La guerre sociale au Brésil : « Des éclats un peu sociaux ».

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13 Juillet 2014

[Aujourd’hui : jour de la finale de la « coupe du monde » de football au Brésil, nous relayons un ensemble de documents reçus par mails pour publication et/ou collectés sur ces derniers mois et qui nous semblent dignes d’intérêt sur les mouvements de révoltes furieux qui secouent le Capital et l’Etat au Brésil depuis maintenant plus d’un an et demi.

Mouvements contre l’appauvrissement généralisé et la destruction des conditions d’existence (habitant-e-s des favelas chassé-e-s et manifestant-e-s blessé-e-s et même tué-e-s), l’augmentation du « prix de la survie », la gentrification (notamment à Rio de Janeiro) lié à tout un ensemble de projets de restructuration urbaine, notamment en rapport avec la coupe du monde et ses projets pharaoniques de construction de stades et autres délires.

Pendant des semaines et des mois : des grèves, des manifs et émeutes géantes ont culminées l’année dernière avec l’attaque « spectaculaire » du parlement de l’Etat de Rio et les flics chassés des rues. Depuis, de nombreux mouvements de luttes et de révoltes ont continué, black blocs dans les grandes villes, grèves massives dans les transports et dans l’éducation, occupations, etc.

Des lois anti-terroristes ont été votées par le gouvernement qui permettent d’instaurer une sorte de couvre-feu et ont rendu possible la condamnation des récalcitrant-e-s à de lourdes et longues peines, sans compter les camarades et compagnon-e-s condamné-e-s à plusieurs années de prison suites aux émeutes et actions, notamment en black bloc, qui ont eu lieu depuis un an.

Pendant toute la durée du « Mondial », ces mouvements de révoltes, (manifestations interdites et grèves interdites comprises), bien qu’étouffés par l’écrasante présence policière, et même l’occupation des rues par la police militaire (les « tropa de choque ») ont continué : contre « La Coupe » et le monde qui va avec…

Hier, veille de la finale, la police a encore arrêté préventivement des dizaines de personnes directement à domicile, très certainement des camarades et compas, avec ordonnances de perquisition pour protéger la FIFA et la messe finale de son grand business.

Pour aiguiser un peu notre colère : rappelons quand même que Michel Platini, membre du comité exécutif de la FIFA et président de l’UEFA, déclarait à la presse fin avril « Faut absolument dire aux Brésiliens qu’ils ont la Coupe du monde, qu’ils sont là pour montrer la beauté de leur pays, leur passion pour le football et que, s’ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien pour le Brésil et pour la planète football, quoi. »

Ultime preuve, s’il en était besoin, que la FIFA est aujourd’hui plus que jamais une puissante multinationale capable de dicter sa loi, et dont les membres dirigeants réclament cyniquement aux pauvres la paix sociale que l’Etat leur imposera de toute façon, par la terreur s’il le faut : pour les fausses joies du très lucratif spectacle footballistique.

Mais rien n’est finit : tout continue !

Amitiés, solidarité, rage et courage à celles et ceux qui se sont battus, et se battent encore !

Le Cri Du Dodo]

Rio de Janeiro (Brésil): La police arrête des dizaines d’activistes à la veille de la finale de la Coupe du Monde

12 Juillet 2014

Source : Squat.net

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Ce samedi 12 juillet 2014, à la veille de la finale de la Coupe du Monde, une vingtaine d’activistes ont été arrêtés chez eux. 60 ordonnances de perquisition et de détention provisoire ont été données à des personnes accusées de participer à des mouvements sociaux. Pour l’instant, 19 ont été effectuées. Les ordonnances ont déterminé cinq jours de détention provisoire. Les activistes ont été amenés à la « Cité de la Police » (Cidade da Policia), un gros complexe de commissariats créé l’année dernière pour centraliser les informations et les actions de la police militaire de Rio de Janeiro. Ensuite, les personnes arrêtées seront amenées à la prison « Bangu 8″ dans la journée.

À la veille de la finale du Mondial, où une grosse manifestation sous le nom « La Coupe du Monde n’aura pas lieu » (le fameux slogan né l’année dernière) est prévue, ces arrestations, sans aucune preuve ou justification concrète, servent à criminaliser et à bloquer les mouvements sociaux. « La courte durée de la détention met en évidence le but de l’Etat de neutraliser, réprimer et effrayer les personnes qui utilisent les manifestations comme un moyen d’expression et de lutte pour la justice sociale » (« Justiça Global »/ Justice Globale).

Une des personnes arrêtées raconte que la police a embarqué son portable, un masque à gaz et un t-shirt d’une rencontre des mouvements sociaux lors de l’arrestation chez lui. Les ordonnances de perquisition ont été effectuées à partir de 6h30. Les personnes arrêtées sont arrivées à la « Cité de la Police » vers 7h30. A l’arrivée au commissariat, la seule personne qui était menottée était un activiste noir…

Ce n’est pas la seule mesure prise par les autorités pour empêcher la dernière manifestation le jour de la finale de la Coupe du Monde : 30 000 flics ont été envoyés pour faire la « sécurité » du stade Maracanã. Les rues aux alentours du stade ont été bloquées au petit matin, pour le match de demain. On ne peut pas continuer à vivre dans un « État d’exception », où des personnes se font arrêter et emprisonner sous la seule accusation de participer à des manifestations. Cette Coupe du Monde a été la Coupe des expulsions de favelas, de la violence et des assassinats par la police. Elle devient aussi la Coupe du Monde qui veut faire taire les personnes qui se battent contre la misère, l’exploitation et les injustices commises pour organiser ce méga-événement.

À bas la dictature de la FIFA et de l’État Brésilien !

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Brésil : Introduction au Black Bloc par quelques participant-e-s

Source : Réseau Contra Info, contrainfo.espiv.net

[Nous relayons la vidéo et son texte malgré quelques réserves sémantiques, pour la contre-information, mais aussi parce qu’en dehors de ça : nous partageons l’essentiel et le fond du message. La vidéo est accompagnée d’une traduction en sous-titre]

Texte de la vidéo :

Pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi les personnes actives dans le Black Bloc utilisent des tactiques militantes de destruction des biens des multinationales: les militant.e.s du black bloc ne sont pas des manifestants! Ils ne sont pas là pour protester! Ils sont là pour mener à bien l’action directe contre les symboles et les mécanismes de l’oppression. Leurs actions visent à provoquer des dommages matériels contre les institutions oppressives.

Cependant, plus important encore, ils agissent avec l’intention performative pour illustrer de façon dramatique que les gens ont le pouvoir, même quand ils sont confrontés à la force écrasante d’un Etat policier; que les entreprises et les institutions ne sont pas aussi puissantes que ce qu’elles aimeraient nous faire croire et lorsqu’elles essaient de nous dissuader c’est vraiment entre nos mains de résister.

Puisqu’ils persistent à nous attaquer, défions l’autorité et renversons l’ordre et les lois. Ceci ne signifie pas que nous devrions abandonner l’éthique, l’humanité, ou cesser de nous soutenir entre êtres humains. Ce sont des leçons essentielles que les gens devraient se rappeler aujourd’hui plus que jamais. La police ignore ouvertement les droits des êtres humains. Pour eux, les gens ne sont qu’une masse docile, facilement contrôlable et manipulable.

La plupart des gens devraient être d’accord sur le fait que que ce sont ceux au pouvoir qui devraient craindre le peuple, et apparemment, ils ont perdu cette crainte salutaire; ainsi l’activisme militant est l’effort de garder cette menace vivante, insistant  sur le fait que faire des sit-ins et brandir des pancartes ne le sera jamais.

Plus nous oublierons que nous détenons le pouvoir de nous rebeller contre ceux qui essaient de nous dominer, plus ils nous domineront.

 

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Génocide et spectacle : 

Une réflexion anarchiste sur le contexte à Rio de Janeiro : l’opération Choc de l’Ordre, la Coupe du Monde de la FIFA et les Jeux Olympiques d’Été de 2016 au Brésil.

Texte écrit en Septembre 2011

Pdf de la brochure

Source : première traduction en septembre 2012 par le réseau Contra Info (contrainfo.espiv.net) et mise en page par « camotazo.noblogs.org »

Rio de Janeiro, futur hôte de la Coupe du Monde de 2014 et des Jeux Olympiques de 2016, est une métropole emblématique construite autour d’un écosystème paradisiaque et admirable [1]. Ses quartiers et ses rues contiennent le contraste du royaume marchand : disséminés autour des différentes parties de la ville, la pauvreté criante, la profonde décadence, l’abandon administratif dans leurs états les plus crus… et à d’autres endroits, le luxe hygiénique sert de toile de fond à un scénario simulé et superficiel de consumérisme et de vie confortable, constamment sous l’œil des caméras et d’une forte présence policière. Cette terre de tant d’anecdotes qui font « l’histoire du Brésil » est l’endroit où se produisent des extrémismes à caractère urbain et qui ne peuvent qu’être vécus en ce lieu, du moins dans les proportions dans lesquelles ils se manifestent.

Selon l’Indice de Développement Humain (IDH) – une mesure internationale comparative pour classifier le « développement » économique d’un territoire – il existe dans la ville de Rio une coexistence d’IDH de certains des quartiers les plus riches du monde, équivalents à ceux qu’on peut trouver dans certains endroits d’Europe, alors que plusieurs favelas ont un IDH égalant ceux de certains des pays les plus pauvres du continent africain. À l’origine de tout cela, le fait que ce fut toujours une ville où richesse extrême cohabite avec extrême pauvreté et que ce fut l’un des ports majeurs pour les humains enlevés en Afrique puis revendus comme esclaves. Malgré tout, pendant 12 ans elle fut la capitale de l’empire portugais et après l’ »indépendance » elle fut la capitale du Brésil jusqu’au milieu du XXe siècle. Si autrefois les contrastes encerclaient les palaces de la noblesse et les quartiers noirs, aujourd’hui cette différence se perçoit entre les quartiers riches opulents – de vrais Beverly Hills – et les nombreuses favelas.

La question raciale est intrinsèquement reliée à l’histoire de Rio de Janeiro. Si aujourd’hui il existe une politique si violente assiégeant cette ville, c’est sûrement parce que d’elle descend directement du régime esclavagiste. Cela date de la création d’un pouvoir public autonome et de la propre constitution de l’État brésilien. Avec l’arrivée de la famille royale du Portugal en 1808, la police de Rio fut fondée pour édifier un nouvel ordre public qui cherchait à affronter dans les rues la population réduite en esclavage, terrorisant les noirs et les pauvres avec des châtiments corporels en public et des éliminations physiques. Dans le même temps, elle combattait la résistance qui était apparue de différentes manières, à la fois de nature politique et culturelle, organisée ou non : depuis les équipées rebelles et les formations consécutives des quilombos – communautés rebelles noires [2] – à la capoeira, une technique de combat développée dans les rues et un outil inséparable des rebelles noirs organisés qui ont combattu lors de révoltes organisées durant toute cette période. La favela est la fille et la nièce de cette résistance, berceau de ces magnifiques manifestations culturelles de descendance africaine et bastion de ceux qui n’ont jamais séparé le combat du sourire.

L’origine des favelas de Rio de Janeiro émane du milieu du XIXe siècle lorsqu’avec la fin de l’esclavage une partie des affranchis migrèrent vers la capitale fédérale, s’installant de façon informelle dans des lieux qui seront connus après sous le nom de Favelas. Le premier de ces endroits à être appelé favela fut Morro de Providência [Colline de la Providence], qui se trouve près de la zone portuaire dans le centre de Rio, occupé en 1897 par des soldats noirs de l’armée brésilienne qui revenaient de la Guerre des Canudos et qui avaient cessé de toucher leurs soldes ; sans moyens financiers, ils allèrent vivre sur la colline dans des baraques temporaires. Le terme favela vient du camp de Canudos qui se situait dans la province de Bahia et qui fut construit sur une colline où poussaient beaucoup de plantes d’une espèce populairement connue sous le nom de Favela ou Faveleiro. Cette plante fut aussi trouvée à Morro de Providência, ce qui lui valut le nom de Morro da Favela [Colline de Favela]. Avec le temps, le terme commença à être utilisé comme façon de désigner les lieux d’habitation populaire. La favela, d’un point de vue urbain, est la descendante des quartiers d’esclaves [senzalas], et apparaît comme l’un des représentants majeurs du ségrégationnisme aigu, de l’isolement, des déchets humains, dans un régime qui avait substitué le travail d’esclave à l’esclavage salarial, vu que les temps avaient changé et qu’il y avait un besoin de formes différentes d’exploitation.

