« Exaspération et indignation : les limites de la contestation citoyenne » par Gustavo Rodríguez

[Ce texte a été écrit en juillet 2011 par le compagnon anarchiste Gustavo Rodriguez, à l’occasion d’une critique du mouvement des Indignados et de ses émules espagnoles et mexicaines. Pour rappel, Gustavo Rodriguez a été enlevé, détenu, battu et expulsé vers les U.S.A par la police mexicaine, il y a un peu moins d’un an. Aussi, ce lynchage s’inscrit dans le cadre de la politique de répression spécifiquement anti-anarchiste que le gouvernement mexicain a commencé à mettre en place depuis quelques temps, et qui outre de nombreux et nombreuses autres, anonymes ou pas (que nous n’oublions pas), avait aussi touché un autre compagnon, Alfredo Bonanno, presque au même moment alors qu’il s’y trouvait pour des rencontres anarchistes.

La comparaison des mouvements de type « Indigné » dans ces deux pays (Mexique et Espagne) semble sans doutes plus évidente à la lecture du texte parce que ses références sont hispanophones. Mais même si cette critique est spécifique à ces deux contextes, il semble que ses conclusions peuvent évidemment être étendues aux émanations des « Indigné-e-s » et à tout ce qui leur ressemble dans le reste de l’Europe (en France, en Italie et en Grèce, par exemple), ou ailleurs. Aussi, sont republiés ici deux texte issus de l’ancien site du « Cri du dodo », pour alimenter le débat.

Les photos illustrant ce texte ont été prises pendant les émeutes et manifestations lors de la grève générale de Juin 2011 en Espagne, à un moment où le mouvement des « Indignados » avait déjà pris de l’ampleur. Cette traduction apparait utile dans la mesure où elle confirme d’autres analyses et critiques déjà produites quelques années auparavant, notamment le fait que les mouvements non-violents et « pacifistes » de cette trempe vont toujours de paire avec des dispositifs et des discours contre-insurrectionnels et contre-révolutionnaires (c’est à dire opposés à l’idée même d’un bouleversement social radical ou d’un renversement de l’Existant et de ce que celà implique), et une rhétorique qui au final défend toujours le statu quo, le consensus, le capitalisme -même à la sauce « alternative »- et l’Etat.

Dans certains contextes spécifiques, comme dans certaines villes aux Etats Unis, avec le mouvement « Occupy » (analogue à celui des Indigné-e-s), les pacifistes et les non-violents ont été clairement débordés par des mouvements de grève et de révoltes qu’ils ne pouvaient plus contenir, aussi bien que par les forces antagonistes (anarchistes ou autres) en présence. Mais même dans une ville comme Oakland, par exemple, bastion historique de luttes de classes, de révoltes et de mouvements révolutionnaires, les citoyennistes de toute engeance ont constitué un véritable frein, pour ne pas dire un allié objectif de la répression.

En outre, étant dépourvus de toute analyse de classe, et de toute forme de critique radicale, en occupant l’espace, et en bloquant la voie à des initiatives réellement autonomes et antagonistes, cette fausse contestation a offert un boulevard aux analyses, pratiques et projets réformistes, populistes, réactionnaires et même fascistes.

Parce que le discours « Indigné » ou assimilé exalte presque toujours la Démocratie (« réelle », comme l’économie « réelle »), et plus encore la Loi, la République et l’Etat. A tout ça, se surajoute une critique abstraite, romantique et classe-moyenniste du « capitalisme financier » et des « puissances de l’argent », sans compter les délires conspirationnistes sur le « Nouvel Ordre Mondial »…

Or, ce corpus théorique et politique brodé, si certains des pires gauchistes composent assez bien avec (comme le critique ce texte), l’extrême droite la plus moderne (Front National en tête, ici), elle, s’en « accommode » très bien. Et ce pour une raison bien simple : ce discours là constitue son fond de commerce.

A la critique populiste et « anti-libérale » de « la finance », et l’exaltation de l’Etat (« providence »), vient simplement s’ajouter le discours classiquement nationaliste, régalien, chauvin, conservateur, antisémite et xénophobe.

