Turquie : révoltes, situation insurrectionnelle et répression massive.

[Après quelques jours d’absence, nous revenons avec une compilation de plusieurs textes, vidéos et images sur le soulèvement actuel en Turquie, parti de l’opposition au projet de « d’aménagement urbain », c’est à dire au processus de gentrification du centre ville d’Istanbul, qui a entrainé depuis plusieurs années, entre autres, des expulsions massives, la destruction des bidonvilles et des quartier populaires. Bref, un même processus de ségrégation sociale et de chasse aux pauvres partout à l’oeuvre ou presque dans les grandes métropoles du monde en vue de la constitution de nouveaux ghettos pour riches et « classes moyennes aisées ». Processus qui ne peut se matérialiser que par une guerre de classes livrée par les capitalistes, l’Etat et leurs flics contre tout ce qui ne se soumet pas à leur logique de domestication.  Nous voulions revenir sur ces récentes révoltes partis de la « place Taksim » et l’intervention anarchiste offensive qui s’y est manifestée, ainsi que certaines actions remarquables de solidarité internationale. Le Cri Du Dodo]

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Turquie: répression policière et arrestations de masse à Istanbul

Source : Le Chat Noir Emeutier en collaboration avec le Réseau Contrainfo

Taksim-square-in-Istanbul-Tuesday-June-11-2013

Dans les premières heures du 16 Juillet 2013, la police a perquisitionné 100 endroits différents à Istanbul.

Aux environs de 05h30, la police a pris d’assaut plusieurs maisons en même temps. Selon les premières informations, 12 membres du Öğrenci Kolektifleri (Collectif d’étudiants) et Liseli Genç Umut (Espoir jeune lycéen) ont été arrêtés. 26 personnes dans le quartier de Sancaktepe ont été arrêtées, y compris les lecteurs de magazines tels que Özgür Gelecek (Future Libre) et Devrimci Demokrasi (Démocratie Révolutionnaire), et les membres de AKA-DER (Fondation de recherche culturelle anatolienne) et HKP (Parti de libération du peuple). Il a été rapporté que les maisons des gestionnaires et des membres de la TGB (Syndicat de Jeunesse de Turquie) ont également été fouillées. Les avocats ont été informés que l’État a pris la décision de perquisitions et d’arrestations de 60 personnes pour une période de 72 heures, y compris des militantEs de Halkevleri, Öğrenci Kolektifleri, Özgür Gelecek, Devrimci Demokrasi, Aka-Der, HKP et TGB.

56 personnes sont accusées ‘d’incitation à la révolte et de dégradations de biens publics’. Le dossier a été classé comme confidentiel, afin que les personnes toujours en garde à vue (30 à ce jour) ne soient pas autorisées à parler à leurs avocats pendant 24 heures. Les flics ont également décidé de prélever des échantillons de salive des détenu.e.s.

Brèche d’Istanbul – Notes depuis l’insurrection de la place Taksim

Anonyme, 19 Juin 2013

Source : Réseau contrainfo, traduit en collaboration avec Le Cri Du Dodo

 

En fait, ce n’était PAS totalement imprévisible, mais d’une certaine façon nous ne pouvions pas voir que ça venait. Qu’ont fait les gens en Turquie jusqu’à ce que cette révolte éclate ? Les étudiant-e-s ont battu leurs enseignants qui leurs avaient donnés des notes inférieurs à ce qu’ils/elles méritaient. Les gens ont poignardés les médecins qui avaient négligés leurs proches. Ils ont tiré sur les sergents pour s’enfuir, et le service militaire obligatoire a été déserté. Ils ont détruit les commissariats de police et battus les officiers de police violents. Après que les tribunaux aient rendus leurs verdicts, les gens ont laissé un avant-goût de leur propre verdict dans les halls des tribunaux. Les femmes se sont faites justice elles-mêmes contre leurs violeurs. Ils et elles se sont suicidé-e-s sous la pression des grands examens, et des dettes de leur carte de crédit …