D’autre part, la favela est la représentante de la résistance culturelle noire qui a continué à se développer dans des manifestations culturelles comme la samba, la capoeira et les religions d’origine africaine (comme la candomblé et l’umbanda), en plus d’être l’habitat naturel de l’authentique système D brésilien. Ainsi le policier de Rio est le « capitão-do-mato » moderne (ceux qui capturaient les esclaves et les ramenaient à leurs maîtres), qui a juste substitué le fusil au fouet. Si avant, le mépris de la vie se traduisait dans l’image de l’esclave noir, aujourd’hui il se reflète dans la figure de l’habitant de la favela.

La réalité d’aujourd’hui

Ce qui se vit actuellement c’est une guerre civile à un niveau de conflit urbain armé inconnu en Amérique latine, camouflée en « guerre contre le trafic de drogue ». Les favelas ont toujours été contrôlées par les trafiquants de drogue ou par les milices locales [3] et plus récemment par la police qui utilise un large arsenal pour défendre son territoire. Les balles sont aussi quotidiennes que le riz et les haricots (la base du régime brésilien).

Sans aucun doute l’économie de Rio tourne autour du tourisme et bien sûr la ville est l’une des destinations touristiques les plus prisées de la planète. La « merveilleuse ville » est pleine de richesses pour tous ceux qui ont les conditions économiques pour les consommer. Une spéculation foncière et un embellissement rendu nécessaire pour le maintien d’une atmosphère de ville confortable pour ces gens. Cette situation mène à une constante et chaque fois plus grave criminalisation de la pauvreté, qui apparaît sur différents fronts et zones dans le contexte actuel, déguisée en réformes urbaines et améliorations de la qualité de vie de la population. Mais en réalité ce sont les voies vers des projets économiques mégalomanes entrepris par une série de partenariats public-privé.

La réalité sociale de Rio de Janeiro rend chaque fois plus explicite la ligne étroite articulée autour de différentes stratégies de gestion étatique, se trouvant quelque part entre la dictature et la démocratie. Au final, torture, élimination physique et incarcération (qui ont gagné de la visibilité lors de la dictature militaire afin de toucher des secteurs de la classe moyenne) ont toujours été une réalité pour les noirs, les pauvres et les habitants des favelas. Dans une période démocratique si acclamée il y a des faits qui deviennent de plus en plus présents. Plusieurs tactiques bien distinctes ont été utilisées, découlant de la nouvelle politique administrative de l’État (dans les mains de Sérgio Cabral Filho depuis 2006) et de la préfecture de la ville (tenue par Eduardo Paes depuis 2009), des initiatives qui viennent de différents endroits :

1) La guerre informelle contre les vendeurs à la sauvette qui, face à cette réalité, choisissent l’un des plus importants moyens de survie pour ceux qui sont sans le sou.
2) La reprise du contrôle de zones précédemment contrôlées par le trafic de drogue.
3) Les programmes de développement urbain, comme la revitalisation des environs du port.
4) L’écrasante présence de drogue comme le crack, ou plus récemment l’oxi [Ndt : mélange de pâte de cocaïne, d’essence, de kérosène et de chaux vive, qui se fume comme le crack], qui renforce le contrôle sur la population.

En plus de tous ces éléments, l’extermination actuelle de civils par la police, morts justifiées comme des dommages collatéraux dans une supposée guerre contre le trafic de drogue et souvent passée sous le coup de la dénommée Autos de Resistência – lorsque les assassinats de la police sont considérés comme étant la faute des victimes [4] – pour camoufler des exécutions sommaires. Ce qui se passe dans la pratique est un génocide silencieux qui loin de viser les groupes qu’il a pour cible – dans ce cas-ci les barons de la drogue – affecte surtout toutes les couches populaires qui se trouvent dans la zone du conflit. Le nombre de morts dans les mains des forces de police de Rio de Janeiro est extrêmement élevé. Prenons les trois dernières années pour exemple : en 2008 il y a eu 611 morts, en 2009 ils étaient 495, en 2010, 545 – chiffre qui équivaut plus ou moins aux victimes des pluies qui ont touché la région montagneuse au-dessus de la ville de Rio de Janeiro, en janvier 2011, considéré comme le « plus gros désastre naturel » de l’histoire du Brésil.

Avec de sinistres chansons qui glorifient la guerre et qui sont partie intégrante de sa formation, le BOPE (Bataillon d’Opérations Spéciales de Police) ne s’embarrasse d’aucun doute quand à ses missions d’après la chanson qu’ils chantent : « Homme en noir / Quelle est ta mission ? / C’est d’envahir la favela / De laisser des corps sur le sol », voire : « J’infiltrerai une favela / Avec un fusil dans ma main / Je combattrai l’ennemi / Provoquerai la destruction ». Le BOPE a été conçu et entraîné pour être une machine de guerre et exterminer les habitants des favelas. Le fait qu’ils aient un crâne comme logo n’est pas du pur symbolisme.

L’un des projets pilotes de l’actuel gouvernement au pouvoir, faisant partie de la logique de restructuration et d’embellissement de la ville, ce sont les machiavéliques UPP (Unités de Police Pacificatrice). Ce sont des unités de la police qui par des invasions permanentes reprennent le contrôle des communautés qui étaient précédemment sous la coupe des barons de la drogue.

Coïncidence ou non, toutes ces communautés sont des favelas qui se situent dans des zones à fort intérêt économique, telle la zone au sud et les terrains nobles de la zone nord, ainsi que des zones d’intérêt touristico-économique [5]. Les UPP apparaissent comme le point culminant de la « guerre » contre le trafic de drogue, et marquent un moment où l’État donne finalement une réponse plus efficace et énergique aux trafics. La présence permanente de la police dans la communauté signifie qu’elle peut agir en toute impunité (une sorte d’état d’exception non-déclaré), agissant sans scrupules grâce à l’inconstitutionnalité, envahissant sans cesse les maisons et terrorisant les habitants. L’ironie est que dans aucune des communautés où l’UPP agit en ce moment le trafic de drogue n’a disparu ; bien au contraire, le commerce se développe, même si les trafiquants fanfaronnent moins avec leurs armes et donnent des pots-de-vin à la police afin de poursuivre en toute tranquillité leur business.

Les UPP sont profondément en lien avec le processus de nettoyage socio-économique des quartiers qui se déroule dans plusieurs parties de Rio de Janeiro, agissant comme les précurseurs d’un processus innovant de gentrification [6] des aires des favelas. Comme champ de leur intervention, les branchements clandestins sur les réseaux électriques ou d’eaux ont été coupés, causant un accroissement drastique du coût de la vie quotidienne pour les plus pauvres et renforçant ainsi une sorte de processus d’expulsion graduel.

Dans le sud, des baraques sont vendues et louées à des prix incroyablement élevés et dans le même temps des assainissements sanitaires sont pour la première fois introduits. Mais pour qui exactement ces « améliorations » sont-elles faites ? Logiquement elles sont destinées aux nouveaux hôtels (et autres sortes de marchés privés) et aux nouveaux visiteurs de ces espaces : les touristes et les individus de la classe moyenne.

Ces opérations de meurtre de masse organisées par l’État et ses partenaires privés sont seulement rendues possibles par l’insertion dans les communautés du bras gauche de ces interventions : les ONG. Partie intégrante du processus pour limiter les dommages, les institutions non-gouvernementales sont chargées d’infiltrer les favelas sous l’apparence de projets de fond pour le développement social. La présence de ces organisations dans les communautés est, à son tour, marquée par l’ambiguïté. Alors que ces institutions « facilitent » le développement socioculturel au niveau local, derrière leurs implantation il y a, depuis le début, le caractère pacificateur et les profits générés grâce aux exonérations d’impôts et aux investissements transnationaux, qui sont souvent une source de revenus, en plus de leurs activités dans le recensement et le fichage des résidents, les incitant aussi à assumer le rôle d’indics dans la communauté. Il existe des cas similaires qui concernent les programmes plus récents du gouvernement fédéral, près des zones urbaines classées comme « à risque » (elles sont touchées par le programme pilote appelé Fica Vivo [Rester en Vie]).

C’est dans ce décor général de revanche et d’invasion ostensiblement militaire que le Choque de Ordem [Choc de l’Ordre] s’intègre. Un projet crée depuis début 2009 par le maire en poste Eduardo Paes, organisé par le Secrétariat à la Sécurité Publique, rassemblant différentes composantes comme la police municipale, la police civile et militaire, l’entreprise de collecte des déchets Comlurb et le Secrétariat au Logement, pour lancer des actions coordonnées en vue du « rétablissement de l’ordre dans la ville ». L’opération se concentre surtout sur la lutte contre les camelôs [vendeurs à la sauvette], sur l’expulsion par la force des sans-abris – que ce soit des accros au crack ou non – et sur les innombrables expulsions de maisons considérées comme illégales ou n’ayant pas les papiers en règle, comme c’est le cas des squats urbains, des favelas ou de parties de favelas qui sont déplacées car situées dans le chemin de ces réformes.

Le projet Porto Maravilha [Port Merveille]

L’un des projets actuels majeurs de ré-urbanisation de la ville de Rio de Janeiro est, bien entendu, la revitalisation de la zone portuaire, appelée Porto Maravilha et qui est l’initiative publique-privée la plus importante du Brésil. C’est une société formée par la municipalité, l’État, la région et des initiatives privées. Toute la région du port s’est privatisée, passant dans les mains de trois entreprises privées pour les quinze années à venir. Les mots du maire lui-même : « Quel est le rêve de chaque entreprise privée ? Faire de grands profits constants dans le temps et sans risque. La ville de Rio réalise le rêve de trois d’entre elles : OAS, Odebrecht et Carioca Engenharia, qui ensemble forment le consortium qui gère Porto Maravilha. L’ingénieux partenariat public-privé ne peut pas être vu d’une autre manière : un transfert d’argent public à trois grandes entreprises privées, sans avantages apparents pour l’État. »

Le projet couvre une superficie de 5 millions de mètres carrés, dont les limites sont les avenues Presidente Vargas, Rodrigues Alvers, Rio Branco et Francisco Bicalho. Il passe par quatre quartiers : Centro, Santo Cristo, Salud et Gamboa. Les investissements incluent la création et l’implantation de musées, la construction de luxueux mouillages pour les croisières touristiques, la construction d’immeubles d’habitation pour la classe moyenne, la construction de l’aquarium le plus grand d’Amérique Latine, en plus de nouveaux sièges de banques, qui incluent la Banco Central. La première phase de construction a débuté en 2009 et est toujours en cours, avec des mises en œuvre basiques comme l’installation de nouveaux réseaux hydrauliques et la ré-urbanisation de Morro da Conceição. La nouvelle phase de travaux a commencé en 2011 et inclut des réalisations plus importantes comme la démolition du viaduc du Perimetral, situé au-dessus de l’avenue Rodrigues Alves. L’objectif est de terminer tous les projets de ré-urbanisation pour 2015.

En toile de fond de ce projet une série d’opérations répressives et de violations de la dignité des personnes sont menées jour après jour. Durant de nombreuses années le quartier du port a été une des zones les plus négligées et méprisées de la ville de Rio de Janeiro, lieu de presque quatre siècles d’histoire d’effusion de sang et de résistance politique et culturelle, de nombreuses fois un refuge et une alternative pour ceux qui trouvent dans l’occupation d’immeubles vides une forme pratique pour accéder à un logement. On ne compte plus les expulsions qui ont concerné les squats, en plus de maisons à Providência qui ont été détruites pour construire un téléphérique.

La favela de Providência a depuis avril 2010 sa propre UPP qui garantit la « sécurité » pour le bon déroulement des projets. En plus de tout cela, de mystérieux incendies ont touché des squats, des communautés (comme celle de Rato Molhado dans le nord) et des commerces informels (comme celui qui fut probablement le plus important de ces incendies et qui a consumé le marché ouvert de Central do Brasil le 26 avril 2010). On remarquera que ce marché populaire était situé très près de la caserne de pompiers de Rio de Janeiro, et malgré ça, les secours ont mis plus d’une heure à arriver. Ce n’est pas un hasard si la mairie avait déjà des plans de « revitalisation » pour ce lieu.

Dans la pratique ce projet n’est rien de plus qu’un des pivots du processus de maquillage que la ville est en train de faire. C’est la préparation pour les grands événements à venir : le mondial de foot en 2014 et les Jeux Olympiques en 2016. À l’instar de toutes les opérations hygiénistes, il s’agit de la prise, par la classe la plus riche, d’une zone antérieurement occupée par les classes plus pauvres.