En effet, si ailleurs (comme en Espagne ou au Mexique), c’est le réformisme gauchiste (post-moderne, ou « à la papa ») qui a prédominé, en France (ou pire encore, en Grèce), ces mouvements se sont clairement fait le lit de la progression des fascistes : ne serait-ce que par leur inexorable tendance à tout pacifier. Pour reprendre les mots de George Orwell en 1942, à propos de la défaite des révolutionnaires en Espagne, en bien des circonstances “Le Pacifisme est objectivement pro-fasciste. Le dire n’est que faire preuve de sens commun élémentaire ».

On le voit aujourd’hui, ces mouvements soit disant « a-politiques », et pacifistes, leur flou artistique, leur critique abstraite et fourre-tout du « système » n’ont pas réussi grand chose, sinon donc permettre à tout un tas de néo-fascistes, d’opportunistes ultra-réactionnaires (ou d’autres réformistes plus ou moins nocifs) de conquérir du terrain à la fois dans la rue et le reste de l’espace social, mais aussi dans le jeu de la politique, et en bref : du pouvoir.

Plus que jamais, la lutte contre L’Etat, le capitalisme et toutes les oppressions ne peut exister qu’à travers le rapport de force, l’offensive, et la conflictualité permanente. Changer radicalement les rapports sociaux, c’est déjà refuser cette injonction sclérosante à la « paix », au dialogue et au consensus avec les institutions et les forces du pouvoir.

Le Cri Du Dodo]

Exaspération et indignation : les limites de la contestation citoyenne

Il est indéniable que la contestation citoyenne elle-même a été essentiellement télévisée. Les campements et  marches des « indigné-e-s » dans l’Etat espagnol et le slogan « Estamos hasta la madre » [1] et la souffrance citoyenniste qui s’est manifestée dans ces latitudes, ont bénéficié d’une couverture médiatique plus que suspecte.

Tous les médias, de la presse papier ou électronique, commerciaux ou alternatifs ont indifféremment pris note de la mobilisation. Mais bien entendu, ce n’est pas le seul parallèle que l’on peut établir entre ces manifestations spectaculaires.

Au delà des différences apparentes -focalisées sur les particularités des revendications qu’incarnent chaque manifestation- se profile un discours commun qui vise à liquider toutes les tentatives d’élaboration d’une critique du pouvoir de laquelle découle, radicalement, la nécessaire reformulation de stratégies contre le système de domination présent, et qui se traduisent en de véritables luttes conduisant à la rupture définitive avec tout ce qui existe.

Les processions des indignés, à la manière de processions funèbres, -chapeautées par le poète Javier Sicilia- ont réussit à éteindre préventivement tous les foyers de l’incendie insurrectionnel, remplacé par un pacifisme chronique qui révèle ainsi ses véritables objectifs et explique pourquoi la domination tolère (et justifie) ces protestations édulcorées.

Toutes ces manifestations, dans la démonstration de leurs misères s’adressent à un interlocuteur commun : le système de domination. A cette fin, elles circonscrivent leurs actions dans la portée des droits et devoirs politiques, prétendant prolonger la main d’un Etat «protecteur», censé interagir et répondre à leurs suppliques citoyennistes.

Si nous fouillons un peu les antécédents de l’indignation citoyenne dans l’État espagnol, connue aujourd’hui sous le nom de 15M (15 mai), nous pouvons retrouver les discours qui l’animent. Ainsi, nous trouvons, en premier lieu, « Democracia Real, Ya! », Un regroupement d’activistes virtuels qui prêchent l’abstention contre le bipartisme (PP / PESOE – Parti de droite / Parti Socialiste), faisant la promotion d’une «nouvelle loi électorale proportionnelle» qui soutient la «participation démocratique et le pluralisme au travers de candidatures citoyennes et l’inclusion des partis minoritaires » dans le cirque électoral.

En second lieu, nous allons rencontrer des jeunes sans avenir, un réseau de jeunes « indigné-e-s » prétendument anti-capitalistes, réclamant du «travail» et que, pour une raison obscure, Toni Negri tente de situer dans le giron de la «gauche autonome» en les reliant à la « Izquierda Unida «  (Gauche Unie) – révélant ainsi des informations privilégiées concernant les rapprochements «tactiques» entre ce parti électoraliste et le léninisme post-moderne qui intègre cette nouvelle formation de parti auto-baptisée « Izquierda Anti-capitalista » (« gauche anticapitaliste »).

