ses (les « critères clas­sants »). La CFDT a sou­tenu ce pro­ces­sus dans le cadre de sa moder­ni­sa­tion syn­di­cale au tour­nant des années 1980 pour deux rai­sons : une première liée aux luttes des OS contre le blo­cage de leur avan­ce­ment et la dis­ci­pline de caserne imposée par des petits-chefs qui géraient de fait la grille, luttes aux­quel­les les mili­tants de base de la confédération ont lar­ge­ment par­ti­cipé et une seconde liée à un début de réflexion sur la ques­tion de l’aliénation au tra­vail qui jus­ti­fie l’orien­ta­tion de la confédération vers des reven­di­ca­tions plus qua­li­ta­ti­ves que quan­ti­ta­ti­ves. Une troisième raison « de bou­ti­que » peut aussi avoir joué dans la mesure où la décen­tra­li­sa­tion de la ges­tion des nou­vel­les qua­li­fi­ca­tions au niveau de l’entre­prise per­met­tait au syn­di­cat de négocier une présence syn­di­cale dans les entre­pri­ses, y com­pris dans celles où il n’était pas présent jusque-là. Cette préoccu­pa­tion a vu d’ailleurs sa légiti­mité reconnue dans les lois Auroux de 1982.

21 À l’ori­gine, la CGT a refusé de s’enga­ger dans cette voie car indépen­dam­ment d’une appréhen­sion des qua­li­fi­ca­tions comme acquis sociaux, elle défen­dait une sorte d’équi­va­lence entre diplôme sco­laire et qua­li­fi­ca­tion, seule base objec­tive d’évalua­tion pour elle, or la grille Parodi repro­dui­sait par­fai­te­ment les cursus sco­lai­res et pro­fes­sion­nels de l’époque en établis­sant de stric­tes cor­res­pon­dan­ces (exem­ple : CAP = OP etc.)

22 Côté patro­nal, la remise en cause des grilles Parodi à partir des restruc­tu­ra­tions, de la glo­ba­li­sa­tion et de la mise en avant de la compétiti­vité avant tout, condui­sent à de nou­vel­les pra­ti­ques de mana­ge­ment comme la ges­tion prévision­nelle des emplois (GPE) entérinée offi­ciel­le­ment par la loi Borloo de 2005 sur la cohésion sociale. La main d’œuvre en acti­vité dans l’entre­prise n’est plus vue comme un stock stable auquel on ajoute ou retran­che des flux ins­ta­bles (les immigrés par exem­ple ou la main d’œuvre féminine) en fonc­tion des besoins conjonc­tu­rels, mais ce stock est lui même rendu ins­ta­ble par les « recen­tra­ges » sur le cœur de métier, les déloca­li­sa­tions, les OPA hos­ti­les etc. La GPE doit donc mettre sans arrêt en place des ajus­te­ments néces­sai­res par rap­port aux effec­tifs que les direc­tions doi­vent gérer au plus serré (cela cons­ti­tue une des règles de la bonne « gou­ver­nance » d’entre­prise…)

Annexe II : la segmentation du marché du travail

23 En 1971, Doeringer et Piore, deux socio­lo­gues du tra­vail américains, met­tent en avant l’idée de seg­men­ta­tion du marché du tra­vail en oppo­si­tion au cou­rant domi­nant qui voyait dans les Trente glo­rieu­ses un pro­ces­sus d’homogénéisa­tion du sala­riat parallèle au dévelop­pe­ment d’une grande classe moyenne majo­ri­taire.

24 Concrètement ils dis­tin­guent d’une part un marché pri­maire dit aussi marché interne qui concerne sur­tout les gran­des entre­pri­ses et où règne une rigi­dité de l’emploi et des salai­res. Bref, il s’agi­rait d’un marché dans lequel les salariés sont « garan­tis » par divers sta­tuts et conven­tions col­lec­ti­ves parce que ce qui n’était en prin­cipe, selon les canons du marxisme, que du « capi­tal varia­ble » est devenu, pour diver­ses rai­sons, une forme du capi­tal cons­tant, de « capi­tal humain15 » pour repren­dre la ter­mi­no­lo­gie américaine ; et d’autre part un marché secondaire dit aussi marché externe fort ins­ta­ble de par les contrats de courte durée ou à temps par­tiel subi qui le caractérisent. Ce der­nier sert donc de varia­ble d’ajus­te­ment conjonc­tu­relle et entérine le dévelop­pe­ment de formes précaires de tra­vail, même si elles concer­nent majo­ri­tai­re­ment les flux (les entrants ou out­si­ders) et non les stocks (insi­ders) de tra­vailleurs.

25 Pour nos deux auteurs, en tout cas pour ce qui est de la situa­tion américaine, il n’y a que très peu de pos­si­bi­lité de passer d’un marché à l’autre à cause jus­te­ment de rigi­dités. Ils en concluent que le pre­mier marché est amené à être rationné et les nou­vel­les embau­ches à ne se pro­duire que dans le second marché. Pour le bien fondé de leur démons­tra­tion, ils peu­vent s’appuyer sur l’exem­ple des déloca­li­sa­tions inter­nes aux États-Unis qui ont fait passer l’indus­trie du Nord-Est hyper-syn­di­ca­lisée du fait des conven­tions de closed-shop et union-shop16, vers le Sud-Ouest du pays, vierge de toute tra­di­tion ouvrière et orga­ni­sa­tion syn­di­cale.

26 Ce schéma de la seg­men­ta­tion, certes sim­plifié ici, s’oppose à la fois à la théorie néo-clas­si­que d’un marché du tra­vail qui trou­ve­rait natu­rel­le­ment son équi­li­bre parce qu’il ne connaît pas de barrière en condi­tion opti­male de concur­rence par­faite et à cer­tai­nes posi­tions gau­chis­tes ou OPéraïstes qui ne pen­sent la seg­men­ta­tion qu’en termes de lutte de clas­ses (les patrons divi­sent pour régner). Cette « ruse de la raison » reçoit sa confir­ma­tion exem­plaire dans la situa­tion actuelle où les argu­ments des uns et des autres précités sont comme retournés. En effet, cette seg­men­ta­tion a aujourd’hui une conséquence para­doxale. Elle fonc­tionne comme résis­tance per­verse à la vague de réformes visant à abais­ser le coût de la force de tra­vail par une baisse des salai­res. Cette dernière est en effet très dif­fi­cile à obte­nir dans ce cas de figure puis­que les salariés du marché interne sont à la fois protégés par un système de négocia­tion sala­riale appuyé sur la présence et la force des syn­di­cats ; et qu’ils ne sont pas concur­rencés par ceux du marché externe du fait de caractéris­ti­ques différentes (plus d’expérience, plus d’ancien­neté, un peu plus de qua­li­fi­ca­tion, plus orga­nisés) qui font que même s’ils coûtent plus chers, les patrons considèrent que leur « pro­duc­ti­vité mar­gi­nale » est supérieure à leur « coût mar­gi­nal » et qu’en conséquence il est plus sage de les fidéliser par différentes carot­tes qui vont des prîmes à l’action­na­riat salarié en pas­sant par les « salai­res d’effi­cience ». Les sta­tis­ti­ques mon­trent d’ailleurs qu’en général les patrons préfèrent embau­cher des salariés au chômage mais issus du pre­mier marché plutôt que des tra­vailleurs en acti­vité dans le second17. Cette pra­ti­que contre­dit à la fois la théorie néo-clas­si­que sur le niveau de salaire, la théorie ricardo-las­salo-marxiste sur la loi d’airain des salai­res et la théorie marxiste d’une réduc­tion du tra­vail com­plexe au tra­vail simple avec l’indifféren­cia­tion des prolétaires qui en résul­te­rait.

27 Les firmes ne sem­blent donc pas pou­voir échan­ger direc­te­ment et immédia­te­ment les salariés. La baisse des salai­res ne peut donc consis­ter qu’en un ration­ne­ment de la quan­tité de salariés sur ce marché puis­que les patrons ne récla­ment ouver­te­ment de baisse des char­ges socia­les que sur les bas salai­res dans les pays européens du moins. Cette poli­ti­que a un coût finan­cier élevé pour le capi­tal, mais aussi pour la société capi­ta­lisée (plans sociaux, retrai­tes anti­cipées, indem­nités de licen­cie­ment élevées). Pourtant, pour le moment du moins, elle fait consen­sus puisqu’elle est négociée entre tous les par­te­nai­res sociaux. Mais en même temps elle joue contre une sta­bi­li­sa­tion générale de l’emploi puisqu’il devient plus dif­fi­cile d’intégrer le sec­teur « protégé », sauf si l’État encou­rage l’emploi public sta­tu­taire, ce qui n’est pas la ten­dance domi­nante à l’heure actuelle, c’est le moins qu’on puisse dire.

28 Piore et un autre socio­lo­gue, Sabel vont revi­si­ter la théorie de la seg­men­ta­tion à partir de 1984 dans la mesure où il croit per­ce­voir avec le dévelop­pe­ment de l’entre­prise flexi­ble, une remise en cause de sa théorie dua­liste du marché du tra­vail. Pour lui, il n’y aurait plus que les entre­pri­ses gérant à court terme qui auraient besoin de la seg­men­ta­tion, mais d’après les sta­tis­ti­ques cela représen­te­rait encore envi­ron 50% de la popu­la­tion active. Par ailleurs, les sta­tis­ti­ques françaises de l’INSEE sem­blent indi­quer que si la seg­men­ta­tion perd de sa per­ti­nence ou en tout cas si les frontières se font moins étan­ches entre les types de marché, ce n’est pas en fonc­tion d’une sortie vers le haut qui ver­rait les salariés du sec­teur secondaire être plus qua­lifiés ou avoir une meilleure for­ma­tion et donc être embauchés dans un sec­teur pri­maire en exten­sion, mais parce que la crise de l’emploi a trans­formé la nature du marché secondaire en en fai­sant non pas seu­le­ment un marché conjonc­tu­rel d’ajus­te­ment dont les immigrés et les femmes for­ment les gros bataillons, mais un marché struc­tu­rel destinés aux entrants sur le modèle de la période d’essai. Les jeunes, même diplômés18 en sont donc la prin­ci­pale com­po­sante, même si pour la majo­rité, cette situa­tion est tem­po­raire. L’hésita­tion du gou­ver­ne­ment actuel devant la nécessité ou non d’élargir le bénéfice des contrats emplois-avenir aux diplômés est un indi­ca­teur du fait que la situa­tion per­dure, au moins pour cer­tains.

29 Toutefois, même quand la seg­men­ta­tion per­siste le marché pri­maire en est bou­le­versé, premièrement par le fait que la fidélisa­tion des salariés ne se fait plus sur la base du col­lec­tif de tra­vail, mais sur la base de l’évalua­tion des per­for­man­ces indi­vi­duel­les, un domaine sur lequel les syn­di­cats ne peu­vent plus vérita­ble­ment inter­ve­nir. Par ailleurs ce marché pri­maire rénové se divise lui-même en sous-niveaux avec au niveau supérieur celui qui inclut les pers­pec­ti­ves de carrières pro­fes­sion­nel­les à tra­vers la GPE et au niveau inférieur, des par­cours certes indi­vi­dua­lisés avec le dévelop­pe­ment des pra­ti­ques patro­na­les de job eva­lua­tion, mais qui res­tent encadrées par les conven­tions col­lec­ti­ves et avec des inves­tis­se­ments en for­ma­tion plus réduits. Auffray, Baudoin et Collin font remar­quer dans Le tra­vail et après (Laboratoire socio­lo­gi­que de la connais­sance, 1978), que ce nou­veau type d’évalua­tion consis­tant à coter le poste de tra­vail et non le tra­vail, c’est-à-dire la machine et non l’ouvrier lui-même, a été for­te­ment contesté par les OP et les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les. Cette réaction est typi­que de l’idéologie du tra­vail elle-même reliée à la théorie de la valeur-tra­vail. Il s’agit tou­jours de relier la valeur d’usage et la valeur d’échange de la force de tra­vail à tra­vers la valeur et l’utilité du tra­vail concret pro­duc­tif en par­ti­cu­lier et la reconnais­sance du tra­vail comme valeur fon­da­men­tale en général. L’ins­ti­tu­tion syn­di­cale, y com­pris la plus « radi­cale » aura ten­dance à accep­ter toutes les formes de tra­vail pourvu que ces formes aug­men­tent la « valeur du tra­vail ». La course à la pro­duc­ti­vité n’est donc jamais cri­tiquée en elle-même par les syn­di­cats et ceux-ci voient d’un mau­vais œil la lutte des OS contre les caden­ces. Ils la dénon­cent comme trop catégorielle (ils n’osent pas dire trop cor­po­ra­tiste) et en tout cas ils la cri­ti­quent comme un fac­teur d’affai­blis­se­ment de la lutte. Le même argu­ment est utilisé en Italie par la CGIL.

30 À l’inverse, les OS deman­dent en prio­rité, mais non exclu­si­ve­ment, nous l’avons vu, le salaire maxi­mum. Le salaire, dans cette pers­pec­tive théorique (ils expri­ment dans leur pra­ti­que, sans la connaître offi­ciel­le­ment, la thèse OPéraïste du salaire comme varia­ble indépen­dante) n’est qu’une rétri­bu­tion de cette force de tra­vail sans rap­port avec une quel­conque pro­duc­ti­vité per­met­tant de jus­ti­fier un « par­tage » de la valeur ajoutée. C’est sur cette pra­ti­que théorique des OS que vien­dra se gref­fer la reven­di­ca­tion OPéraïste d’un « salaire poli­ti­que » comme l’ont théorisé Negri et Potere Operaio en Italie dans les années 197019. Ce salaire poli­ti­que signa­lait une stratégie « d’auto­no­mie » par la sépara­tion entre tra­vail effec­tif et salaire, un au-delà du capi­tal comme projet, mais un présent encore inclus dans celui-ci par la reven­di­ca­tion du salaire. Aujourd’hui avec le déclin des luttes de clas­ses et le mou­ve­ment d’ines­sen­tia­li­sa­tion de la force de tra­vail, cette demande offen­sive de salaire comme « varia­ble indépen­dante » s’est dégradée en une demande défen­sive de « salaire garanti » qui, en quel­que sorte, prend acte de la crise du sala­riat et du tra­vail. Mais cette demande ne peut pro­ve­nir de la force de tra­vail au tra­vail, laquelle s’oppose même à cette idée ; elle ne peut venir que de l’extérieur ou des marges, avec les dif­fi­cultés que l’on sait quand on pense aux diver­ses luttes de chômeurs.

31 Pour résumer, tous les tra­vaux uni­ver­si­tai­res ou sta­tis­ti­ques font état d’un main­tien de la seg­men­ta­tion dans les pays du sud de l’Europe dont la France (on pour­rait sans doute y ajou­ter le Japon, mais nous man­quons de chif­fres), parce qu’elle est associée au manque de flexi­bi­lité d’ensem­ble des salariés au détri­ment d’une mino­rité d’entre eux (en France, 6% des salariés assu­re­raient 55% des mobi­lités indi­vi­duel­les20) et au poids de l’État dans la ges­tion directe de la force de tra­vail (salaire mini­mum, allo­ca­tions chômage, etc.) et d’une moins grande seg­men­ta­tion dans les autres mais pour des rai­sons opposées ; dans les pays anglo-saxons les rigi­dités ont été cassées dans les années Reagan-Thatcher et la seg­men­ta­tion ruis­selle par le bas au détri­ment de tous car il y a peu d’amor­tis­seurs sociaux, mais dans les pays nor­di­ques, la « flexisécurité » qui sert un peu de modèle à l’ANI tente une sortie par le haut avec la mise en place de pro­gram­mes d’éduca­tion et de for­ma­tion sans com­mune mesure ailleurs. L’Allemagne représente un cas par­ti­cu­lier avec les réformes Schröder qui mélan­gent une sorte d’américa­ni­sa­tion du marché du tra­vail avec la mul­ti­pli­ca­tion de petits bou­lots d’un côté et le main­tien d’un sec­teur de gran­des entre­pri­ses de la métal­lur­gie, chimie et phar­ma­cie à fonc­tion­ne­ment co-ges­tion­naire de l’autre.