Il n’est pas possible de savoir avec certitude sur quoi vont aboutir ces opérations si atroces et soudaines. Mais, de fait, on peut déjà faire des prévisions, suggérées par ce qui est évident pour n’importe quel œil observateur. Les questions les plus inquiètes restent noyées par les années « prometteuses » des mégas événements de 2014 et 2016, dans un scénario désastreux d’ignorance, de peur et d’égocentrisme touristique.

La confusion est apaisée par le fanatisme insensé d’un esprit sportif chaque fois plus publicitaire, piégé dans une vague de marketing belliqueux, qui déclare à l’ordre du jour l’extermination ouverte pour satisfaire les objectifs des marchés financiers incarnés par les travaux publics et la spéculation immobilière. Dans un futur pas si lointain, après l’hébétude des Jeux, nous ferons face à des questions auxquelles il n’y a eu que des mauvaises réponses délibérées, des choses accumulées laissées de côté par négligence, que seulement la guerre sociale déclarée peut combler [7].

Jusque là et dès maintenant, nous assumons déjà une position : notre refus est inflexible, le futur est déjà maintenant.

Le squat Flor do Asfalto

« Les vauriens déambulent d’un port à l’autre. Face à la machinerie lourde, ils observent avec consternation les nombreuses faces d’un futur laissé pour plus tard. Des rumeurs d’effondrement, des jours de guerre… des minutes de passions arrachées des souterrains, des îles et des rues. Le quai est là, mais il y a aussi des ports hallucinés / Dans le chaos du port flotte, fait de tissu noir décoloré, un drapeau pirate, agité par la brise de la mer et la vitesse des machines… et nous savons que c’est par là-bas qu’errent ces renégats. De port en port, « ils crachent la fumée de cigarette  » : peut-être qu’il y a plus à tirer d’un crachat même que de n’importe quelle morale civilisée.  » (Collectif Casa Aberta – Les pirates malades ne disent rien…)

Issue de l’initiative de plusieurs personnes du milieu libertaire, la Flor do Asfalto a été occupée le 17 octobre 2006, sur l’avenue Rodrigues Alves, ayant comme objectif, en dehors d’être un lieu de vie collectif, de se convertir en un espace de création politique et contre-culturel. Depuis lors, diverses initiatives et projets ont commencé à germer dans ce lieu, comme la mise en place d’une bibliothèque, d’ateliers d’art et de sérigraphie, un herbier, parmi différentes pratiques visant un mode de vie plus respectueux et en plus grande harmonie avec la terre, comme l’entretien d’un jardin potager et d’un système agro-forestier. Durant ces 5 ans il y a eu beaucoup d’initiatives et d’activités développées à la Flor, depuis des ateliers et des discussions jusqu’à des fêtes et des concerts. La Flor assume publiquement sa posture de confrontation avec la réalité existante, ses relations de pouvoir et ses politiques oppressives, en mettant en avant la nécessité de la réappropriation de la vie pour ceux qui s’investissent en son sein et la guerre vécue à chaque moment de l’existence.

Les différentes ruptures et alternatives avec ce monde ne se font pas seulement comme alternatives en elles-même, mais comme confrontation, intervention dans la réalité et positionnement radical au milieu de l’œil du cyclone. Actuellement, le squat voit ses jours comptés car il se situe juste dans la zone qui comprend la nouvelle phase de travaux du projet Porto Maravilha. Ce sera l’une des prochaines cibles des attaques qui précèdent les travaux. En maintenant le refus ferme de l’existence de l’État et de ses appareils répressifs, comme la police, on n’envisage pas la possibilité de dialoguer ou de trouver un accord. Y compris en considérant, dans certaines occasions, une telle possibilité, il faut toujours garder en tête que le jeu des lois fait partie du jeu de l’ennemi.

Se bouger, ne pas rester dans l’inertie, ça a été la stratégie utilisée pour contrecarrer ce moment. C’est pour ça que depuis l’intérieur du squat des communiqués sont vociférés, expliquant les positions de ses occupants, visant la création de liens de solidarité qui crient et résonnent au-delà des lignes imaginaires de la ville de Rio de Janeiro, vu que ces liens, dans des moments comme celui-ci, sont sans hésitation le meilleur arsenal que peuvent trouver les opprimés rebelles.

Version originale publiée en portugais en septembre 2011, sur le blog diasemcompras.wordpress.com.

Notes

[1] L’écosystème où se situe la ville de Rio de Janeiro est la Mata Atlântica (forêt tropicale de l’Atlantique), qui a été la seconde forêt tropicale la plus grande d’Amérique du Sud et qui comprenait toute la zone de la côte du Brésil jusqu’à l’Argentine et le Paraguay. Actuellement il ne reste que 10% de tout ça. Et même ainsi cela reste l’un des écosystèmes les plus diversifiés de la planète.

[2] Les quilombos sont des zones autonomes qui existent dans beaucoup d’endroits du territoire brésilien, avec de grandes concentrations de descendants d’Africains faits esclaves pendant des siècles. Crées par les anciens esclaves fugitifs et rebelles, normalement dans des zones plus éloignées des villes mais aussi dans les périphéries urbaines, basées sur une économie de subsistance, mais maintenant aussi un conflit et des attaques constantes contre le régime esclavagiste. Le premier, et certainement le plus remarquable, a été celui de Palmares, situé dans la Serra da Barriga, Alagoas, et qui a duré plus de cent ans (entre les XVIe et XVIIe siècles). Il y a encore beaucoup de personnes qui possèdent la légitimité de l’héritage de ces terres, reconnues sur des papiers et légitimées à travers les luttes de ces gens. Certains des projets récents de ré-urbanisation se basent sur l’intolérance déclarée envers ces données et preuves historiques, et trahissent littéralement ces communautés quilombos, en les expulsant de leurs terres sans aucune considération envers ces écrits ni envers l’histoire de la résistance quilombo.

[3] Les milices sont des groupes paramilitaires formés par des ex-policiers et pompiers, entre autres, qui ont pris le contrôle clandestin de plusieurs favelas.

[4] Juridiquement ça serait la justification pour la police d’exercer des violences. L’exécution serait la conséquence de la résistance offensive du « criminel ».

[5] Il y a des projets spécifiques pour le complexe d’Alemão, parmi d’autres quartiers, qui incluent l’installation de téléphériques dans les communautés, pour que les touristes aient une vue panoramique.

[6] Gentrification ou embourgeoisement (de l’anglais gentry) : intervention urbaine qui fonctionne à travers la réoccupation de parties de la ville, sur la base des plans « d’embourgeoisement urbain », l’expulsion des plus pauvres pour que la classe moyenne repeuple le lieu. Un terme aussi très utilisé, spécialement par les mouvements de résistance contre ces opérations, est celui « d’hygiénisation/nettoyage », qui met en évidence l’aspect classiste de nettoyage social inclus dans ces mesures. Ces politiques urbaines sont accompagnées d’autres mesures sociales pour assurer leur efficacité, qui avec fréquence se convertissent en une guerre déclarée contre les pauvres qui habitent ces zones, un vrai massacre annoncé. Certains urbanistes ont utilisé le terme ambigu et dangereux de « régénération », parce que, au-delà de sa connotation de classe, dans certaines villes ces mesures ont un caractère évidemment raciste. Les programmes de gentrification sont la même chose que ce que les gouvernements et leurs partenaires privées appellent « revitalisation » et qui à Rio de Janeiro sont identifiés par le terrifiant processus de « choc de l’ordre ».

[7] Il faut garder en tête que ce texte a été écrit en 2011, car bien évidemment depuis 2013 il y aurait beaucoup de choses à rajouter sur la tension sociale provoquée par les expulsions, la violence policière et les projets faramineux développés pour la coupe du monde et les Jeux Olympiques.

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Brésil: Contre la FIFA et son monde, les manifs et actions continuent

Source : Squat.net ,

Juin 2014

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Les dernières nouvelles qu’on avait données sur les luttes au Brésil datent des 19 et 20 juin (à lire ici et pour São Paulo, et ici pour les autres villes brésiliennes). Depuis, la mobilisation n’a pas cessé, et continue de prendre plusieurs formes. Voici à nouveau plusieurs exemples de ce qui se passe là-bas, compte-rendu chronologique du 20 au 25 juin:

Vendredi 20 juin 2014 – Rio de Janeiro

Extrait à peine retouché d’un article paru sur Le Chat Noir Émeutier:

Quatre rassemblements de résistance se sont tenus dans le centre-ville: le premier, le festival de juin « Fifa go home » organisé par le FIP (Front Populaire Indépendant). Le deuxième, une manif des enseignants en grève à Lapa, et le troisème sous le slogan « Dictature Carioca« , pour se rappeler du soulèvement du 20 juin 2013, date à laquelle plus d’un million de personnes avaient pris les rues et avaient fait face à une féroce répression policière. Enfin, un autre rassemblement s’est tenu dans le quartier de Candelaria, en face de la municipalité, sous le slogan « 20 juin: le retour du géant » pour demander une amélioration des transports, de l’éducation et de la santé. Les trois premières manifs se sont rejointes à proximité des Arches de Lapa autour de 19h, secteur du quartier Lapa qui est aujourd’hui un bastion des bobos et des touristes. Les flics étaient de sortie avec camions à eau, des centaines de keufs des bataillons de choc et hélico (à ce sujet, l’Etat brésilien a créé durant l’année une brigade de keufs – appelée « Lapa presente » – spécialement pour protéger la population aisée de Lapa).

Immédiatement, les flics ont tenté d’arrêter des manifestant-e-s, en bloquant une des rues du secteur (la rue Mem de Sá). Les gaz balancés ont pu encrasser les poumons des touristes qui buvaient en terrasse. Ces derniers ont crié sur les manifestant-e-s en anglais, ne comprenant rien à la situation, en attestent les mots qu’ils ont pu dire: « Quel est le problème?« . Un-e manifestant-e lui a répondu que le problème, c’était la Coupe du Monde. Le touriste a réagi par la peur: « Alors le problème, c’est moi ? » puis le manifestant-e a répondu: « Le problème ce n’est pas seulement vous, ce sont tous les gens qui collaborent avec la Coupe du Monde de la pauvreté, de la violence et de l’exploitation« . Bien que sept personnes ont été arrêtées (selon les médias bourgeois) pour port de cagoule, la manif a continué sous escorte policière pendant quelques heures. Au festival du FIP, le slogan « FIFA go home » était visible depuis les murs blancs et tous propres du secteur (les services municipaux se sont activés pour rendre le quartier agréable pour les riches avant le début de cette Coupe… tout ça faisait partie des règles fixées par la FIFA quant à l’organisation de cette fête de la domination). Ce festival a pu se tenir une bonne partie de la soirée avec le vol incessant des hélicos au-dessus de leurs têtes… (à noter que plusieurs festivals populaires contre la Coupe du monde ont été interdits dans plusieurs villes, notamment à Salvador).

Vendredi 20 juin – Curitiba

Un rassemblement était appelé via Facebook en fin d’après-midi sur la Praça Carlos Gomes, mais la présence massive de la Polícia Militar (PM) a empêché toute possibilité de manifestation. L’idée était au départ de manifester depuis la place Carlos Gomes jusqu’au stade de l’Arena da Baixada, où se jouait le match Honduras-Equateur. Mais sur la place, les flics contrôlaient et fouillaient toutes les personnes qui tentaient de former ce rassemblement.

L’appel Facebook était intitulé « 1º Ato Contra a Copa« , soit « première manif contre la Coupe« , mais en réalité une manif contre la Coupe du monde, de plus de 300 personnes, avait déjà eu lieu à Curitiba, le 16 juin dernier (sans même parler de celles qui ont eu lieu en janvier et février derniers…). Des banques et des commerces y avaient eu leurs vitrines brisées, ce qui explique d’ailleurs sûrement la présence policière massive quatre jours plus tard…

Dimanche 22 juin – Rio de Janeiro

Pendant le match Belgique-Russie, plusieurs petites manifestations anti-FIFA ont eu lieu à l’intérieur et à l’extérieur du stade Maracanã. Par exemple, la photo de cette banderole du « Rede de movimentos contra a violência » (le « Réseau de mouvements contre la violence », qui lutte contre la violence policière dans les favelas depuis plusieurs années) a été prise dans le stade avant le coup d’envoi du match. On peut y lire « La fête dans les stades ne vaut pas les pleurs dans les favelas« .