L’insurrection des individus et des groupes révolutionnaires a finalement touchée les un-e-s les autres et s’est connectée à la Résistance du Parc de Gezi (à partir du 29 mai à ce jour). Nous avons donc voulu partager certaines de nos observations depuis les barricades avec vous:

• Les routes ont été bloquées, les coffres et les sièges arrières des voitures ont été fouillées pour voir si elles cachaient clandestinement des bombes lacrymos pour la police. Parce que la police a utilisé des ambulances pour cacher les bombes, les gens les ont traquées soigneusement, et ils ont caillassés les camions de pompiers parce qu’ils ont vu qu’ils servaient à transporter l’eau pour les canons à eau qui éteignaient les barricades enflammées.

• Des contrôles ont été pratiqués contre celles et ceux qui étaient soupçonnés d’être des flics en civil.

• Le réseau de vidéo-surveillance et ses caméras ont été démantelés et détruits.

• Plus de 40 barricades hautes ont été faites. Pavés, panneaux publicitaires, panneaux de signalisation, poubelles, tout ce qui nous tombait sous la main et qui traînait a été utilisé.

• Les banques, les guichets automatiques, les panneaux d’affichage et les publicités des arrêts d’autobus ont été détruits.

• Les cars et les voitures des flics ont été incendiés, ou utilisés pour le bien commun.

• Les machines et camions de construction ont été renversées, cassés et incendiés.

• Les aliments et fournitures nécessaires ont été volés dans les gros supermarchés des environs.

• Les véhicules des médias (vans de CNN) ont été retournés et détruits.

• Un bulldozer a été capturé et utilisé en contre-attaque aux véhicules antiémeutes de la police, et les canons à eau ont été chassés des rues.

• Les gamins qui ont été maltraité-e-s et humilié-e-s par les flics tous les jours, remettent les pendules à l’heure en les caillassant et en les frappant au visage. Ils et elles ont retrouvé-e-s leur intégrité.

• Les camions et des bulldozers ont été capturés et utilisés pour construire des barricades.

• Des jeunes non organisé-e-s et très largement apolitiques ont rencontré, discuté et appris mutuellement des tactiques et des stratégies avec des groupes radicaux plus organisés.

• Des milliers de jeunes ont fait leur baptême du feu dans les affrontements avec les forces de police.

• Un vaste réseau de solidarité a été spontanément organisé pour la nourriture, la boisson, les soins contre le gaz lacrymogène et les cigarettes.

• Des points boisson et nourriture ont été mis en place pour distribuer des trucs gratuits à quiconque en avait besoin.

• Les gens ont commencé à tout partager frénétiquement, leurs barres de chocolat, les cigarettes, leurs plats faits maison, la nourriture qui leurs avait été donnés par d’autres.

• Les ordures et le compost ont été recueillis collectivement, même les mégots de cigarettes.

• Tout le monde s’est mis à aider tout le monde avec des solutions anti-acide contre des gaz lacrymogènes sur les barricades.

• Les gens ont ouvert les portes de leurs maisons, ainsi que des petits cafés et des boutiques, accueillant des manifestants parfaitement aléatoires, qui avaient été acculés par les forces de police.

• Les femmes au foyer et d’autres personnes dans les quartiers se sont joints aux protestations en faisant du bruit avec des casseroles, etc…

• Des kits de solutions alimentaires et anti-acide ont été placés dans un grand nombre de points.

• Des points de premiers secours ont été mis en place.

• Des médecins ont couru de barricades en barricades lors d’affrontements très violents.

• Les vendeurs à la sauvette se sont multipliés, heureusement en l’absence de la police, qui habituellement les chassent et leurs confisquent leurs objets.

• Les travailleurEUSEs du sexe, y compris les transsexuel-le-s, ont pu aller travailler, se promener, et se mêler avec d’autres librement sans être maltraité-e-s.

• Un espace vacant fermé a été libéré pour les gens et transformé en un petit parc.

• D’autres maisons vacantes, qui étaient fermées pour prêts hypothécaires, ont été occupés et habitées.

• Un petit jardin urbain a été créé.

• Une bibliothèque libre a été mise en place.