D’autre part, nous avons les différents candidats d’associations pour un «logement décent», comme l’évoque « V por Vivienda » [2] et la plateforme de Barcelone des «hypotecados» (« Les hypothéqués »). Enfin, le corps massif de la protestation est composé d’un conglomérat de citoyens «libéraux» regroupés autour de leur « indignation » face à la nouvelle crise capitaliste (contre le chômage, la précarité et les bas salaires) et de la gestion de l’Etat selon le système bipartiste au cours des dernières années. Inutile de souligner que c’est ce regroupement hétérogène qui constitue le butin que se disputent les gauchistes qui essayent, contre vents et marées, d’incorporer à leurs sectes en voie de disparition, ces nouveaux partis «citoyens» et les minorités syndicalistes.

Pendant ce temps, sur le sol mexicain, la protestation des «Hartazgo» [3] et la marche nationale « Estamos hasta la madre », ont trouvé ses plus lointaines origines dans le discours néo-zapatiste et sa volonté de dialogue avec l’État dans la recherche de la «paix avec la justice, et la dignité dans la nation » et de développer une « nouvelle constituante » [un projet de nouvelle constitution].

La dernière raison qui a motivé cette prédication insipide de « paix avec justice et dignité» et a doté les réformateurs constitutionnels de nouvelles illusions, se situe sur la découverte, le 28 Mars, des corps de cinq jeunes, un ancien militaire et une femme, portant des traces évidentes de torture, juste à l’extérieur de la ville de Cuernavaca, dans l’État de Morelos (Mexique).

Juan Francisco Sicilia, 24 ans, qui était l’un des jeunes exécutés, est le fils du poète et journaliste Javier Sicilia, organisateur en chef de la protestation « contre la violence et pour la paix », qui a eu lieu à partir du 6 Avril dans au moins une vingtaine de villes à travers le Mexique et d’autres parties du monde.

Exigeant que le gouvernement reconsidère sa stratégie de sécurité nationale, Silicia réalise un appel, déclarant: «Nous en avons marre de cette merde […] parce que dans leurs luttes de pouvoir le tissu de la nation s’est déchiré », sommant les « activistes », groupes et organisations désignées comme la « société civile » – enjoignant, avec les honneurs, « L’Autre Campagne » des néo-zapatistes -, y compris les parodies de collectifs » anarchistes  » pour appuyer les analogies faites avec la « révolution espagnole ».

Le campements (accampadas) des « Indignés » de l’État espagnol, et les marches et caravanes de « Estamos hasta la madre », sont le fondement privilégié des nouvelles courroies de transmission du dialogue avec le pouvoir. Le « citoyennisation » de la contestation implique ses propres limites. La «citoyenneté» pondérée est une foule domestiquée : la masse subordonnée à l’Etat.

Donc, aucune contestation citoyenne ne vise à contester le système de domination, et encore moins avec l’intention de le détruire, mais seulement de tenter de travailler à sa mise à jour et sa réorganisation : d’où son insistance obsessionnelle concernant la «participation» et les réformes. Ce qu’elle souhaite, c’est repeindre la devanture du système de domination. Contribuer à changer son apparence, lui donner un visage plus «humain».

Le mouvement «Democracia Ya» n’est qu’une transformation cosmétique de « la démocratie réellement existante ». Le mouvement « Estamos hasta la madre » est quant à lui une mutation esthétique du spectacle qui ne fait que prolonger le simulacre. La «société civile» est le grand architecte de cette farce.

Elle impose la soumission démocratique. Même plus besoin de détruire le l’Etat-Capital, vous serez secourus par la participation de tous et toutes, encore et toujours, avec la promesse d’un retour au regretté Etat providence. Tout se résume à accroître le développement économique, c’est à dire à nous donner plus de capitalisme et à concrétiser de nouvelles lois : plus de contrôle électoral qui favorise « la proportionnalité et le pluralisme », les mesures anti-inflationnistes qui empêchent les pénuries, les règlements du code du travail afin d’assurer de meilleurs salaires, les programmes de logement, l’accueil équipé pour les sans-abris, des fonds d’épargne pour alléger le système de santé publique hypothéqué afin d’assurer ses services gratuitement, et les stratégies, les ordonnances et les codes pénaux pour mettre un terme à « l’insécurité », en finir avec la « délinquance » et confiner dans leurs casernes les soldats jusqu’à nouvel ordre … Bref, donner plus de pouvoirs à l’Etat. Mais, apparemment, ne vous inquiétez pas : nous y gagnerons.