Dimanche 22 juin – Recife

Le mouvement Occupy Estelita de Recife a organisé un concert en plein air. Le 17 juin, ce collectif avait été expulsé d’un terrain qu’il occupait sur les quais José Estelita pour protester contre la restructuration urbaine de ce quartier. Depuis, Occupy Estelita continue de s’organiser et d’organiser diverses actions. Plus d’infos ici en portugais.

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Lundi 23 juin – Rio de Janeiro

Une manif est partie des favelas de Chapéu Mangueira et Babilônia pour dénoncer les conditions de vie de plus en plus difficiles dans les parties les plus pauvres de la ville. La banderole « La fête dans les stades ne vaut pas les pleurs dans les favelas » était encore là, et les manifestant-e-s mettaient en avant la brutalité policière et le redoublement de celle-ci lors de grands événements comme la Coupe du monde 2014 et les futurs Jeux Olympiques de 2016, qui auront lieu à Rio. La manif a continué jusque dans les rues de Copacabana sous haute surveillance policière.

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Vers 15h, une autre manif qui était sortie de la station de métro Cardeal Arcoverde a rejoint la manif des favelas contre la violence policière. C’était une manif pour la libération de Rafael Vieira Braga. Il est la seule personne encore en prison à Rio de Janeiro après les émeutes de juin 2013. Rafael Braga Vieira, 25 ans, travaillait comme ramasseur de matériaux recyclables dans les rues de Rio, il était SDF, et revendait de vieux objets dans les brocantes de la place XV. Il s’est fait arrêter après une manif en juin 2013. Il avait sur lui des produits de nettoyage pour ses abris de fortune. Il a été arrêté en « flagrant délit » de possession d’une bouteille d’eau de javel et une autre d’alcool, et aussi un balai… Après l’arrestation, il a été mis en détention provisoire sous l’argument du « maintien de l’ordre public« . Le 2 décembre 2013, Rafael Braga Vieira a été condamné à 5 de prison ferme !

Enfin, une autre manif est apparue à Copacabana: une manif « Nao vai ter Copa / FIFA go home ! » qui a été particulièrement remarquée près de la « fan fest » de Copacabana puisque ce même jour se jouait le match Brésil-Cameroun (à Brasilia).

Les trois manifs réunies ont fini devant l’entrée de la favela Pavao/Pavaozinho. Le cortège s’était déjà plus ou moins dispersé quand des flics ont essayé d’embarquer la banderole d’un des manifestants. Il n’a pas voulu la donner et a fini par être embarqué en garde-à-vue. Oui, des fois il suffit de pas grand-chose…

Par ailleurs, une sorte de cimetière symbolique avait été mis en place sur une plage de Copacabana, pour dénoncer les morts des quartiers pauvres ainsi que les expulsions/déplacements:

À Rio, en 24 heures, au moins quatre flics ont tiré à balles réelles, tuant une personne lors d’une opération de « pacification » dans la favela Complexo Alemão…

Lundi 23 juin – Brasilia

Un rassemblement a eu lieu en marge du match Brésil-Cameroun qui se jouait dans le stade Mané-Garrincha. Les flics y étaient bien plus nombreux que les manifestant-e-s, ce qui n’a pas empêché ces dernier-e-s de brûler en public une réplique du trophée de la Coupe du monde et un drapeau brésilien…

Lundi 23 juin – São Paulo

Dans l’après-midi, un peu plus de 200 personnes ont manifesté contre la Coupe du monde, notamment sur l’Avenida Paulista. La présence policière était ultra-massive, avec bien sûr énormément de flics anti-émeute, mais aussi des flics à cheval, en voiture et en hélico. Ils étaient bien plus nombreux que les manifestant-e-s… Depuis les émeutes du 19 juin, la ville est limite en état de siège, sous occupation policière et militaire.

Dans la soirée, la manif a grossi en nombre (plus de 300 personnes) puis a tourné à l’émeute, la fameuse Avenida Paulista étant fermée à la circulation du fait des affrontements entre manifestant-e-s et policiers. Des flics ont tiré des coups de feu pour repousser des manifestant-e-s s’opposant à des arrestations ou tentatives d’arrestation.

Suite à cette manif, au moins deux des personnes arrêtées sont inculpées d’ »incitation à la violence, conspiration et possession d’engins explosifs« , avec bien évidemment l’étiquette supposée terrifiante de « black bloc » qui leur est collée dessus.

 

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Lundi 23 juin – Porto Alegre

Pas mal de drapeaux anarchistes en tête de manif, mais là aussi, plus de flics que de manifestant-e-s…

Lundi 23 juin – Recife

À Recife, ce sont des supporters croates qui se sont fait remarquer: en plein match Mexique-Croatie, ils ont brandi chacun-e une lettre derrière le but de Guillermo Ochoa, le gardien mexicain, donnant un très simple et efficace « FIFA Mafia » (bon, peut-être plus à cause de l’arbitrage de Brésil-Croatie qu’à cause de tout le reste, mais bon…). Les vigiles de la FIFA n’ont pas tardé à réagir, comme on peut le voir sur les photos ci-dessous (les gilets orange, c’est les vigiles/stadiers…).

Mardi 24 juin – São Paulo

Une manif organisée par le MTST (Mouvement des travailleurs sans toit) est partie de la Praça da República. À la fin de la manif, un campement a été mis en place par plusieurs centaines de personnes en face de la mairie de São Paulo. Les manifestant-e-s exigeaient de meilleures conditions de vie, et notamment de meilleures conditions de logement. Le MTST demande en particulier la légalisation de trois de leurs occupations sur la ville.

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Mercredi 25 juin – São Paulo

Réponse au coup de force du MTST de la veille, la police expulse 160 familles d’un bâtiment squatté dans le centre-ville.

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Appel international au sabotage et à l’action directe contre le mondial au Brésil

Source : Réseau Contra Info

6 Mai 2014

Le 12 juin 2014 commence au Brésil la coupe du monde de football, un évènement sportif qu’hommes d’affaires, politiciens, journalistes et sympathisants attendent avec impatience, certains par cupidité, d’autres en raison de l’exacerbation nationaliste, une coupe du monde qui a le plus gros budget jamais investi dans l’histoire (plus de 600 millions de dollars et le compte n’est même pas encore fermé…).

Pourtant, au-delà de l’atmosphère colorée, les danses, le carnaval, la “joie”, la réalité est différente:

A Carioca (Rio de Janeiro), les forces répressives qui sont commandées par la scélérate Dilma Roussef et formées par les brigades antiterroriste US, à savoir l’armée, la police ou appelée ironiquement “Unité de Police Pacificatrice”, sont menées par les miliciens Alexandre Braga et Ezequiel Oliveira de Mendonça, et mettent en œuvre une politique d’extermination contre la population marginale, concentrant leurs attaques dans les favelas et les zones les plus pauvres de cette région. Une extermination qui est loin de diminuer, depuis le déploiement de police militaire orchestrée par le chef de police Tarcísio Andreas Jansen et le colonel Marcelo Rocha, et a plutôt augmenté vu que la cérémonie d’inauguration approche.

Dans des villes comme Sao Paulo, près de 70.000 familles ont été déplacées durant les constructions pour les préparatifs de la coupe du monde, tandis qu’à Rio de Janeiro, environ 40.000 maisons ont connu le même sort.

L’État brésilien, exhibant sa réputation progressiste et d’assistance, a offert une somme d’argent à quelques unes des personnes expulsées (évidemment aucune d’entre elles ne venait des quartiers bourgeois, puisque ces derniers n’ont été que très peu affectés), ce qui est loin d’être suffisant pour récupérer leur logement d’origine, crachant ainsi sur la dignité des résidents, et pensant que l’argent peut masquer toute l’effusion de sang.

Et lorsqu’on parle d’effusion de sang, c’est qu’il y a eu des centaines de blessés et des dizaines de morts au Brésil au cours des derniers mois.

Nous ne pouvons pas oublier de mentionner l’activité répugnante de l’Etat, qui assassine de la manière la plus lâche les enfants qui survivent dans les rues pour recevoir environ 600.000 touristes qui arriveront dans le pays, leur offrant tour à tour des centaines de corps de femmes et de filles soumises à la prostitution.

Ces cartes postales, peut-être inconnues pour beaucoup, sont monnaie courante en Amérique du sud; Il en résulte que notre rage est née de la haine la plus sincère, des besoins vitaux limités, des soumissions quotidiennes et des humiliations constantes. Il en résulte que notre rage n’est pas par lassitude ou posture révolutionnaire, mais est nécessaire et urgente, clairement, magnifiquement violente…

En tant qu’anarchistes, nous ne pouvons pas rester indifférents à tant de misère, à tant de douleur, à tant de torture et tant de morts.

Les personnes responsables de ces atrocités ne vont pas se cacher; ce sont les promoteurs, les multinationales, la société elle-même qui tolère et encourage ce tournoi avec sa passivité et sa servilité.

Premièrement, nous pouvons trouver des bureaux et des représentants dans diverses parties du globe. Il suffit juster d’ajuster la cible et faire feu.

Deuxièmement, nous n’attendons ni demandons rien, par cela nous appelons nous-mêmes à passer à l’action, aux combattants anarchistes de différentes régions, les réfractaires à cet ordre immonde, aux subversifs qui comprennent que le seul chemin est celui de la confrontation directe et réelle.

Par conséquence et cohérence, en révolte et en action.

Pour cette raison, cette déclaration n’est pas destinée à être une simple répudiation, mais une incitation claire à la conspiration, au sabotage et aux attaques contre tous les instruments du système de domination qui vise à nous domestiquer, et en particulier dans ce cas, cette coupe du monde de merde.

Donc, pour notre part et pour commencer, nous avons fait un appel anonyme sur le vol JJ8011 de la TAM Airlines en partance de Buenos Aires à destination de São Paulo, avertissant d’un engin explosif dans le but de saboter le flux normal des touristes qui arrivent dans la région dominée par le gouvernement brésilien, soit n’étant pas au courant de ce qui se passe là-bas ou complices de leur apathie.

SI CE N’EST TOI, QUI ? SI CE N’EST MAINTENANT, QUAND ?

Solidarité active avec les compagnon-nes en révolte au Brésil !

Vengeance pour ceux qui ont été blessés, emprisonnés et tués par l’Etat !

Il n’y aura pas de coupe du monde !

Cellule de Solidarité international
Vaincre ou mourir pour l’anarchie

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Solidarité avec la lutte au Brésil – un message de Berlin

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Source : Réseau Contra Info

6 Juillet 2014

Tandis que d’autres regardaient le match de football entre le Brésil et la Colombie nos pensées étaient ailleurs. Nous n’encourageons aucune équipe, surtout quand on sait qu’il y a des gens à l’extérieur des stades, dans les rues et dans les quartiers qui ont perdu leurs maisons ou même perdu leurs amis et membres de leur famille. Nous ne pouvons pas regarder un match en sachant que les gens qui ont construit ces stades ont été exploités ou se sont même morts. Nous sommes pleins de rage de voir ce jeu et sachant que le gouvernement a déjà un plan pour ces stades, ces géants blancs: les transformer en prisons.

Tandis que d’autres regardaient le match, nous avons accroché une banderole en solidarité avec le peuple qui lutte au Brésil. C’est un petit message, mais des centaines de personnes marchent tous les jours, ce qui est à l’origine de ce message se trouvant dans le centre de Görlitzer Park à Berlin-Kreuzberg.

La banderole dit:

Contre l’exploitation et l’oppression !
Contre la FIFA et le football moderne !

Solidarité avec les combattants au Brésil ! Pour révolte sociale !
Não Vai Ter Copa – Il n’y aura pas de Coupe du Monde.

Des anarchistes en solidarité

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« Brésil : Vent de révolte et répression… »

Janvier 2014

Source : reçu par mail

Le vent de révolte sociale n’a pas fini de souffler au Brésil, malgré ce que veut nous en dire le silence d’une presse – locale et internationale – qui cherche à tout prix à en minimiser l’intensité, à ancrer le mouvement de contestation dans le temps et l’espace. Les innombrables émeutes, grèves, assemblées de rues, mutineries dans les prisons et occupations de terrains survenues régulièrement ces derniers mois sont là pour en témoigner, la répression aussi. Si les perquisitions, intimidations, arrestations, assassinats politiques et passages à tabac opérés par le pouvoir et sa police sont eux aussi des faits devenus quasi quotidiens, ils sont insuffisants à étouffer la subversion. Ce que nous pouvons observer ces derniers temps n’est pas juste la multiplication d’une série d’actes qui se font échos les uns aux autres, mais c’est surtout la constitution durable d’une multitude de fronts.