• Les gens lisent des bulletins et des brochures comme ils et elles ne l’avaient jamais fait avant, et ont pensé des choses qu’ils et elles n’avaient jamais pensé avant.

• Les gens se sont emparés des rues et les ont faites leurs avec des graffitis, des pochoirs et différents drapeaux et banderoles, et des couleurs à la place de panneaux d’affichage et des publicités.

• Au lieu d’aller au travail ou de rentrer à la maison avec les transports publics ou en taxi , les gens marchaient lentement sous les nuages de gaz lacrymogènes scandant des slogans et des insultes. Ils et elles n’avaient plus peur, et ont continué à marcher.

• Les gens ont décidé de leur propre ordre du jour, sans les partis, le pouvoir ou les dirigeants.

• Pas une seule femme n’a été abusée. Elles ont marché librement, se promenaient autour et sont restées dans le parc.

• Les gens passaient leur temps ensembles au lieu de se tuer à petit feu face à leurs téléviseurs ou leurs écrans d’ordinateur.

• Les masses se sont désillusionnées et ont commencé à critiquer ouvertement les “médias de masse”.

• Les Kurdes ont librement agité leurs drapeaux de la guérilla (PKK), ont brandi des portraits de leur chef de guérilla emprisonné (Apo) et se sont aussi amusés avec leurs danses traditionnelles collectives. Les nationalistes, bon gré mal gré, se sont fait une raison. Même certains d’entre eux n’ont pu résister et se sont joint aux danses.

• Les activistes de classe-moyenne, avec leurs normes d’hygiène de bourgeois immaculés, ont mangé la même nourriture, chié dans les mêmes toilettes portables et sont restés de longues périodes sans se doucher avec les sans-abris et les animaux de la rue.

Les gens ont réalisé qu’une vie sans flics, c’est la JOIE, en effet.

« La vie est si ennuyeuse qu’il n’y a rien d’autre à faire que de dépenser tout notre salaire dans la dernière robe ou la dernière chemise.
Frères et sœurs, quels sont vos désirs ?
 Être assis dans un centre commercial , le regard distant, vide, mort d’ennui, en buvant un café sans saveur ?
 Ou peut-être plutôt LE FAIRE SAUTER OU LE BRULER.”

The Angry Brigade

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Istanbul, Turquie: notre rage grandit, ainsi que notre lutte !

Source : Réseau contrainfo, 11 Juin 2013

Communiqué de l’Action Anarchiste Révolutionnaire (Devrimci Anarşist Faaliyet, DAF):

Contre l’État et la terreur policière : Notre rage grandit, ainsi que notre lutte !

taksim_11.6L’occupation permanente de la place Taksim et du parc Gezi a été attaquée par la police ce matin (11 Juin 2013). Après la réunion du conseil des ministres hier, la police est venue en début de matinée sur la place, vers 7h00, et tout en tirant des grenades lacrymogènes, les forces de répression ont fait des annonces comme quoi ils n’attaqueraient pas le parc. Des centaines de policiers sont entrés dans la place Taksim plaidant qu’il n’y aurait pas d’attaque sur le parc et en disant que seul les banderoles seront enlevées. Alors que les banderoles sur le Centre culturel Atatürk ont été déplacées plus loin, un autre groupe de policiers a voulu enlever les tentes sur la place. Les gens ont essayé de les arrêter, et la police a attaqué les manifestants avec des gaz lacrymogènes.

Alors que l’attaque de la police était en cours, beaucoup de gens ont commencé à rejoindre la place contre cette attaque fasciste. Pour empêcher les gens de venir, la police a tiré des gaz lacrymogènes dans le métro, et la station de métro Taksim a été fermée durant l’opération.

La police a utilisé de grosses quantités de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de balles en plastique tout en pulvérisant de l’eau sous pression avec des canons à eau. Un groupe des résistants a fait une chaîne humaine, et la police a tiré des gaz lacrymogènes à une courte distance. Beaucoup de gens ont été blessés par les gaz, mais une fois l’effet du gaz lacrymogène passé, de nombreux manifestants se sont réunis et ont fait de nouveau la chaîne.