Pour abréger : plus de capitalisme et tous les pouvoirs à l’État, géré par le gauchisme – avec, pour couronner le tout la bénédiction du Négrisme et le soutien inconditionnel de la Chomskymania – parrainant la chimère triomphaliste à travers le dialogue et la participation, et une invitation à l’auto-gestion de l’oppression.

La seule auto-gestion possible, en période de soldes et de récessions, est l’auto-gestion de la lutte. Toute autre proposition « d’autogestion » réaffirme le système de domination, qu’elle provienne de l’idéologie citoyenniste, de la démagogie populiste, du verbiage ouvriériste, ou autres vieilles recettes sous formes de plats pré-cuisinés disponibles au supermarché le plus proche.

Gustavo Rodríguez

Traduction de l’espagnol par Le Cri Du Dodo

Titre original « Hartazgo et Indignación : Límites de la protesta ciudadana »

[1] “Estamos hasta la madre…”, soit à peu près « On a en marre de cette merde ». Texte sous-titré « Carta abierta a los políticos y a los criminales », (« lettre ouverte aux politiciens et aux criminels ») de Javier Sicilia, Procession du 3/04/2011. Disponible en espagnol ici : http://www.proceso.com.mx/rv/modHome/detalleExclusiva/89858

[2] « V por vivienda », signifiant littéralement « L pour Logement ». Le jeu de mot est évidemment une référence à « V pour vendetta ».

[3] « Hartazgo » est un mot essentiellement utilisé au Mexique qui signifie à la fois « satiété » (ou « saturation ») et « exaspération », et dont la traduction dépend du contexte. Bien que l’ayant traduit dans le titre, nous avons préféré le laisser tel quel dans le texte puisque c’est le nom de leur mouvement. En contexte, ce peut être un synonyme de l’expression « Basta » (« Yen a marre » ou « dégage »).

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« L’indignation qui vient »

[Le PDF du tract]

Depuis déjà plusieurs mois, on a vu pointer dans plusieurs pays d’Europe le mouvement dit des « indignés » ou « démocratie réelle ».

Ici comme ailleurs, celui-ci à donné lieu à plusieurs réflexes conditionnés, pièges et écueils qui touchent en général les « mouvements sociaux » : le fétichisme des pratiques d’abord (comme l’occupation de places, le sitting, les happening ou la manifestation plan-plan et maintenant la marche…) et la limitation stricte du mouvement à ces pratiques, le démocratisme ensuite (le respect religieux et le privilège donné aux décisions collectives prises en assemblées « représentatives du mouvement »), le « nihilisme citoyen » (respect borné de la loi, du vote, des « droits » donnés et des devoirs exigés par l’Etat) et la « non-violence » dogmatique (qui va jusqu’à prôner la violence policière contre ceux ou celles qui refusent ce dogme) et donc l’hégémonisme (la prise de contrôle du mouvement par une de ses franges), et surtout : l’absence de perspective révolutionnaire et l’enfermement dans des revendications abstraites et réformistes. Loin de représenter un sursaut révolutionnaire, ou une authentique révolte spontanée, ce mouvement des indignés s’inscrit bien plutôt dans la pacification de toute contestation réelle (de par le rejet de l’action directe), la militarisation de l’Etat (les guerres menées à l’étranger et le renforcement de la répression intérieure sur lesquels le silence des « indignés » est plus que suspect) et la montée du fascisme dans la société, au travers de ce mouvement notamment.

La crise comme pacification

Depuis plusieurs années déjà, les gouvernements européens, toutes tendances confondues, de gauche social-démocrate à la droite la plus réactionnaire, utilisent l’argument de la crise pour endormir tout velléité de contestation. D’un coté, il y a l’explication des gouvernements, qui est celle du FMI et de la banque mondiale : La crise serait une sorte de phénomène métaphysique que même les économistes n’arriveraient pas à s’expliquer, une sorte de catastrophe naturelle qu’il faudrait juguler et gérer à grands coups de politiques de réformes et de plans d’austérité. Comme si cette crise n’avait rien à voir avec ces mêmes politiques, comme si elle était le fait de la divine providence. Cet argumentaire vise en fait à tenter de se servir de la crise engendrée par le système capitaliste et ses Etats pour dédouaner les politiques de rigueur que cette même crise implique dans le seul but de replâtrer encore une fois le capitalisme. Les « indignés » quant à eux, dépourvus dans leur immense majorité de toute analyse de classe, et de toute critique du capitalisme, voient en général dans la crise et l’austérité le fait d’une caste de « banquiers parasites » et d’un « empire financier tentaculaire », ou « nouvel ordre mondial » qui auraient vidé les caisses quand personne ne regardait. En gros : pas besoin de se prendre la tête avec des « concepts politiques » trop compliqués : « à bas NWO » c’est tellement plus branché, tellement plus smart et ça résume tout sans avoir besoin de réfléchir…