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Grève des professeurs à Rio de Janeiro

En guise de témoignage, voici une brève chronologie retraçant, de façon non exhaustive, certains faits marquants des deniers mois :

Au début du mois d’octobre (2013), les professeurs de Rio de Janeiro, en grève depuis le mois d’août, sont violemment réprimés par la police et expulsés de la Chambre Municipale qu’ils occupaient. Une manifestation de soutien est appelée le 07 octobre et réuni près cinquante mille personnes à Rio de Janeiro. Des manifestants tentent de réinvestir la Chambre Municipale qui est la cible de plusieurs cocktails Molotov. Plusieurs magasins et banques sont détruits. Le Club Militaire, siège d’une fondation réunissant gradés et vétérans de l’armée, est également pris pour cible par les manifestants et est en partie incendié par des jets de bombes artisanales.

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Manifestations en soutien aux professeurs à Rio de Janeiro

Quelques jours auparavant, le 04 octobre
, de violents affrontements avaient eu lieu entre la police et les manifestants qui occupaient depuis 80 jours le parc du Coco, dans le centre de Fortaleza. Ces derniers occupaient le parc pour empêcher la réalisation d’un projet d’urbanisation du centre qui prévoit, entre autres, de raser une partie dur parc pour permettre la construction d’un pont routier. Les policiers militaires venus expulser le campement sont accueillis par des jets de pierre et des tirs de feux d’artifice auxquels répondent tirs de lacrymogène et de flashballs. Un policier et un journaliste sont blessés au visage, tandis qu’un manifestant est arrêté. Le campement est complètement détruit.

http://juralib.noblogs.org/files/2014/02/PhotoC.jpgExpulsion de l’occupation du parc du Cocó, Fortaleza

La même semaine, les habitants de la cité Parque Verde, à Belém manifestent contre les mauvaises conditions du quartier (état des égouts, des rues…) et bloquent la principale avenue du quartier à l’aide de pneus et objets enflammés. Ils résistent ensuite, à coups de pierres et projectiles, à l’intervention de Police Militaire, qui tente de disperser manifestants. Plusieurs personnes sont blessées par des tirs de flashballs, dont une emmenée d’urgence à l’hôpital en état inconscient.

Le 12 octobre, des centaines de familles occupent un terrain abandonné dans la périphérie de Belo Horizonte. Elles sont bientôt rejoint par des centaines d’autres. Moins d’une semaine plus tard, on compte près de 4000 familles installées sur la nouvelle occupation urbaine. Si ce type d’occupation de terrains est chose courante au Brésil, la rapidité avec laquelle cette occupation urbaine gagne une telle ampleur est un fait totalement inédit. Depuis le mois de juin, des dizaines de nouvelles occupations de terrains ont vu le jour, notamment dans les périphéries de Sao Paulo et Belo Horizonte, impliquant des dizaines de milliers de familles.

15 octobre : Des manifestations massives ont lieu dans plusieurs grandes villes du Brésil, à l’appel des professeurs en grèves. Elles se terminent par de violents affrontements et des centaines d’arrestations à Sao Paulo et Rio de Janeiro. Les manifestants arrêtés à Rio sont emmenés dans une Prison de Haute Sécurité, accusés d’être membres d’une organisation criminelle et placés sous la loi de Sureté Nationale. À Sao Paulo, une autre manifestation est réalisée le même jour par des mal-logés qui tentent d’envahir la mairie.

 

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Manifestations en soutien aux professeurs à Sao Paulo

17 octobre : À Rio de Janeiro, suite au meutre d’un jeune par la police, les habitants de la favela de Manguinho se révoltent contre l’occupation policière représentée par l’UPP – Unité de Police Pacificatrice. Des affrontements ont lieu entre la police et les manifestants au cours desquels une jeune fille est blessée par balle à la jambe.

18 octobre : Des manifestants antispécistes pénètrent par effraction dans le laboratoire Institut Royal à Sao Roque, près de Sao Paulo, et libèrent près de 200 chiens qui y étaient utilisés comme cobayes. Le lendemain, une manifestation est organisée devant l’Institut, des affrontements ont lieu entre la police et les manifestants, armés de pierres et de gourdins. Plusieurs véhicules partent en fumée, dont une voiture de police et des véhicules appartenant à la presse.

Entre le 18 et le 23 octobre,
plusieurs perquisitions et saisies de matérielles ont lieu chez des militants anarchistes à Belo Horizonte. Les perquisitions, menaces physiques ou de mort et tentatives d’intimidations à l’égard des militants et anarchistes ont eu lieu régulièrement dans les principales grandes villes du pays ces derniers temps.

Le 21 octobre : Des affrontements ont lieu à Rio, dans le quartier de Barra da Tijuca, entre des syndicalistes et la police au cours d’une manifestation contre la privatisation des sites de pétroles off shore (les fameux Pré-Sal).

http://juralib.noblogs.org/files/2014/02/PhotoE.jpgManifestation contre la privatisation du Pré-Sal, Rio de Janeiro

Dans la semaine du 20 au 26 octobre, une multitude de manifestations et d’actions sont organisées à Sao Paulo, et dans d’autres villes pour la gratuité des transports. Le 23, des centaines de manifestants investissent les rues dans la région du Grajau, quartier populaire dans la périphérie sud de Sao Paulo. Ils protestent, entre autres, contre la mauvaise qualité et le prix des transports publics. À la suite d’affrontements avec la police, 30 personnes sont arrêtées.

Le 25 octobre des manifestations sont organisées dans plus de 15 grandes villes du pays pour la gratuité des transports. À Sao Paulo, plusieurs terminaux de bus sont saccagés, des bus sont incendiés, des agences bancaires détruites, un colonel de la Police Militaire est tabassé par des manifestants… Près de 92 personnes sont arrêtées à l’issue de la manifestation. Des affrontements entre les manifestants et la police ont également lieux à Campinas, Natal et Porto Alegre.

Le 26 octobre, un ancien hôpital militaire est occupé dans le centre de Belo Horizonte par un groupe de gens qui veulent en faire Centre Culturel Autogéré. L’espace est baptisé Luiz Estrela, en hommage à un poète et performer transgenre qui vivait dans la rue, retrouvé mort au mois de juin. Certains soupçonnent qu’il ait été tué par la police. Ce type de squatt s’était fait de plus en plus rare dans les grandes villes brésiliennes ces dernières années en raison de la répression policière systématique, à la différence des occupations de terrains qui elles sont très fréquentes. Dans les semaines qui suivent, un autre bâtiment est occupé dans le centre de la ville afin d’être transformé en espace autonome.

Le 28 octobre : De violentes émeutes éclatent dans le quartier Vila Medeiros, zone nord de Sao Paulo après la mort du jeune Douglas Martins, 17 ans, assassiné par un policier. Douglas sortait d’un bar lorsqu’une voiture de police s’arrête à sa hauteur. Le coup de feu part d’un seul coup et atteint le jeune homme au thorax. En réaction, la population exprime sa rage sous diverses formes : trois bus et une voiture de police sont détruits, cinq véhicules brûlés, deux banques vandalisées, plusieurs barricades sont montées. Des feux se propagent, l’un deux atteint le réseau électrique et provoque un black out dans le quartier. Le lendemain, d’autres émeutes éclatent dans un quartier voisin après la mort d’un autre jeune tué par un policier en service.

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Émeutes contre la violence policière à Sao Paulo

29 octobre : Plusieurs manifestations ont lieu dans différents quartiers de la banlieue de Belo Horizonte en réaction à l’expulsion d’un terrain occupé. Simultanément, les principales voies d’accès au centre de la capitale sont bloquées par des barricades de pneus enflammés. La police utilise flashballs et lacrymogènes pour tenter de disperser les manifestants qui répondent par des jets de pierre.

Le 31 octobre à Recife, Une manifestation réalisée par les vendeurs ambulants se termine en affrontements avec la police, jets de projectiles contre tirs de flashballs.

1er novembre : À Sao Paulo, une nouvelle vague d’occupations urbaines a lieu dans la région du Grajau, où cinq terrains différents sont occupés par des centaines de familles. Ce jour là, la communauté qui occupe le terrain de Estaiadinha, bloque plusieurs routes pour protester contre l’ordre d’expulsion. La police intervient et réprime violemment la manifestation tirant au flashball et lançant des des bombes de lacrymoègnes depuis un hélicoptère. Une situation similaire a lieu le même jour à Contagem, en périphérie de Belo Horizonte, où des centaines de manifestants issus de l’occupation William Rosa bloquent une route dans les deux sens à l’aide de barricades et pneus enflammés. La police intervient violemment le soir même et va même jusqu’à s’en prendre directement à la communauté en tirant des bombes de lacrymogènes dans les maisons tandis que des policiers militaires mettent le feu à plusieurs d’entre elles… Les affrontements ont lieu jusqu’à 02h du matin, mais la tentative d’expulsion échoue.

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Manifestation contre l’expulsion de la communauté Estaiadinha, Sao Paulo

Le 5 novembre, le commissariat de police de la plage de Cumbuco, dans l’État du Ceara, est en partie détruit par des habitants qui protestent contre la mort d’un jeune de 21 ans. Ce dernier a été retrouvé mort après avoir été abordé par des policiers. En réponse, des habitants du village bloquent la route principale et attaquent le commissariat à coup de pierres. Le mois précédent, c’est le commissariat de la petite ville de Tarrafas, également dans le Ceara, qui avait été détruit par les habitants qui protestaient contre l’assassinat de José Pedroca do Carmo, agriculteur de 51 ans.

Le 5 novembre toujours, au soir, une base de la Police Militaire de la zone sud de Porto Velho, dans l’État de Rondonia, est attaquée par plusieurs individus. La façade est la cible de jets de pierre et les vitres d’une camionnette sont détruites. Quelques jours auparavant, une autre base de la Police Militaire avait été la cible d’une attaque dans la même ville.

6 novembre : À six mois de la coupe du Monde, le gouvernement de Rio de Janeiro annule la Soccerex 2013, la plus grande réunion mondiale sur le football, prévue initialement pour la fin novembre, par crainte d’« agitation sociale ».

13 novembre : Le laboratoire Institut Royal, situé à Sao Roque, est à nouveau la cible d’une action antispéciste. Les manifestants libèrent les animaux qui y restaient enfermés, principalement des rongeurs, et s’en prennent au matériel présent sur place. Entre temps, le laboratoire avait décidé de cesser ses activités à Sao Roque en raison des actions et manifestations dont il a été la cible.

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Manifestation antispéciste devant le laboratoire Institut Royal à Sao Roque

Le même jour, la communauté paysanne de Flona Bom Futuro, près de Rio Pardo, dans l’État de Rondonia, résiste à une tentative d’invasion policière. Les habitants incendient plusieurs véhicules de police, parviennent à libérer deux personnes qui avaient été arrêtées et font fuir les policiers. Ils détruisent ensuite des ponts menant à la communauté pour empêcher d’éventuelles représailles. Le surlendemain, la communauté est la cible d’une gigantesque descente policière, encerclée par une cinquantaine de véhicules, au cours de laquelle dix personnes sont arrêtées. La communauté Flona Bom Futuro est la cible constante d’attaques et de pressions de la part de la police et de pistoleros à la solde de grands propriétaires de la région qui convoitent le terrain qu’elle occupe. Les conflits agraires sont fréquents et violents dans la région.

20 novembre : La très célèbre et touristique plage d’Ipanema, à Rio de Janeiro, est le théâtre d’affrontements entre des groupes de jeunes et la garde municipale après que celle-ci ait arrêté quelques adolescents accusés d’avoir commis des vols. La tente qui abrite la garde municipale est la cible de pierres et de projectiles lancés par un groupe qui exige la libération des personnes arrêtées. Les jeunes issus de quartier pauvres sont systématiquement victimes de contrôles et d’arrestations arbitraires lorsqu’ils fréquentent cette plage, située dans le quartier le plus bourgeois de la ville. Le mois précédent, la garde municipale avait été expulsée de la plage à coup de jets de noix de coco et de projectiles après avoir tenté de réglementer un jeu de ballon.