Bien que la police a annoncé qu’il n’allait y avoir «aucune intervention» au parc, ils ont tiré de lourdes quantités de gaz lacrymogènes dans le parc, même à l’intérieur de l’infirmerie, les blessés ont été déplacés de la zone.

Beaucoup de gens ont été blessés par les grenades lacrymogènes et les flashballs. Alp Altinörs, qui est membre de l’Initiative de solidarité Taksim, a été touché par une balle en plastique au front et a été évacué par ambulance à l’hôpital. On sait que la police vise les gens.

D’autre part, la police a commencé à attaquer les espaces politiques et des bureaux. Le bureau du SDP (Parti de la sociale démocratie) a été perquisitionné et beaucoup de gens ont été mis en détention. La police a menotté les résistants et les a brutalement frappé pendant leur détention.

Malgré les attaques violentes, les gens sur la place Taksim et dans le parc Gezi continuent de résister. L’État fasciste, l’oppression et la terreur policière ne peuvent pas nous décourager, notre lutte continue, notre rage grandit, il en va de notre lutte.

İstanbul est partout,  la résistance contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste est partout.

Émeute, Révolution, Anarchie !

Action Anarchiste Révolutionnaire

(Devrimci Anarşist Faaliyet, DAF)

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Turquie : ça n’est que le début, continuons

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10 Juin 2013,

Source : contrainfo

Il s’agit d’une révolte

Les projets d’aménagement urbain menacent depuis longtemps les espaces de vie des habitants d’Istanbul. Démolitions de bidonvilles en premier, puis 63 millions de mètres carrés de forêts à être saccagés pour construire le troisième pont, des centres commerciaux construits les uns après les autres, hôtels de luxe, et pendant ce temps le projet s’est poursuivi, le prochain était le parc Gezi. Les habitants d’Istanbul ont continué à résister à tous ces projets qui menacent la vie. Jusqu’à ce que des pelleteuses viennent au parc Gezi et déracinent les arbres; Jusqu’à ce qu’une « poignée de marginaux » revendiquent les arbres et leurs ombres et disent : « Ne déracinez pas les arbres, ne construisez pas de centre commercial dans le parc Gezi». Cette manifestation a été présentée comme un action « écologique et pacifique », jusqu’à ce que la police déclenche une opération tôt le matin et étouffe de gaz la zone du parc. L’État doit avoir «beaucoup» à en tirer car il essaie de réprimer cette protestation pacifique aussi durement qu’il le peut. La violence policière a augmenté au cours des derniers mois, et les manifestants se sont exposé à elle de façon inespéré. Des députés des partis d’opposition et des artistes sont venus au parc Gezi pour protester contre cela et pour soutenir les résistants, mais ils ont aussi eu leur part de terreur d’État.

Au premier jour de la démolition, l’État ne pouvait pas obtenir ce qu’il voulait à cause de cette situation. Les manifestants sont restés dans le parc Gezi pour la nuit. On ne sait pas s’ils s’attendaient à une attaque le lendemain matin, mais tous les manifestants ont été jetés hors du parc au cours de la descente de police à l’aube. La police a brûlé des tentes, des couvertures et des affaires des manifestants. Les vidéos de manifestants exposés à des tirs de grenades lacrymogènes en continu et violemment arrêtés réveillent la rage dans chacun de ceux qui les regardent.

Bien sûr, cette rage n’est pas une rage pour une seule manifestation. Cette rage a été accumulée, accumulée à cause de la violence policière croissante.

Ce sont les attaques avec des grenades lacrymo, matraques et armes à feu qui ont créé cette rage. C’est l’interdiction du Ier mai , l’assaut sur Dilan Alp, et la mort de Şerzan Krut, Metin Lokumcu, Aydin Erdem … ce qui a créé cette rage est bien plus que quelques jours. C’est l’oppression croissante, les restrictions, la censure, l’exploitation économique … Ce qui a créé cette rage c’est l’État qui exerce dangereusement son pouvoir sur les gens, sans relâche et sans remettre en cause sa légitimité.