32 Les nou­vel­les caractéris­ti­ques de la seg­men­ta­tion s’accom­pa­gnent de nou­vel­les caractéris­ti­ques de la hiérar­chi­sa­tion. Ainsi on a long­temps parlé d’ascen­seur social pour qua­li­fier la mobi­lité rela­tive des Trente glo­rieu­ses, mais aujourd’hui, cette mobi­lité, quand elle reste effec­tive ce qui n’est plus tou­jours le cas, semble chan­ger de nature . En effet, on peut s’aper­ce­voir, si on en croît aussi bien une vieille enquête de Ph. Guillaume pour le no 31 de la revue Socialisme ou Barbarie, qu’une enquête plus récente de Beaud et Pialoux chez Peugeot (Retour sur la condi­tion ouvrière, 1999, Fayard), que la pro­mo­tion n’existe plus que sous la forme de la « pro­mo­tion anta­go­ni­que ». Monter dans la hiérar­chie ne fait plus partie du cursus pro­fes­sion­nel au sein de l’expérience ouvrière ; elle signi­fie passer de l’autre côté de la barrière. Là encore, rup­ture du fil rouge des luttes de clas­ses plutôt que nou­vel­les frontières de clas­ses. La fonc­tion dis­ci­pli­naire de la hiérar­chie ne s’effec­tue plus tant par les aboie­ments de petits chefs embauchés uni­que­ment comme garde-chiour­mes et en cela extérieurs à la classe, que par l’exer­cice de média­tions-média­teurs visant à faire intério­ri­ser des contrain­tes deve­nues objec­ti­ves (l’obli­ga­tion de résultat, le rap­port au client, etc.) dans la nou­velle orga­ni­sa­tion de la pro­duc­tion et du tra­vail. La qua­li­fi­ca­tion qui per­dure ici n’est autre que le prix à payer à la subor­di­na­tion à la logi­que du capi­tal. Une subor­di­na­tion plus indi­vi­dua­lisée comme le montre la prolifération des pra­ti­ques de harcèlement moral au tra­vail.

33 Le slogan des « indignés » ou autres Occupy  : « nous sommes les 99% » ! est donc sim­pliste et trom­peur. C’est que la crise de la cen­tra­lité du tra­vail dans la société capi­ta­lisée ne fait pas que divi­ser les salariés sur la base de nou­vel­les lignes de frac­ture ; elle décentre aussi les « res­sen­tis » pro­duits par la domi­na­tion et l’exploi­ta­tion. L’inter­mit­tent du spec­ta­cle qui se veut indépen­dant, le tech­ni­cien des NTIC qui croît dur comme fer à l’inter­net et à l’appro­pria­tion col­lec­tive du savoir au point qu’il s’éclate au boulot, le cadre moyen pro-com­mu­nauté européenne cher­chant à deve­nir propriétaire de son loge­ment, l’intérimaire qua­lifié qui ne connaît pas vrai­ment son patron et s’en fout res­sen­tent par­fois plus la domi­na­tion à tra­vers la figure de l’homme endetté ou du consom­ma­teur insa­tis­fait qu’à tra­vers celle du prolétaire exploité. C’est loin d’être neutre quant aux effets sur les luttes, mais ceci est un autre débat.

Annexe III : la CGT et la théorie de la valeur dans le texte

34 C’est Jean Thomas, ancien secrétaire général de la fédération CGT des mines et de l’énergie de 1966 à 1982 qui nous résume le mieux la posi­tion de son orga­ni­sa­tion dans un long arti­cle sur la ques­tion de la hiérar­chie des salai­res. Pour lui, la hiérar­chie des salai­res est jus­tifiée par la hiérar­chie des fonc­tions ; elle est donc jus­tifiée. La CGT accuse d’ailleurs la CFDT de vou­loir dis­tin­guer les deux éléments ce qui revien­drait à « placer la char­rue devant les bœufs » en atta­quant ce qui n’est qu’une conséquence de la divi­sion du tra­vail sous le capi­ta­lisme. Thomas cite par ailleurs G. Séguy (secrétaire général de la CGT à l’époque) qui déclare le 19/09/1970 à l’Assemblée des mili­tants de la région pari­sienne : l’atta­que contre la hiérar­chie des salai­res abou­tit à favo­ri­ser le patro­nat car cela revient à divi­ser pour régner et c’est donc un mau­vais combat. Seule compte la lutte pour le par­tage de la valeur ajoutée car d’un point de vue de classe il n’y a pas d’intérêt anta­go­ni­que entre les différents éche­lons de salariés. Sur cette base, au 4ème congrès de l’UGICT (bran­che cadre de la CGT), son diri­geant, Le Guen, peut déclarer : « la hiérar­chi­sa­tion des rémunérations s’ins­crit comme un élément essen­tiel de la défense du pou­voir d’achat ». C’est-à-dire tel qu’il est hiérar­chisé par le capi­tal. Cela a le mérite d’être clair !

35 La CGT pro­pose certes un rat­tra­page pour les bas salai­res, mais uni­que­ment pour que la hiérar­chie ne s’en trouve pas écrasée par les haus­ses plus impor­tan­tes et auto­ma­ti­ques du SMIC !

36 Le droit du pro­duc­teur doit donc être pro­por­tion­nel au tra­vail concret fourni.

37 Le point de départ de toutes ces posi­tions c’est l’accep­ta­tion par Marx du pro­gres­sisme du capi­tal et plus précisément encore du pro­gres­sisme et du caractère neutre de la tech­ni­que. Même si Marx a en pers­pec­tive la réduc­tion in fine de tous les tra­vaux concrets en un tra­vail abs­trait sous le capi­ta­lisme, dans la réalité il reconnaît les inégalités de capa­cités. « À chacun selon son tra­vail » donc !

38 Lénine et ses « soviets + l’élec­tri­cité », Trotsky et sa « mili­ta­ri­sa­tion du tra­vail », Gramsci et son apo­lo­gie du for­disme radi­ca­li­se­ront cette posi­tion… sans que se mani­feste une quel­conque pers­pec­tive autre.▪

 

J. Wajnsztejn, mai 2013.

 

Notes

1 – Cf. l’annexe I.

2 – La CFDT, héritant à l’époque d’une part de mai 68 sous l’influence de son aile gau­chiste, se ran­gera, jusqu’à son « recen­trage », parmi les défen­seurs des aug­men­ta­tions égales pour tous. Un des rédac­teurs d’Interventions n°11, nous signale tou­te­fois que sans attein­dre l’ampleur qu’elle a prise en Italie, la ques­tion était très sou­vent posée de front dans les grèves d’ate­lier, par exem­ple dans la métal­lur­gie nan­taise dans laquelle il tra­vaillait à la fin des années 70, au grand dam des bureau­cra­tes CGT qui lui res­sor­tait la loi de la valeur pour jus­ti­fier la hiérar­chie sala­riale. Cf. aussi notre annexe III.

3 – Notion développée par le socio­lo­gue du tra­vail M. Freyssenet dans Le pro­ces­sus de déqua­li­fi­ca­tion/sur­qua­li­fi­ca­tion de la force de tra­vail, CSU, 1974 ; repris dans La divi­sion capi­ta­liste du tra­vail, Savelli, 1977, pp. 141 sqq.

4 – Nanni Balestrini, Nous vou­lons tout, Seuil, 1973. Nouvelle édition revue et aug­mentée, Genève, Entremonde, 2012.

5 – Sur ce point, on peut se repor­ter à Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn, Mai 68 et le mai ram­pant ita­lien, L’Harmattan, 2008 et à Une lec­ture insur­rec­tion­na­liste de l’auto­no­mie ita­lienne, Commentaire cri­ti­que du livre de Marcello Tari : Autonomie ! Italie, les années 70 (éd. La Fabrique, 2011), lire ici :
http://temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php?arti­cle295

6 – Un inconvénient qui va aller crois­sant avec l’impor­tance nou­velle donnée à la for­ma­tion et au titre sco­laire dans un pays comme le France. Le diplôme ins­taure davan­tage de fixité là où jouait encore un peu de mobi­lité avec la pro­mo­tion interne (ouvriers qua­lifiés deve­nant agents de maîtrise, nombre rela­ti­ve­ment élevé d’« ingénieurs-maison » dans les entre­pri­ses publi­ques, etc.). En fait, il fau­drait dis­tin­guer ici mobi­lité interne et mobi­lité externe car le diplôme donne a priori plus de pos­si­bi­lité de mobi­lité externe, l’ancien­neté et la fidélité à l’entre­prise plus de mobi­lité interne.

7 – Cf. l’annexe II.

8 – Cette indifféren­cia­tion que Marx voyait comme un élément essen­tiel de la néces­saire unité objec­tive de la classe et donc de la pers­pec­tive socia­liste (cf. le cha­pi­tre sur l’argent des Grundrisse). Marx n’arrive abso­lu­ment pas à tenir une posi­tion homogène sur la ques­tion, ce que relève bien D. Mothé, ex ouvrier de Renault et membre influent de Socialisme ou Barbarie : « Lorsque Marx et Engels écri­vent leur mani­feste com­mu­niste en 1848 et qu’ils pro­cla­ment pour la première fois leur confiance dans une société dirigée par les tra­vailleurs, c’est aux pro­fes­sion­nels qu’ils pen­sent [et ça sera grosso modo la même ambiguïté entre­te­nue dans la revue SoB. Ndlr] et non plus aux OS. Mais lors­que Marx écri­vant Le Capital dénonce la société bour­geoise et la condi­tion de l’ouvrier, le prolétaire qu’il décrit n’est plus le pro­fes­sion­nel mais l’OS (Les OS, Du Cerf, 1972).
À l’inverse, le capi­tal, en tant qu’autre pôle du rap­port social capi­ta­liste est aujourd’hui en train de réaliser cette indifféren­cia­tion par la domi­na­tion de sa forme argent qui se présente jus­te­ment non comme « déconnexion » entre l’écono­mie et la finance, ce que « l’écono­mi­que­ment cor­rect » de gauche dénonce cons­tam­ment, mais comme puis­sance indifférenciée. C’est aussi pour cela que l’anti­ca­pi­ta­lisme reprend du poil de la bête dans sa ver­sion popu­liste, de droite comme de gauche. À l’indifféren­tisme du capi­tal répond l’indifféren­tisme de l’anti­ca­pi­ta­lisme y com­pris sous sa forme de l’apo­lo­gie des différences puis­que tout désor­mais tend à avoir la même valeur.

9 – Source : Les Échos (15/03/2013).

10 – Le pre­mier Accord natio­nal inter­pro­fes­sion­nel a été conclu (mais non signé) les 25 et 26 mai 1968. Accord dit « de Grenelle » qui ser­vira de modèle à tous les sui­vants et qui sera emblémati­que du « pari­ta­risme ». Accord qui, pour la première fois, en France, (outre une aug­men­ta­tion de 35% du SMIG et d’autres avan­ta­ges) reconnaît un droit des salariés à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle (le Congé de for­ma­tion) financé par l’entre­prise (à l’époque 1,2% de la masse sala­riale consacré au plan de for­ma­tion de l’entre­prise). Cet accord a été élargi en 1970, puis ins­titué et généralisé dans une « Loi sur la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle conti­nue dans le cadre de l’éduca­tion per­ma­nente » (dite loi Delors) votée en juillet 1971.

11 – Les grilles Parodi s’accom­pa­gnent d’un arse­nal cen­tra­li­sa­teur de la ges­tion de la force de tra­vail et plus générale­ment du rap­port de clas­ses. Dans ce schéma érigé par l’État-pro­vi­dence, les syn­di­cats patro­naux et ouvriers s’ali­gnent sur la dimen­sion glo­bale, via les conven­tions col­lec­ti­ves, à tra­vers leur orga­ni­sa­tion par bran­ches d’acti­vité. Ni le corps de métier ni l’entre­prise ne cons­ti­tuent le niveau déter­mi­nant. Renault nous en four­nit un exem­ple a contra­rio puis­que si l’entre­prise est sou­vent présentée comme un « labo­ra­toire social » pour des rai­sons poli­ti­ques (par exem­ple en matière de congés-payés), elle ne réussit pas du tout à impo­ser ce modèle aux autres entre­pri­ses auto­mo­bi­les françaises qui se can­ton­nent au moins disant de la conven­tion col­lec­tive.

12 – Cf. par oppo­si­tion les IWW américains qui se for­me­ront contre les syn­di­cats cor­po­ra­tis­tes en défense des tra­vailleurs non qua­lifiés et non séden­tai­res.
Cf. aussi l’implan­ta­tion très ouverte et égali­ta­riste de la CNT espa­gnole jusqu’à la révolu­tion de 1936-1937.

13 – Cf. Y. Lichtenberger « Compétences pro­fes­sion­nel­les et dia­lo­gue social » dans Cahiers prépara­toi­res aux journées de Deauville, 1998. À noter que le même Lichtenberger, après avoir été un res­pon­sa­ble des Cahiers de mai après 1968 devint un for­ma­teur de cadres syn­di­caux à la CFDT puis le diri­geant de sa bran­che « Commerce-ser­vice » et enfin un membre de ses orga­nis­mes diri­geants avant de rega­gner la direc­tion d’une Université. Ce qui s’appelle ne pas perdre son temps et illus­tre bien in vivo et même in acto son hypothèse de la complémen­ta­rité entre qua­li­fi­ca­tions acqui­ses et compétences requi­ses !

14 – La compétence est le plus sou­vent définie comme un pro­ces­sus de mise en œuvre de trois types de « savoirs » : un savoir de connais­san­ces de base, un savoir-faire et un savoir-être. Si on peut esti­mer que les deux premières formes sont aussi requi­ses pour la défini­tion des qua­li­fi­ca­tions ce serait alors le troisième type de savoir qui ferait toute la différence, un troisième type beau­coup plus dif­fi­ci­le­ment évalua­ble et qui induit une subor­di­na­tion encore supérieure du tra­vail au capi­tal, même si le salarié, en tant qu’indi­vidu peut aussi y trou­ver son compte. Mais sa plus grande auto­no­mie éven­tuelle exige en contre­par­tie une obli­ga­tion de per­for­mance.

15 – Le baron Seillères, président du MEDEF à l’époque décla­rait en 2000 que le tra­vailleur n’est plus seu­le­ment un fac­teur de pro­duc­tion mais une « machine-compétences » qui va de pair avec « un style de vie et un mode de vie » (« l’entre­pre­neur de soi » de Foucault). À partir de là on com­prend la dif­fi­culté qu’on eue les fou­cal­diens à se situer à la droite ou à la gauche de la for­mule ! Mais tout cela reste encore trop dépen­dant d’une vision indus­tria­liste du capi­ta­lisme qui conçoit « l’entre­pre­neur de soi » sur ce modèle res­tric­tif et non sur un modèle étendu à tous les rap­ports sociaux comme c’est le cas dans l’écono­mie d’endet­te­ment (cf. M. Lazzaratto, La fabri­que de l’homme endetté, Amsterdam, 2011, p. 72-75). Malheureusement, à trop vou­loir prou­ver cet auteur réduit les rap­ports sociaux de la société capi­ta­lisée à un ima­gi­naire, celui de l’homme endetté.

16 – Clauses fréquen­tes dans le monde anglo-saxon avant 1980 où c’est le syn­di­cat qui a la haute main sur l’embau­che puis­que le patron a l’obli­ga­tion d’embau­cher un tra­vailleur syn­diqué ou de passer par la liste que lui pro­pose le syn­di­cat. En France, ce système n’a existé que pour cer­tai­nes catégories de tra­vailleurs où prévalait encore l’orga­ni­sa­tion en métiers (cor­rec­teurs de l’impri­me­rie, dockers des ports, tech­ni­ciens de la culture)

17 – En effet, les « chômeurs volon­tai­res » du pre­mier marché ne sont des vilains petits canards que pour les théori­ciens néo-clas­si­ques ; du point de vue des patrons en effet, si bien sûr la période de chômage n’est pas trop longue, il ne s’agit pas de la part de ce type de chômeurs d’un com­por­te­ment anti-tra­vail, mais d’une atti­tude qui mani­feste un atta­che­ment à un vrai tra­vail où il y a pos­si­bi­lité de s’inves­tir parce qu’il est reconnu, bien payé et un tant soit peu valo­ri­sant. En fait les patrons sont sur­tout opposés aux allo­ca­tions-chômage des tra­vailleurs les moins qua­lifiés et les plus exploi­ta­bles de façon brute, bref aux allo­ca­tions versées aux tra­vailleurs du second marché.