Le jour même, l’activiste et directrice de théâtre Gleise Nana sucombe de ses blessures à l’hopital où elle avait été conduite après qu’un incendie suspect se soit propagé dans son appartement à Duque de Caxias, en périphérie de Rio de Janeiro, quelques semaines auparavant. Peu de temps avant l’incendie, elle s’était plaint d’avoir reçu des menaces de la part de policiers. Elle avait rassemblé une grande quantité de vidéos témoignant des violences policières ces derniers mois.

24 novembre : Les travailleurs de la construction civile de Belo Horizonte, réunis en assemblée générale, se mettent en grève pour revendiquer un meilleur salaire et de meilleures conditions. Plusieurs manifestations sont réalisées dans les jours suivants au cours desquelles des travailleurs saccagent des chantiers et détruisent une partie du matériel qui s’y trouve. D’autres grèves de grande ampleur dans le secteur de la construction civile ont eu lieu dans la même période, notamment sur le chantier du barrage de Belo Monte ou encore à Recife.

29 novembre : Une manifestation est réalisée pour la gratuité des transports et contre la « mafia du transport publique » à Varzea Grande, dans le Mato Grosso, au cours de laquelle la population investit la principale station de bus de la ville et détruit le mur et les tourniquets qui obligeaient les usagers à payer un nouveau ticket pour faire un changement. 25 personnes sont arrêtées.

30 novembre : Dans la zone sud de Sao Paulo, près de 2000 mal logés occupent un terrain de plus de 500 hectares. Il s’agit du plus grand terrain occupé depuis ces derniers temps.

4 décembre : Près de 500 indiens manifestent à Brasilia pour la démarcation de leurs terres et contre les récents assassinats politiques dont plusieurs de leurs représentants ont été victimes. Une partie d’entre eux tente d’envahir le Palais de la Présidence et sont repoussés par les agents de sécurité après un combat au corps à corps.

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Affrontements entre indiens et vigiles du Palais Présidentiel à Brasilia

9 décembre : 19 personnes sont arrêtées dans la zone Nord de Sao Paulo accusées d’avoir participer aux émeutes du 28 et 29 octobre.

Le 15 décembre a lieu l’expulsion de Aldeia Maracana (“Communauté Maracana”), bâtiment occupé par des indiennes/indiens de différentes communautés. Le bataillon de Choc de la Police Militaire investi le lieu tandis que s’y tient la première rencontre de la FIP (Front Indépendant Populaire), organisation apartidaire réunissant différents mouvements de lutte autonomes ayant surgie dans l’effervescence politique de ces derniers mois. Près de 20 personnes sont arrêtées et emmenées au commissariat. Le lendemain, en réaction, le rectorat de l’UERJ, université voisine du squatt, est occupée.

Le 16 décembre, une nouvelle occupation urbaine voit le jour à Florianopolis. Près de 60 familles occupent un terrain au nord de la ville. L’occupation est baptisée Amarildo de Souza en hommage à un maçon torturé et assassiné par la police de Rio de Janeiro au cours des manifestations de juin/juillet dernier.

Le 18 décembre, un homme de 81 ans est tué d’une balle dans la tête au cours d’une manifestation contre la violence policière dans Communauté Mandela II, appartenant au complexe de favelas de Manguinhos, à Rio de Janeiro. La manifestation avait eu lieu suite à l’interpellation d’un jeune de 13 ans par les agents de l’UPP (Unité de Police Pacificatrice) et s’était soldée par des affrontements entre policiers et habitants.

Le 21 décembre une mutinerie éclate dans le Centre de Détention de Icoaraci, près de Belém, après qu’une tentative de fugue collective ait été empêchée par les mâtons. Les détenus mettent le feu à des objets et parviennent à détruire la quasi totalité des cellules du Centre. La Compagnie d’Opérations Spéciale de la Police Militaire intervient finalement pour mettre fin à la rébellion. Ce type de mutinerie est de plus en plus fréquent ces derniers temps. Le 19 décembre, c’est la Prison de Montes Claros, nord de Minas Gerais, qui avait été le théâtre d’une révolte au cours de laquelle les détenus avaient brûlés matelas et vêtements. Le 18, une rébellion de prisonniers dans la prison de Pedrinhas, à Sao Luiz, dans le Maranhao, s’était soldée par la mort de trois détenus après qu’une tentative de fuite ait été déjouée. Deux mois plus tôt, 10 détenus avaient été tués par la police lors d’une révolte similaire dans la même prison. Le 10 décembre, la prison de Maracanaú, près de Fortaleza, avait été secoué par une révolte au cours de laquelle une partie de la prison avait été détruite…

Le 23 décembre, une fille de 12 ans est abattue d’une balle dans la tête au cours d’une descente de police dans la favela Para-Pedro, dans la zone nord de Rio de Janeiro. Son petit frère, de 7 ans, est lui blessé au visage, également par un tir. En réponse, les habitants du quartier montent des barricades et enflamment des pneus, bloquant l’avenue principale du quartier. Quatre adultes, que la police accusait d’être des « trafiquants », ont également été tués au cours de l’opération et dix personnes arrêtées.

Le même jour, près de 150 personnes envahissent un supermarché dans le centre de Belo Horizonte. Après avoir criés plusieurs slogans contre le consumérisme, ils refusent de quitter les lieux sans emporter avec eux une grande quantité de riz, haricots, pâtes, huile et autres aliments de base « pour un Noël sans faim ».

À suivre…

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« La Coupe Du Monde n’aura pas lieu ! »

Source : Journal Avalanche n.1 « correspondance anarchiste »

Janvier 2014

Récit de quelques journées de janvier noires …

http://cettesemaine.free.fr/spip/IMG/jpg/01-2.jpgPorto Alegre, 23 janvier : La manif avait environ 1200 personnes et les actes de rébellion dans la ville ont causé plus de 40 milliards de Reais de dommages! Des poubelles ont été incendiées et jetées dans la rue. Des parquemètres ont été incendiées, il y avait beaucoup de tags, et les fenêtres des banques ont été brisées, de CEEE et d’autres banques. Au moins trois personnes ont été arrêtés et six mineurs placés en détention, accusés de tags et des dommages qualifiés à la propriété publique. Ils ont été libérés, mais ils étaient obligés d’abord de répondre devant la «justice » …

Curitiba, 25 janvier : Environ 200 personnes ont participé à la manifestation. La démonstration partait de Boca Maldita, dans la zone centrale de la ville, et a terminé à la mairie. Au cours de la manif des «manifestants» s’assoiront sur différents croisements pendant environ 10 minutes afin de bloquer le trafic. Le plus beau moment de la manifestation a eu lieu à la fin lorsque certaines personnes ont encerclé le bâtiment de l’hôtel de ville et ont jeté des pierres. Un bus et certaines banques ont été peints avec un «A» et une station de métro a été le cible d’une pierre.

Rio de Janeiro, 25 janvier : Aujourd’hui, le premier acte sous le nom de «Não vai ter Copa» (La Coupe du Monde n’aura pas lieu !) eu lieu. Les cris contre la Coupe du monde qui ont commencé pendant les soulèvements populaires de 2013 fait écho à ce moment aux portes des riches, à leur terreur. Cet acte a commencé devant l’hôtel Copacabana Palace, l’un des hôtels les plus luxueux de Rio de Janeiro, dans la Zona Sul (Sud) dans le quartier de Copacabana, qui abrite les maisons de la classe supérieure. Cette action, dont les partis politiques n’ont joué aucun rôle, avait un caractère très populaire, avec des gens indépendants ainsi que des organisations qui soutiennent et sont liés avec les luttes des gens pauvres et périphériques. Cet acte a bloqué l’une des voies de l’avenue principale qui va de Copacabana à Ipanema, où une voie d’une autre route principale a également été occupé. Malgré le grand dispositif de la police, les manifestants n’ont pas été intimidés et ont commencé d’une manière très expressive d’appeler l’attention de ceux qui les entourent. Le long de la route la manif a attiré l’attention des résidents, les gens dans les restaurants, et d’autres à proximité. À l’approche de Ipanema, un blocage de la police a tenté de rediriger la manifestation, mais cela a été brisée par des manifestants qui alors occupaient une voie différente de celle que les flics voulaient eux de suivre. La manif se terminait à l’immeuble où l’actuel gouverneur de Rio, Sergio Cabral vit.

São Paulo, 25 janvier : Plus de 2000 personnes (plus le même nombre de flics et leur appareil ultramoderne) se sont retrouvées dans les rues de São Paulo. En face du théâtre municipal la manif, jusque-là paisible, rentre dans la violence. Bloqué de continuer vers le bas d’une rue, les manifestants vont à un autre rue où des magasins et des banques sont attaquées. Des militaires et la police anti-émeute avec leurs boucliers courent après les manifestants. Un McDonald attaqué, de feu à l’intérieur des banques, à la Banco do Brasil, Caixa Economica Federal et Bradesco.

Il y avait le début d’un incendie et des cocktails Molotov ont été jetés.

La police militaire se met en range afin d’ empêcher les manifestants de se rendre à la Praça da República où le spectacle principal pour commémorer la 460ième anniversaire de São Paulo se passait. Canettes et bouteilles ont été lancées sur le public. Un tumulte a éclaté entre les concerts de Paulinho da Viola et Opalas. Des dizaines de personnes dans le public ont tenté de fuir le désordre et ont été pressés contre la barrière qui sépare

l’espace public du backstage. Les bouteilles et autres objets ont été jetés à nouveau à la scène. Au milieu de la confusion une personne masquée a été piégé contre la barrière et violemment frappé à coups de poing et de pied par un groupe de personnes (seulement ivre et en groupe ces connards lâches osent frapper quelqu’un), de cette façon montrant leur rôle de citoyens exemplaires fusionnés dans les orgies spectaculaires offertes par l’État, devant qui ils baissent la tête après 460 ans de terrorisme d’État …

Un de ces lâches a frappé une encagoulé plusieures fois avec une béquille, si fort qu’elle a éclaté sur lui. Le «groupe» l’a frappé si fort qu’il a dû être «

sauvé» par un garde de sécurité qui lui a tiré vers l’arrière de la scène où il est resté jusqu’à ce que la PM arrive, 15 minutes plus tard. Il a été emmené à une clinique Santa Casa (une organisation de charité religieuse «style mafia») avant d’être emmené au commissariat. Une incendie a été déclenché, près de la Praça Roosevelt. Une Volkswagen Beetle avec des gens à l’intérieur a pris feu après être passée sur un matelas enflammé, sur Rua Xavier de Toledo.

Certains manifestants sont monté Rua Augusta et, pris au piège par les laquais de l’Etat, sont entré dans deux hôtels : Linson et Bristol. Un autocar plein de flics anti-émeute est arrivé pour les arrêter. Avec ceux masqués à l’avant, la manifestation est descendu Avenida Brigadeiro Luis Antônio en gueulant contre la coupe du monde. Effrayés, plusieurs commerçants ont fermé leurs portes alors que la foule se rapprochait. La PM estime que 1.500 « manifestants » marchaient vers la Praça da Sé. Il y a eu un peu de bagarre entre les laquais de l’Etat et les manifestants qui se sont bientôt dissipés. Autour de 17h30, environ un millier de personnes occupaient de l’Avenida Paulista et fermaient les deux voies de la route. En tout, 108 personnes ont été arrêtées par la po lice anti-émeute et 20 par les flics locaux. De ce que nous savons tou-te-s ont été libéré-e-s le lendemain. Cependant, Fabricio Proteus Chaves, 22 ans, a été abattu par les lâches de la police militaire. Poursuivi par les flics, il a été abattu de deux balles à Higienópolis. Selon les rapports des médias dominants, Fabricio était dans le coma aujourd’hui (lundi), mais est toujours dans un état grave et ne respire qu’avec l’aide de machines. Nous ne pouvons pas nous taire lorsque nous sommes confronté-e-s à des actes de répression comme celui soit des citoyens ou des laquais de l’Etat. Nous savons que nous sommes en guerre, nous devons donc nous préparer à faire face aux actes de répression de ceux qui défendront leurs intérêts à tout prix …

Se préparer signifie aussi communiquer, diffuser et être solidaires.

Avec la volonté de tuer le silence, nous demandons des informations sur l’état de Fabricio ainsi que d’appeler à la solidarité avec lui.

La Coupe du Monde n’aura pas lieu !