Ceux qui attribuent le « soulèvement populaire » à une forme d’action post-moderne devrait jeter un regard lucide sur ce fait. Les gens sont venus spontanément dans les rues parce qu’ils ont ressenti fortement l’oppression sociale, politique et économique. Ces événements ne sont ni une lutte de quelques jours comme le disent les médias de masse aveugles et sourds, ni influencés par des «groupes marginaux» comme les chefs du pouvoir d’État l’affirment.

Il est temps de lever le rideau tiré devant les yeux. Il s’agit d’une révolte. C’est la réponse du peuple contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste. C’est la fin de la légitimité du nouveau pouvoir d’État qui avait gagné l’amour des autres États, des institutions internationales et des multinationales.

Istanbul-on-June-3-2013

La démocratie de la marginalisation, de l’altérité et du rejet

C’est très important que la révolte se produise à un moment où la propagande de pouvoir d’État est “la Turquie Démocratique”. Par cette réaction au terrorisme d’État, les gens ont démoli la respectabilité “démocratique” de l’État.

Les gens sont descendus dans les rues dans un contexte où la liberté du peuple a été ignorée, où les gens ont été torturés et tués arbitrairement, alors que tous les grands médias se sont transformés en presse officielle de l’État, et l’État se prépare à la guerre dans les pays voisins et tue son peuple de ses propres mains en faisant ça.

La révolte s’est étendue à d’autres villes lors de la deuxième journée. La rage commune contre le terrorisme d’État a commencé à brûler partout dans les rues. Les gens ont pris les rues non pas à cause du principal parti d’opposition ou les mots de certains dirigeants, mais de sa propre initiative; pour répondre à tout cela en se tenant debout contre la violence policière et le terrorisme d’État. Avec cette conscience, ils ont attaqué la police, les bâtiments publics et les temples de l’exploitation capitaliste. Ceux qui ont fait tout cela n’étaient pas des «groupes marginaux». Ça a été aussi une révolte contre le comportement de l’État envers ceux qui n’obéissent pas à sa puissance, contre les «politiques de marginalisation» de l’État. En outre, le gouvernement n’a eu personne pour régler ou négocier. Cette révolte a été une action directe.

L’État a dissimulé la révolte dès le début. Ça a été interdit à la télévision, dans les journaux et autres médias. Ça ne s’est pas seulement passé à Taksim. Les gens ont déferlé de Beşiktaş, Harbiye et d’autres quartiers d’Istanbul. L’État a fermé le parc Gezi et la place Taksim avec tous les agents de forces de l’ordre disponibles. Les affrontements se sont poursuivis toute la journée. La colère grandissait à chaque nouvelle bombe lacrymogène, à chaque grenade assourdissante et à chaque arrestation. Ils ont résisté à la violence de la police avec détermination. Près d’un million de personnes ont rempli Taksim et n’ont pas reculé; en disant que nous sommes ici contre l’ignominie et la négligence de l’État.

Dans la matinée de la deuxième journée, la violence policière a été encore plus intense, et nous avons eu des nouvelles de personnes mortes et des blessées. L’État a terrorisé sans se soucier de sa légitimité, ou droits de l’homme ou de la démocratie. Dans une révolte de deux jours, l’État a jeté le masque des idéaux et des valeurs derrière lequel il s’était caché. L’État a montré son vrai visage à la population. Le monopole de la violence a terrorisé les résistants pas seulement à Istanbul, mais partout où des actions de solidarité avec Istanbul ont eu lieu. Il y avait de plus en plus d’informations qui parlaient de morts, de blessés et de détentions préventives.

Quarante heures au total … Après près de 40 heures d’affrontements, les gens ont marché de la rue Istiklal à la place Taksim. Les forces de l’ordre se sont échappées avec tous les véhicules. Quarante heures aussi longues que quarante ans : la place est devenu le monde pour nous. Il s’agissait de la liberté de la révolte. Notre chagrin était pour nos amis blessés et pour ceux qui ont perdu la vie.