18 – Selon l’asso­cia­tion pour l’emploi des cadres (APEC), 30% des jeunes diplômés ont « expérimenté » au moins une fois l’intérim, par nécessité ou choix. Loin de tout misérabi­lisme ou catas­tro­phisme, on s’aperçoit, par exem­ple, qu’un ingénieur gagne en intérim 20% de plus qu’en CDI grâce au système des prîmes de précarité, ce qui à un cer­tain niveau de salaire de base n’est pas négli­gea­ble, à l’inverse du smi­card en CDI. Il peut s’agir alors pour lui, d’engran­ger de l’expérience sans se lier. Parallèlement au tri des patrons il existe donc aussi un tri des salariés pour peu qu’ils soient diplômés. Cette situa­tion existe aussi au niveau des qua­li­fi­ca­tions tech­ni­ques de base très recherchées et qui ne sont pas sus­cep­ti­bles de chômage (cf. l’exem­ple du « plom­bier polo­nais »). Ces salariés bénéficient de la situa­tion des « subli­mes » du XIXème siècle qui chan­geaient sans cesse de patrons au gré de leur humeur. Ces salariés d’un type par­ti­cu­lier sont une des conséquen­ces de la crise du sala­riat : ouvriers qua­lifiés du bâtiment ou des TP, ingénieurs sur­qua­lifiés, ils se considèrent sou­vent comme des « entre­pre­neurs d’eux-mêmes » quand ils ne cher­chent pas à monter leur propre « boîte ». Même s’il y a des illu­sions là-des­sous, il n’y a pas de « fausse cons­cience » car cela exprime bien la crise du sala­riat.

19 – Afin de bien préciser l’ordre des choses, Mario Tronti, dans son der­nier livre Nous OPéraïstes, (d’En bas et L’éclat, 2013) précise que ce sont les OS qui ont mis en crise la logi­que capi­ta­liste de l’usine et non le mot d’ordre OPéraïste qui ne fai­sait que répondre à un besoin et une poussée réelle de « l’ouvrier-masse » (cf. p. 123).

20 – Face à cette situa­tion les dernières mesu­res du gou­ver­ne­ment Ayrault sem­blent dérisoi­res ou ina­daptées : les 150 000 « emplois d’avenir » représen­tent bien peu par rap­port aux deux mil­lions de jeunes sans emploi ni pro­gramme de for­ma­tion ; les « contrats générations » ont vu leur budget réduit à moins de un mil­liard car leur inef­fi­ca­cité pro­grammée a conduit à réduire immédia­te­ment leur coût par préven­tion ; le « crédit d’impôt pour la compétiti­vité et la crois­sance » cible insuf­fi­sam­ment les emplois peu qua­lifiés à bas salai­res ; l’ANI ne chan­gera que très mar­gi­na­le­ment le fonc­tion­ne­ment du marché du tra­vail de l’avis même des négocia­teurs. Que de poudre aux yeux de part et d’autre !

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« Du prolétaire à l’individu »

[Ce texte, écrit en 2005, est extrait de l’essai « The network of domination » (soit « le réseau de la domination ») écrit par Wolfi Landstreicher, et qui est une contribution à la revue anarchiste insurrectionnaliste américaine « Wilful Desobedience« . Nous traduisons et publions ce texte pour sa critique de l’ouvriérisme et du travaillisme, leurs origines -ainsi que les idéologies qui tentent de les ressusciter-, l’image d’Epinal de l’ouvrier et sa conception centraliste de la classe ouvrière industrielle (et dont les illustrations de cet article -vieilles gravures de Frans Masereel ou peintures et dessins plus récents de Drooker- se veulent aussi une parodie).

Car cette conception, en plus de relever d’une analyse de classe biaisée et partiale, et d’être obsolète, ne rend absolument plus compte de la réalité et de la diversité de ce qu’on peut encore aujourd’hui appeler le prolétariat, en basant un projet unifié sur une identité sociale de classe fantasmée. Une classe d’exploitéEs dont la composition et les conditions sont plus que jamais fractionnées et complexes –  mais qui est bien réelle, et dont ce texte aborde aussi les contours]

Du prolétaire à lindividu :

Pour une interprétation anarchiste de la classe

Les relations sociales de classe et d’exploitation ne sont pas chose aisée. Les conceptions ouvriéristes, basées sur l’idée d’une classe objectivement proletrévolutionnaire qui est définie par les termes de sa relation au mode de production, ignorent la masse de celles et ceux partout dans le monde dont les vies sont volées par l’ordre social existant mais qui ne trouvent pas de place dans le procès de production.  Ainsi, ces conceptions en arrivent à présenter une interprétation biaisée et simpliste de l’exploitation et de la transformation révolutionnaire.  Afin d’envisager une lutte révolutionnaire contre l’exploitation, nous devons développer une interprétation de la classe telle qu’elle existe aujourd’hui dans le monde sans rechercher aucune garantie.

Dans ce qu’elle a de plus fondamentale, la société de classes en est une dans la mesure où il y a des dirigeants et des dirigéEs, des exploiteurs et des exploitéEs. Un tel ordre social ne peut émerger que lorsque les gens perdent leur capacité à déterminer les conditions de leur propre existence. Ainsi, la qualité essentielle partagée par les exploitéEs est leur dépossession, la perte de leur capacité à prendre des décisions de base concernant leurs propres vies et à les appliquer.

La classe dominante se définit dans les termes de son propre projet d’accumulation de pouvoirs et de richesses. Même si il existe évidemment des conflits significatifs au sein de la classe dominante en termes d’intérêts spécifiques et de compétition réelle pour le contrôle des ressources et du territoire, ce projet global de domination vise au contrôle du pouvoir et de la richesse sociales, et ainsi de la vie et des relations de tout être vivant, fournissant ainsi à cette classe un projet positif unifié.

pioletLa classe exploitée n’a aucun projet positif qui la définisse.  Elle est bien plutôt définie dans les termes de ce qui lui est fait, et de ce qui lui est pris.  DéracinéEs des chemins de la vie qu’ils et elles ont connuEs et crées avec leurs semblables, la seule communauté qui est laissée à cette population, qui constitue cette classe hétérogène est celle que lui fournit le Capital et l’Etat – la communauté du travail et de l’échange de marchandises décorée par quelque constructions idéologiques sous-culturelle, raciale, ethnique, religieuse, nationaliste – via lesquelles l’ordre dominant créent les identités au sein desquelles il canalise l’individualité et la révolte. Le concept d’une identité prolétarienne positive, d’un projet prolétarien positif, unifié et singulier n’ont aucune base dans la réalité matérielle puisque ce qui définit la situation de prolétaire est précisément que sa vie lui a été volée, et qu’elle a été transformée en un rouage dans les projets de ses maitres.

La conception ouvriériste du projet prolétarien trouve ses origines dans les théories révolutionnaires d’Europe et des Etats-unis (particulièrement certaines théories marxistes et syndicalistes). A la fin du 19e siècle, aussi bien l’Europe que l’est des Etats Unis ont pleinement suivi le chemin de l’industrialisation. L’idéologie dominante du progrès associait alors développement technologique et libération sociale. Cette idéologie se manifesta dans la théorie révolutionnaire dans l’idée que la classe ouvrière industrielle était objectivement révolutionnaire parce qu’elle était en position de s’emparer des moyens de productions développés dans le capitalisme (qui en tant que produits du progrès, étaient présentés comme émancipateurs en soi) et les détourner au service de la communauté humaine.

En ignorant la majeure partie du monde (ainsi qu’une partie significative des exploitéEs dans les zones « développées »), les théoriciens révolutionnaires ont ainsi pu inventer un projet positif pour le prolétariat, une mission historique objective. Le fait qu’elle se soit fondée sur l’idéologie bourgeoise du progrès a été complètement occulte. À mon avis, les luddites étaient beaucoup clairvoyants, reconnaissant que l’industrialisation était un autre des outils des maîtres pour les déposséder. Avec raison, les luddites ont attaqués les machines de production de masse.

Le processus de dépossession a depuis longtemps été achevé en occident (même si bien sûr il s’agit d’un processus qui se reproduit à tout moment, même ici), mais il est dans la plupart des pays du Sud, dans le reste monde, encore à ses balbutiements. Depuis le début du processus en occident cependant, il y a eu des changements importants dans le fonctionnement de l’appareil productif.  La position d’ouvrierEs qualifiéEs d’usines a en grande partie disparu, et voici ce qu’on réclame d’unE travailleur-euse aujourd’hui : de la flexibilité, la capacité d’adaptation, en d’autres termes, la capacité d’être un rouage interchangeable dans la machine du Capital. En outre, les usines ont tendance à requérir  beaucoup moins de travailleur-euse-s pour prendre en charge le processus productif, à la fois en raison de l’évolution de la technologie et des techniques de gestion (ou de managment) qui ont permis un processus de production plus décentralisé et parce que de plus en plus, le type de travail nécessaire dans les usines consiste en grande partie en un simple travail de surveillance et de maintiens des machines (ou appareils productifs – ndt).

  Sur le plan pratique, cela signifie que nous sommes tous, toutes, en tant qu’individu-e-s, des consommables dans le processus de production, car nous sommes touTEs remplaçables – le bel égalitarisme capitaliste dans lequel tout le monde est égal à zéro. En occident, ceci a eu pour effet de pousser un nombre croissant de ceux et celles qui sont exploitéEs dans de plus en plus d’emplois précaires : travail journalier, travail temporaire, emplois dans le secteur des services, le chômage chronique, le marché noir et les autres formes d’illégalité, l’itinérance et la prison. La stabilité de l’emploi avec sa garantie d’une certaine stabilité dans sa vie -même si « sa vie » n’est pas vraiment « la sienne »- a cédé la place à un manque de garanties tel que les illusions fournies par un consumérisme modérément confortable ne peuvent plus cacher bien longtemps le fait que la vie sous le capitalisme est toujours vécue au seuil de la catastrophe.

  Dans le tiers monde, les gens qui ont été capables de parvenir à se créer des moyens d’existence, souvent si difficilement, voient leurs terres et leurs autres moyens d’y parvenir se dérober sous leurs pieds à mesure que les machines du Capital envahissent littéralement  leurs maisons et rongent toutes possibilités de continuer à vivre directement de leur propre activité. ArrachéEs à leurs vies et à leurs terres, ils sont obligés de se déplacer vers les villes où il y a peu d’emplois qui les attendent. Les bidonvilles se développent autour des villes, souvent avec des populations supérieures à la ville proprement dite. Sans aucune possibilité d’emploi stable, les habitantEs de ces bidonvilles sont contraintEs à former une économie parallèle de marché noir pour survivre, mais cela sert aussi toujours les intérêts du capital. D’autres, en désespoir de cause, choisissent l’immigration, risquant l’emprisonnement dans des camps de réfugiéEs et des centres pour étrangerEs en situation irrégulière dans l’espoir d’améliorer leur condition.

Donc la dépossession, la précarité et la flexibilité (le fait d’être jetable) sont de plus en plus les traits communs de ceux et celles qui composent les classes exploitées dans le monde entier. Si, d’une part, cela signifie que cette civilisation crée en son sein une classe de barbares qui n’ont vraiment rien à perdre en la renversant (et pas de la manière imaginée par les anciens idéologues opéraïstes), d’autre part, ces traits en eux-mêmes ne fournissent pas une base pour un projet positif de transformation de la vie. La rage provoquée par les conditions misérables d’existence que cette société impose peut facilement être canalisée dans des projets qui servent l’ordre régnant ou au moins l’intérêt spécifique de l’un ou l’autre des dirigeants. Les exemples de situations durant les dernières décennies au cours desquelles la rage des exploités a été détournée pour alimenter des projets nationalistes, racistes ou religieux qui ne servent qu’à renforcer la domination, sont trop nombreux pour qu’on puisse les compter. La possibilité de la fin de l’ordre social actuel est plus grande désormais qu’elle l’a jamais été, mais la foi en son inéluctabilité ne peut plus faire semblant d’avoir une base objective.

cracheurdefeuMais pour vraiment comprendre le projet révolutionnaire et commencer projeter de trouver comment le réaliser (et élaborer une analyse de la manière dont la classe dirigeante parvient à détourner la colère de celles et ceux qu’elle exploite pour ses propres fins), il est nécessaire se rendre compte que l’exploitation ne se contente pas de se produire en fonction de la production capitaliste, mais aussi en termes de reproduction des rapports sociaux. Quelle que soit la position de n’importe quel prolétaire particulier dans l’appareil productif, il est dans l’intérêt de la classe dirigeante que tout le monde ait un rôle, une identité sociale, qui sert à la reproduction des rapports sociaux. Race, sexe, origine « ethnique », religion, orientation sexuelle, sous-culture – toutes ces choses peuvent, en effet, tenir compte de différences très réelles et importantes, mais toutes sont des constructions sociales pour canaliser ces différences dans des rôles utiles pour le maintien de l’ordre social existant. Dans les zones les plus avancés de la société actuelle où le marché définit la plupart des relations, les identités en viennent principalement à être définies en les termes des marchandises qui les symbolisent, et l’interchangeabilité devient à l’ordre du jour dans la reproduction sociale, comme elle l’était déjà dans la production économique . Et c’est précisément parce que l’identité est une construction sociale et de plus en plus un produit vendable qu’elle doit être traitée avec sérieux par les révolutionnaires, a analyser avec soin dans sa complexité, dans le but précis de se déplacer au-delà de ces catégories, au point que nos différences (y compris ceux que cette société pourrait définir en termes de race, de sexe, d’ethnie, etc…) sont le reflet de chacunE de nous comme individus singuliers.

Parce qu’il n’y a pas de projet commun positif à trouver dans notre condition de prolétaires – comme exploitéEs et dépossédéEs – notre projet doit être la lutte pour détruire notre condition prolétarienne, pour mettre un terme à notre dépossession. L’essence de ce que nous avons perdu n’est pas le contrôle des moyens de production ou de la richesse matérielle, ce sont nos vies elles-mêmes, notre capacité à créer notre existence en fonction de nos propres besoins et désirs. Ainsi, notre combat trouve son terrain partout, en tout temps. Notre but est de détruire tout ce qui maintient la séparation entre notre vie et nous : le capital, l’Etat, le complexe technologique industriel et post-industriel, le travail, le sacrifice, l’idéologie, toute organisation qui tente d’usurper notre lutte, bref, tous les systèmes de contrôle.

Dans le processus même qui consiste mener à bien cette lutte, de la seule façon que nous pouvons le réaliser, – c’est-à-dire en dehors et contre toute formalité et institutionnalisation – nous commençons à développer de nouveaux modes de relations basées sur l’auto-organisation, une communauté basée sur les différences uniques qui définissent chacunE de nous comme des individuEs dont la liberté se développe avec la liberté de l’autre. Et c’est là que commence la révolte contre notre condition prolétarienne, là où nous trouvons ce projet positif commun qui est différent pour chacunE de nous : la lutte collective pour la réalisation individuelle.

Wolfi Landstreicher, in « the network of domination »

Source : The Anarchist Library

lion

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[Paris – Bagnolet/Montreuil] Récit collectif de la manif anti-expulsions

Rue du Capitaine Dreyfus, Montreuil (25 avril 2013)

Montreuil-Bagnolet (93):

Récit collectif de la déambulation du 27 avril contre les expulsions et la restructuration urbaine

Source : Squat.net

Affiches, Bagnolet (27 avril 2013)

Depuis quelques semaines, rendez-vous était donné à Croix de Chavaux (Montreuil, 93) pour un rassemblement-déambulation contre les expulsions locatives, de squats, de terrains, et les restructurations urbaines en cours sur le territoire Montreuil/Bagnolet.