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« Chronologie de la guerre sociale vécue dans les rues de Porto Alegre »

Source : « Cette semaine / Les brèves du désordre », 8 Août 2013

Article tiré du journal anarchiste brésilien Agitação, et traduit de la version espagnole publiée sur le site Cumplicidade, 5 août 2013

Bien que la récente vague de manifestations qui se sont emparées des rues dans de nombreuses villes du territoire contrôlé par l’Etat brésilien puisse être interprété comme quelque chose de supposément inattendu et surprenant, elles sont le résultat d’une accumulation de parcours de luttes qui ont lieu de manière diffuse et progressive depuis ce début de XXIe siècle. Tomber dans le discours que nous vendent les médias, à savoir que la diffusion de la révolte serait un fait historique isolé, revient à passer sous silence et à annuler une mémoire qui doit être au contraire renforcée, afin de servir de combustible aux prochaines batailles et servir d’autocritique pour évaluer les erreurs et tenter de ne pas les répéter.

La lutte contre l’augmentation du tarif des transports publics n’est pas apparue soudainement ces dernières semaines, elle s’est construite au cours des dix dernières années dans différentes localités, et a mis pour la première fois de nombreux jeunes cœurs pleins de révolte en contact avec des formes d’auto-organisation en dehors des leaderships et des partis. Les transports publics ne sont rien de plus que la mobilité des veines et des artères de cette énorme prison que l’on nomme ville, le mouvement d’une structure dont la logique est fondée sur le pouvoir, la domination et le contrôle. Toute demande de réformer cette structure revient finalement à mendier misérablement plus de chaînes et de menottes pour continuer à alimenter celles et ceux qui, gras et arrogants, continuent à se prélasser dans leur fauteuil. Le grand mérite de ce processus de lutte qui a culminé dans la récente tempête sociale, consiste à avoir ouvert la possibilité de mettre de nombreuses personnes mécontentes en contact avec une conflictualité réelle dans les rues. La possibilité que des jeunes provenant d’une réalité politique où régnaient l’apathie et le silence sur la mémoire d’une région chargée de furieux exemples de résistance, de lutte et de défense de la vie et de la liberté, puissent continuer à construire cette histoire.

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Il faut souligner que lorsque les gens prennent la rue, les revendications réformistes se font vite déborder par la rage accumulée de celles et ceux qui cohabitent au quotidien avec l’humiliation et l’exploitation caractéristiques de tout individu vivant loin du privilège de ceux que cette société satisfait. Ce qui est apparu au cours de ces semaines, c’est un bordel allant bien au-delà de 20 centavos, et qui a violemment secoué cette chère paix sociale, qui en pratique n’existe que dans les fantasmes des esprits ordonnés. Les médias, machines à lobotomiser et à former l’opinion, mettent en avant les plaintes de l’Etat et des propriétaires face à la quantité de destructions qui ont balayé les rues comme un ouragan. Ils ont opté pour une stratégie qui démontre la capacité de la démocratie à intégrer et à passer sous silence l’authentique révolte qui a attaqué la matérialisation du pouvoir.

La tactique antérieure qui consistait à ne pas mentionner (ou à le faire rarement) toute forme de manifestation critique envers l’actuel état de choses, a été remplacée par le fait de mettre l’accent sur la manifestation ordonnée, sur la protestation pacifique, sur la stimulation exaltée du citoyennisme, créant ainsi le terrain propice pour cibler comme criminelles les innombrables actions d’attaques contre des biens matériels et les représentants de l’ordre imposé. L’illusoire participation citoyenne qui a fini par être alimentée par l’Etat, les moyens de communication et les propriétaires, a illustré une stratégie de recherche de pacification, tentant vainement de cacher le soleil avec une passoire. La véritable pression qu’ont sentie les puissantEs lors des protestations est venue de l’action obstinée de celles et ceux qui cherchaient à attaquer l’oppression sous toutes ses formes.

Le problème a cessé d’être la manifestation en soi, pour devenir celui de la présence de « vandales » « infiltrant » des « manifestations légitimes ». En réalité, ce qui s’est passé a été ce dont beaucoup rêvaient, ce que beaucoup craignaient, et que beaucoup d’autres disaient désirer, mais que la réalité des faits a éloigné et effrayé, et qui ont renoncé à des positions solidaires et conflictuelles : la favela sous l’asphalte. Les actes stigmatisés comme violents sont la conséquence et la responsabilité directe d’un système politico-économique basé sur la marchandisation de la vie, sur le contrôle absolu, sur la violence policière quotidienne, sur l’existence de la prison comme mécanisme de punition pour tous les improductifs. La dichotomie criminels/innocents est un jeu, une farce destinée à justifier le véritable terrorisme étatique qui a surgi en réaction à la révolte. Il ne s’agit pas d’une criminalisation qui naîtrait à cette occasion, mais d’une logique qui criminalise tout ce qui entrave le chemin du développement ou les projets du capital, en tentant de définir les actes de rébellion comme vides de sens, et en en profitant pour mettre en place une nouvelle loi anti-terroriste. Cette loi temporaire d’urgence pour répondre aux besoins des grands événements sportifs, basée sur la terrible Loi de Sécurité Nationale, prévoit notamment des peines de 15 à 30 ans de prison pour des actes jusqu’alors qualifiés de simple « vandalisme », et rend passible de condamnation pénale le fait de bloquer des services publics considérés comme essentiels pour le déroulement de ces événements. Ils ciblent comme violence la destruction de la propriété privée, pour mieux cacher celle de la destruction croissante de la Terre, celle de l’avancée d’un progrès assassin qui fait du profit sur le sang qu’il tire de la nature, de communautés écrasées et expulsées, des personnes qui voient leur dignité anéantie au quotidien dans les prisons, les écoles, les usines, les hôpitaux, les asiles psychiatriques…

Les prises de position de la Présidente et de toutes les ordures politiques en faveur de la prise en compte des revendications sur les transports publics et le “combat contre la corruption”, vite rejointes par les autres “voix de la rue”, expriment leur peur et leur tentative de contenir d’une manière ou d’une autre tout ce qui est en train de se passer. Voilà qu’ils agissent soudain, comme si des revendications auxquelles ils n’avaient jusqu’alors jamais prêté la moindre attention leur importaient désormais, à l’image du fameux passe-étudiant, auparavant considéré comme une revendication dérisoire, lointaine et hors de question par la plupart des gouvernants et qui, comme par magie, est approuvée aujourd’hui et se voit traitée comme une priorité. Pourtant, leurs véritables priorités continuent à être mises en place comme si rien ne s’était passé : les projets de génération d’énergie [nucléaire et barrages] hérités de la dictature militaire continuent sur leur lancée, la militarisation des zones indispensables au développement de ces projets, les expulsions et les déplacements forcés aussi. Il se passe la même chose dans les grandes villes où, que se soit pour les méga-événements comme le Mondial de football ou suite à la prise d’espaces par les classes privilégiées, des communautés entières sont déplacées et/ou “pacifiées”.

Le Mondial représente un tremblement de terre dans la vie de nombreuses personnes sur l’ensemble de ce territoire. Penser que l’argent qui y est investi devrait être destiné à la santé et à l’éducation revient à continuer à faire aveuglément confiance à l’Etat. C’est un peu comme croire au Père Noël. Nous vivons l’apogée du rapport Etat-entrepreneur/chefs d’entreprises, la consolidation d’un régime où le marché et ceux qui en bénéficient, les riches, gouvernent ensemble. Le régime démocratique a toujours fonctionné de cette manière, une carotte et un bâton dans l’autre main, une dualité qui a produit une apathie généralisée qui, petit à petit, est heureusement en train de se déconstruire et d’être subvertie par une récente culture de luttes portant à nouveau l’action directe comme moteur de la transformation sociale.

A Porto Alegre depuis l’année dernière, on a vu le conflit s’exprimer davantage dans la rue. Il couvait pour les mêmes raisons qu’à travers tout le territoire, et s’est mis à bouillir jusqu’à prendre progressivement les proportions qu’il occupe aujourd’hui dans la ville, sans demander la permission à personne, et sans organisation centralisée. En même temps, la répression affine aussi ses griffes, poursuivant des groupes et des individus anarchistes, en les rendant responsables de la vague sauvage de destruction. L “intelligence policière” démontre une fois de plus l’incompatibilité de ces deux termes. Elle crée le terrain pour monter un cirque médiatique supplémentaire et lance des déclarations maladroites, comme celle du gouverneur de l’Etat comparant les anarchistes avec les ordures d’extrême-droite. Reposant sur une logique verticale, et donc opposée aux principes anarchistes, ils ciblent les anti-autoritaires en tant que leaders et idéologues d’actes d’attaque contre la propriété privée, ce qui démontre surtout une certaine impuissance des forces de sécurité, mais ouvre aussi en même temps un espace à la vengeance d’Etat contre celles et ceux qui se sont historiquement déclarés ennemis de l’ordre existant.http://www.redebrasilatual.com.br/cidadania/2013/10/black-blocs-sao-politizados-e-expressam-revolta-contra-injusticas-sociais-1922.html/black%20bloc%20sp%20midia%20ninja.jpg/image_large

Ces moments de tempête, y compris face à l’intensification du contexte répressif et d’une terreur psychologique toujours plus intense, doivent être un moteur pour notre capacité de transformation et de création, en affûtant les poignards de la solidarité et de l’agitation, en exerçant l’anarchie comme une tension constante dans ce monde de misère, et en montrant une fois encore qu’il n’y a pas de dialogue possible avec les puissants, ni d’explications à leur donner. Les actes de rébellion, souvent accomplis spontanément par la furieuse explosion de haine que provoquent l’autorité et la répression, sans reposer nécessairement sur des modèles idéologiques et théoriques, parlent souvent d’eux-mêmes.

Petite chronologie de la guerre sociale vécue dans les rues de Porto Alegre ces derniers temps (chronologie provisoire, ouverte et non exhaustive) :

4 Mars 2012 : Lors de la manifestation contre l’augmentation des tarifs des transports, un petit affrontement se produit entre des manifestants et la Brigade Militaire, les robots en uniforme sont attaqués à coup de manches de drapeau. Un container de poubelle est incendié.

4 Octobre 2012 : Lors d’une manifestation pour les espaces publics, des jeunes se moquent de la poupée gonflable de Coca-Cola/Fifa en dansant autour. La police attaque pour la “défendre” et reçoit une réponse. Une voiture de patrouille de la Brigade Militaire a son pare-brise détruit. Une banque est endommagée. 6 personnes sont arrêtées, 4 sont libérées la nuit même, les deux autres quelques jours plus tard, 20 personnes sont blessées. Un flic souffre d’un traumatisme grave après s’être pris des pierres. Après une longue polémique médiatique, la poupée Coca-Cola/Fifa est retirée de la rue.

27 Mars 2013 : Au cours d’une nouvelle manifestation contre l’augmentation du prix des transports, des manifestants essaient d’entrer dans la mairie en affrontant la Garde Municipale, une manifestante est arrếtée. Le bâtiment est couvert de tags et la plupart de ses vitres sont brisées. Deux motos et une voiture de la Garde Municipale sont attaqués. Un journaliste aux ordres du pouvoir se fait agresser.

1º Avril 2013 : 6000 personnes sont dans la rue, la mairie ferme plus tôt. La manifestation s’étend au centre-ville, la circulation est complètement interrompue à partir de 18h. Les murs se couvrent de slogans de différentes couleurs.

4 Avril 2013 : 5000 personnes se rassemblent dans le centre sous la pluie contre l’augmentation des prix de l’omnibus, et commencent à marcher en une protestation animée. Quelques omnibus sont tagués et rayés, un perd sa vitre à coups de pierres. Des bombes de peinture sont lancées dans le Bâtiment Edel Trade Center, où se trouvent des banques, l’ambassade du Pérou etc. Une vitrine de la Volkswagen Panambra tombe sous les huées des moutons. Devant le bâtiment de la EPTC (Entreprise de transports publics et de circulation, complice de l’augmentation), un groupe caillasse une vitrine, tout autour des pétards sont tirés en direction de la police et des médias. Une contrôleuse de l’entreprise publique d’omnibus Carris, qui défend qu’il faut soutenir les protestations sur internet plutôt que dans la rue, est virée.

11 Avril 2013 : Un nouveau rassemblement a lieu à l’auditorium Araújo Viana, pour partir cette fois par l’avenue Protásio Alves, vers la ATP (Association de Transporteurs de Passagers). Les façades reçoivent de nouveaux tags, des vitres sont brisées, une unité mobile est aussi vandalisée. 1000 personnes restent jusqu’à 23h environ. Le lendemain, le siège de l’association n’a pas réouvert.

Rio de Janeiro - Manifestante durante protesto no Dia dos Professores, no centro - (15/10/2013)

23 Avril 2013 : 500 personnes se rassemblent devant la préfecture, taguant leur revendication d’une réduction supplémentaire des tarifs d’omnibus.