Dans les deux cas, et du mouvement des indignés à la nouvelle extrême droite en passant par Sarkozy, tous dénoncent au final « la faillite des banques » dont le petit peuple devrait être sauvé, un « capitalisme financier » devenu fou qu’il faudrait réguler ou « purger » et une classe moyenne comme « victime de la crise ». La raison de cette analyse bancale est bien simple : la composition sociale de ce mouvement est justement celle de la sacro-sainte classe moyenne (que flatte autant Sarkozy, les socio-démocrates que les nouveaux fascistes à la Soral). Celle d’une classe qui commence à peine à percevoir les effets de « la crise », quand la majorité des exploités subissent la logique et les conditions de vie du capitalisme depuis toujours, et que la crise n’a fait qu’aggraver. D’où aussi, le décalage entre le discours « pro-révolution » des indignés concernant le monde arabe – où comme en Tunisie la pratique effective qui a dominé a été l’attaque des symboles du pouvoir, les affrontements avec la police, les pillages de supermarchés, les mutineries et incendies de prisons, et tout un ensemble de faits qui attestent une véritable logique de guerre de classes et de guérilla révolutionnaire, et toute une agitation qui, même si elle ne suffit pas à l’expliquer, a joué un rôle absolument indéniable dans la chute de plusieurs régimes et les volte-faces de l’armée ou de la police qui ont sentis le sol trembler sous leurs pieds – et le comportement de ces même « indignés » ici qui considèrent un tag ou une petite vitrine de commerce ou de banque pétée comme une « violence ».

Derrière la critique du capitalisme financier : le populisme gauchiste et l’antisémitisme.

Cette critique partielle des banques justement, non comme un rouage du système capitaliste, mais comme un « foyer de parasites » qui auraient détruit une fantasmatique « économie réelle », et qui voit les banques comme un problème central laisse la place au vieux fantasme antisémite d’un complot qui tenterait de contrôler le monde. Car en cherchant à critiquer le système des banques et le pouvoir des grandes entreprises multinationales, mais de manière partielle, le mouvement des indignés s’engouffre dans un discours typiquement réactionnaire et populiste et passe ainsi complètement à coté de la critique du capitalisme, le confortant même en jouant le rôle qu’on lui demande de jouer : celui d’une contestation strictement non-violente, vidé de toute substance critique, empêchant de par sa forme même un véritable mouvement (de type grève générale ou insurrection), et déplaçant le débat vers la droite dans le grand piège du « débat citoyen ». Rendu donc parfaitement in-offensif de par son caractère « a-politique » et « a-partisan » auto-proclamé, le mouvement des indignés participe en réalité au maintiens de l’ordre à travers un spectacle de contestation dans un front « anti-système » flou qui laisse le champs libre à des récupérations libérales, populistes et même fascistes. La dénonciation obsessionnelle du « nouvel ordre mondial » faisant finalement écho au nouveau discours d’extrême-droite sur le complot « apatride » contre « les peuples et les nations ». Et ce discours là, en plus de puer la défaite, est simplement fasciste parce que nationaliste et antisémite. Ne soyons pas dupes : là où la contestation réelle s’efface, les réactionnaires progressent.

S’INDIGNER NE SUFFIT PAS !