Dans un contexte d’aseptisation de ces quartiers, avec une chasse aux pauvres toujours plus intense et visible, cette initiative prise lors des assemblées hebdomadaires du Transfo permettait d’adresser un message clair : nous ne nous laisserons pas faire.

En préparation de la manifestation, une affiche et un tract ont été réalisé-e-s.
Le tract, tiré à quelques milliers d’exemplaires puis distribué notamment sur les marchés de Croix de Chavaux et de Bagnolet, au métro Gallieni ou lors de concerts au Transfo, abordait la question des restructurations urbaines en cours à Montreuil et à Bagnolet, et appelait à se rassembler ce samedi pour tou-te-s celles et ceux qui se sentaient concerné-e-s par ces questions.

L’affiche, qui reprenait quelques éléments du tract, a été collée sur Montreuil, Bagnolet et une partie de l’est parisien pour appeler publiquement au rassemblement.

Des tags appelant à la manif ont été faits sur Montreuil et Bagnolet les quelques jours avant le 27 avril, et une grande banderole a été accrochée, deux jours avant la manifestation à l’entrée de la rue piétonne de Croix de Chavaux, à l’endroit exact où la manif devait démarrer ce samedi.

Ce samedi 27 avril donc, à 14h, l’absence de soleil ne nous a pas empêché-e-s de nous retrouver pour crier notre rage. A l’entrée de la rue du Capitaine Dreyfus, au métro de la Croix de Chavaux, c’est environ 250-300 personnes qui se retrouvent, prêtes à déambuler gaiement, au son de quelques chansons détournées contre les huissiers, les flics et les expulsions. Des prises de parole ont lieu sur la place, avec notamment la lecture du tract appelant à la manifestation.

Pas de keufs à l’horizon, exceptés un flic en civil et une voiture de la police nationale qui vient se garer à proximité du rassemblement pour observer ce qui se passe. Après quelques chants et prises de parole, le cortège s’élance donc sur la route – accompagné d’une caravane-sono et d’une batucada – en prenant la rue de Paris pour faire le tour de la place, derrière une grande banderole “Face aux expulsions, luttons contre la restructuration urbaine“, suivi-e-s de près par le véhicule de police.
On s’engage ensuite dans la rue Girard, au son de slogans tels que “Grève, grève, grève des loyers, et crève, crève, les flics et les huissiers !” ou “Les maisons sont vides, occupation ! Et les loyers sont trops chers, occupation !“. Une prise de parole a lieu rue Girard, à propos de la future expulsion du squat de “Michto”, pendant que nous repeignons la rue de divers pochoirs et tags (“La maison est à ceux qui l’habitent“, “À bas la propriété privée !“) dans la joie et la bonne humeur.

Après la rue Girard, nous bifurquons sur la droite pour remonter sur la rue Edouard Vaillant, le long du marché. Le cortège remonté à droite de la place du marché s’arrête à l’angle du boulevard Chanzy, sous les yeux des nombreuses personnes présentes sous la Halle pour une brocante. Là, des ex-habitants de l’ancien squat de “La Clinique” (janvier-juillet 2009) prennent la parole pour rappeler ce qu’a été ce lieu pendant ses sept mois d’existence. Depuis, le bâtiment a été rasé, et le terrain vague qui l’a remplacé est toujours désert en attendant la soi-disant construction d’un centre commercial et de logements dits “sociaux”. La devanture du chantier et d’un bâtiment à côté sont égayées des couleurs chatoyantes de notre colère: “Grève des loyers, occupation !“, “Guerre à la propriété“, “Nous voulons tout, nous brûlerons le reste” ou encore “Les urbanistes au feu, les huissiers au milieu“. Sur un mur du terrain vague, on peut lire une énorme tag depuis début janvier, en solidarité avec la lutte à Notre-Dame-des-Landes: “2012: l’Ayraultport s’écrase – 2013: la révolte s’embrase“.

Le cortège se remet ensuite tranquillement en route sur la rue de Paris, désormais devancé de loin par une voiture de police qui gère la circulation à une centaine de mètres devant nous, et toujours suivi de près par une seconde voiture. Les slogans sont toujours aussi joyeux: “A Robespierre, les loyers sont trop chers ; à Croix de Chavaux les loyers sont trop hauts“, “Un loyer pas cher, c’est toujours trop cher !“, “Squatteurs, locataires, solidarité face aux propriétaires“. Les murs de cette triste rue continuent d’être maculés par des pochoirs, graffitis et collages d’affiches. “Grève des loyers, crève les huissiers“, “Face aux galères, j’occupe ta résidence secondaire“, “Rangez vos miettes, on veut le tiroir-caisse“, “À bas la propriété“, “Si t’as pas de niche, prends ton pied de biche“, “Expulsion = baston“, “À bas l’État, les flics et les huissiers“, “Occupons tout” ou encore “Tant que vous aménagerez, nous vous saccagerons“.

Le tract appelant à la manif est toujours distribué aux passant-e-s, qui pour la plupart se sentent directement touché-e-s par l’augmentation des loyers, les expulsions locatives ou la gentrification du quartier.

Une nouvelle intervention a lieu au niveau de la Halle Marcel Dufriche, où des Rroms sont régulièrement harcelés par les flics depuis plusieurs mois et où a eu lieu il y a quelques jours un incendie qui a ravagé une partie de leurs habitations.
On tourne ensuite ensuite sur la gauche pour prendre la rue Barbès, où trois flics en civils se promènent nonchalamment sur la gauche de notre cortège. Tout en filmant discrètement la manifestation (un flic a son portable accroché à la poche-poitrine de sa veste), ils s’arrêtent sur le côté et regardent la manif passer. Les cris de “Police, dégage !” et “Flics, porcs, assassins !” ne semblent pas les inquiéter plus que ça, bien qu’ils se glissent des bouchons de liège dans les oreilles pour ne plus subir nos outrages verbaux.
Non loin de la place de la République, une nouvelle prise de parole rappelle que pendant l’été 2011, la place a été occupée quelques temps par les squatteur-euse-s expulsé-e-s de la rue des Sorins.

Le cortège bifurque ensuite sur la droite, au niveau de la rue Bara, où se trouve le foyer de travailleurs migrants Bara, là où les gestionnaires de misère tentent de faire de la place, n’accueillant plus personne depuis plusieurs mois, et laissant environ 80 Maliens à la rue. Un des habitants prend la parole pour expliquer la situation actuelle du lieu.
Certain-e-s d’entre eux-elles se joignent à la manifestation, alors que les flics en civil continuent à nous coller. La foule s’énerve, commence à encercler les flics qui se prennent quelques petits projectiles sur la tronche (au passage, on rappellera que lorsqu’on jette des projectiles sur les flics, il est primordial de s’assurer qu’il ne tombera pas sur des manifestant-e-s ou des passant-e-s !). Ils sortent alors leurs matraques téléscopiques, lancent une première grenade de désencerclement en plein milieu de la foule et dégainent un flashball qu’ils braquent à hauteur de visage sur les compagnons proches d’eux. Plusieurs personnes sont légèrement blessées aux jambes par cette grenade de désencerclement, qui sera suivie par au moins une autre, tandis que des tirs de flashball sont assénés à bout portant, dont au moins un à hauteur de poitrine/visage ! Les flics ont également sorti une gazeuse familiale et ont aspergé trois ou quatre personnes en pleine face. En quelques secondes, ils auront fait usage de tout leur attirail répressif. Certain-e-s manifestant-e-s chargent alors les flics avec des chaises provenant d’un bar de la rue et divers autres projectiles, les poussant à dégager définitivement. On peut se demander pourquoi ces trois flics en civil ne sont pas partis avant, car ils n’ont pas seulement mis en danger passant-e-s et manifestant-e-s, mais aussi eux-mêmes, en nous agressant et provoquant ainsi la colère de la rue.
Quelques minutes plus tard, les flics arriveront en force (commissaire, gendarmes mobiles et compagnie) sur la place de la République, non loin du foyer Bara, histoire de mettre la pression dans le quartier, mais ils ne s’approcheront plus de la manifestation. Aucune arrestation à signaler ce jour-là.

La manif s’arrête alors au croisement rue de Paris / rue Robespierre, le temps de s’assurer que tout le monde va bien. Du sérum physiologique est apporté aux personnes touchées par les gaz lacrymogènes, et la parole est prise à nouveau depuis la sono pour expliquer aux passant-e-s ce qui vient de se passer.
Ensuite, la manif continue le long de la rue Arsène Chéreau, jusqu’à la Place de la fraternité, limite entre Montreuil et Bagnolet. C’est l’occasion de prendre une petite pause, et d’une intervention au micro par des membres du collectif “Prenons la ville” sur les transformations du quartier et la récente expulsion d’un squat de Rroms sur la place. Nous discutons aussi avec le propriétaire du bar “Le bouliste”, sous le coup d’une fermeture prochaine de son établissement, nécessaire étape dans la restructuration du quartier en ghetto pour bourgeois-es.
Quelques pochoirs et tags viennent toujours égayer la zone.

Place de la Fraternité, Montreuil, 27 avril 2013

Montreuil, 27 avril 2013

Nous nous dirigeons ensuite sur la rue Etienne Marcel, libres de toute présence policière. Le cortège se fait plus calme et les slogans plus rares. Il faut dire aussi que le coin est peu fréquenté, plus résidentiel.
On tourne ensuite au niveau de la rue Edouard Vaillant pour reprendre sur la rue Victor Hugo, histoire de passer un “big up” au Rémouleur.

Puis la manifestation prend la rue Robespierre, lance des slogans contre Vinci (multinationale connue entre autres pour ses chantiers de construction-destruction à Notre-Dame-des-Landes et à Khimki en banlieue de Moscou) puisque sa filiale “Jean Lefebvre” se trouve dans cette rue.

Bagnolet, 27 avril 2013

Le cortège fait ensuite une halte devant la rue de l’Avenir où un terrain squatté par des Rroms, sans eau courante, est la cible régulière de pressions policières (les flics ont notamment distribué des OQTF – obligations de quitter le territoire français – qui ont par la suite été annulées par le tribunal).

Affiche du Transfo (Bagnolet, 27 avril 2013)

Enfin, la manif emprunte l’avenue de la République en direction du Transfo, où une dernière intervention a lieu, affirmant la volonté de résister face à une éventuelle expulsion.

Arrivée au Transfo de la tête de la manif (Avenue de la République, Bagnolet, 27 avril 2013)Nous rentrons ensuite à l’intérieur, où une assemblée ouverte se tiendra, réunissant près d’une centaine de personnes. C’est l’occasion de discuter plus en détail des moyens de résister aux expulsions de squats et de tout autre type de logement, de faire le tour de nos idées pour s’organiser avec les personnes concernées par des expulsions dans les quartiers alentours et de partager quelques propositions sur les aspects pratiques que pourrait prendre la résistance à l’expulsion du Transfo.

À suivre, que tout cela nous serve de moment de consolidation de résistances au monde du fric, des flics et de la propriété privée !

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« Boycottons l’O.A.R.S » […et quelques notes critiques]

[Après maintes réflexions, nous avons décidé de publier ce texte. Il revient sur les évènements qui ont conduit en prison quelques anarchistes de La Paz (Bolivie) accuséEs pour des faits de « terrorisme » et/ou reliés à la Fédération Anarchiste Informelle (F.A.I) – bien que ces mêmes compagnonEs ou camarades ne s’en soient pas revendiqués- et d’une série plus ou moins obscures de mouchardages et de comportements de balances de la part de certainEs prétenduEs anarchistes parmi les inculpéEs. Nous le publions aussi parce que les mouchards revendiqués et fiers de leur connerie sont membres de cette organisation de pacotille (O.A.R.S) qui a aussi repris pour elle ces beaux principes consistant à balancer des gens au flics et donc à la prison.

Ainsi, comme le racontait déjà le texte « A propos de quelques balances » sur le site de non-fides.fr, certainEs ont donc fait le choix délibéré de revendiquer le fait de balancer d’autres anarchistes – sous prétexte de « différents politiques » notamment ou de l’insinuation odieuse consistant à prétendre que celles ou ceux qu’on balance ne sont pas de « vraiEs anarchistes ».

A cette situation déjà tortueuse, (selon nos sources) se sont aussi mêlées des rumeurs plus ou moins fondées sur les différents prisonniers et accusés provenant de différents individus et milieux qui s’accusaient les unEs les autres d’être des mouchards ou d’autres choses encore. Récemment, Henry Zegarrundo, l’un des principaux inculpés emprisonnés a été relâché avec une assignation à résidence après presque un an de prison. Il avait quant à lui, depuis le début, revendiqué le fait de garder le silence face aux flics et à la justice. D’autres, comme Krudo (qui est toujours en prison), ont fait l’erreur de craquer et d’accepter de parler avec les flics (et de produire une déposition lors d’un interrogatoire qu’il a signé sur les conseils de son avocat – cqfd), tout en affirmant ne pas avoir déclaré de choses risquées pour les autres – rien ne les impliquant dans des actions illégales et qui ne soit pas déjà connues publiquement. Mais sa déposition a évidemment servit aux flics dans leur enquête (comme tout ce qu’on dit lors d’une garde à vue peut et sera toujours utilisé contre nous, qu’importe le pays ou presque). Néanmoins, Krudo a depuis clairement exprimé dans ses lettres et parloirs son regret d’avoir commis ce qu’il considère aujourd’hui être une grosse erreur : c’est à dire d’avoir accepté de parler aux flics, quoi qu’il en soit, et a fait preuve d’auto-critique.

Aussi (toujours selon nos sources) il tente aujourd’hui de faire nullifier sa déclaration, pour qu’elle ne puisse notamment pas être utilisée devant un tribunal. Par principe, mais aussi parce qu’elle aurait été « gratinée » -falsifiée- par les flics. D’autre part, il faut savoir que Krudo est vraisemblablement aussi emprisonné du fait d’avoir été balancé, et qu’il a exprimé plusieurs fois son dédain (dans ses lettres depuis sa cellule de prison) pour ce qu’il nomme les « repentis et réinsérés transformés en collabos » (courrier du 13 Février 2013, notamment).

Nous comprenons bien qu’on puisse penser que certaines erreurs (même avec un retour auto-critique) – de par ce qu’elles impliquent – ne sont pas nécessairement pardonnables, ou que malgré tout on puisse ne pas vouloir exprimer de solidarité, et nous respectons cette position. Ceci étant dit, il nous semble important de faire une différence de principe, même critique et prudente, entre d’une part des camarades ou compagnons qui sans s’être comportés délibérément comme des mouchards ont fait l’erreur de croire pouvoir négocier avec un interrogatoire de police, et reconnaissent plus tard les choses pour ce qu’elles sont (c’est à dire avoir commis une grave erreur qui met en danger les autres) en tentant de s’accorder à cette remise en question et de l’assumer… et d’autres part de balances certifiéEs, voir revendiquéEs comme c’est le cas des membres de l’O.A.R.S et notamment de Nina. Parce que cette dernière a été la première à publiquement revendiquer le fait de balancer des gens à la police en parlant de « dogme » dont elle se serait « libérée » concernant le principe essentiel qui consiste à refuser de pratiquer la délation et la dénonciation, particulièrement entre compagnonEs ou camarades). Soyons clairs : quoi qu’il en soit, parler (même sans l’intention de balancer) aux flics ne nous sert jamais à rien, sinon dans le meilleur des cas à se mettre soi-même en danger et les autres en général. Surtout, c’est croire pouvoir se blanchir sans « faire de mal à personne » alors que la raison même de l’existence des flics et des juges est de défaire des complicités et briser des liens, mettre en oeuvre « les moyens de vous faire parler », et ainsi de produire des dossiers ou des jugements dont le but est de déboucher sur des condamnations, et donc de la taule.

Cependant, en relayant ce texte -également publié en anglais sur des sites aussi variés que libcom.org ou 325nostate.net – nous voulons donc exprimer une solidarité critique envers Krudo, et plus inconditionnelle vis à vis de touTEs les autres anarchistes et autres compagnonEs de route emprisonnéEs qui ont su gardé un silence complice d’une part, et notre haine la plus froide pour les membres de l’O.A.R.S et les crevures qui justifient ou revendiquent le fait de balancer.