Et puis le Parc Gezi, puis Gümüşsuyu, puis Besiktas … Et au-delà d’Istanbul les émeutes ont gagné Sakarya, Kocaeli, Ankara, Adana, Izmir … Dans cette révolte, qui est toujours en cours, la motivation la plus importante qui a gardé vive la spontanéité  était de partager et d’être solidaire. Des médecins volontaires ont monté des centres médicaux pour les manifestants frappés par la violence policière. Des organisations comme des associations de droit, des barreaux d’avocats et des associations de défense des droits de l’homme ont soutenu les manifestants en détention ou dans des conditions similaires. Les syndicats comme l’Association turque des ingénieurs mécaniciens ont transformé leurs bâtiments en infirmerie. Les gens ont ouvert leurs maisons, leurs lieux de travail, ont apporté un soutien en nourriture et boissons. Les gens ont donné des informations à d’autre sur les réseaux sociaux, et ont créé leurs propres moyens de communication face aux médias silencieux.

Partout et tout le monde est devenu la révolte contre le terrorisme d’État, la violence policière et toutes les formes d’exploitation. La solidarité sociale a marché et continue de marcher, là où les gens ont rejeté l’État hors de leurs vies.

istanbul2013

Réserves à l’égard de la révolte

Les médias qui sont restés «muets» au début des émeutes, essaient maintenant de donner un sens à la révolte – bien sûr, le sens que leurs patrons veulent. Ils ont dit que celle-ci est individualiste, téméraire, post-moderne, qu’elle est urbaine ou laïque … Ils ont affirmé que les personnes ont déferlé dans les rues avec tous ces concepts. Ils l’ont comparé à la Révolution de velours à Prague. Ils ont tenté de vider le sens d’une révolte contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste.

Les secteurs qui étaient dérangés par le parti au pouvoir et  son gouvernement en raison d’intérêts économiques et politiques contradictoires (dont beaucoup sont des classes supérieures et moyenne-supérieure) ont commencé à sortir dans les rues au cours des derniers jours. Ces secteurs, qui étaient partisans des dirigeants précédents, ont mis l’accent sur les manifestations anti-gouvernementales plutôt que sur la résistance au terrorisme d’État et à la violence policière. Il va falloir faire attention à éviter les fortes demandes réformistes provenant de ces secteurs, dans leur tentative de bloquer cette nouvelle lutte des opprimés contre le terrorisme d’État, la violence de la police et l’exploitation capitaliste. Ces secteurs peuvent tenter de manipuler la lutte pour leurs propres intérêts économiques et politiques.

Les partis d’opposition peuvent tenter de sortir de cette situation de la manière qui leur amènerait un maximum de profit, comme pour tous les «printemps». Leur appel à rester loin des «groupes marginaux», tout en évaluant la révolte, est la preuve la plus évidente qu’ils parlent avec le langage du Pouvoir. Comme dans les révoltes à d’autres endroits, ces partis qui tentent d’accéder au pouvoir en utilisant cette rébellion tenteront d’arrêter ceux qui se sont révoltés spontanément, sans chefs et sans partis.

Étant donné que ces secteurs ne sont pas les organisateurs du mouvement, ils ne peuvent pas imposer leurs caractéristiques socio-économiques à la population. Donc, ils ne peuvent pas diriger l’action. En outre, leurs déclarations insistent sur des «groupes marginaux» qui se composent d’individus qui les dérangent, mais qui sont aussi les vrais mobilisateurs de la révolte. Qui plus est, ils sont consciemment aveugles du fait que d’autres personnes opprimées de différents secteurs résistent, non seulement dans des centres comme Taksim et Beşiktaş, mais aussi dans des zones « environnantes ». Oui, la révolte a une idéologie, mais ce n’est pas une idéologie que les médias, les partis d’opposition et divers groupes économiques essaient d’homogénéiser et de dépolitiser.
L’idéologie de la révolte est la conscience de l’individu qui ressent l’augmentation de la terreur d’État et l’action individuelle  pour  lutter contre celle-ci.