Ce n’est donc pas un hasard si en France, on retrouve dans les organisateurs du « mouvement des indignés » nombre d’individus conspirationnistes, reliés à des mouvements d’extrême-droite qui théorisent l’antisémitisme à travers leur pseudo-critique de la finance. Le concept même de « capitalisme financier » fut un des thèmes centraux dans la propagande du parti nazi en Allemagne et des fascismes en Europe pour construire l’ennemi intérieur et flatter le sentiment national. Le thème de la « citoyenneté » mis en avant par les indignés, renouvelle lui aussi ce constant rappel à l’ordre que constitue l’injonction à ne pas se révolter en faisant poliment démonstration de son indignation. Il repose sur ce présupposé généreux que les oppresseurs finiront par abdiquer devant la raison exprimée publiquement et pacifiquement par « le peuple ». Mais cette fable saint-simonienne exclue de fait ceux ou celles qui ne sont pas considérés, précisément, comme des citoyens : les sans-papiers, les « criminels », et quiconque agit en dehors de la légalité ou de la légitimité citoyenne. Tout les indésirables, exploités par définition. En prétendant vouloir créer une « démocratie réelle », le mouvement n’a fait que centraliser le pouvoir de décision à travers les assemblées des occupations de places et leurs émanations (comme en Espagne, les commissions dans les « accampadas »), dans l’espoir de singer les révolutions du Machrek et du Maghreb (en réutilisant, sans nécessité réelle, et de manière fétichiste les réseaux sociaux type facebook), les indignés n’ont fait que créer un état dans l’Etat, ersatz de démocratie représentative et de parlementarisme bourgeois où toute volonté de s’organiser à la base et d’agir localement ont été rendus simplement impossibles, notamment lorsqu’à Barcelone la volonté de scission dans l’occupation, pourtant majoritairement votée a été censurée par la tribune de l’assemblée, ou que tout débat sortant du cadre a été simplement saboté. Encore comme à Athènes où les indignés ont appeler à dénoncer les auteurs « d’actes violents » et à les jeter à la police : soutenant ainsi la répression d’Etat au nom de la non-violence ! En restant prisonniers d’une rhétorique a-politique creuse, de mode de prise de décisions autoritaires et bureaucratiques, d’un pacifisme abstrait et dogmatiquement non-violent, les indignés ne font que participer au maintient du statu quo, brimant toute participation de révoltés ou de révolutionnaires et ouvrant au contraire la voie à des forces réactionnaires qui n’avaient pas eu jusqu’ici voie au chapitre sur la place publique. Abandonner la perspective révolutionnaire au profit de « l’indignation en mouvement », c’est tresser la corde avec laquelle on voudrait nous pendre .

Se cantonner à cette indignation pacifiée, et focaliser sur « les banquiers » (même si ces derniers ont, comme d’autre leur responsabilité dans l’exploitation et les conditions de vie misérable de la majorité de l’humanité) c’est ne pas voir que partout dans le monde depuis le début de la « crise économique », des révoltes, des insurrections et des situations révolutionnaires éclatent partout non seulement contre les banques, mais surtout contre le capitalisme, l’Etat, les gouvernements, leurs classes dominantes et leurs flics, leurs lois, leurs tribunaux, leurs prisons, et leurs armées. C’est ne pas voir que les plans d’austérité et les « réformes de la fiscalité et du système bancaire » ne sont que les politiques des mêmes gouvernements et de la même bourgeoisie qui se prétend victime de la « crise » et en est la principale bénéficiaire, pour sauver leur économie et protéger leurs privilèges.

Il faut traduire la colère en actes ! Contre le capitalisme, contre l’Etat :

VIVE LA REVOLUTION SOCIALE !

L’économie est malade ? QU’ELLE CREVE !

Quelques anarchistes

source : Indymedia Paris, le samedi 17 Septembre 2011.

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Combien d’amis le pacifisme compulsif a sur facebook ?

[Grèce – 25 Mai 2011]

Le 25 mai depuis l’après-midi près de 40000 genre de néo-grecs ont rempli la place Syntagma, validant ainsi de la pire des manières le mémorandum de la troïka, les mesures d’austérité et le privilège de l’exclusivité quand à l’usage de la violence de la part de l’Etat.

Hier, des nécrophiles petits bourgeois ont pris place là ou il y a tout juste deux semaines l’Etat attaquait férocement la manifestation de la grève du 11 mai établissant le record de centaines de têtes ensanglantées, et envoyant le manifestant Yannis Kafkas à l’hôpital dans le coma; quelques jours plus tard, un peu plus loin de Syntagma eut lieu une ascension sans précédent de violence raciste et de cannibalisme social – dans d’autres quartiers déclassés du centre d’Athènes se répétèrent les attaques de flics et de fascistes contre des maisons, et magasins d’immigrés ainsi que contre des squats anarchistes, les nervis fascistes ont utilisé comme prétexte l’assassinat de Manolis Kantaris, dans le même temps des groupes de néo-nazis lançaient des pogroms blessant au total des centaines d’immigrés, et ont poignardé sauvagement le Bangladesh Alim Abdul Manan.