Une pensée amicale aussi pour les anarchistes américainEs contre le tribunal du « Grand Jury » réveilléEs et arrêtéEs chez eux et chez elles par des agents du F.B.I, poursuiviEs pour des actions directes réalisées lors des manifestations du 1er Mai 2012 à Seattle, et qui ont fait de leur silence face aux flics et à la justice un symbole…].

Boycottons l’O.A.R.S

Ceci est un appel à destination des anarchistes à travers le monde, demandant aux camarades et compagnon-E-s de rompre toutes les relations amicales avec l’O.A.R.S, « l’Organisation Anarchiste pour la Révolution Sociale » (La Paz, Bolivie).

Le raisonnement est simple : ce sont des mouchards, et ils justifient ouvertement la délation comme faisant partie de leur « révolution sociale ». Après avoir été arrêtés le 29 mai 2012, quatre membres de l’O.A.R.S ont bavés sur d’autres anarchistes. Neuf mois plus tard, deux de ces anarchistes qu’ils ont balancés sont toujours détenus en prison et un autre est en résidence surveillée (ce troisième prisonnier, après avoir vendu la mèche, a été récompensé par une assignation à résidence). Ils sont confrontés à de graves accusations de terrorisme et de tentative d’assassinat. Aucun élément de preuve n’implique l’un des trois, sinon le témoignage des membres de l’O.A.R.S (et plus tard, le témoignage du troisième détenu qui balancé un mois après que les membres de l’O.A.R.S aient affirmés qu’elle était une terroriste).

Après avoir gagnés leur libération en dénonçant d’autres compagnonEs, les membres de l’O.A.R.S justifient leur acte de délation, et l’organisation dans son ensemble a publié une déclaration reprenant la rhétorique « anti-terroriste » utilisée par le gouvernement et se démarquant de toutes les pratiques illégales. Leurs déclarations ont également été publiés par les sites Anarkismo.net, praxislibertaria.wordpress.com et http://anarquiacochabamba.blogspot.com/

Ils continuent à organiser des manifestations à La Paz, à se présenter comme des anarchistes, à recruter de nouveaux membres, et ils tentent de monopoliser le mouvement anarchiste à La Paz, tout en justifiant leur délation, propagation de rumeurs sur les autres détenuEs, dénonçant le sabotage et autres actions illégales, et dénonçant les autres courants de l’anarchisme. D’autre part, ils soutiennent et reprennent à leur compte les termes du pouvoir tels que «l’innocence», le «terrorisme», la «démocratie» et de la «justice».

Il existe aussi une possibilité qu’unE membre de l’O.A.R.S soit à l’origine de la délation, et dans ce cas, ait donné les noms de toutes les personnes qui ont été arrêtées. Ce qu’on sait pour le moment, c’est que, avant les arrestations qui ont été effectuées, les membres de l’O.A.R.S dénonçaient déjà les actes de sabotage qui se déroulaient dans la ville, et sont aller à la police de manière préventive pour montrer pattes blanches et ainsi indiquer les potentiels coupables.

Il ne s’agit pas d’une différence idéologique ou d’une critique de l’action directe, de l’utilisation de bombes ou d’incendies criminels. Les anarchistes qui sont opposés à ces tactiques peuvent faire leurs critiques d’un certain nombre de façons. Il s’agit de la collaboration avec l’État, en aidant la police à enfermer des gens en prison, puis de justifier ces actions politiquement.

Dans leurs déclarations à la police, il est clair que les membres de l’O.A.R.S ne savaient, en fait, rien au sujet des attentats à la bombe, et ont donné les noms de leurs ennemis personnels. Lorsqu’on leur a demandé, par exemple, la façon dont ils ou elles savaient qu’un anarchiste (qu’ils ou elles détestent personnellement) était un membre d’un groupe qui a réalisé des actions de sabotage, ils/elles ont dit que c’était parce qu’il traînait avec ceux qui s’habillent en noir et portaient la barbe et des moustaches. Ou encore en identifiant un anarchiste (une autre personne à La Paz qu’ils n’aimaient pas pour des raisons politiques et/ou personnelles) comme la femme filmée dans la vidéo de surveillance sur l’une des actions, alors même qu’elle n’avait absolument rien à voir avec la personne sur la photo.

Non seulement ce sont des mouchards, des mouchards à la petite semaine, mais en plus ils/elles sont un danger pour touTEs ceux et celles qui pourraient les croiser.

Mais les membres de l’O.A.R.S sont aussi racistes. L’enquête policière a porté essentiellement sur les recherches sur les étrangers, les chiliens en particulier, et dans leurs déclarations, les membres de l’O.A.R.S ont fait beaucoup de commentaires xénophobes, niant toutes relations personnelles avec des immigréEs et déclarant que ceux et celles qu’ils ont balancé traînaient avec des immigréEs et « avaient même commencé à parler comme eux ».

L’O.A.R.S se trouve être une organisation plateformiste. Nous demandons à touTEs les autres anarchistes qui dans d’autres circonstances sont en contact avec eux/elles de couper les ponts et toutes relations amicales avec eux/elles, et s’ils le souhaitent, de leur communiquer cette décision directement à cette adresse http://oarsbolivia.blogspot.com/. Ces gens doivent comprendre qu’en pratiquant la délation sur d’autres camarades ou compagnonEs, on s’isole irrévocablement soi-même.

Quelques notes : dans l’une de leurs déclarations, ne sont citées que trois personnes arrêtées comme appartenant à l’O.A.R.S : Renato, Jefferson et Victor. Le quatrième mouchard, Daniel, a participé à l’O.A.R.S et continue d’avoir des contacts avec le groupe, mais il est un membre du C.J.A.C, Collectif de la jeunesse anarcho-communiste.

En outre, dans leur déclaration en ligne lien ci-dessus, sont réprimés et dénoncés le sabotage (le « terrorisme et la violence », se réfèrent à une série d’incendies criminels, de collage de serrures, de fumigènes, et de petits explosifs n’ont nuit à personne physiquement) mais on n’y parle pas directement de délation. Cependant, dans des réunions ouvertes à La Paz, cette attitude de collaboration avec la police pour aider à l’arrestation de « terroristes » a été revendiquée, et en référence à Krudo, l’un des détenus, il a été dit qu’ils ne se souciaient pas de savoir si leur délation implique qu’un « putain de hippie » croupisse en prison.

Des informations détaillées sur leur délation sont disponibles (en espagnol) à l’adresse : http://chileboliviawalmapu.wordpress.com/2013/03/21/the-may-29-case-in-la-paz/

source : https://chileboliviawalmapu.wordpress.com

reçu par mail pour publication. Traduction : Le Cri Du Dodo

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[A lire aussi sur le sujet]

Bolivie : Henry Zegarrundo assigné à résidence

Source : La Base De Données Anarchistes (non-fides.fr)

Après presque un an passé en prison et d’innombrables audiences suspendues et une lors de laquelle la mesure préventive lui a été refusée, notre compagnon Henry a obtenu l’assignation à résidence aujourd’hui 2 mai 2013.

Avec la dignité comme alliée, amie et compagnonne, et sans jamais se plier face au pouvoir, malgré une atmosphère chargée de collaboration avec la police, notre compagnon sort dignement pour être avec les sien-ne-s en attendant la suite de l’affaire.

Tout notre soutien à Henry, notre orgueil de l’avoir pour compagnon, et notre force pour qu’il y ait toujours plus de gens qui réussissent à sortir des cages du pouvoir.

Pour la libération totale ! Destruction des prisons !!

Solidaridad Negra

[Traduit de l’espagnol par nos soins de Solidaridad Negra.]

http://proxycloyd.com/browse.php?u=Oi8vd3d3Lm5vbi1maWRlcy5mci9sb2NhbC9jYWNoZS12aWduZXR0ZXMvTDI1MHhIMjI5L2FydG9uMjQ5OS05MzcxNC5qcGc%3D&b=31

A propos de la répression en Bolivie, voir d’autres articles ici et la brochure Chronique d’un chemin caillouteux.

 

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Mémoire d’un massacre : sur les origines anarchistes du 1er Mai

[tiré d’un article de l’année dernière sur le même sujet]

Haymarket Square : mémoire d’un massacre. 

« Le jour viendra où notre silence sera plus fort que les voix qui nous étranglent aujourd’hui »

 
August Spies,
anarchiste condamné à mort suite au évènement d’Haymarket Square

Le 1er mai 1886, les syndicats américains IWPA et AFL, ainsi que le journal anarchiste The Alarm lancent une grève pour la journée de 8 heures sans perte de salaire. Le jour même a lieu un rassemblement à l’usine McCormick à Chicago. La grève générale mobilise 340 000 travailleurs. August Spies est le dernier à prendre la parole devant la foule des manifestants. Des affrontements se produisent lorsque des grévistes, désirant chasser les jaunes (the scabs, en argot anglais) embauchés par McCormick pour briser la grève, sont accueillis par les détectives privés et la police armés de fusils à répétition. Deux ouvriers trouvent la mort et cinquante sont blessés. Le journal Arbeiter Zeitung publie alors un appel à un rassemblement de protestation contre la violence policière, qui se tiendra le 4 mai 1886 (voir l’appel ci-dessous).

Un appel dans le journal The Alarm encourageait aussi les travailleurs à venir armés par soucis d’autodéfense, pour empêcher des carnages comme il s’en était produit lors d’autres grèves, mais finalement, le rassemblement se veut pacifiste.

Le jour venu, quinze mille personnes environ sont au rendez-vous,
et l’immense majorité n’est pas armée ni hostile.

Du haut d’un char, Spies, Albert Parsons, Fielden prennent successivement la parole.

Tout se passe dans le calme. La foule commence se retirer quand des policiers font irruption sur la place et commencèrent à charger violemment les manifestants. Le commandant n’avait pas fini de prononcer la phrase réglementaire en pareil cas qu’une bombe tombe dans les rangs de la police, en couchant par terre une soixantaine. Deux sont tués sur le coup et six devaient mourir des suites de leurs blessures.

C’est le signal d’une panique totale et d’une bataille plus terrible que celle de la veille. Les policiers survivants, aidés par d’autres arrivés en renfort, ouvrent le feu nourri sur la foule encore présente.

Le massacre est épouvantable, mais il est impossible d’en établir le bilan. Une dépêche de l’agence de Chicago parle de plus de cinquante « d’émeutiers » blessés, dont plusieurs mortellement, et le chiffre sera plusieurs fois revu à la hausse.

le 20 août 1886,  Spies, Fielden, Neebe, Fischer, Schwab, Lingg, Engel et Albert Parsons, tous anarchistes, sont condamnés à la pendaison. Toutefois, une mesure de grâce intervient pour Schwab et Fielden, dont la peine est commuée en prison perpétuelle, et pour Neebe qui s’en tire avec quinze ans de prison. Entre-temps, l’affaire était revenue en appel le 18 mars 1887 et, par arrêt du 20 septembre, le jugement est confirmé. La Cour Suprême des Etats-Unis ne consent pas à casser le jugement pour vice de forme.

L’avant-veille de l’exécution, Louis Lingg, soupçonné d’être le chimiste de la bombe, en fumant un cigare de fulminate, se suicide dans sa cellule dans l’espoir de sauver ses camarades.  Un des jurés, hors du tribunal, avoue cyniquement l’objectif poursuivi sous le couvert du jugement rendu : « On les pendra quand même. Ce sont des hommes trop dévoués, trop intelligents, trop dangereux pour nos privilèges ».

Les condamnés sont pendus le 11 novembre 1887, avant midi, dans la cour de la prison, cependant qu’aux abords et dans les rues environnantes, des cordons de troupe contiennent la foule.

C’est en souvenir des morts de McCormick et d’Haymarket Square, et des 8 anarchistes condamnés à la pendaison que le 1er Mai est depuis rappelé internationalement comme une fête révolutionnaire,

là où on en a pas encore oublié les origines.

ci-dessous, pour mémoire, l’appel du journal Die Arbeiter Zeitung en date du 2 Mai 1886 :
« La guerre des classes a commencé.
Hier, on a fusillé les travailleurs, en face de l’usine Mc Cormick. 

Leur sang crie vengeance!
Qui pourrait douter que les tigres qui nous

 gouvernent sont avides du sang des travailleurs !
Mais les travailleurs ne sont pas des moutons.
A la Terreur-Blanche, ils répondront par la Terreur-Rouge.
Mieux vaut la mort que la misère !
Si l’on fusille les travailleurs, répondons de telle façon 

que nos maîtres s’en souviennent longtemps.
C’est la nécessité qui nous fait crier : Aux armes !
Hier les femmes, les enfants de pauvres pleuraient leurs maris et leurs pères fusillés.

 Tandis que, dans les palais, les riches remplissaient leurs verres de vins coûteux 

et buvaient à la santé des bandits de l’ordre…
Séchez vos pleurs, vous qui souffrez. Ayez du cœur, esclaves !
Insurgez-vous
! »

Plaque commémorative à Chicago, posée par le ministère de l’intérieur des Etats-unis.

Le graffiti au dessus et en dessous dit :

« D’abord ils prennent ta vie, plus ils exploitent ta mémoire ».  

 

Sources :

– Anarchopedia, les articles « 1er Mai » et « Emeute de Haymarket ».
– Increvables anarchistes, l’article « 1886, 1e-4 Mai, grèves, émeutes et attentats à Chicago ».

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[A propos de l’A.N.I] « Flexisécurité à la française… »

[Ce texte, paru le mois dernier dans « Interventions » (publication qui s’inscrit dans le cadre de la revue « Temps Critiques »), est une analyse critique de la réforme de « l’Accord National Interprofessionnel« , qui est en quelque sorte le début d’un programme d’austérité de gauche à la française sur le volet salarial et syndical, et qui touche aussi par répercussion ce que ce texte désigne comme les populations désaffiliées du salariat. Critique à la fois du capitalisme et de l’Etat, mais aussi de la posture syndicale et des partis de gauche qui tentent de « mobiliser » sur cette question pour « préparer le prochain mouvement social ».

Une posture, celle du « Tous ensemble », qui pose d’autant plus problème que ces organisations politiques et partis (en plus de leur aspect autoritaire et réformiste) flattent d’un coté leur base électorale, et de l’autre les syndicats en question -notamment la CGT– qui flattent essentiellement leur clientèle syndicale habituelle, qui est surtout composée en définitive d’une certaine catégorie de salariéEs seulement, le tout avec une rhétorique éminemment travailliste…]

Version PDF en brochure du texte

Flexisécurité à la française : l’improbable régulation du            rapport social capitaliste

Une attaque généralisée ?

Les différents types d’actions contre l’accord natio­nal inter­pro­fes­sion­nel (ANI) pour l’emploi du 11 jan­vier 2013 mon­trent bien com­ment les choses sont appréhendées par les différentes forces de gauche. Par les termes utilisés, elles appel­lent à la mobi­li­sa­tion de toutes les catégories de tra­vailleurs comme si le projet de loi les visait toutes de la même façon dans une atta­que uni­taire (patro­nat-État-syn­di­cats de col­la­bo­ra­tion de clas­ses) qui mérite­rait une réponse uni­taire de l’ensem­ble des salariés. C’est typi­que­ment la posi­tion tra­di­tion­nelle cégétiste derrière laquelle s’ali­gnent désor­mais les der­niers gau­chis­tes1 avec ce zeste de sin­gu­la­rité radi­cale que cons­ti­tue­rait l’appel abs­trait à la prise en main de nos pro­pres affai­res quand, concrètement, les posi­tions avancées s’ali­gnent sur celles des orga­ni­sa­tions ouvrières tra­di­tion­nel­les.