Cette révolte a commencé contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste, comme nous l’avons souligné dès le début. Nous espérons que cela augmentera avec des grèves générales et qu’il y aura plus d’opprimés dans les rues, et par cet espoir nous faisons grandir la révolte. Nos réserves sur la révolte peuvent se concrétiser plus tard, si elle en  devient réduite à une lutte de pouvoir entre partis de l’opposition. Mais nous ne sommes pas des oracles. Les révolutionnaires ne font pas de prédictions sans espoir de l’avenir, assis dans un coin. Nous savons bien que des révoltes comme celle-ci sont des moments de mobilisation sur le chemin vers la révolution sociale. Notre combat anarchiste continuera donc à embrasser la révolte avec passion.

Meydan Gazetesi 

(« La Gazette de la place« , journal et site anarchiste turc), 10 juin 2013

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Dortmund/Berlin (Allemagne) : manifs sauvages solidaires avec la révolte en Turquie

SourceBrèves du Désordre.

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Le 4 juin, une nouvelle manif anarchiste non autorisée est partie du Katharinentreppen, juste en face de la gare centrale de Dortmund pour prendre ensuite la rue commerçante du centre, Westenhellweg.

 

Environ 80 personnes ont participé à la manif sauvage qui a commencé comme prévu à 19h. Trois textes ont été lus : un tract distribué à des milliers d’exemplaires sur le parcours de la manif, un texte revenant sur la révolte et les violences policières en Turquie, mais faisant aussi référence à la répression au cours du mouvement de protestation Blockupy à Francfort (quelques jours auparavant) ; la dernière contribution portait, en général, sur la révolte et les possibilités d’activité anarchiste, posant clairement que la violence provient d’abord de la domination et pas des révolté-es. Nous avons consciemment décidé de mener cette action sans sono pour pouvoir être plus mobiles en cas d’attaque policière, et afin de créer un esprit combatif différent.

Il est aussi motivant pour nous que seuls un drapeau turc et deux du Parti Piraten soient apparus lors du rassemblement pour ensuite disparaître au cours de la manif. Après la lecture des textes, celle-ci a bruyamment porté sa solidarité dans les rues du centre jusqu’à la Reinolidkirche.

A part les tacts distribués, les slogans étaient par exemple : “İsyan, Devrim, Anarşi (Révolte, Revolution, Anarchie)”, “Amore, Anarchia, Autonomia (Amour, Anarchie, Autonomie)”, “Istanbul, c’était un meurtre ; résistance partout”, “No Justice, No Peace, Fight the Police » et “Taksim est partout, Taksim est ici”.

Ne serait-ce que pour un moment, la manif a brisé la normalité capitaliste dans le centre-ville commercialisé de Dortmund et les réactions positives ont été nombreuses. Les compagnon-nes se sont dispersés alors que les gyrophares des voitures de police apparaissaient au loin, à Westenhellweg. Quelques minutes après, des dizaines de patrouilles sont arrivées à la recherche de personnes suspectes. A notre connaissance les flics n’ont procédé qu’à quelques contrôles d’identité dans le parc près de la gare.

Nous considérons que cette manif est un succès. Particulièrement à Dortmund (où tout ce qui est vu comme ne serait-ce que proche de la « gauche radicale” est supprimé par tous les moyens) nous avons “fait ce que nous avions à faire ” ; avec autodétermination et sans flics autour. Il y a longtemps qu’une manifestation anarchiste ou même de la gauche radicale n’avait pas eu lieu sans qu’on la fasse chier. Espérons que nous avons posé un signal, non seulement de solidarité avec celles et ceux qui luttent en Turquie, mais aussi au niveau local, à Dortmund. Nous sommes conscients que ce succès est dû à la défaillance de la police. Quoi qu’il en soit, nous pensons qu’à l’avenir il peut y avoir une culture de manifestations plus confiante et que le mouvement anarchiste de la région de la Ruhr gagnera en force.

Pour davantage d’actions autodéterminées ! Soyons imprévisibles pour les organes répressifs !
Liberté pour tou-tes les prisonnier-es en Turquie !
Qu’ils continuent avec la révolte !