29 Mai 2013 : Vers 4 h du matin, au milieu d’une forte tempête, 200 policiers de la Brigade Militaire, du Bataillon d’Opérations Spéciales, et le Groupe d’Actions Tactiques Spéciales, attaquent ensemble le campement qui durait depuis 43 jours pour défendre des arbres centenaires, campement empêchant de fait l’élargissement d’une avenue exigée par la Fifa pour permettre l’accès au stade Veira Río. 27 personnes sont conduites au commissariat et mises en examen pour outrage et autres délits. Au matin des dizaines d’arbres sont déjà abattus. Il est important de contextualiser…. Les protestations contre l’augmentation des tickets de l’omnibus se sont généralisés du sud au nord du territoire contrôlé par l’Etat brésilien. Dans des centaines de villes, des millions de personnes ont manifesté. Les choses sont devenues sérieuses. La tour d’ivoire des politiques a commencé à trembler. En plus de la question des tarifs des transports, dès le jour d’ouverture de la Coupe de football des Confédérations, où Dilma (présidente du Brésil) et Blatter (président de la Fifa) se sont faits huer dans le stade, et jusqu’à la finale, chaque partie a été une guerre hors des lumières du stade, contre la Fifa, l’Etat, le Capital, contre ce système de misère. Même les commentateurs sportifs traitaient du thème des manifestations. Ce n’est peut-être qu’un avant-goût de la Coupe du Monde… Souhaitons qu’il en soit ainsi…

http://veja0.abrilm.com.br/assets/images/2013/10/180874/brasil-protestos-dia-dos-professores-sp-20131016-23-size-598.jpg?1381937211

13 Juin 2013 : “C’est fini l’amour, ici ça va devenir la Turquie”. Près de 2000 personnes participent à une nouvelle manifestation en solidarité avec celles qui se déroulent sur le territoire brésilien. Le trajet est parsemé de tags, et tout ce qui symbolise le pouvoir est attaqué en chemin. 6 banques voient leurs vitrines brisées, un bâtiment de la compagnie de téléphone portable Oi est caillassé et tagué. Des pierres et de bruyants ovni volent en direction du tribunal. La patrouille de la EPTC et d’autres véhicules sont attaqués. Les parcmètres sont rendus inutilisables. Une voiture du groupe RBS (medias) est encerclée et attaquée alors qu’elle transporte des fonctionnaires à l’aéroport. Une vitre est brisée, elle est sécouée et rayée. Le lendemain, son journal papier ZeroHora, le plus diffusé dans la région, publie en Une la photo d’une barricade en feu avec en légende : “ils ont dépassé les bornes”.
40 containers de poubelles sont utilisés comme barricades au cours d’affrontements contre la Brigade Militaire, qui détourne le conflit en intervenant dans le quartier Cidade Baixa, en coupant et en dispersant la manifestation. 23 personnes sont arrêtées puis libérées, un policier est blessé.

Les jours suivants les journaux affirment : « Oui à la protestation, non à la violence. » Experts et charlatans s’empressent d’analyser la violence de cette nuit de fête antisystème, dans le but évident de rassembler l’opinion du troupeau, et d’éviter que la situation empire. Mais leurs efforts ne sont pas à la hauteur de leurs intentions, la colère contre ce système n’est ni contenue ni balayée, et les froides et pluvieuses nuits de manifestations sont de plus en plus ardentes…

17 Juin 2013 : Des millions de personnes descendent dans les rues des principales villes du Brésil, déterminées à l’affrontement. A Porto Alegre, la manifestation se déchaîne avec 15 000 personnes. Les rues centrales sont bloquées par la marche qui se dirige vers le bâtiment de RBS Zero Hora. Les flics empêchent qu’elle passe par le monument de verre de massification sociale, de mensonge et d’escroqueries. Aux alentours du siège de la Police Fédérale qui est caillassé, un concessionnaire Honda a 31 vitrines brisées, des motos sont endommagées, des brebis pacifistes tentent d’empêcher les pillages, mais plusieurs établissements n’y échappent pas. Une dizaine d’agences bancaires sont attaquées et sévèrement endommagées. L’Institut d’Identification/Institut Général d’Expertises (Police Civile) où sont confectionnés les documents d’identité se fait défoncer. Le concessionnaire Volkswagen Panambra est caillassé et des bagnoles endommagées. Dans la rue, les murs blancs auparavant, hurlent la rage. 60 containers de poubelle sont incendiés. Une patrouille de la Brigade Militaire est encerclée et attaquée à coups de bâtons par des manifestants. Dans l’avenue João Pessoa, de nombreuses barricades sont érigées. Sur le trajet, 5 omnibus sont caillassés, devant le parc de la Redenção un omnibus est incendié. Au cours de cette nuit, 371 omnibus de la compagnie publique Carris sont retirés de la circulation pour raisons de sécurité. Vers 23h, un groupe attaque et brise les vitres du Palais de Justice, il est dispersé avec des grenades à fragmentation aux environs du Palacio Piratini (gouvernement d’Etat) et de l’Assemblée Législative. Deux personnes sont arrêtées à cet endroit, et aux total il y aura 38 arrestations au cours des affrontements de cette nuit-là, quatre personnes sont sérieusement blessées. Toutes les manifestations sont filmées par hélicoptère du groupe RBS/Globo, et retransmises sur la chaîne régionale TVCOM. Le lendemain, le gouverneur se réunit avec son service de sécurité et les trois principaux journaux de la province ornent leur Une de photos d’omnibus en flammes.

20 Juin 2013 : L’après-midi, la Police Civile envahit la bibliothèque anarchiste A Batalha da Várzea dans le quartier Cidade Baixa, et s’empare de bouteilles en plastique remplies d’huile de cuisine usagée pour les envoyer à l’expertise, ainsi que de livres. A partir de ce jour, des anarchistes reçoivent la visite indésirable de la police à leur domicile. Dans plus de 100 villes du Brésil, des manifestations secouent la routine du capital, interrompent la normalité, attaquent et offensent le pouvoir et ses institutions. Sous la pluie et alors qu’il fait 14 degrés dehors, près de 20 000 personnes bougent dans les rues de Porto Alegre et s’affrontent durement avec la Brigade Militaire. Toute la manifestation est accompagnée par des hélicoptères et retransmise en direct. Aux alentours du bâtiment de RBS/Zero Hora les affrontements reprennent : fusées, pierres, engins artisanaux, cocktails molotov contre balles en caoutchouc et grenades à fragmentation. Le siège de la Police Fédérale est intensément attaqué à coup de pierres pour la deuxième fois, tandis que se monte une barricade enflammée. Malgré les flics postés devant les vitrines et appelant au calme, le local de Honda est détruit pour la deuxième fois, idem pour l’Institut d’Identification qui restera fermé pendant des semaines. De l’autre côté de la rue, le Centre Commercial João Pessoa n’est pas en reste, et est sévèrement endommagé. Une dizaine d’agences bancaires sont défoncées avec quelques tentatives d’incendies contenues par les pompiers. On entend la détonation d’une bombe artisanale au siège du Jornal do Comércio. Les locaux du PT et du PMDB au pouvoir actuellement sont attaqués. Pour éviter la multiplication des barricades au cours des émeutes, le matin même le DMLU (Département Municipal de Propreté Urbaine) enlève 80 containers à poubelle. De nombreux commerces sont pillés, les dégâts enregistrés s’élevant à 600 000 reales. La préfecture déplore des dégâts de 825 000 reales. 830 policiers sont présents pour mener la répression, l’effectif le plus élevé de la Brigade Militaire en 5 ans. Deux policiers sont blessés, et 20 personnes arrêtées sont amenées au Pénitencier Central. Jusque vers minuit, des actions de groupes cagoulés se multiplient au centre-ville, affrontant la police avec des pétards et des engins artisanaux, taguant, détruisant, tentant d’incendier, pillant. Un habitant du centre tente d’empêcher un incendie qui avait déjà pris dans une agence bancaire Itaú en menaçant les cagoulés avec un revolver, tous parviennent à s’échapper. Apeuré, le préfet José Fortunati suit la protestation à travers les caméras de surveillance dans le Centre Intégré de Commandement de la Ville de Porto Alegre (CEIC). Le lendemain, la présidente Dilma Roussef convoque une réunion d’urgence avec les ministres, puis annule son voyage au Japon. La présidente de la Banque Centrale fait de même avec une rencontre prévue à Londres avec “des investisseurs”. Le Département d’Etat nord-américain annonce qu’il suit de près le mouvement de protestation au brésil. Les services brésiliens de l’ Agence Brésilienne d’Intelligence (ABIN) publient tous les jours leur analyse de la situation sur internet, mettant en place un système de surveillance online contenant 700 termes préétablis à rechercher. Dans ce contexte, Brad Pit renonce à venir au Brésil pour le lancement du film “Guerra Mundial Z”, où il interprète le Gouverneur de Rio Grande do Sul. Tarso Genro, lance une campagne de diffamation contre les anarchistes, taxés de ”tendance fasciste », mentors de la violence de rue qui ”détestent tout sauf eux ”.

24 Juin 2013 : En manœuvre défensive, l’après-midi, la police bloque les alentours de la Place de la Matriz, la municipalité fait enlever 80 containers à ordures, les magasins ferment leurs portes. 10 000 personnes manifestent à Porto Alegre, les flics dispersent en lancent des grenades lacrymogènes dans le centre-ville, en divisant et en pourchassant les petits groupes. Dans le centre et dans le quartier de Cidade Baixa, des groupes attaquent la propriété, détruisent, pillent, incendient, montent des barricades, une dizaine de banques en font les frais. Des bâtiments de l’Etat et de la Municipalité sont attaqués, Tudo Fácil (local de la ville), CEEE (compagnie publique d’énergie électrique), DMLU, le Secretariat Municipal à la Jeunesse se font défoncer, des pierres et des molotovs sont lancés contre le bâtiment du SMIC (procureurs municipaux). Une trentaine de containers à poubelle sont incendiés, des voitures sont attaquées, une grande quantité de magasins sont pillés dans le centre. Le syndicat de commerçants affirme avoir subi 2 millions de reales de dégâts, sans compter la perte de 60% de leur chiffre d’affaire ce jour-là. Les pompiers ont combattu plus de trente foyers d’incendie. A côté d’une agence bancaire, des personnes cagoulées menacent et font pression sur une équipe de journalistes de TV Pampa, jusqu’à ce qu’ils leur remettent les deux cartes mémoire de leurs caméras. 103 personnes sont arrêtées, et plusieurs sont amenées à la prison centrale.

27 Juin 2013 : Une manifestation ”culturelle” est appelée devant le siège du gouverneur d’Etat, le Palácio Piratini. Toute la zone est bouclée par la Brigade Militaire, qui demande même des renforts venus de l’intérieur du pays. Le groupe des ”organisateurs” de la manifestation rentre dans l’antre gouvernementale pour mendier d’illusoires réformes et demander l’aide du gouverneur. Pendant ce temps, des manifestants enragés abattent les barrières de sécurité et attaquent la Brigade Militaire à coups de pierres, un sergent est blessé à l’oeil dans les affrontements, puis les groupes s’égaillent dans les rues du centre et de Cidade Baixa, menant des attaques, tout en essayant d’échapper à l’énorme contingent de Brigade Militaire qui les poursuit en une véritable chasse à l’homme retransmise en direct par TVCOM. Le Gouverneur finit la nuit par un discours en applaudissant les troupes de choc devant son palais.

1er Juillet 2013 : A l’aube de la célébration de la victoire de la sélection brésilienne à la Coupe des Confédérations, trois voitures de patrouille de la Brigade Militaire sont incendiées. Deux à Porto Alegre sur le parking du Secrétariat de Sécurité Publique, local où se trouvent le bureau du secrétaire de sécurité, les activités de la Brigade Militaire, la Police Civile, le Susep (matons), le Detran (circulation), ainsi que le service téléphonique 190 de la police. Des anonymes sont entrés dans l’obscurité du parking et ont frappé avec audace, en incendiant deux véhicules. Aux alentours, une dizaine de containers ont été incendiés la même nuit. Dans la ville de Fontoura Xavier, en plus de la voiture de la Brigade Militaire totalement calcinée, deux autres véhicules garés à côté ont fait les frais de l’incendie.

Autres infos sur la situation au brésil et contre la coupe du monde :

– Contrainfo

– Cette Semaine

– Squat.net

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