Cette posi­tion una­ni­miste fait comme si des fonc­tion­nai­res aux chômeurs, en pas­sant par les popu­la­tions mar­gi­na­lisées, désaf­filiées ou décrochées ou encore celles ayant des dif­fi­cultés à s’ins­crire dans le sala­riat, tout le monde avait le même statut, les mêmes garan­ties, etc., et donc les mêmes intérêts. C’est pour­tant loin d’être le cas aujourd’hui car le code du tra­vail et la loi qui sont défendus par cer­tains syn­di­cats comme la CGT et FO sont le pro­duit du rap­port de clas­ses qui exis­tait pen­dant la période de plein emploi des Trente Glorieuses. Le com­pro­mis social qui en est issu, le « mode de régula­tion for­diste » (échange d’une hausse de pro­duc­ti­vité du tra­vail contre une hausse des salai­res et un niveau élevé de pro­tec­tion sociale sur la base du sala­riat pour tous), concer­nait l’ensem­ble des tra­vailleurs, mais sur le modèle du salarié type bénéficiant d’un contrat de tra­vail à temps plein et garanti (en France, le CDI). Durant cette période, on pou­vait considérer que, malgré les différences, par exem­ple entre ouvriers pro­fes­sion­nels d’un côté (OHQ et OP) et ouvriers spécialisés (OS) des chaînes de mon­tage de l’autre, entre salariés du public et tra­vailleurs du privé, les condi­tions com­mu­nes pri­maient sur les différences et inégalités2.

Si l’orga­ni­sa­tion du tra­vail et de la pro­duc­tion ont changé et que ce qui recou­vrait toutes les différences de situa­tion aupa­ra­vant ne les recou­vre plus aujourd’hui, eh bien tant pis ! Syndicats néo-sta­li­niens et grou­pes gau­chis­tes n’en démor­dent pas : force doit rester à la loi3.

Une stratégie du sablier…

engreveOr, cette réforme, sans entrer ici dans les détails, est jus­te­ment une réforme qui n’a pas pour but de trai­ter tous les salariés de la même façon puisqu’elle veut ins­til­ler :

plus de sécurité là où il y a le plus de précarité ; par exem­ple, par la taxa­tion des CDD et la création de CDI dans l’intérim, l’obli­ga­tion faite aux patrons de finan­cer une mutuelle complémen­taire santé là où elle n’existe pas, ce qui est le cas pour plu­sieurs mil­lions de salariés, par exem­ple dans les très peti­tes entre­pri­ses (TPE), des droits rechar­gea­bles aux allo­ca­tions chômage qui visent à empêcher « la préférence » pour le chômage en per­met­tant le cumul des allo­ca­tions et du tra­vail à temps par­tiel, ainsi qu’un compte per­son­nel de for­ma­tion conti­nue dont seu­le­ment 10 % des chômeurs bénéficient actuel­le­ment4 ;

plus de flexi­bi­lité là où les situa­tions sont les mieux « garan­ties » (« accords sur le main­tien dans l’emploi » dans les gran­des entre­pri­ses qui faci­li­te­raient la mobi­lité interne à l’intérieur des grou­pes, une éven­tuelle baisse des salai­res et une hausse des horai­res de tra­vail si besoin5 est, et, si les signa­tai­res représen­tent au moins 50 % des salariés, une appli­ca­tion non systémati­que des critères conven­tion­nels d’ordre de licen­cie­ment qui res­pec­taient générale­ment ancien­neté dans le tra­vail, âge, charge de famille et qui devront pren­dre en compte bien plus qu’aupa­ravant les fameu­ses « compétences » chères à toutes les DRH6).

Mais même pour les salariés des gran­des entre­pri­ses, des « com­pen­sa­tions » sont envi­sagées comme la par­ti­ci­pa­tion de représen­tants des salariés au sein des conseils d’admi­nis­tra­tion — un début de coges­tion à l’alle­mande ? — ou l’enca­dre­ment par l’État d’éven­tuels futurs plans sociaux. Si on fait le bilan du projet, on ne peut pas dire que c’est une reprise pure et simple de celui de Sarkozy sur la compétiti­vité et l’em­ploi. Il y a bien une « avancée » avec des mesu­res que la CFDT deman­dait depuis long­temps, mais, en même temps, un recul avec une offen­sive maxi­ma­liste du MEDEF qui se doute que le projet ini­tial sera amendé en sa défaveur au Parlement.

En fait, le projet actuel n’a pas encore un but général. Il n’est qu’une ten­ta­tive pour les pou­voirs en place de jeter une première pierre dans l’édifi­ca­tion d’un nou­veau com­pro­mis social entre le capi­tal et le tra­vail succédant au mode de régula­tion précédent, mais dans un rap­port de force modifié par la perte de cen­tra­lité de la force de tra­vail dans le procès de valo­ri­sa­tion. Un com­pro­mis vers lequel les pays scan­di­na­ves, les Pays-Bas et l’Allemagne avan­cent à plus vive allure (flexisécurité) que la France, l’Italie, l’Espagne ou le Royaume-Uni, parce que la conflic­tua­lité ouvrière et l’anta­go­nisme de clas­ses y ont été englobés dans un rap­port social déjà plus capi­ta­lisé et depuis plus long­temps.

Il ne faut certes pas se leur­rer sur cette « démocra­tie sociale » à la française, mais elle fait consen­sus sur le fond7 et aucun des syn­di­cats « représen­ta­tifs » n’a fait mine de boy­cot­ter les ren­contres prépara­toi­res.

Dans ces condi­tions, ceux qui ne signent pas ne sont pas « mieux » que ceux qui signent. Ils défen­dent un autre com­pro­mis repo­sant sur d’autres prin­ci­pes (les conven­tions de bran­che ou inter­pro­fes­sion­nel­les plutôt que les accords d’entre­prise, la loi plutôt que les contrats, etc.)… ou, plus prosaïque­ment encore, ils défen­dent en prio­rité un cer­tain type de tra­vailleurs ou leurs adhérents. La CGT et FO privilégient leur clientèle tra­di­tion­nelle, celle qui est la mieux garan­tie et, d’ailleurs, la plus syn­diquée. Comme d’habi­tude, les direc­tions syn­di­ca­les jouent double jeu. Pendant qu’elles para­dent face aux médias avec de gran­des décla­ra­tions outragées, en cou­lisse, sur le ter­rain, il se passe d’autres choses8. Ces grands prin­ci­pes sont d’ailleurs vite aban­donnés quand se fait jour une oppor­tu­nité d’aménage­ment plus cor­po­ra­tiste, propre à l’entre­prise. C’est bien ce qui s’est passé chez Continental Clairvoix où l’ensem­ble des syn­di­cats a accepté dès 2007, donc bien avant le projet de loi actuel, des accords d’entre­prise sur la compétiti­vité et l’emploi parce qu’il s’agis­sait là, pour les tra­vailleurs, de sauver des emplois concrets : les leurs. À ce moment précis, ils n’en avaient rien à faire de la loi pour tous et du fait que, d’une cer­taine façon, ils tra­his­saient « la classe ouvrière » toute entière en accep­tant l’accord. Ce n’est qu’après le « men­songe » patro­nal et la fer­me­ture de l’usine qu’ils sont deve­nus plus com­ba­tifs. Et pas pour défendre des grands prin­ci­pes, mais pour faire « cra­cher » le plus pos­si­ble le « patron » en leur faveur.

La situa­tion est donc très différente de celle des années 1960-1970 où le contexte était encore celui d’une cen­tra­lité du tra­vail et d’une prédomi­nance de la pro­duc­tion matérielle sur des marchés générale­ment en expan­sion, y com­pris dans des frontières demeu­rant natio­na­les. Le don­nant-don­nant du for­disme (hausse de la pro­duc­ti­vité contre hausse des salai­res) pou­vait donc fonc­tion­ner dans une sorte de « gagnant gagnant », pour parler néo-moderne, et ce n’est pas un hasard si, pen­dant cette période, les thèses keynésien­nes sur la crois­sance par la hausse cons­tante de la demande étaient domi­nan­tes. Le salaire pou­vait être considéré davan­tage comme un revenu que comme un coût parce qu’une stratégie macro-écono­mi­que de crois­sance l’empor­tait sur les pra­ti­ques entre­pre­neu­ria­les par­ti­culières de profit et de puis­sance.

… correspondant à une marge étroite

goodyearAujourd’hui, la cen­tra­lité du tra­vail dans le procès de valo­ri­sa­tion est remise en cause par la sub­sti­tu­tion capi­tal/tra­vail qui réduit la part de tra­vail vivant dans le procès de pro­duc­tion et la pro­duc­tion matérielle ne se fait plus sur des marchés en expan­sion, mais sur des marchés saturés ou rendus extrêmement concur­ren­tiels par la mon­dia­li­sa­tion.

Par ailleurs, bien que la pro­duc­tion matérielle, dans des sec­teurs comme l’énergie, la sidérurgie, la chimie de base et même l’indus­trie des puces élec­tro­ni­ques soit plus que jamais néces­saire et se réalise au sein de sites d’impor­tance, par­fois gigan­tes­ques9, la pro­duc­tion se fait de plus en plus immatérielle10 et vir­tuelle au sein d’unités de pro­duc­tion de biens et de ser­vi­ces plus peti­tes et plus dis­persées. Ces nou­vel­les condi­tions débou­chent sur des situa­tions et des sta­tuts très contrastés dans les­quels même la fonc­tion publi­que n’est pas épargnée, avec la mul­ti­pli­ca­tion des CDD dans la recher­che médicale par exem­ple. Des contrats com­mer­ciaux qui échap­pent au droit du tra­vail clas­si­que se mul­ti­plient, le dévelop­pe­ment du tra­vail inter­mit­tent et du tra­vail indépen­dant ou free lance se fait aux marges du sala­riat. De même, la générali­sa­tion des conven­tions de stage à la place de contrats de tra­vail pour les étudiants très qua­lifiés en recher­che d’emploi est une pra­ti­que de plus en plus cou­rante dans le sec­teur high-tech et il échappe à un point tel au code du tra­vail que Fioraso, la minis­tre de l’Enseignement supérieur, est en train de préparer un projet visant à contour­ner ce code pour accor­der des droits non prévus pour cette catégorie de per­son­nel (les « invi­si­bles » comme ils s’appel­lent eux-mêmes lors de leurs actions), tels un droit à des congés payés et un droit à la pro­tec­tion sociale. Le MEDEF s’y oppose évidem­ment en criant à la dénatu­ra­tion de la spécifi­cité des conven­tions de stage au profit de contrats de tra­vail déguisés. Cet exem­ple montre bien la réver­si­bi­lité des argu­ments de la part des pro­ta­go­nis­tes habi­lités à négocier. Syndicat patro­nal comme syn­di­cats de salariés peu­vent uti­li­ser le même type d’argu­ments (le res­pect du code du tra­vail ici, mais ses insuf­fi­san­ces ailleurs) pour avan­cer chacun leurs pions.

Le but pre­mier pour les forces qui agis­sent au niveau du capi­ta­lisme du sommet est aujourd’hui la capi­ta­li­sa­tion financière plutôt que l’accu­mula­tion des forces pro­duc­ti­ves, dans le cadre d’une « repro­duc­tion rétrécie » plus qu’élargie du capi­tal. Conséquence : le don­nant-don­nant apparaît beau­coup plus dif­fi­cile à réaliser. Comme disent les syn­di­cats, « il y a moins de grain à moudre » et la part des salai­res dans la valeur ajoutée baisse. Mais cette baisse ne s’expli­que pas seu­le­ment par un rap­port de force défavo­ra­ble — si c’était le cas, ce ne serait pas inéluc­ta­ble —, mais par une ines­sen­tia­li­sa­tion de la force de tra­vail dans le procès de valo­ri­sa­tion. Ce der­nier se fait plus diffus et par­cours toute la chaîne de valeur de l’amont jusqu’à l’aval et la pro­duc­tion telle qu’elle était tra­di­tion­nel­le­ment conçue stricto sensu n’est plus qu’une de ses com­po­san­tes parmi d’autres. Le chaînon ouvrier n’en cons­ti­tue donc plus qu’une com­po­sante parmi d’autres… et pas la plus impor­tante.

De ce froid cons­tat resur­git natu­rel­le­ment l’idée néo-clas­si­que selon laquelle les salai­res ne sont que des coûts dont cer­tains seraient même supérieurs à la pro­duc­ti­vité générée, ce à quoi il faut remédier même si leur part représente une pro­por­tion tou­jours plus faible du coût total. Ils ser­vent de varia­ble d’ajus­te­ment parce qu’ils sont aujourd’hui les seuls coûts à ne pas être fixés à un niveau mon­dial avec, bien sûr, les coûts struc­tu­rels liés aux diver­ses impo­si­tions prélevées par les États sou­ve­rains.

Il y a nécessité pour le capi­tal et ses différentes frac­tions de trou­ver un nou­veau com­pro­mis sur des bases peu éviden­tes, mais qui donne au moins l’impres­sion qu’il n’y a pas de per­dant, seu­le­ment des conces­sions récipro­ques. D’où l’impor­tance de la par­ti­ci­pa­tion des représen­tants du capi­tal varia­ble (les syn­di­cats de salariés) aux actuel­les négocia­tions et ce, sous les aus­pi­ces d’une « démocra­tie sociale » qui sera ensuite confortée par des dis­cus­sions au Parlement sur les­quel­les les par­te­nai­res sociaux pour­ront peser et, par­ti­culièrement, les syn­di­cats de salariés auprès des députés de gauche de la majo­rité. Mais la marge est extrêmement étroite si on se réfère à notre exem­ple de la note 8, quand un accord comme celui conclu chez Continental ne représente même plus une garan­tie, quand les pro­mes­ses de Mittal ne sont que des paro­les et quand le patron américain de Titan refuse toute solu­tion pour les salariés accusés de ne pas vou­loir tra­vailler plus de trois heures par jour, alors qu’il n’y a pas matière à le faire, vu la situa­tion de l’entre­prise.

Tous ensemble ?

Dans ce contexte pro­fondément modifié, la CFDT assume sa différence de syn­di­cat « res­pon­sa­ble » en tenant compte des trans­for­ma­tions de la « com­po­si­tion de classe ». Si cette cen­trale syn­di­cale prend une telle posi­tion, ce n’est pas seu­le­ment parce qu’elle est plus clair­voyante sur le rôle actuel et futur du syn­di­ca­lisme dans la société capi­ta­lisée, mais c’est aussi parce qu’elle est beau­coup moins implantée dans les bas­tions tra­di­tion­nels de l’indus­trie et de la fonc­tion publi­que, et plutôt mieux implantée dans les nou­veaux sec­teurs du ter­tiaire et dans les PME dans les­quels les problèmes sont sen­si­ble­ment différents. Elle est aussi la seule à reconnaître — et depuis long­temps11 — une crise du tra­vail12. Une crise qui ne pose pas seu­le­ment la ques­tion de la sécurité de l’emploi en général, mais plutôt la ques­tion précise de l’aug­men­ta­tion du nombre de tra­vailleurs précaires et aussi celle des en-dehors du sala­riat orga­nisé (tra­vailleurs clan­des­tins de l’écono­mie infor­melle) ainsi que celle des décrochés ou autres « désaf­filiés » (cf. R. Castel) des quar­tiers défavo­risés. Des ques­tions que posaient aussi à sa manière Agir contre le chômage (AC) et divers grou­pes de chômeurs à la fin des années 1990, et que conti­nuent à poser quel­ques comités de tra­vailleurs précaires ici et là. Des ques­tions qui ne sont pas toutes liées à la situa­tion de tra­vail, mais au fait que les droits sociaux sont encore soumis aux condi­tions définies stric­te­ment à l’intérieur d’un cadre, celui de la norme sala­riale for­diste, déter­mi­nant en grande partie les condi­tions pra­ti­ques de toute la vie quo­ti­dienne des indi­vi­dus. Or, ce cadre est devenu en grande partie théorique puisqu’il ne cor­res­pond plus exac­te­ment à la réalité du ter­rain. Après que la société bour­geoise s’est dis­soute dans la société sala­riale (cf. M. Aglietta et A. Brender), la société sala­riale tend à se dis­sou­dre dans la société capi­ta­lisée (cf. la revue Temps cri­ti­ques). Mais, mal­heu­reu­se­ment, le refus ou la révolte contre ce deve­nir ne porte que rare­ment à agir pour le rendre incer­tain en se pro­po­sant d’aller au-delà, mais à se conten­ter le plus sou­vent de reven­di­ca­tions nos­tal­gi­ques sur un retour à… la norme sala­riale for­diste, et les dis­cours « indignés » sur les bien­faits du pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résis­tance (CNR) son­nent pour beau­coup comme un eldo­rado du sala­riat13, en oubliant qu’elle repo­sait bien sou­vent, et par­ti­culièrement pour les jeunes, les femmes et les tra­vailleurs immigrés, sur une exploi­ta­tion éhontée dans des condi­tions de tra­vail sou­vent ter­ri­bles.