İsyan, Devrim, Anarşi ! ¡Revolte, Revolution, Anarchie !

Des anarchistes de la région de la Ruhr

Traduit de l’espagnol de contrainfo, 10 June 2013


Berlin : Kreuzberg salue les insurgé-es en Turquie

Traduit de l’allemand de linksunten, 08.06.2013 – 13:23

Depuis la fin de la semaine dernière, des personnes descendent tous les jours dans les rues de Berlin pour exprimer leur solidarité avec les combats qui se poursuivent en Turquie. Hier soir, il y a de nouveau eu une brève manif sauvage dans le centre du quartier de Kreuzberg. A 22h30, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées devant la porte de Kottbuss en gueulant des slogans accompagnés de feux d’artifices. En peu de temps, la circulation a été bloquée par du matériel de chantier dans presque toutes les directions. Les flics qui, à ce moment-là étaient en train de procéder à des contrôles de drogue, ont été attaqués à coups de pierres et d’engins incendiaires. Ensuite la manif s’est éparpillée.

Juste auparavant, des tracts sur la révolte en Turquie, circulant depuis quelques jours déjà en Allemand et en Turc, avaient été distribués dans le quartier. Des banderoles avec « Berlin salue Istanbul – pour la révolte sociale partout dans le monde » et « Özgürlük için omuz omuza ! (côte à côte pour la Liberté) » avaient aussi été accrochées. Selon la presse, les flics qui se trouvaient alentours avec plusieurs camionnettes auraient arrêté deux personnes. Notre solidarité va aussi vers elles, qui se voient maintenant exposées à l’arbitraire de la police et de la justice berlinoises.

Nous reviendrons au moment, à l’endroit et de la manière que nous choisirons. Pour participer aux manifs, faire des actions et montrer aux insurgé-es que nous luttons à leurs côtés, ici aussi à Berlin.

Nos pensées vont aux ami-es et aux proches de Mehmet Ayvalıtaş, Abdullah Cömert et Ethem Sarısülük, qui sont morts au cours de la révolte.
Liberté pour les prisonniers !

Le tract :

Solidarité avec les insurgé-es

Les gens se précipitent dans les rues, érigent des barricades, brûlent des voitures, balancent tout ce qui n’est pas fixé au sol sur la police. Le ciel est rempli de gaz lacrymogènes, un cri de liberté se fraie son chemin à travers le brouillard.

Alors qu’il y a quelques jours, un des derniers espaces verts publics d’Istanbul devait être dévasté au profit d’un centre commercial, cela a été l’étincelle qui a fait descendre des milliers de personnes dans la rue pour opposer une résistance. Cette révolte s’est entre-temps répandue comme une trainée de poudre dans tout le pays.
Même si les motivations et les raisons de se bouger peuvent être différentes selon les individus, ce sont de nouveaux espaces qui s’ouvrent dans cette rupture avec l’existant, des espaces où l’auto-organisation, la solidarité et la confrontation deviennent possibles.

Autant de choses qui ne trouvent que rarement leur place dans le monde que nous connaissons. Entre l’école, le travail, le loyer à payer, la famille à nourrir etc., il semble qu’il n’y ait plus guère de temps pour s’intéresser à la destruction de ce qui nous entoure.

Nous nous réjouissons que partout dans le monde il reste des gens qui, malgré tout, continuent de le faire. Comme on peut le voir, les petites luttes du quotidien peuvent parfois déclencher une révolte généralisée.

Nous pouvons reconnaître les signaux de fumée provenant des villes et y retrouver les luttes que nous menons ici – contre la gentrification, l’humiliation et la violence policière. C’est pourquoi nous appelons à la solidarité avec les insurgé-es, afin que jusqu’au Bosphore, ils puissent voir qu’ils ne sont pas seul-es…

Côte à côte pour la Liberté !

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D’autres contre-informations, communiqués, etc… sur la situation en Turquie :

– Sur le réseau contrainfo : contrainfo.espiv.net

– Sur le site des brèves du désordre : Cette Semaine

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