Le rassemblement pacifique a eu lieu alors que quasiment dans le même temps des compagnons se rassemblaient sur la place Victoria pour résister activement contre la terreur d’Etat, les ségrégations raciales et cette merde d’ossature étatique.
En accord avec les normes du pathétique et réformiste mouvement espagnol ‘Democracia Real YA’ et le ‘Geração à rasca’ des pacifistes portugais, un nouveau rassemblement apolitique a été appelé sur Facebook, en face du Kynovoulio Grec cette fois [Kynovoulio, Doghouse lieu de Koinovoulio, le Parlement – un jeu de mots intraduisible ]. La présence symbolique de flics en face du monument du soldat inconnu ne doit pas nous tromper. Ce n’était pas seulement la police anti-émeute qui défendait les symboles du pouvoir mais surtout le grand nombre des « citoyens indignés » qui ont pleinement déclaré allégeance aux patrons et à l’Etat.

Le pacifisme compulsif d’un pseudo mouvement de résistance était, est et sera une version supplémentaire de la violence d’état. Où qu’ils soient les partisans du régime parlementaire proposent d’étendre le pacifisme pour manipuler les foules et canaliser la rage des peuples sur les voies du réformisme dans le système existant sans le renverser. Après tout c’est justement des manifestants pacifistes et démocratiques que demande l’Etat et le capital.

Ces premiers rassemblements, que se soient sur la place Syntagma à Athènes ou sur les autres points centraux des autres villes de Grèce constituent des votes de confiance informels à un système pourri dans son fondement. Nous voyons au niveau européen que de tels mouvements fonctionnent comme des soupapes contre la guerre sociale et de classe. Ce que la matraque d’un flic et le couteau d’un facho ne peuvent pas atteindre l’est par la propagande de « facebookeurs » apolitiques et réformistes.

Le mouvement antagoniste et les dissidents radicaux doivent la nature réactionnaire et contre-révolutionnaire de ces contrefaçons des révoltes du monde arabe. Une des caractéristiques fondamentales du capitalisme et son pouvoir à transformer et absorber les voix de ceux qui le défient. En désignant par des mots tels que rage, révolte, révolution, le système et ses supporters espèrent ainsi rabaisser le mouvement de libération social et le détourner sur des voies incolores pour eux-mêmes.

Les avertissements donnés par les madrilènes aux campeurs de Syntagma tel que « pas d’attaques émeutières » ont été entendus par énormément de gens. La presse du régime reproduit, invente et orne les arguments pacifistes, les vendant comme le seul espoir de perspective.

Tant que nous n’agissons pas pour prendre les moyens de production, abolir la propriété, qu’une rébellion multiraciale qui mette en place des structures mutuelles et auto-gérées, qu’au lieu de ça nous abandonnons nos drapeaux et nos armes à Syntagma [également à la constitution] ou n’importe où en chantant l’hymne nationale ; tant que nous restons dans une ambiance joyeuse avec des guitares et des chansons sirupeuses plutôt que de prendre une pierre, nous restons les esclaves des patrons.

Trois (des plus nauséabondes) points de la soi-disante première assemblée ouverte de Real Democracy Now sur la place Syntagma extraits du sîte officiel du mouvement :

– Les jeunes sortent paisiblement avec l’âme et la foi pas comme en décembre 2008 ; nous sommes tous matures

– L’autre jour des gens d’extrême droite ont battu et poignardé des immigrants, des immigrants venant des pays pionniers qui ont lancé toutes les mouvements insurrectionnels de ces derniers mois

-Après les HNS de Velos [mutineries] et Polytechnique [soulèvement de 1973] c’est le premier geste de démocratie et d’élévation morale en Grèce.

Texte anarchiste grec traduit par le site « Contra-info »

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Plusieurs autres textes critiques (à boire et à manger) des mouvements « Indigné » et assimilés : http://rebellyon.info/Pour-une-compilation-de-reflexions.html

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