Il faut arrêter de rejouer indéfini­ment le mythe de l’unité ouvrière quand l’ato­mi­sa­tion objec­tive (des­truc­tion des gran­des « for­te­res­ses ouvrières », déclin des formes d’emploi à vie) et l’ato­mi­sa­tion sub­jec­tive (impos­si­bi­lité aujourd’hui d’affir­mer une iden­tité de classe, une iden­tité ouvrière) ren­dent les luttes plus éclatées et sans pers­pec­tive définie. Même les appels abs­traits à l’unité « à la base » ne ser­vent à rien d’autre qu’à donner un der­nier souf­fle à des syn­di­cats qui n’appel­lent tou­jours qu’à une unité au sommet. C’est assez logi­que qu’ils procèdent encore ainsi dans un pays marqué par des divi­sions idéolo­gi­ques du passé qui n’auront bientôt plus cours, mais pour­quoi leur emboîter le pas soit en entrant direc­te­ment dans leur stratégie, soit en ne s’en démar­quant que de façon complètement arti­fi­cielle par des mini-appels qui ne s’en dis­tin­guent que par la forme ?

Pour nous, il s’agit plutôt de saisir les éléments qui pour­raient cons­ti­tuer déjà des fer­ments de luttes à venir, de voir com­ment ils peu­vent faire « com­mu­nauté », non seu­le­ment au sens de com­mu­nauté de lutte pour les indi­vi­dus les plus direc­te­ment concernés, mais au sens d’un en-commun plus large qui ne soit pas un cartel de catégories « toutes unies14 » par une opération du Saint-Esprit, se sub­sti­tuant à feu le déter­mi­nisme his­to­ri­que.■

 

Pour tout contact et cour­rier à propos de ce texte :

lcontrib@no-log.org

Notes
1 – Ils sou­tien­nent la reven­di­ca­tion ouvriériste clas­si­que du CDI pour tous et se dis­tin­guent de ceux qui repor­tent leurs espoirs sur la révolte des précaires et un « précariat » conçu comme nou­veau sujet ou com­po­sante majeure d’une nou­velle classe ouvrière.
2 – Nous sim­pli­fions mais, bien sûr, la classe ouvrière n’a jamais présenté une figure unifiée. Dès l’accrois­se­ment de la divi­sion indus­trielle du tra­vail au XXe siècle, les syn­di­cats réfor­mis­tes ou reconnus ont plutôt encadré les tra­vailleurs qua­lifiés parce que les plus concentrés dans les gran­des entre­pri­ses, et de plus vieille tra­di­tion ouvrière et urbaine, alors que les autres ainsi que les chômeurs res­taient inor­ga­nisés ou avaient recours à des orga­ni­sa­tions un peu spécifi­ques comme les IWW aux États-Unis. On retrouve cette sépara­tion dans les luttes des années 1968-1973 où, en France et en Italie, ce sont les OS qui ont porté les luttes les plus dures, la plu­part du temps en dehors des syn­di­cats ou alors à leur base sans tou­te­fois arri­ver à dégager un mini­mum d’unité néces­saire à l’élar­gis­se­ment du mou­ve­ment de cri­ti­que du tra­vail.
3 – Si on s’en tenait à un tel rai­son­ne­ment, la Couverture médicale uni­ver­selle (CMU) n’aurait jamais été mise en place puis­que la Sécurité sociale ne doit concer­ner que les salariés ou les parents rat­tachés, pas les pau­vres et les « fainéants ». C’est aussi sur cette base d’un tout ou rien qui n’a rien de révolu­tion­naire que les syn­di­cats se sont long­temps opposés à toute orga­ni­sa­tion séparée des chômeurs, comme si être chômeur quand il y en a moins de 500 000 (les années 1960 jusqu’à 1968) cor­res­pon­dait à la même situa­tion qu’être chômeur quand il y en a quatre mil­lions et un quart de longue durée ! L’évolu­tion des notions sta­tis­ti­ques est d’ailleurs par­lante. Ainsi, la notion de popu­la­tion active définie par l’INSEE dans les années 1950 com­pre­nait les chômeurs comme des actifs car le chômage n’était considéré que comme une parenthèse entre deux période de tra­vail, alors qu’aujourd’hui, pour cer­tains, c’est le tra­vail qui devient une parenthèse entre deux périodes de chômage ou de stages et l’INSEE a dû créer la catégorie de « popu­la­tion active occupée » afin de dis­tin­guer ce qui est devenu deux situa­tions.
4 – Certes, on pourra remar­quer qu’un gou­ver­ne­ment qui se présente comme social-démocrate va de fait mettre en concur­rence orga­nis­mes publics et orga­nis­mes privés de for­ma­tion afin de res­pec­ter l’har­mo­ni­sa­tion européenne sur ce point.
5 – Il ne faut pas se lais­ser abuser par les mots. Quand, par exem­ple, le nouvel accord Renault de sécuri­sa­tion de l’emploi prévoit une aug­men­ta­tion de l’horaire de tra­vail, c’est en réalité une aug­men­ta­tion sur un temps qui est, en moyenne dans le groupe, inférieur à ce que dit la loi en France. En l’espèce, il s’agit du pas­sage de 34 heures par semaine à 35 heures. Bien sûr, on peut dire que c’est un ali­gne­ment par le bas, mais c’est bien moins inquiétant que le fait de savoir que les salariés vont être amenés à pro­duire 300 000 voi­tu­res supplémen­tai­res… alors qu’il y aura 7 500 sup­pres­sions de postes. Cela conduit forcément à entériner les aug­men­ta­tions de pro­duc­ti­vité par la sub­sti­tu­tion capi­tal/tra­vail et ça ne pro­vo­quera pas d’embau­che supplémen­taire, sur cette base du moins.
6 – Ce res­pect est dans les faits assez théorique car qui peut croire que les patrons en dif­fi­culté ne cher­chent pas à garder les per­son­nes les plus ren­ta­bles et à se débar­ras­ser des employés les plus rétifs aux restruc­tu­ra­tions ? Les exem­ples ne man­quent pour­tant pas, comme dans les pro­fes­sions de la presse. Comme sou­vent, une nou­velle loi ne fait que confir­mer une ten­dance en cours encore mar­gi­nale, mais en pro­gres­sion.
7 – Une preuve ins­ti­tu­tion­nelle de ce consen­sus nous est apportée par l’adhésion de la CGT à la Confédération syn­di­cale inter­na­tio­nale (CSI), le 1er novem­bre 2012. La CSI regroupe à peu près tous les syn­di­cats sociaux-démocra­tes et chrétiens plus la CGT et bientôt FO. Ses sta­tuts sont plus contrai­gnants que ceux de l’ancienne CISL anti­com­mu­niste : les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les « ont la res­pon­sa­bi­lité de pren­dre en compte, dans la for­mu­la­tion de leur poli­ti­que, les décisions du congrès et des orga­nes direc­teurs de la confédération ». On ne peut mieux dire que ce sont l’ensem­ble des grands syn­di­cats qui deman­dent et espèrent par­ti­ci­per au « capi­ta­lisme du sommet ».
8 – Ainsi, le syn­di­cat FO de PSA Sevelnord à Hordain (59) a signé l’accord de compétiti­vité de juillet 2012 et il vient de signer l’accord de relo­ca­li­sa­tion de Renault de mars 2013 qui prévoit jus­te­ment aug­men­ta­tion du temps de tra­vail et gel des salai­res ainsi que l’accep­ta­tion de sup­pres­sions d’emplois, donc tout ce que la direc­tion confédérale vient de refu­ser. Il ne s’agit pas pour nous de vociférer contre les syn­di­cats parce qu’ils ne sont pas assez révolu­tion­nai­res, mais de rap­pe­ler qu’ils ne sont que les défen­seurs de la force de tra­vail telle qu’elle est, mais pas forcément de toute la force de tra­vail. Ils défen­dent en prio­rité l’image qu’ils ont du tra­vailleur modèle. Cela n’empêche pas la CGT d’ouvrir son champ d’action quand il est por­teur de mobi­li­sa­tion et sur­tout d’adhésions, mais il ne faut pas que ceux qui ne répon­dent pas au « modèle » pous­sent le bou­chon trop loin. Par exem­ple, si sa posi­tion par rap­port aux chômeurs a évolué posi­ti­ve­ment depuis l’action d’Hoareau et de ses comités de chômeurs CGT à Marseille, ce n’est pas un hasard non plus si le siège de la CGT à Paris a été occupé par les tra­vailleurs afri­cains sans papiers en grève en 2008 pour mon­trer leur désap­pro­ba­tion vis-à-vis de la ligne offi­cielle de l’orga­ni­sa­tion syn­di­cale. Ces pra­ti­ques ne sont pas pro­pres aux « grands » syn­di­cats et se retrou­vent aussi bien à SUD Groupe des Dix qu’à la CNT-Vignoles. Nous en avons maints exem­ples, que ce soit dans l’ensei­gne­ment, dans la presse, à la Poste ou à la SNCF. Mais cela ne nous empêche pas de lutter avec des syn­diqués s’ils sont des indi­vi­dus cri­ti­ques et non pas sim­ple­ment des syn­diqués de base en désac­cord avec l’appa­reil syn­di­cal.
9 – Sans la pro­duc­tion matérielle d’énergie, sous le contrôle de la puis­sance étati­que, la pro­duc­tion immatérielle n’exis­te­rait même pas. Ainsi, les réseaux de com­mu­ni­ca­tion, tout immatériels qu’ils soient, sont de très gros consom­ma­teurs de pro­duc­tion d’élec­tri­cité.
10 – « Immatérielle » n’est pas à pren­dre ici au sens théorique que veu­lent lui donner des auteurs comme Gorz, Negri ou Rifkin, mais au sens sta­tis­ti­que donnée par l’INSEE et les grands systèmes de comp­ta­bi­lité natio­nale. À savoir : la pro­duc­tion de biens est considérée comme matérielle ; la pro­duc­tion de ser­vi­ces comme immatérielle, même si elle dépend de la première.
11 – Cf. sa grande enquête interne des années 1990 ras­semblée dans le livre Le tra­vail en ques­tion : enquête sur les muta­tions du tra­vail, Syros 2001. De son côté, le jour­nal Libération n’y va pas par quatre che­mins et déclare sen­ten­cieu­se­ment : « Il faut tra­vailler à sauver le tra­vail. » (6 mars 2013)
12 – Une idée qui passe dif­fi­ci­le­ment et encore mar­gi­na­le­ment dans la tête d’un syn­di­cat « révolu­tion­naire » comme la CNT-Vignoles.
13 – C’est bien connu que chez les mili­tants, et en général à l’extrême gauche, les choses étaient tou­jours mieux avant et que l’idée révolu­tion­naire se for­ti­fie de l’idée que ça va être pire et donc que néces­sai­re­ment… etc., etc.
14 – Même si le monde paysan n’est pas un exem­ple expor­ta­ble, on ne connaît que trop les dégâts pro­duits par la domi­na­tion sans par­tage du syn­di­cat majo­ri­taire (la FNSEA), soi-disant syn­di­cat de tous, mais en fait syn­di­cat des grands céréaliers et éleveurs cap­tant les sub­ven­tions de la PAC et orga­ni­sant l’agri­cul­ture indus­trielle. Il y a pour­tant tou­jours eu des petits pay­sans pour servir de masse de manœuvre à ces gens-là !
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[Nouveau journal] « Barouf »


Source : reçu par mail

« Barouf » : nouveau journal d’agitation

Dans ce numéro :

– Balade sous contrôle : https://barouf.noblogs.org/post/2013/04/22/balade-sous-controle/ – D’une prison à l’autre : https://barouf.noblogs.org/post/2013/04/22/dune-prison-a-lautre/ – Dégage, la révolution continue en Égypte et en Tunisie : https://barouf.noblogs.org/post/2013/04/22/4/

Un brouhaha de discussions et de rencontres

Des explosions d’idées subversives et d’envies de révolte

Un vacarme pour affronter ce monde ici et maintenant sans rien attendre des politiciens et de ceux qui veulent nous représenter

…pour que notre désir de se débarrasser de toute autorité, domination et exploitation fasse du bruit !

journalbarouf [arobaz] riseup.net – barouf.noblogs.org

Pour l’imprimer, le PDF du journal :

http://cestdejatoutdesuite.noblogs.org/files/2013/04/journal1-723x1024.jpg

 

 

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« Amnistie sociale » et illusions démocratiques…

« Il est toujours facile de trouver quelqu’âme sélecte qui « parle » de révolution, néanmoins ils sont peu nombreux ceux qui cherchent à faire concrètement quelque chose. Tant qu’on ne fait que bavarder, on peut être plus ou moins tous d’accord. [ … ]

Nous réaffirmons avec insistance notre conviction que l’usage de la violence organisée contre les exploiteurs, même lorsqu’elle prend l’aspect de l’action minoritaire et circonscrite, est un instrument indispensable de la lutte anarchiste contre l’exploitation »

Alfredo Bonanno,« Contre l’amnistie »*

balleON ne parle pas souvent de ce qui se passe à l’assemblée nationale ou dans les autres antichambres de l’Etat. On en parle pas souvent puisqu’on en a pas grand chose à foutre la plupart du temps.

Mais aujourd’hui, a été rejetée la proposition de loi du groupe communiste et du Front de Gauche sur « l’amnistie sociale » par la commission des lois de l’assemblée nationale.

Ce projet visait à amnistier les « délits commis lors de mouvements sociaux ». C’est l’occasion de parler de ce micro-évènement qui illustre bien tout un ensemble de choses qu’on peut reprocher à la Gauche, même « extrême », notamment dans sa manière d’envisager la conflictualité sociale.

Déjà, il y a cette illusion toute démocrate qu’on peut changer le système en faisant voter des lois de l’intérieur. Ce procédé est le même échec répété et crevé depuis 100ans. Il découle de la vieille stratégie d’inspiration léniniste selon laquelle le parlement ou quelque autre institution électorale peut être utilisée soit comme « tribune » pour un discours soit-disant subversif, soit comme tremplin pour porter des lois qui « déstabiliseraient » l’Etat et le capitalisme.

Il y a deux excellentes raisons de constater que sur cette question comme sur d’autres, les mêmes causes produisent les mêmes effet.

Premièrement les lois sont toujours votées par les valets de la classe dominante -et appliquées par ses flics et ses juges- : qu’ils soient députés, élus, ou toute sorte de dirigeants. Mieux : ils en font partie de part leur statut même et n’ont donc absolument aucun intérêt à aller contre ce qu’ils sont et voter des lois qui les mettraient en danger (c’est d’ailleurs un des arguments principaux utilisés par les parlementaires socialistes contre le projet de loi : protéger les élus). Et si l’Etat et ses institutions républicaines n’avaient pas été savamment pensés pour ne pas être « changés de l’intérieur » depuis Rousseau ou Hobbes, ça fait sans doutes longtemps qu’on en aurai finit avec ce monde…

Deuxièmement, la prétention de transformer ces institutions en « tribunes » pose une autre question centrale : à qui s’adresse t’on ? Et depuis quelle position ? On l’a vu, les élus parlent surtout aux élus, à l’Etat, à la rigueur aux médias, et ceux et celles qui ont la délicate attention de croire aux promesses les écoutes et les suivent.

Le mouvement reste donc à l’initiative des dirigeants, qu’ils soient du parti, investis par une fonction étatique ou les deux.

Mais cette proposition « d’amnistie sociale » et les illusions qu’elle a nourrit chez les militant-e-s communistes et autres syndicalistes de la CGT pose d’autres problèmes. D’une certaine manière déjà, « elle tombe mal » dans l’agenda « militant ». En plein mouvement social réactionnaire et fascisant contre le « mariage étendu » et « l’égalité des droits » : mouvement face auquel l’extrême-gauche -PCF et FdG inclus- est totalement à la ramasse et quasiment aphone. Pour ne pas dire inexistante.

Et évidemment, l’argument du gouvernement consiste donc simplement à leur répondre avec cet exemple à l’appuie que « force doit revenir à la loi ». Et ce n’est pas Jean-luc Mélenchon qui pourra contredire ça… Les démocrates radicaux de toute engeance sont pris au piège de leur propre discours citoyenniste et légaliste. Mais que pouvaient ils donc espérer d’autre ?

Que le gouvernement leur offre un chèque en blanc pour faire la révolution ?

Et puis depuis quand on a besoin de violer la loi pour faire la « révolution citoyenne » ?! L’hypocrisie crasse d’une extrême-gauche française toujours plus empêtrée dans ses contradictions.

Dans laquelle on vénère la loi comme le veau d’or parce qu’on aimerait y substituer la sienne (plus démocrate, plus républicaine, plus « communiste », etc…), tout en essayant de tenir un discours intenable comme quoi il faudrait « enfreindre la loi sans l’enfreindre », aménager une temporalité « mouvement social » dans laquelle on aurait soudain « le droit » de faire la révolution. Bref… Un casse tête de citoyenniste à se taper la tête contre les murs.

Mais les actes de révolte, d’insoumission, de rébellion, de lutte de classes, etc, n’ont pas moins de sens lorsqu’ils surgissent au milieu de la vie quotidienne, tout les jours, même en dehors de tout « mouvement social ». Ils sont un produit de l’antagonisme permanent entre les exploité-e-s, les dominé-e-s et la société dans laquelle nous vivons.

Et d’ailleurs, tout les « mouvements sociaux » sont initiés par des actes ou des actions (de la grève au sabotage en passant par les manifs sauvages, les émeutes ou les occupations) qui ne sont pas considérés comme en faisant parti à la base (et bien souvent même pas du tout…).

Du reste : qui décide de ce qu’est un mouvement social ? L’Etat ? Les médias ? le PCF, la CGT et le FdG lorsqu’ils décident d’y participer ?

Cette idée « d’amnistie sociale », donc, même telle qu’elle a été « pensée à la base » dans une proposition de loi (au delà de l’aspect légaliste) ne peut pas nous convenir par quelque angle qu’on la prenne. Au delà de l’aspect délirant de la chose donc, cette idée « d’amnistie sociale » n’a été pensée que par et pour la CGT et ses ouailles, le PCF, Le Front de gauche et leurs militant-e-s. C’est d’ailleurs à l’appel exclusif de ces organisations que leurs seul-e-s militant-e-s se sont rassemblé-e-s devant le Sénat pour soutenir ce projet bidon (bidon dans le sens où il n’avait simplement aucune chance d’aboutir – indépendamment du principe). Car tout ce cirque n’est bien qu’une mascarade où quelques pseudo-révolutionnaires tentent simplement de s’arroger le droit de définir ce qui est ou non un mouvement social, et des privilèges dans la « lutte ».  Un élan désespéré d’une extrême-gauche sans avenir pour se sauver elle-même.

En effet, on le sait depuis longtemps : le SO de la CGT balance à chaque « mouvement social » les radicaux ou révolté-e-s aux flics dans les manifs ou les tabasses directement pour attendrir la viande préventivement. Vieille tradition stalinienne française. La direction, aussi, exclue régulièrement ses dissidences syndicales (parfois des sections entières), notamment à l’occasion de grèves qui débordent. Ou bien elle se contente de laisser pourrir ses syndiqué-e-s dans la répression lorsqu’ils ou elles n’ont pas respecté-e-s les consignes (comme pour les Goodyear lâchés face à leurs procès à Amiens).  Même chose pour le S.O du PCF dans les manifs, ou celui du Front de Gauche pendant le mouvement des retraites en 2010 (par exemple) avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon et Bernard Thibaut sur les « casseurs », et « anarcho-autonomes » soit-disant « infiltrés par la police ». Déclarations mensongères qui auront valus de la prison ou des condamnations à plusieurs compagnon-e-s et camarades.

Là encore, toute l’hypocrisie du caractère « social » de cette soit-disant amnistie montre bien ses limites : amnistie pour les « délits » commis par des syndicalistes et militants certifiés A.O.C.

Et pour les autres : la taule, la répression, la calomnie,  et l’isolation. En gros, cette proposition scelle aussi la division omniprésente dans la conception de ces organisations entre les réprimé-e-s ou prisonnier-e-s « politiques » d’un coté justement, et les « cas sociaux » de l’autre (qui, ironie du sort, sont donc exclu-e-s de cette idée farfelue d’amnistie « sociale »).

Bref, tout ces soit-disant révolutionnaires se retrouvent être à chaque période de trouble, ou « mouvement » de bons agents bénévoles du maintiens de l’ordre et la paix sociale. Un bon alibi en soi…

Enfin, pour cette simple raison que le principe même implique la reconnaissance de l’Etat, ses institutions et ses lois, et la paix -même « temporaire »- avec lui, nous ne voulons pas d’aucune « amnistie ».

Nous voulons la révolte, l’insurrection, et la révolution sociale. Et pour ça dans l’immédiat, il  faut assumer l’antagonisme de classe et contre l’Etat, la solidarité, l’entraide, et l’action directe sous toutes ses formes.

Pas de paix avec l’oppression et l’exploitation. Pas de paix avec l’Etat.

Des anarchistes du Cri Du Dodo

* : Cette question s’est posée en d’autres termes en Italie il y a quelques années. Bien que pour des faits « plus graves » du point de vue de la loi, puisqu’il s’agissait -entre autres- d’accusations pour des faits qualifiés de « terroristes ». Néanmoins, des remarques et réflexions similaires peuvent être portées dans les deux cas.  Pour lire le texte : c’est ici.

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[Ile de france] « Rencontres sans frontières » le 4 Mai 2013

Rencontres sans frontières

Le tract en PDF

Samedi 4 mai 2013 à partir de 13 heures Au transfo, 57 avenue de la république, Bagnolet 93 ! M.9 robespierre ou M.3 gallieni

Les frontières sont omniprésentes sur chaque portion de territoire. Fichiers internationaux, rafles, vidéo surveillance… chaque contrôle peut aboutir à l’enfermement et à l’expulsion. Parallèlement, aux quatre coins du monde, les frontières qui séparent les pays se technologisent et se militarisent. Face à cela des individus, avec ou sans papiers, résistent et se révoltent.

La question des luttes contre les frontières se pose partout : de la Grèce, où des personnes s’organisent avec des migrant-e-s contre les fascistes et les flics, à l’Italie où les prisons pour étranger-e-s sont fréquemment détruites de l’intérieur, en passant par le nord de l’Afrique où les révolutions ont facilité le départ de nombreux harragas vers les métropoles européennes.

De plus, des sabotages petits ou grands viennent enrayer la machine à expulser : de la destruction des centres de rétention aux révoltes individuelles ou collectives ; de l’attaque des charognards humanitaires, capitalistes et politiciens qui se renforcent grâce aux frontières jusqu’aux divers actes quotidiens de résistance au contrôle et à l’enfermement…

En région parisienne, le 16 novembre 2012, une manifestation a eu lieu devant le centre de Vincennes, suite à laquelle une assemblée de coordination contre les centres de rétention et la machine à expulser s’est créée et s’est tenue pendant quelques mois. Dans le même temps, départs de feu, mobilier cassé, évasions se sont succédé à Vincennes et à Palaiseau. Si cette assemblée n’existe plus aujourd’hui, plusieurs de ces participant-e-s continuent à lutter contre la machine à expulser et ont voulu proposer ces rencontres sans frontières.

Des compagnon-ne-s de Turin, Marseille et Bruxelles seront présent-e-s pour partager leurs parcours de lutte, passés ou présents, à partir desquels pourront notamment s’approfondir les points suivants :

* Comment tenter de construire un parcours autonome. Un parcours qui ne laisse pas de place aux partis et aux syndicats, qui tente de s’attaquer sans médiation à la machine à expulser. Un parcours avec sa propre temporalité et ses propres perspectives, qui suive une continuité. Un parcours qui permette d’avoir les outils pour faire face aux moments d’intensification des luttes tels une révolte dans un centre ou l’arrivée en nombre de migrant-e-s.

* L’importance de construire un rapport de solidarité avec les luttes à l’intérieur des prisons pour étranger-e-s, d’être attentifs/ives à ce qu’il s’y passe. Comment créer des liens de confiance entre l’intérieur et l’extérieur ne servant pas seulement à la contre-information mais permettant d’apporter une solidarité concrète aux révoltes et de fournir des bases solides pour nos luttes.

Ce sera l’occasion de confronter nos approches des luttes, prendre le recul nécessaire, ainsi que de nous nourrir d’expériences pour en élaborer de nouvelles. L’occasion de rencontrer des complices et de créer des liens sur des bases anti-autoritaires.

Parce que s’affronter aux frontières permet de construire des luttes dépassant la question spécifique des migrant-e-s et des centres de rétention, en articulant cette question avec celles des prisons, du travail, de la ville. Pour s’en prendre à quelques-unes des racines de ce monde basé sur le pouvoir et la marchandise et en finir avec.

Parce que tant qu’il y aura des frontières, des centres de rétention, des prisons, perdureront les Etats, le pouvoir et l’argent.

Nous invitons à ces rencontres tou-te-s celles et ceux qui désirent lutter contre les frontières et la machine à expulser.

Les discussions pourront se poursuivre le dimanche. Pour plus d’infos, nous contacter : rencontrescramai [/arobase/] riseup [/point/]net

Sources : 

https://sanspapiersnifrontieres.noblogs.org

https://transfo.squat.net

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[Logement/Squat – Ile De France] Rassemblement contre les expulsions et la restructuration urbaine

Source : reçu par mail

Rassemblement-déambulation samedi 27 avril à 14 heures, à Montreuil, métro Croix-de-Chavaux (entrée de la rue piétonne).

Suivi d’une assemblée à 17 heures au Transfo, 57 avenue de la République, Bagnolet (métro Robespierre ou Gallieni). Cette assemblée sera l’occasion de reparler des projets de restructuration urbaine et des expulsions en cours, de présenter les collectifs qui s’organisent pour y faire face et pourquoi pas d’élaborer des pistes pour tenter de s’y opposer ensemble.

Des expulsé-e-s il y en a de plus en plus. C’est pas la crise pour tout le monde, les flics, huissiers et juges ont du travail pour mener à bien le ballet des expulsions : squatteurs/euses de bâtiments vides ; occupant-e-s de terrains ; sans abris du métro ; sans papiers dans les foyers ; et tou-te-s les locataires qui n’ont plus assez de thunes pour payer le loyer.
Tandis que rue Girard à Croix-de-Chavaux la mairie veut expulser les occupant-e-s d’une maison, des campements rroms sont démolis par la police, comme récemment à la Boissière (Haut Montreuil).

Des « mal-logé-e-s » il y en a de plus en plus. Les fins de mois sont de plus en plus dures, avec des logements toujours plus chers, toujours plus petits et toujours plus loin. Forcément des fois on n’arrive pas à payer et on se retrouve vite avec les huissiers sur le dos ou assigné au tribunal pour rembourser les dettes sous la menace permanente de se retrouver à la rue.
Alors que l’État par le biais de la préfecture, les propriétaires et les mairies expulsent, chacun se renvoie les responsabilités mais s’accorde à nous parler de soi-disant réquisitions de bâtiments vides, de construction de logements sociaux.

Mais c’est toujours ceux et celles qui n’ont pas les thunes, le bon dossier, les bons papiers qui au final trinquent au quotidien et galèrent à trouver quelques billets pour survivre. Et quand on arrive à gratter quelques miettes, un logement social, un relogement, on a vite fait de se retrouver en zone 5 du RER ou dans un centre d’hébergement où on n’a aucune liberté.
À Paris, à Montreuil, à Bagnolet, etc., l’État, les spéculateurs, les architectes et les urbanistes prônent leur « mixité sociale », c’est-à-dire chassent les pauvres, en construisant du standing de luxe, des éco-quartiers et des logements sociaux pour la petite bourgeoisie.

Les nouveaux projets immobiliers qui se construisent, par exemple, autour du métro Robespierre et de la place de la Fraternité, où promoteurs privés et élus s’accordent pour offrir une accession à la propriété à une nouvelle population plus riche qui doit venir s’installer à la place de tou-te-s celles et ceux qu’ils ne souhaitent plus voir. Dehors les sans papiers, les Rroms, les trop pauvres, les trop nombreux… à qui il est proposé – ou pas – des relogements toujours plus loin. C’est ce qui s’est passé récemment pour les exclus du foyer Bara qui se retrouvent à dormir dans le métro ou à qui il est proposé un hébergement à des dizaines de kilomètres de Montreuil.

Cette politique du logement s’inscrit dans un processus plus général de rentabilisation et de pacification de l’espace urbain. Cela s’exprime notamment par la prolifération des caméras de vidéo-surveillance (comme à la Boissière), la destruction de certains quartiers, la création de pôles économiques et commerciaux. Cette logique de rénovation est en cours à Paris depuis longtemps et s’étend à la petite couronne avec le projet du Grand Paris. La nouvelle place de la mairie de Montreuil en est une illustration flagrante et flippante, où nouveaux centres commerciaux, logements vendus comme écologiques, et bureaucrates avec ou sans cravate sont « protégés » par une armée de caméras. L’espace a été aseptisé, tout est bien aligné et tous les bancs de la place ont disparu.

Autant de projets qui servent les logiques du profit et du contrôle, qui rendent toujours plus forts les propriétaires de ce monde et leurs flics, et confirment l’exploitation et la domination qu’ils nous infligent.

Contre toute cette merde, nombreux/ses sont celles et ceux qui s’entraident, s’organisent pour occuper des bâtiments vides, luttent contre les rénovations de leurs quartiers, sortent de l’isolement face aux galères du quotidien, refusent de payer le loyer, s’attaquent directement à ce qui nous pourrit la vie… jusqu’à ce que disparaissent la propriété privée, l’État et le capitalisme.

Dans le quartier des Coutures à Bagnolet et du Bas-Montreuil, le collectif Prenons la ville s’oppose aux projets de transformation et propose des moments de rencontres, d’échanges et d’organisation face aux expulsions. À Bagnolet, le collectif La Noue–Jean L’olive s’est opposé au bétonnage du quartier, à l’expulsion d’habitant-e-s, à la suppression des espaces verts et à la construction de logements sociaux d’accession à la propriété privée dénonçant ainsi la logique de rentabiliser économiquement leur quartier et de le rendre humainement invivable.

Ce texte est un appel à tou-te-s celles et ceux qui se sentent préocupé-e-s par ces différentes questions, qui veulent s’opposer aux expulsions et à la restructuration urbaine, qui sont en colère.

Rassemblement-déambulation samedi 27 avril à 14 heures, à Montreuil, métro Croix-de-Chavaux (entrée de la rue piétonne).

Suivi d’une assemblée à 17 heures au Transfo, 57 avenue de la République, Bagnolet (métro Robespierre ou Gallieni). Cette assemblée sera l’occasion de reparler des projets de restructuration urbaine et des expulsions en cours, de présenter les collectifs qui s’organisent pour y faire face et pourquoi pas d’élaborer des pistes pour tenter de s’y opposer ensemble.

Le Transfo est un lieu occupé depuis le 14 novembre 2012, où ont lieu de nombreuses activités : une cantine, des projections de film, des réunions, des ateliers, des concerts de soutien, un bar… et une assemblée tous les dimanches à 14 heures pour faire vivre le lieu. Le propriétaire qui a engagé une procédure d’expulsion n’est autre que EDF, cette entreprise, dont l’État est actionnaire majoritaire, qui rackette tout le monde en vendant de l’énergie nucléaire. Vous pouvez trouver toutes les infos sur transfo.squat.net.

Tract téléchargeable en PDF (4 pages A5) ici

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